Veterans for Britain (ou VFB, Les vétérans pour la Grande-Bretagne) est l'une des organisations pro-Brexit créés au milieu des années 2010 par le lobbyiste et stratège politique anglais Matthew Elliott, avec comme centre d'intérêt particulier : s'opposer à l'implication britannique dans la politique de sécurité et de défense commune de l'Union européenne (UE).
Création Veterans for Britain a été formé en 2016 dans le cadre du référendum sur l'appartenance du Royaume-Uni à l'Union européenne, en lien avec l'organisation de campagne Vote Leave dont il a reçu un don ; Veterans for Britain semble être une émanation directe de Vote Leave (ainsi, c'est Lee Rotherham, jusqu'alors directeur des projets spéciaux pour Vote Leave, qui devient le directeur exécutif des « Vétérans pour la Grande-Bretagne », en ).
Selon les archives de son site internet, ce groupe dit des Vétérans pour la Grande-Bretagne a été créé .
Implication dans le scandale Facebook-Cambridge Analytica/AggregateIQ En 2018, Veterans for Britain est l'un des groupes politiques créés pour faire advenir le Brexit qui ont versé de l'argent à la société AggregateIQ (AIQ, société canadienne alors inconnue du grand public, filiale du groupe SCL et société-sœur de Cambridge Analytica. Ces trois sociétés ont été payées et utilisées par plusieurs groupes pro-Brexit, tous proches de Vote Leave pour influencer les votes du référendum en faveur d'un retrait du Royaume-Uni de l'Union européenne. Ces trois sociétés et leurs commanditaires ont été accusés d'une part d'avoir contourné la loi électorale anglaise (en termes de plafond de dépense), et d'autre part d'avoir en quelque sorte secrètement et significativement truqué les résultats du référendum en faveur du Brexit, en partie grâce à des données personnelles volées sur 87 millions de comptes Facebook.
AggregateIQ (AIQ) a d'abord nié avoir travaillé pour Cambridge Analytica (sauf pour un contrat de 2014), puis a reconnu avoir reçu en 2016 2,7 millions de livres sterling de Vote Leave, de Veterans For Britain, du Parti unioniste démocrate et de BeLeave (groupe de Darren Grimes), cette dernière somme (hormis venant d'un donateur individuel, ainsi que l'argent de Veterans For Britain provenant en réalité de « Vote Leave », comme le montrera le lanceur d'alerte Shahmir Sanni et les enquêtes qui suivront.
Vote Leave approchait alors de la limite de dépenses de 7 millions de livres sterling imposée par les règles du référendum britannique ; il aurait trouvé ce moyen de dépasser ce plafond. La Commission électorale du Royaume-Uni a ouvert une enquête (en ) mais pour juger le processus illégal, il lui fallait prouver que Vote Leave avait dicté comment son argent devait être dépensé (une contrainte de dépense aurait été contraire aux règles électorales). La mission d'AIQ était de créer un logiciel visant à agréger des données personnelles afin de manipuler les électeurs par le biais de messages les ciblant spécifiquement, en fonction de leur profil psychologique. Ce profil était établi à partir de leurs choix de médias sociaux et de leurs comportements sur les réseaux sociaux. Il a été démontré plus tard qu'AIQ a utilisé pour cela un outil intégrant une intelligence artificielle dénommé plate forme Ripon, capable d'influencer les futur votants durant les dernières semaines de la campagne référendaire concernant le Brexit. Veterans For Britain figure explicitement dans la liste des clients de la plateforme Ripon qui a été retrouvéeHouse of Commons ; Digital, Culture, Media and Sport Committee (2019) Disinformation and ‘fake news’: Final Report ; Eighth Report of Session 2017–19 ; Report, together with formal minutes relating to the report ; rapport commandé par the House of Commons, Ref HC 1791, publié le 18 février 2019, imprimé le 14 février 2019 pour le Gouvernement britannique. Voir notamment le paragraphe 153.
Ce faisant AggregateIQ a doublement agi dans l'illégalité car : en vertu de la législation britannique, la coordination inter-groupes lors d'une élection est strictement interdite ; l'utilisation de données personnelles sans accord des personnes est interdite dans tous les États-membres de l'Union européenne par le RGPD adopté par le Parlement européen le , remplaçant la Directive 95/46/CE sur la protection des données personnelles.
Selon Christopher Wylie, Leave.EU a de plus contourné son « plafond légal de dépenses » en dépensant près d'un million de livres pour cibler des électeurs afin de rendre le Brexit désirable à leurs yeux ; . »
Personnalités Dr. Lee Rotherham Lee Rotherham a été nommé directeur exécutif des Vétérans pour la Grande-Bretagne. Quand VoteLeave a candidaté, par écrit, auprès de la Commission électorale, pour prendre officiellement la tête des partisans du Brexit durant la campagne référendaire ; dans sa description du groupe et de son projet, Lee Rotherham a été présenté comme chargé de coordonner ; il est resté six mois Director of Special Projects (de janvier à ). Son pseudo sur Twitter était « DrBrexit ».
Selon OpenDemocracy, Rotherham, ex-réserviste, passionné d'histoire militaire est depuis longtemps eurosceptique : il a notamment travaillé deux ans (1995-1997) comme « chercheur » pour le « Westminster Group of Eight » (groupe des huit anciens conservateurs auto-baptisés « euro-rebelles » qui ont dans les années 1990 demandé un référendum sur l'Euro et sur l'avenir de l'adhésion de la Grande-Bretagne à l'Union européenne. Il affirme avoir travaillé pour la défense, et avoir conseillé trois Secrétaires d'État aux Affaires étrangères de l'ombre (dont au sein du parlement européen)Debate on Human Rights |consulté le=2021-04-07. Il a fait partie du Groupe de Bruges, du CAFE (« Conservatives Against a Federal Europe »), un groupe de conservateurs anglais qui, à la fin des années 1990, demandait que le Royaume-Uni puisse bénéficier des avantages de l'UE, mais en sortant de la PAC et de la PCP, prônant un retrait de l'UE si cette demande n'était pas satisfaite, a été chroniqueur pour le Journal européen puis a été l'un des auteurs prolixes de BrexitCentral. Ayant participé à divers groupes de droite, dont l’Alliance des contribuables et l’Association de la liberté, il a fini par créer son propre think tank (baptisé The Red Cell). Interrogé par OpenDemocracy à propos de son rôle lors de la campagne référendaire qui a abouti au Brexit, .
Charles Guthrie Veterans for Britain a eu le soutien de quelques anciens militaire de haut-niveau ; Parmi les partisans listés sur son site Web, Charles Guthrie semble être le plus important.
Cet aristocrate anglo-écossais (baron Guthrie de Craigiebank), ancien proche de Tony Blair, est membre du Conseil consultatif des anciens combattants de Grande-Bretagne, mais surtout, il a été chef d'état-major à la retraite (chef des armées de 1994 à 1997, puis chef d'état-major de la défense de 1997 à 2001), puis (une fois à la retraite) président d'une nouvelle association : « UK National Defence Association », composée d'anciens chefs militaires exigeant en 2007 de porter la part des dépenses de défense à 3 % du PIB (44 milliards de livres sterling/an, 10 milliards de livres/an de plus qu'en 2007).
Guthrie n'est pas que soldat, mais aussi homme politique et homme d'affaires : selon ses déclarations parlementaires consultées en 2021, il a notamment été directeur (non-exécutif) de Rivada (à partir de 2011), de Gulf Keystone (Directeur à partir de 2011), de Petropavlovsk (entreprise) (directeur à partir de 2008), de Colt Defence (directeur non-exécutif à partir de 2002), de N M Rothschild (Directeur de 2001 à 2009), de Gulf Keystone Petroleum (directeur non-exécutif à partir de 2000) et administrateur au sein de divers cabinets et entreprises, dont celle du fabricant d'armes Colt Defense LLC.Selon OpenDemocracy plus tardivement, il s'est aussi impliqué dans des affaires de renseignement privé et d'exploitation minière (or, pétrole), et dans l'industrie du big data.
Cette situation peut évoquer un possible conflit d'intérêts lié au Brexit car il a été montré que via la société SCL des moyens d'influence inspirées de méthodes militaires (guerre psychologique notamment) ont été déployés par le camp des pro-Brexit (via Cambridge Analytica et AggregateIQ notamment) :
peu avant de s'impliquer dans la campagne pro-Brexit du référendum, Guthrie a (à l'automne 2014) annoncé devenir actionnaire de Palantir Technologies (groupe cofondée par le milliardaire américain Peter Thiel. Thiel, cofondateur de Paypal, administrateur et premier investisseur majeur de Facebook, et importants donateur de Donald Trump et d'autres libertariens de droite américains ; aurait expliqué en 2009 que , et que ses collègues libertariens de droite doivent donc se concentrer sur le développement de la technologie qui garantira que le capitalisme plutôt que de la démocratie remportera cette lutte : ;
Peu après le vote du Brexit, Charles Guthrie a été embauché (en août 2017) comme conseiller principal du président du cabinet Arcanum Global, Ron Wahid. Arcanum Global est (Arcanum signifie «le secret» en latin), groupe qui s'est retrouvé au cœur d'une enquête du Financial Times (septembre) sur les dérives ou évolutions des missions des officines de renseignement privées. Tom Burgis estime que le travail d' Arcanum illustre . Ron Wahid et son Agence sont présentés comme … Or, juste après le vote du Brexit, Wahid a écrit dans USA Today que ;
parmi les autres conseillers de Ron Wahid figurent le directeur américain du renseignement nationalArcanum Global (2021) admiral-dennis-c-blair ; Liste des membres (Avril 2021) et l'ancien chef du service de renseignement français. Meir Dagan (ancien chef du Mossad, décédé en 2016, en a aussi fait partie, alors qu'il a aussi travaillé comme directeur de l'Autorité portuaire d'Israël et présidé la société israélienne d'exploration pétro-gazière Gulliver Energy, Ltd.). Arcanum Global, selon le Financial Time, fait de la sous-traitance pour les forces de l'ordre et des agences d'espionnage des États-Unis et de leurs alliés, ou des pays tels que le Kazakhstan.
Keith Bristow, le vice-président d'Arcanum Global, est aussi ancien directeur de la National Crime Agency et ancien président du controversé « Five Eyes Law Enforcement Group ».
Opinions, stratégies Nombre de porte-parole de l'euroscepticisme ont présenté le groupe autoproclamé des « mauvais garçons du Brexit » comme étant à l'origine du Brexit, lequel était supposément préparé et voté par des « gens ordinaires et décents » qui ont simplement osé tenir tête aux élites politiques classiques et aux supposés technocrates européens. S'exprimant lors d'un rassemblement de partisans de Trump Nigel Farage a dit : . Cependant selon l'ONG OpenDemocracy notamment, les enquêtes qui ont suivi le Brexit montrent au moins une ingérence étrangère américaine, et que les « Bad boys du Brexit » ont également aidé ces Vétérans ( don de , déclaré par les Vétérans pour la Grande-Bretagne, provenant de « Better for the Country Ltd. » une société créée par Arron Banks (qui a été l'objet d’une enquête de la Commission électorale)… mais il est néanmoins apparu que, bien que discrètement, Veterans for Britain a été un groupe-clé pro-Brexit, clairement dirigé par l'Establishment England, lequel via ce groupe estime pouvoir ou devoir continuer à jouer un rôle politique après le Brexit.
L'organisation dite de « vétérans » se veut favorable à l'OTAN, mais s'oppose à l'implication du Royaume-Uni dans les nouvelles initiatives politiques de l'UE en matière de défense, initiatives à propos desquelles elle tente de sensibiliser le public.