Joseph-Alfred Désy (, Saint-Barthélemy, Québec, Canada - , Trois-Rivières, Québec, Canada), baptisé Louis-Joseph-Alfred Désy, est un avocat et un juge québécois. Il a été bâtonnier du Québec.

Origine et formation Fils de Rémy Désy, un cultivateur, et de Marie Auré dit Laferrière, elle aussi provenant d'une famille de cultivateurs, Joseph-Alfred Désy est baptisé quelques jours après sa naissance au sein de l'église catholique romaine, en la paroisse de Saint-Barthélémy, comté de Berthier, dans la région de Lanaudière. Six autres membres composent la fratrie Désy : Louis-Philippe Désy, Omer Désy, Alphonsine Désy, Robertine Désy, Hortense Désy et Octavie Désy. Un autre enfant, Édouard Désy, est mort en bas âge.

Joseph-Alfred Désy « parcourt le circuit normal du jeune homme talentueux de la fin du ». Il débute ainsi son parcours scolaire au Collège de l'Assomption, une école confessionnelle catholique privée destinée uniquement aux garçons. Il y suit un cours classique rigoureux, qu'il poursuit au prestigieux Séminaire de Trois-Rivières. Arrivé à l'étape des études supérieures, Joseph-Alfred Désy décide de s'orienter vers le droit et part vers le sud du Québec pour aller étudier à l'Université Laval de Montréal, aujourd'hui l'Université de Montréal. Après avoir complété ses études vers 1900-1901, il est officiellement reçu comme avocat et est, par le fait même, admis au Barreau du Québec le .

Carrière professionnelle

Joseph-Alfred Désy entame sa pratique du droit à Louiseville, comté de Maskinongé, où il gagne en réputation. Avec un autre de ses pairs, Louis-Joseph Blondin, ils fondent le cabinet d'avocat Blondin & Désy. En 1906, les deux hommes déménagent leurs effectifs et établissent définitivement leur bureau d'avocat à Trois-Rivières. Ils sont aux côtés de Napoléon Kemner Laflamme en lorsque débute le procès fortement médiatisé de Mary Annie Skeene et Wallace McCraw, tous deux accusés du meurtre de Percy Howard Sclater.

De 1912 à 1913, il est le procureur de la ville de Trois-Rivières.

Orateur habile, Joseph-Alfred Désy est très impliqué dans le milieu politique de Trois-Rivières, faisant sentir sa présence lors des élections fédérales, provinciales et municipales de Trois-Rivières. Fort de sa réputation d'avocat criminaliste brillant, il tente sa chance en politique en 1914. Candidat du Parti conservateur du Québec lors de l'élection partielle du , Joseph-Alfred Désy est confronté à un adversaire de taille : le député libéral sortant Joseph-Adolphe Tessier, maire de Trois-Rivières depuis 1913, orateur suppléant de l'Assemblée législative du Québec de 1912 à 1914 et ministre de la Voirie dans les gouvernements Gouin et Taschereau de à . Au dévoilement des résultats, c'est Tessier qui est confirmé vainqueur, remportant le scrutin à contre pour Désy, une avance de 276 votes pour le député libéral. Malgré une défaite pour Joseph-Alfred Désy, le résultat du vote montre à quel point les idées du Parti conservateur du Québec commencent à prendre racine dans la circonscription de Trois-Rivières, particulièrement dans les milieux commerciaux et les quartiers résidentiels.

Le , les avocats du Barreau de Trois-Rivières votent à majorité pour élire Joseph-Alfred Désy à titre de bâtonnier de Trois-Rivières, un poste qu'il conserve pour un mandat d'une seule année, de 1915 à 1916. Le , un autre vote important se tient : les avocats de l'ensemble du Barreau du Québec élisent Joseph-Alfred Désy en tant que bâtonnier du Québec pour le bâtonnat de 1915-1916. Pour couronner le tout, Joseph-Alfred Désy reçoit aussi le titre honorique de conseiller du roi en .

En 1923, en parallèle à son métier d'avocat, Joseph-Alfred Désy devient le président du Comité d’hygiène de Trois-Rivières et président de l’Œuvre des dispensaires de Trois-Rivières, « qui ouvrit un dispensaire pour l’assistance maternelle et 'la goutte de lait' ». En 1924, il devient aussi le vice-président de l'Association canadienne antituberculeuse.

Joseph-Alfred Désy est le président-fondateur du Three Rivers Golf and Country Club, un club de golf de Trois-Rivières aujourd'hui connu sous le nom de Club de golf Ki-8-Eb.

Le mystère de Grande-Anse

Au début de l'année 1906, alors qu'il vient à peine de s'établir dans « les Trois-Rivières », Joseph-Alfred Désy participe à son premier procès d'envergure : l'affaire Sclater, qui a fait couler beaucoup d'encre au Québec.

Le , le corps de Percy Howard Sclater, un aubergiste âgé de 37 ans, est retrouvé sans vie dans son écurie de Saint-Théodore-de-la-Grande-Anse, en Haute-Mauricie, le dos criblé de balles. Après une enquête du coroner J. A. Vanasse, des accusations sont portées contre Mary Annie Skeene, l'épouse de Sclater, et Wallace Lemire dit McCraw, un employé de Sclater et potentiel amant de Skeene. L'affaire est décrite comme un tragique triangle amoureux, mais à la suite des témoignages de nombreux témoins, l'hypothèse d'un carré amoureux se profile à l'horizon et l'interprétation et la validité des preuves, aveux et autres éléments de la plaidoirie ou bien se complexifient, ou bien sont carrément remis en question.vignette|Joseph-Alfred Désy, vers 1900.Le , à la lecture de l'acte d'accusation, soit : « Que le , Wallace McCraw et Mary Annie Skeene ont assassiné le nommé Percy Howard Sclater », McCraw et Skeene ont répondu « non-coupable ». Les deux coaccusés sont d'abord détenus dans une maison de pension de Grandes-Piles avant la tenue de leur procès, puis transférés à la prison de Trois-Rivières pendant le déroulement de celui-ci. Le premier témoin de ce procès hautement médiatisé se présente à la barre le . À la défense, Napoléon Kemner Laflamme et Joseph-Alfred Désy, décrits comme deux avocats criminalistes, entendent prouver l'innocence de leurs clients, alors que c'est Edmond Guérin qui représente les intérêts la Couronne. L'associé de Désy, l'avocat Louis-Joseph Blondin, est également présent aux côtés de Kemner Laflamme et Désy. Le juge Désilets préside quelque temps à la cour, et sera plus tard remplacé par Lawrence John Cannon. Un jury composé de douze hommes est également constitué. Le procès est d'entrée de jeu l'objet d'un revirement de situation. Mary Annie Skeene, qui clamait jusqu'alors son innocence, change contre toute attente sa version et avoue qu'elle et Wallace McCraw sont complices du meurtre de Percy Howard Sclater, et que c'est McCraw qui a porté le coup fatal. Le mystère commence à prendre de l'ampleur lorsqu'on apprend que cette nouvelle version des faits est survenue après une heure d'interrogatoire avec le détective Kenneth Peter McCaskill, shérif du district judiciaire de Trois-Rivières. McCraw, présent lors de cet interrogatoire, n'aurait pas clamé son innocence. Lors du procès, le shérif s'est révélé très avare de détails concernant cet interrogatoire, et se contente de spécifier en cour que c'est McCraw le meurtrier. Les avocats de la défense Kemner Laflamme et Désy, eux, insistent sur le doute raisonnable en structurant leur argumentaire selon trois points :gauche|vignette|198x198px|Lawrence John Cannon, vers 1890, juge attitré à l'affaire Sclater.Deux témoignages chocs surviennent le . Arthur Chandonnet, un autre employé de Sclater et pensionnaire à la résidence de Sclater, raconte que McCraw et Sclater se seraient battus parce que ce dernier a insisté pour que McCraw aille faire une commission alors qu'il pleuvait. Il raconte aussi que McCraw, alors ivre, lui aurait déclaré qu'il tuerait bien Sclater si cela pouvait lui permettre de marier sa femme, Mary Annie Skeene. Un témoin de la défense, qui a comparu tout de suite après Chandonnet, vient cependant nuancer la portée des révélations produites par le premier témoin vedette du procès. Un dénommé William Jacques se produit en cour et affirme, lui, qu'à la suite de l'arrestation de McCraw pour meurtre, Chandonnet lui aurait déclaré : « Ça nous a pas pris grand temps pour débarrasser la Grande-Anse de Sclater, et avant longtemps il en a un autre qui va disparaître ». Avant que la cour ne s'ajourne, la défense Kemner Laflamme-Désy mentionne au passage que Chandonnet a été arrêté le précédent pour vol, diminuant ainsi la crédibilité de son témoignage, d'autant plus que le fil des événements commence à suggérer comme hypothèse valable une connivence entre Arthur Chandonnet et Mary Annie Skeene. Le , l'interrogatoire d'un dénommé Jimmy Maurice semble redonner de la crédibilité au témoignage d'Arthur Chandonnet. Jimmy Maurice affirme, alors qu'il est transquestionné par le duo Kemner Laflamme-Désy, que pendant qu'ils discutaient sur l'éventualité d'un mariage, McCraw lui aurait dit : « Moi, il me faut en tuer un pour me marier ». À cela s'ajoute l'intention de la Couronne d'admettre comme preuve le fait que lors de l'interrogatoire effectué par McCaskill, McCraw n'a a aucun moment manifesté son innocence. L'argumentaire produit par Maître Guérin se lit : « Ainsi, si lorsque a demandé à si celui qui avait tué son mari était le prisonnier, et si ayant fait une réponse, le prisonnier n'a pas nié, je veux déclarer que ce mutisme est une preuve contre lui ». La réplique des avocats de la défense insiste sur l'irrecevabilité de cet interrogatoire puisque le constable qui a procédé à l'arrestation de McCraw, Théodule Beaulieu, n'avait pas correctement renseigné McCraw sur ses droits en tant que personne en état d'arrestation. Dans une plaidoirie déterminante de plus de deux heures, l'avocat de la défense Kemner Laflamme cite de très nombreuses sources en ce qui concerne l'irrecevabilité d'aveux ou de mutisme en tant que preuve, et que « la preuve contre un prisonnier ne peut être faite que lorsqu'il a été démontré qu'on n'a pas employé de pression contre lui ». Toujours le , les avocats de la défense Kemner Laflamme et Désy reviennent à la charge et questionnent le constable Beaulieu, autour duquel l'issue du procès semble se jouer. La Défense relève les nombreuses irrégularités concernant le mandat d'arrêt à l'endroit de McCraw, le déroulement de son arrestation, les circonstances louches entourant l'interrogatoire mystérieux de McCaskill, des pressions dont aurait été victime McCraw et enfin le manque de communication entre le constable Beaulieu et le détective-shérif McCaskill.vignette|225x225px|Joseph-Alfred Désy, vers 1910.Les et , le procès concernant le meurtre de Percy Howard Sclater arrive à terme, mais pas sans un autre coup d'éclat. Venu de Hinckley, dans l'État de New York, un homme du nom d'Octave Darveau déclare connaître la véritable identité du meurtrier. Il raconte que le , un étranger arriva chez lui en demandant l'hospitalité, et que le lendemain avant son départ, cet étranger aurait admis être le véritable assassin de Percy Howard Sclater avant de partir et disparaître pour de bon. L'histoire, d'apparence saugrenue, n'est pas reçue en cours, bien que tous les habitants de Trois-Rivières aient pris compte de cette nouvelle piste. Le , après les plaidoiries finales de la Couronne et de la Défense, le juge Cannon ajourne le procès dans l'attente d'un verdict de la part du jury.

Une première partie du verdict du jury est donné le . Wallace McCraw est déclaré coupable du meurtre de Percy Howard Sclater et est condamné à la peine de mort. La seconde partie du jugement est rendue quelques jours plus tard. Le jury donne un verdict de non-culpabilité à Mary Annie Skeene, la veuve de Sclater, l'exonérant de tout soupçon relativement à l'assassinat de Sclater. Dans le cas de McCraw, l'incertitude d'un juré à vouloir le déclarer coupable et l’imprécision de certains témoignages sont jugées matières suffisantes à la tenue d’un nouveau procès. Au terme d'une péripétie judiciaire s'étalant sur deux ans, Wallace McCraw est formellement acquitté du meurtre de Sclater le . Ce verdict définitif de non-culpabilité pour McCraw est couplé à l'aura de mystère planant autour du meurtre de Percy Howard Sclater, qui devient formellement un crime non résolu.