vignette|redresse=1.25|Sites culturels du Premier Empire bulgare.
La culture et de la civilisation du Premier Empire bulgare sont issues de l’osmose, de part et d’autre du bas-Danube, entre principalement trois apports : celui de la aristocratie proto-bulgare de boyards initialement tengristes, fondateurs de l’État auquel ils donnèrent leur nom (България et en grec Βουλγαρία : Bulgarie) ; celui des Slaves païens installés dans les Balkans depuis le , qui leguèrent au nouvel État sa langue (le slavon qui deviendra aussi sa langue liturgique) et de nombreuses traditions populaires ; et celui du christianisme oriental des slaves christianisés, des valaques, des grecs, des albanais et autres, qui avaient été byzantins avant de devenir bulgares à la suite de la victoire d’Ongal gagnée par le khan Asparoukh sur les armées du basileus , et qui perpétuèrent le mode de vie byzantin dans leur nouvelle patrie. De cette osmose et de la foi chrétienne de rite grec, proviennent deux alphabets nouveaux adaptés aux langues slaves, dérivés de l’alphabet grec : le glagolitique et le cyrillique, matrices le toute la littérature slaveRunciman (1930) .
Au sommet de sa puissance, sous Boris , le Premier Empire bulgare s’étendait du moyen-Danube au Dniestr et de la mer Adriatique à la mer Noire, ne laissant aux Byzantins que les côtes des actuelles Albanie, Grèce et Thrace. La civilisation ainsi créée est décrite dans l’historiographie universitaire bulgare comme « culture de Pliska-Preslav », du nom des deux premières capitales de l’État, mais les ouvrages grand-public la présentent généralement par anticipation comme étant l’identité nationale bulgare moderne, déjà formée ; en fait, cette identité moderne puise certes aux souvenirs de la culture et de la civilisation du Premier et du Second Empire bulgares, mais date de la Renaissance bulgareGeorges Castellan, Histoire des Balkans, Fayard 1991, pp. 183-185..
La capitale initiale du Premier Empire bulgareLa dénomination de « Premier Empire bulgare », dans les Balkans, est impropre pour deux raisons : d’une part, dans la plupart des ouvrages elle désigne deux États successifs, le khanat (681-864) et le tzarat (864-1018) ; d’autre part ce « Premier Empire » est chronologiquement le second, car jusqu’à la bataille d'Ongal, le véritable Premier Empire bulgare (632-668) se situait dans l’actuelle Ukraine. fut Pliska, énorme campement s’étalant sur ; la seconde fut Preslav, couvrant ; les deux se situaient dans le Nord-Est de l'actuelle Bulgarie et étaient divisées en une « ville intérieure » comprenant le palais du khan avec les bains, les édifices religieux et les résidences de la noblesse, et une « ville extérieure » où l’on trouvait des propriétés, églises et monastères, échoppes artisanales et entrepôts commerciaux.
Après l’adoption du christianisme en 864 par l’aristocratie proto-bulgare jusque-là tengriste, apparut un style d’architecture religieuse, dont témoigne la Grande basilique de Pliska (l’une des plus grandes églises de son temps). Sous le règne de Siméon fut adopté le style dit « à croix centrée » comme plan-type des églises. Le monastère Saint-Naum, appelé à devenir un important centre de diffusion littéraire, la cathédrale Sainte-Sophie d'Ohrid et la basilique Saint-Achille de Larissa comptent parmi les meilleurs exemples de l’architecture sacrée bulgare.
Le monument le plus frappant de l’art de cette époque est le Cavalier de Madara, large rocher sculpté du nord-est de la Bulgarie, entré au Patrimoine de l’Humanité en 1979. Au , les ateliers de céramique de Preslav produisaient des tuiles en grande partie exportées vers l’étranger et servant à la décoration des grands édifices publics.
La littérature put se répandre grâce à la création de l’alphabet glagolitique suivi de l’alphabet cyrillique et à l’appui de grands personnages comme l’empereur Siméon que divers historiens ont cru reconnaitre sous les traits du moine-écrivain Chrabr.
Création de l’identité bulgare
Avant même la création d’un État bulgare dans le cadre duquel se formera une identité propreFine (1991) les Slaves, arrivés récents, avaient commencé à s’acculturer à la population thrace déjà établieAngelov & alii (1981) . Après l’arrivée des tribus bulgares conduites par Asparoukh en 681 la population s’accrut de même que la densité des colonies de peuplement, de telle sorte que les différences entre les diverses tribus slaves tendirent à s’effacer alors que s’accroissaient les communications au sein du paysAngelov & alii (1981) . Dans la seconde moitié du , Bulgares, Slaves, Thraces romanisés ou hellénisés avaient vécu côte à côte depuis près de deux siècles et les Slaves étaient en voie d’acculturer et les Thraces et les BulgaresAngelov & alii (1981) Fine (1991) . Nombreux étaient alors les Bulgares qui avaient adopté comme langue le vieux-slave ou vieux-bulgare, alors que la langue traditionnelle de l’élite bulgare était en voie d’extinction, ne laissant subsister que certains mots ou expressionsAngelov & alii (1981) Pounds (1973) Fine (1991) . La christianisation de la Bulgarie, l’établissement du vieux-bulgare comme langue officielle à la fois de l’État et de l’Église sous Boris (r. 852-889) et la création de l’écriture glagolitique contribuèrent grandement à la formation de l’identité bulgare au ; ceci incluait la Macédoine où le khan bulgare Kuber créa un État bulgare existant aux côtés de celui d’AsparoukhFine (1991) Angelov & alii (1981) . La nouvelle religion devait porter un coup fatal aux privilèges de l’ancienne aristocratie bulgare; de même nombreux étaient déjà les Bulgares qui parlaient la langue slave. Boris utilisa le christianisme qui n’était d’origine ni slave ni bulgare pour rassembler les uns et les autres dans une culture communeFine (1991) . Le résultat fut qu’à la fin du , les Bulgares étaient réunis par un sentiment d’appartenance commun qui devait survivre à travers les siècles jusqu’à nos jours .
Culture
thumb|left|Le baptême de Boris , étape importante vers l’unification de la nation (Madrid Skylitzès)
L’héritage culturel du Premier Empire bulgare est généralement défini dans l’historiographie bulgare comme la « culture Pliska-Preslav » du nom des deux premières capitales, Pliska et Preslav, où sont concentrés la plupart des monuments qui ont survécu et qui ont été mis au jour près de Madara, Shumen, Novi Pazar et le village de Han Krum dans le nord-est de la Bulgarie ainsi que sur le territoire de la Roumanie moderne où les archéologues roumains l’ont appelée « Culture de Dridu » (culture balkano-danubienne) Angelov & alii (1981) . On a également retrouvé des vestiges du Premier Empire dans le sud de la Bessarabie, maintenant divisée entre l’Ukraine et la Moldavie, de même que dans les actuelles républiques de Macédoine, de Grèce et d’AlbanieWhittow (1996) Чеботаренко, Г. Ф. (1969). Материалы к археологической карте памятников VIII-Х вв. южной части Пруто-Днестровского междуречья//Далекое прошлое Молдавии. Кишинев. . Le traité sur les bogomiles rédigé par l’ecclésiastique bulgare connu sous le nom de Cosmas le prêtre nous décrit l’élite bulgare comme riche, avide de collectionner les livres et de construire églises et monastères, impression que confirment les vestiges parvenus jusqu’à nous}Stephenson (2004) .
Architecture
Architecture civile
thumb|right|Carte du site archéologique de Pliska.
La première capitale, Pliska, donnait au départ l’impression d’un vaste campement de quelque dont les côtés est et ouest mesuraient de long, le côté nord et le côté sud . L’ensemble était entouré d’une tranchée de de largeur à sa base et sur le dessus avec un talus de terre de mêmes proportions ( à sa base et sur le dessus)Angelov & alii (1981) . Le centre de la ville mesurait au nord et au sud, à l’ouest et à l’est. Il était protégé par un mur de de hauteur et de d’épaisseur, construit de gros blocs de pierre taillée. On y trouvait quatre portes protégées par deux paires de tours quadrangulaires. Aux coins se trouvaient des tours cylindriques et des tours pentagonales disposées entre les tours de coins et les portes. Dans ce centre-ville étaient situés le palais du khan, des temples et les maisons des nobles. Le palais royal comportait des bains, une fontaine et un système de chauffageAngelov & alii (1981) . S’y trouvaient également de nombreuses tavernes de même que des boutiques et des ateliersAngelov & alii (1981) .
Les Bulgares de l’époque construisirent également des forteresses servant de résidences, qualifiées de « palaces fortifiés » (auls) par les auteurs byzantins de l’époque. Un exemple de ce type de construction est le Aul d’Omourtag , mentionné dans une inscription gravée sur une colonne, et qui comporte de nombreuses similarités avec celui de Pliska comme la présence de bains et l’utilisation de techniques de construction monumentale composée de grands blocs de pierre calcaireAngelov et Alii (1981) . Les archéologues y ont découvert un lion de pierre endommagé qui avait à l’origine un mètre de hauteur et correspondait à la description donnée par l’inscription : « Dans la plaine de Pliska où il demeurait, [Omourtag] fit construire un camp (aulis) près de [la rivière] Ticha… ; il y fit construire un pont franchissant la Ticha avec un campement [où il mit] quatre colonnes dont deux surmontées d’un lion. Les mêmes méthodes de construction furent utilisées pour une forteresse sur l’ile du Danube de Păcuiul lui Soare (en Roumanie d’aujourd’hui) dont le plan de la porte est similaire à ce qu’on trouve à Pliska, à Preslav et dans le Aul d’Omourtag. La forteresse de Slon, construite au point névralgique qui faisait communiquer les mines de sel de Transylvanie au territoire situé au sud du Danube, construite de manière identique, était située plus au nord sur le versant sud des Carpathes.
La seconde capitale, Preslav, avait une superficie de 5 km2 formant un pentagone irrégulier. Comme Pliska, elle était divisée en une « ville intérieure » et une « ville extérieure »Angelov & alii (1981) . La ville fut transformée par un programme de construction intensif sous Siméon (r. 893 – 927) qui rêvait de concurrencer Constantinople. La ville intérieure contenait deux palais que les archéologues ont appelés « Palais de l’ouest » et « Salle du trône », reliés entre eux. Très peu d’éléments décoratifs ont survécu : quelques plaques de marbre et deux colonnes monolithiques de marbre vert qui servaient vraisemblablement de support à une arche dans la salle du TrôneAngelov & alii (1981) . L’ensemble du complexe était plus vaste que le palais de Pliska et était entouré d’un mur de même que les bains attenant au mur du sudAngelov & alii (1981) . Une voie royale recouverte de plaques de pierre reliait la porte nord et le complexe, devant lequel elle s’élargissait en une place de grande dimension Angelov & alii . La ville extérieure renfermait les propriétés privées, des églises, des monastères, des ateliers et autres demeures. Attenant au côté extérieur des portes sud de la ville intérieure se trouvait un édifice commercial comprenant dix-huit salles pour le commerce au rez-de-chaussée et des habitations au premier étageAngelov & alii (1981) . De façon générale, les édifices commerciaux, artisanaux et monastiques étaient de forme rectangulaire, le rez-de-chaussée étant réservé au travail et le premier étage à l’habitation. Certains édifices avaient des planchers recouverts de marbre ou de tuiles de céramique, d’autres avaient des vérandas au premier étage. On y trouverait deux genres de plomberie pour amener l’eau des montagnes avoisinantes, l’une faite de tuyaux de maçonnerie, l’autre de tuyaux d’argile.
Architecture sacrée
thumb|left|Église de la Sainte-Sagesse (Sainte-Sophie) d’Ohrid.