Les Villages magiques sont une association qui a joué un rôle précurseur dans le tourisme mondial puis fusionné avec deux autres en 1956-1957 au sein du Club Med, qui incorpore ainsi dans son nouveau périmètre aussi le Club Polynésie.
Histoire Les prémices La première formule près d'Ajaccio Les Villages magiques ont été fondés par l'éditeur Paul Morihien, le peintre Jean Cocteau et le journaliste sportif Dimitri Philippoff, un aristocrate russe émigré en France. En 1935, Philippoff écrit dans les colonnes du quotidien généraliste Paris Soir, le premier en France, et de L'Auto, le principal quotidien sportif. Avec des amis du Sporting Club universitaire de France (SCUF), il nage dans l'équipe russe de water-polo à Paris : les Ours BlancsBertrand Réau, « S'inventer un autre monde », in Actes de la recherche en sciences sociales, 5/2007 (170), , article en ligne, vice-championne de Paris, et il réfléchit à créer un lieu de vacances pour ses amis sportifs et plus généralement les amateurs de sport et de grand airDes copains, une envie, une affiche, et voilà le Club Med3" par Jean-Pierre Bécret, dans Le journal de l'école de Paris du management, en juin 2004 .
Dimitri Philippoff décide d'utiliser le nom de l'équipe russe de water-polo quand il ouvre d'abord aux Issambres, sur la commune de Roquebrune-sur-Argens dans le Var en 1928 puis en 1935 en Corse, sur une petite plage de la route des Sanguinaires à Ajaccio, le Scudo, un club de vacances, consacré à la baignade, dont il fait la promotion dans ses journaux en 1935.
C'est l’Ours Blanc, village vacances de toile qui lance le premier la formule « tout compris », pour 500 francs pendant un mois. Les 70 résidents « Ours Blancs » vivent sous la tente, dans un lieu où on a et où on se Article de Dimitri Philippoff dans L'Auto du 31 août 1935 "Le Club Méditerranée et la genèse des clubs de vacances en France (1930 – 1950)" par Bertrand Réau, dans la revue Actes de la recherche en sciences sociales en 2007 . Un article de Dimitri Philippoff dans L'Auto du le raconte sous le titre : « Camping collectif ».
Le Club des Jeux olympiques de Londres en 1948 L'expérience est terminée pendant la Seconde Guerre mondiale, qui voit l'un des cofondateurs et participants à ces villages, son ami Paul Morihien, lui aussi ancien nageur de haut niveau à Paris, devenir le secrétaire particulier du peintre Jean Cocteau. Ce dernier lui confie une librairie et une maison d'édition qui lui permettent de rencontrer Colette, dont il devient l’ami et le voisin. En 1948, Paul Morihien présente son ami nageur Lionel Marcu à Édith Filipacchi, épouse de l'éditeur Henri Filipacchi, écarté de la direction de Hachette et muté en 1947 à un poste plus discret aux NMPP.
C'est elle qui a l'idée de se fournir avec des tentes des surplus de l'armée américaine et d'organiser un voyage à Londres pour assister aux Jeux Olympiques sans se ruiner en hôtels, les sportifs étant hébergés sous tente en échange d'une cotisation à une nouvelle association, le "Club des Jeux olympiques", couvrant voyage, billets d'entrée et hébergement en camping par Robert Madjar , Michel Lafon, 1997 .
Le Club olympique de Calvi en 1949 Puis tous les quatre créent l'année suivante sur une plage de Calvi, en Corse, le « Club olympique de Calvi »., avec Dimitri Philippoff. Le Club est installé sur une plage distante du port de trois à quatre kilomètres, sur un terrain de la famille d'Edith Fillipachi, qui dirige le camp.
Les affiches publicitaires vanteront un et en renvoyant vers le "Village Franco-Britannique", domicilié au 8 rue Boudreau à Paris "TOURISME Corse Village de toile franco britannique " Calvi / 2 semaines de splendides vacances au soleil sur la plus belle plage de Corse au Village Franco-Britannique, Club de l'horizon à Calvi, en 1950 .
Gérard Blitz, qui doit se rendre à Cannes pour son métier, rend visite à son beau-frère à l'été 1949 à Calvi et se lie au groupe. Cet ex-résistant, champion de natation de Belgique, avait refusé d’aller aux Jeux olympiques de Berlin puis sera converti plus tard par sa femme au bouddhisme et à l'amour de Tahiti.
Sur un terrain qui lui appartientCollier Bar EF , Édith Filipacchi gère le village d'environ 120 membres, des Français en majorité mais aussi des Britanniques fréquentés l'été précédent, qui partagent des tentes, des repas en commun, un terrain de volley-ball, un bar, une piste de danse et des vaches à eau suspendues aux arbres pour se laver. La formule du buffet, avec grillades et vin à discrétion, ainsi qu'une soirée de gala par semaine est déjà présente. Pierre Levrard, l'ex-secrétaire général de l'Ours Blanc, ami d'Édith Filipacchi, créé de son côté, un village sur la Côte d'Azur, qu'il baptise Air-Sport-Soleil.
Environ 70 ans après, le club olympique de Calvi a conservé son nom et dispose de 250 cabanes, dont 108 avec des sanitaires communs" Club Olympique - CO Soleil Calvi : Une institution qui fête ses 70 ans !" par Jean-Paul-Lottier le 21 août dans Corse Infos . Peu à peu, à Calvi, les tentes ont été remplacées par des bungalows équipés de cuisines et de sanitaires "The Human Tradition in Modern France" par K. Steven Vincent et Alison Klairmont-Lingo, en 2000, page 191 .
La scission du début de l'année 1950 Le groupe d'amis se scinde au début de l'année 1950Biographie Maitron de Gérard Blitz quand sont créées deux associations rivales. Le « Club du village de toile », fondé le Note : Le Club Méditerranée est fondé un mois après, le 27 avril., est rebaptisé quinze jours après le « Club des villages magiques », qui a pour siège social le 5 rue La Boétie et pour objet de favoriser et encourager la pratique des sports en plein air et du camping. Faute de fonds, il recourt au crédit que font les fournisseurs et, en location-vente sur cinq ans, à des tentes en état très médiocre qui avaient bourlingué partout, mais vante ou seulement deux, .
La première association est créée par les fondateurs historiques de 1948 et 1949, Paul Morihien, Édith Filipacchi, Jean Cocteau et Dimitri Philippoff, qui décident que chaque « village magique » de toile élira son maire et touchent une clientèle essentiellement féminine"La préhistoire du club méditerranée" par Alain Ehrenberg dans la revue L'Histoire de septembre 1986 .
La seconde est créée quelques semaines plus tard par le Belge Gérard Blitz. Il propose à Paul Morihien son projet, mais celui-ci répond qu'il était déjà engagé avec deux patrons de presse, Pierre Lazareff et Hélène Lazareff, qui dirige le magazine Elle.
Blitz doit chercher d'autres partenaires : il décide de travailler aussi avec la presse"Histoire et légendes du Club Méditerranée" par Christiane Peyre et Yves Raynouard, aux Éditions du Seuil en 1971 , grâce à ses connaissances au journal L’Équipe, mais de ce fait ne réussit à toucher que pratiquement des hommes. Son association a comme président Tony Hatot, champion de France de natation durant la Seconde Guerre mondiale car Blitz, Belge, n'a pas le droit de fonder et diriger une association de loi française.
Les deux associations offrent des séjours de deux semaines « tout compris » (voyage, hébergement, nourriture et sports). Pour leurs toiles de tentes, elles récupèrent toutes les deux des stocks de surplus de l'armée américaine, en cours de repli stratégique, se procurant les tentes d'abord en location vente.
Pierre Levrard un des amis d'Édith Filipacchi qu'il avait aidé financièrement à créer le Club olympique de Calvi, lance de son côté, pour le même été 1950, un village sur la Côte d'Azur, qu'il baptise Air-Sport-Soleil. En , L'Équipe publie une publicité pour une quatrième association, le Club Olympique de Calvi, qui continue de son côté à exister, en utilisant une photo d'un match de volley l'été précédent à Calvi, avec Gérard Blitz et Paul Morihien autour de Jean Marais.
Plusieurs de ces Club confient l'approvisionnement en tentes à un fournisseur, la société fondée par le père d'un ex-journaliste à L'Humanité, Gilbert Trigano"1950-1956 : L’histoire des Villages Magiques, sur Collierbar. Histoire du Club Med de sa création jusqu'à nos jours. , qui en 1945 avait organisé la première « Nuit de la jeunesse » au Vel' d'Hiv, pour les Jeunesses communistes, qu'il a quitté en 1946 car a été censuré un de ses reportages dans le journal L'Avant-garde. Il s'occupe de ces stocks et devient fournisseur aussi des Villages magiques.
L'association Club Méditerranée se montrera par la suite plus tournée que les autres vers un projet de créer une entreprise"Le Culte de la performance" par Alain Ehrenberg, sociologue et chercheur au CETSAH, aux Editions Pluriel en 2014 . Celle des Villages magiques semble, au moment de la fusion de 1957 avec le Club Méditerranée, moins forte car elle recrute et lorsqu'il négocie le fait .
Le soutien du magazine Elle L'activité d'éditeur de Paul Morihien lui avait permis, le premier, de rencontrer Henri Filipacchi et son épouse Édith Filipacchi puis plus tard en 1949 Pierre Lazareff et Hélène Lazareff. Avant-guerre, Dimitri Philippoff avait croisé son collègue Pierre Lazareff dans les bureaux du quotidien généraliste Paris Soir.
Elle, fondé en 1945, surfe sur le succès des premiers villages et parle même des « Villages magiques des lectrices de Elle ». Le magazine féminin publie périodiquement des articles sur le Club et un « bon magique » donnant accès à des villages dans lesquels des vedettes du cinéma et du théâtre sont invités ou parrains. Parmi elles, l'acteur Henri Vidal, qui le , a épousé Michèle Morgan, rencontrée lors du tournage du péplum Fabiola d'Alessandro Blasetti (1949), avec qui il forme un des couples les plus mythiques du cinéma français, régulièrement photographié dans Paris-Match"Quand les beaux yeux de Michèle Morgan pleuraient la mort d’Henri Vidal" dans Paris-Match le 10/12/2019, par Clément Mathieu .
Le magazine précise que les lectrices seront accueillies au village avec leur mari, des amis ou des enfants s'ils ont plus de dix ans et que en plus d'aider à choisir des activités de détente.
Les premiers villages Deux « villages magiques » sont créés dès les semaines qui suivent et fonctionnent durant l'été 1950, l’un autour d’un lac dans le Tyrol, pour y pratiquer cheval et canoë, l’autre en Sicile, à Cefalù, déniché par Jean CocteauCefalu, sur Collier Bar . Les deux villages sont chacun quatre fois plus grand que celui de Calvi, avec 500 places"La conquête des vacances" par Roger-Henri Guerrand, aux Editions ouvrières, en 1963 .
De son côté l'association Club Méditerranée n'ouvre qu'un seul et premier village, à Alcudia en Espagne, qui ferme l'année suivante. C'est en 1950 et le clergé espagnol refuse de voir des filles en maillot de bain se baigner au même endroit que les hommes, obligeant à fermer les le camp de tentes de Puerto de Alcudia près de Majorque, et recourir à un petit hôtelier proche, qui ne donne pas satisfaction, obligeant à ce que l'expérience ne soit pas renouvelée sur ce site dès l'année suivante et remplacée par le site paradisiaque de Golfo di Baratti, en Toscane, où la belle petite plage de sable volcanique noir ne plait cependant pas à tous, puis l'île grecque de Corfou en 1952, et deux villages en 1953, sur la plage de Marina di Campo, la plus vaste de l'Ile d'Elbe et Bečići, village du sud du Monténégro. Les premiers villages à ne plus être composés uniquement de tentes"1950-1954, les premiers villages" par Marcel Contal sur Collier Bar apparaissent en 1954. Le village de Céfalu donne son nom à un film Pendant 3 ou 4 ans, les deux associations et accumulent des dettes. Les « Villages magiques » n'ont comme clientes que les lectrices de Elle et surtout voient en 1952 Dimitri Philippoff rejoindre l'association rivale du Club Méditerranée, pour sa part restreinte aux lecteurs de la rubrique football du journal L’Équipe, où passent ses annonces.