La fabrication de tapisserie médicéenneDu nom des Médicis. (ou tapisserie florentine) a été une heureuse intuition de , alors (duc de Florence), qui en 1546 appela à Florence deux maîtres tapissiers flamands qui travaillaient à Ferrare, à la cour du duc Hercule II d'Este. Son but était d'implanter dans la ville un atelier de tapisserie. L'industrie du tissage des tissus de laine et de soie avait déjà une longue histoire à Florence : dès le , les tisserands appartenaient à un Art et avaient leurs propres statuts.
Les tapisseries anciennes sont des spécimens d'une forme particulière d'art. Elles sont parfois endommagées par l'usage et par la lumière, donc nous arrivent dans des conditions précaires : pour cette raison on les conserve, pendant longtemps, enroulées et enfermées dans les dépôts.
Historique vignette|250px|B. Squilli, Les Trois Âges de l’homme, 1595 (Londres). La tapisserie médicéenne , ou florentine, est née sur l'impulsion et par la volonté de Cosme qui, poussé par sa passion pour l'art, mais aussi par son intuition d'entrepreneur, chargea en 1545 les deux tapissiers flamands et d'installer à Florence une fabrique de tapisseries et de former des ouvriers textiles toscans.
Selon le contrat du , le duc aurait fourni aux deux maîtres tapissiers flamands à tisser et payé d'avance, en versements mensuels, ainsi qu'un montant supplémentaire pour chaque tapisserie terminée, qui pouvait varier selon la finesse du travail effectué. Les deux tapissiers pouvaient aussi tisser pour des commettants toscans ou étrangers et ils étaient alors libres de fixer le prix. Le salaire des travailleurs était à la charge des deux tapissiers, qui devaient aussi pourvoir au matériel à tisser. Les dessins demeuraient leur propriété et ils pouvaient les réutiliser..
Cosme entendait donc attirer des maîtres tapissiers , mais aussi fournir du travail aux ouvriers locaux. La production florentine de laines et de tissus précieux garantissait des matières premières produites localement, en évitant des importations coûteuses en provenance des pays étrangers. Une véritable entreprise industrielle fut donc créée..
Le début. Le maniérisme Les ateliers des tapissiers étaient dispersés dans toute la ville : rue des Arazzieri, rue des Servi (Giovanni de Marchionne da Fivizzano et Benedetto de Michele Squilli, 1559), rue des Cimatori (Nicolas Karcher), rue de la Ninna, la rue de San Gallo (Jan Rost) et rue du Cocomero (Filippo di Jacopo et Giovanni di Bastiano Sconditi, 1555)..
La tapisserie médicéenne se distingua par l'utilisation des matériaux précieux - soie, or, argent - et par des techniques de tissage élaborées. Au fil du temps et à cause des métaux lourds qu'on utilisait autrefois dans la phase de teinture des laines, les couleurs des tapisseries s'estompent. Pourtant à l'origine elles étaient lumineuses, comme on peut le voir par l'envers du tissu. Les fils de laine toscane étaient tissés avec des fils de soie, d'or, d'argent, pour créer des reflets. thumb|320px|Bronzino, Joseph fuit la femme de PutifarIl s'agit de Joseph (fils de Jacob) dans l'histoire biblique Joseph et la femme de Putiphar, 1549 (Quirinal).
Les tapissiers, à Florence, interprétaient les dessins des peintres connus, tels que Bronzino, Francesco Salviati, Bachiacca (Francesco d'Ubertino).
Giorgio Vasari, dans Les Vies des meilleurs peintres, sculpteurs et architectes a écrit que Bachiacca
Giorgio Vasari - inventeur prolifique et inspirateur de sujets pour les tapisseries florentines - conçut une décoration complexe pour le Palazzo Vecchio. Chaque salle devait avoir ses tapisseries qui faisaient allusion - parfois de manière symbolique - aux fresques des plafonds : c'était un projet artistique qui prenait ses idées du monde littéraire..
Parmi les premières pièces tissées, les « spalliere » à grotesques, réalisées pour la salle d’audience du Palazzo Vecchio. La première série de tapisseries, les Histoires de Joseph, fils de Jacob, fut tissée en dix « panni » en 1546-1549 et la seconde en 1549-1552. La double texture empêchait la détérioration des tapisseries, permettait leur enroulement et donc leur conservation. Bronzino, auteur du plus grand nombre des dessins de cette série, remplissait avec des figures en style « michelangiolesco », en laissant peu de place au paysage. Pour les dessins, il fut aidé par Raffaellino del Colle. Salviati exécuta le carton pour Le Rêve des vaches maigres et des grasses ; Jacopo Pontormo exécuta les dessins pour la Lamentation de Jacob et le Benjamin retenu (mais cette dernière tapisserie soulève quelques doutes, même s'il existe un dessin de Pontormo au Cabinet des dessins et des estampes du Musée des Offices)..
Les bordures, dessinées par Bronzino, s'inspirent de tapisseries flamandes, achetées auparavant par Cosme : ce sont des arbousiers, des grenades, des concombres, des melons, mais aussi des figures animales et anthropomorphiques qui constituent un ensemble de symboles, en partie hermétique et difficile à interpréter.
La tradition de la manufacture grand-ducale des « creati fiorentini » se poursuit en 1555, avec Giovanni Sconditi et Benedetto Squilli qui ont dirigé les deux « botteghe »ducales de Rost et de Karcher et qui ont produit des tapisseries pour l'ameublement du Palazzo Vecchio et de la villa de Poggio a Caiano.. En 1588, le chef de la manufacture de tapisseries était Guasparri Papini. thumb|250px|right|Entrée de Cosme à Rome, gravure d’après le Stradano, 1580.. Le peintre flamand Jan van der Straet, dit le Stradano, est connu aussi pour l'activité de dessinateur pour la manufacture médicéenne de tapisseries : il a réalisé plus de , illustrant les techniques et l'histoire de la pêche et de la chasse. Parmi ces dessins, certains ont été choisis pour les cartons de la série des Chasses, qui a été tissée entre 1568 et 1570 pour décorer la Villa médicéenne de Poggio a Caiano.
À partir de 1565, le Stradano commence à dessiner la série Storie Fiorentine, conçue comme une collection de faits exemplaires - qu'ils se soient produits ou qu'ils soient symboliques - qui ont le but d'exalter les vertus de la dynastie des Médicis. Ce projet de louange courtisane, selon l'idée de Giorgio Vasari, doit remplir entièrement le Palazzo Vecchio. Les tapisseries sont restées à Florence, mais réparties entre les Offices, la Galerie de l'Académie et la Bibliothèque Laurentienne. En 1583 a été publiée à Anvers une collection de , qui reproduisent une partie des dessins du Stradano pour les Storie Fiorentine...
De la manufacture grand-ducale est sortie aussi la série de la Passion du Christ, tissée par Guasparri Papini, sur les cartons d'Alessandro Allori et de Lodovico Cigoli. Le tapissier Guasparri Papini a réalisé aussi, après 1589 et sur les dessins d'Alessandro Allori, trois dessus-de-porte (« portiere ») aux armes de Médicis et de Lorraine..
Images (Bronzino)
Le . Le baroque thumb|250px|right|L'Été, Pietro Févère sur dessin du Stradano et carton de M. Cinganelli, 1637. Entre 1613 et 1618 fut tissé pour le comte espagnol d'Altavilla le panneau des Histoires du roi Ferdinand et en 1622 fut réalisée la série Histoires de sainte Catherine, destinée à Naples. Guasparri Papini meurt en 1621 et le flamand Ebert Van Asselt lui succède à la direction de la tapisserie. Au marquis de Pescara furent envoyées en 1623 Les Chasses et en 1629, au cardinal Borgia, à Rome, les Histoires de Scipion l'Africain.. Michelangelo Cinganelli a dessiné une Histoire de Phetont (Offices).
Ebert Van Asselt meurt en 1630 ; il est remplacé Pietro Févère (Lefebvre) qui introduit à Florence la technique de tissage de haute lice. Les dessins sont préparés par de nouveaux peintres tels que , Gismondo Coccapani, Baccio del Bianco, Jacopo Vignali et Lorenzo Lippi. Au Palazzo Vecchio sont conservées la série Les Saisons et la série Les Heures (Le Char du soleil, Le Crépuscule, La Nuit, Le Crépuscule du matin)..
Les petits dessus-de-porte et les tapisseries en colonne, qui créent des effets scénographiques et illusionnistes, sont alors très recherchés, les motifs ornementaux et architecturaux ainsi que les éloges au grand-duc et a sa famille étant préférés. Agostino Melissi dessine la série Histoire d'Alexandre (1642-1650) et la série Histoire de Moïse (1650-1659) qui, dans les cadrages architecturaux du sujet, interprète avec douceur le nouveau goût baroque. Melissi donne aussi le dessin pour un panneau des Histoires florentines, que la tapisserie médicéenne a recommencé à tisser, avec de nouveaux épisodes et d’autres dessins (Histoires de Laurent le Magnifique, 1653 ; Histoires de Jeanne d'Autriche, 1654 ; Histoires du Grand-Duc Cosme, 1658-1665)..
Le . La fin thumb|350px|America, Vittorio Demignot sur dessin de Gio. Camillo Sagrestani, 1739. thumb|100px|right|Autoportrait de Gio. Camillo SagrestaniGravure de A. Volpini. . Voir aussi : Museum Florentinum.. De la tapisserie médicéenne sortirent la série Les Vertus, tissée par Giovan Battista Termini, 1700-1705 (Palazzo Vecchio) ; la série Les Quatre parties du monde, tissée par Vittorio Demignot et Leonardo Bernini, sur les cartons de Giovanni Camillo Sagrestani, 1723-1730 - série qui fut exposée le jour de l'entrée à Florence du nouveau grand-duc François II de Lorraine (grand-duc de Toscane du 1737 au 1765) et de son épouse Marie-Thérèse d'Autriche (Musée Bardini) ; Le Rat de Proserpine de Leonardo Bernini, sur le carton de Giuseppe Grisoni, 1733 ; La Chute de Phaéton, tapisserie de Bernini et dessin de Vincenzo Meucci..
Giovanni Camillo Sagrestani a dessiné trois tapisseries de la série Les Quatre Éléments, avec l'aide de Lorenzo del Moro (1735-1740). De cette série, Le Feu, sous les traits du dieu Vulcain, est sur le dessin de Matteo Bonecchi (Palais Pitti)..
En 1738 le grand-duc François II de Lorraine ferme les ateliers de la manufacture et beaucoup de tisserands, restés sans travail, émigrent à Naples, en emportant de Florence les métiers à tisser, les matériaux de tissage et les dessins. Il n'est pas facile de comprendre les motifs de cette décision : peut-être François de Lorraine n'aimait pas les tapisseries, ou peut-être voulait-il marquer une discontinuité avec la dynastie des Médicis ; peut-être encore, vivant la plupart de son temps à Vienne, considérait-il comme excessives les dépenses pour les palais florentins ; peut-être enfin voulait-il simplement suspendre cette activité pour la reprendre ultérieurement, mais les préoccupations pour la Guerre de Succession d'Autriche le détournèrent de ce projet. Il appela cependant à Florence des tapissiers de Lorraine qui réalisèrent un portrait du grand-duc lui-même, des panneaux avec des fleurs et des ornements pour les sièges. Après 1744 il n’y a plus de trace de travaux de tapisserie exécutés à Florence..
Des milliers de tapisseries ont été tissées à Florence entre 1546 et 1744. Outre les pièces produites pour décorer des villas, des palais et des églises, ont été créés des étendards et même des draps avec des sujets religieux ou des décors floraux, et des panneaux à exposer aux fenêtres et aux balcons à l'occasion des fêtes religieuses, comme la fête de saint Jean, la Fête-Dieu (Corpus Domini) et le Scoppio del Carro, le Samedi saint.
Le royaume d'Italie Le gouvernement du baron Bettino Ricasoli disposa que tous les objets d'art appartenant à l'État et qui se trouvaint à Florence devaient être réunis, par le Domaine de l'État, au Palazzo Vecchio. En 1864 les tapisseries (un millier environ) furent cédées à la Direction des RR. Galeries et Musées qui, en partie, les a exposées dans le Corridor de Vasari. En 1884, les tapisseries florentines ont été transférées dans un nouveau musée, au Palazzo della Crocetta en rue de la Colonna 26, où elles restèrent jusqu'en 1922.. Après, on les partage : les Offices en reçoivent , d'autres tapisseries restent enroulées dans des entrepôts, ou sont exposées dans des bureaux publics.