Le contre-discours coranique (nom complet : « Contre Discours Rapporté Direct » (CDRD)) ou « rhétorique polémique » est une modalité rhétorique présente dans le Coran par laquelle la citation de divers opposants permet de défendre un point de vue au moins en partie contraire. L'étude de ces contre-discours permet de mieux cerner le contexte d'origine du Coran.
Historiographie Plusieurs auteurs médiévaux se sont penchés sur les polémiques coraniques, en particulier al-Ghazali, al-Ṭūfī et al-SuyūṭīMahdi Azaiez, "Le contre discours coranique : premières approches d'un corpus", Le Coran : Nouvelles Approches, 2016, version Epub.. Les formes polémiques dans le Coran ont aussi été étudiées par A. Neuwirth et N. Robinson. Parmi celles-ci, cette forme du contre-discours a été repérée comme typiquement coranique par Josef Van Ess en 1970. Elle a été étudiée par Rosalind Gwynne Ward en 2004Rosalind Gwynne ward, Logic, Rhetoric, and Legal Reasoning in the Qur’an, New York, Routledge, Curzon, 2004. puis par Mehdi AzaiezMehdi Azaiez, Le contre-discours coranique, Studies in the History and Culture of the Middle East, vol. 30, Berlin, Boston, De Gruyter, 2015. dans le cadre de sa thèse sous la direction de Claude Gilliot.
Ces polémiques montrent une capacité du texte coranique à mobiliser des ressources linguistiques et rhétoriques pour convaincre. Ces éléments ont, en particulier, été étudiés linguistiquement. À l'inverse, la tradition musulmane a développé de nombreux récits à caractère exégétique et hagiographique autour de celles-ci, . Cette approche apologétique reste prégnante dans les universités arabes.
Schéma littéraire Cette forme rhétorique expose successivement un discours, appelé « contre-discours », et la réponse qui lui est faite. Elle peut être sous la forme yaqūlūna… fa-qul (ils disent… dis-leur). Créant un antagonisme de discours, ce schéma .
Cette forme rhétorique est présente dans 588 versets du Coran et 37 sourates n'en possèdent aucun. Pour Azaiez, l'importance de ces polémiques augmente au fur et à mesure de la chronologie coranique, . Il s'agit de l'un des genres les plus importants du texte coranique.
Alfred-Louis de Prémare dégageait cinq grands thèmes dans les polémiques coraniques . Néanmoins, les réponses se ressemblent et sont généralement basées sur un argument d'autorité, ou un ad hominem.
Les passages coraniques utilisant cette forme rhétorique peuvent être divisés en trois groupes : ceux qui évoquent le temps passé, ceux qui évoquent le temps présent de Mahomet et ceux qui évoquent le temps eschatologique. Ils représentent respectivement 37.5, 46 et 16.5%.
Approche du contexte d'émergence du Coran D'un point de vue historique, les controverses portées par ce type de discours ont été étudiées par Chabbi, Prémare... Ces auteurs voient principalement celles-ci comme une image de l'islam des origines. L'étude de ces contre-discours permet, au-delà de l'aspect rhétorique, d'étudier les oppositions doctrinales aux moments de la naissance de l'islam et la mise en place des frontières de cette nouvelle religion. Cela permet de mieux connaître le contexte d'émergence du Coran. Ainsi, la présence de contre-discours sur l'absence d'engendrement divin mais aucun sur le polythéisme appuie la thèse d'une Arabie majoritairement monothéiste à cette époque.
Azaiez voit dans les études intertextuelles un prolongement futur pour l'étude de cette forme rhétorique. Elle permettrait de confronter ces contre-discours à des textes de l'Antiquité tardive et de rechercher des concomitances pour mieux cerner son milieu et ses contacts. Cette forme rhétorique est déjà présente dans la Bible. L'inscrivant dans une perspective historique, Prémare voyait le Coran comme le .
L'étude de ces contre-discours permet de mettre en valeur des évolutions discursives. Ainsi, dans les contre-discours eschatologiques, le Coran proclame d'abord une croyance non biblique avant de solliciter ceux-ci comme arguments...
La construction de l'opposant La présence de contre-discours dans un texte qui se veut transcendant peut paraître paradoxal.
Ces contre-discours créent une image construite de l'opposant, et qui ne peut être décrit que par ce que le Coran présente. Cet aspect pose la question de ce contre-discours, entre . Pour Pierre Larcher, Larcher P., « Coran et théorie linguistique de l’énonciation », Arabica, 47, 2000, p. 454.. Le discours rapporté et l'indistinction de l'opposant créer ainsi une distance avec le locuteur. Pour Azaiez, .
Notes et références
Catégorie:Coran Catégorie:Vocabulaire de l'islam