Le château de Fontaine-Henry est une demeure qui se dresse sur le territoire de la commune française de Fontaine-Henry dans le département du Calvados, en région Normandie. L'édifice est classé au titre des monuments historiques.
Tel un château de la Loire égaré en Normandie., l'édifice d'origine médiévale est rendu célèbre pour ses façades marquées principalement par les styles Louis XII et Renaissance.. De par ses hautes toitures à la française culminant jusqu'à près de de haut sur le « Gros pavillon » quadrangulaire, l'édifice est également considéré comme les plus hauts toits de France..
Localisation Le château est situé, route de Thaon, au sud-est du bourg de Fontaine-Henry, près de l'église, dans le département français du Calvados.
Historique Le château de Fontaine-Henry est un domaine familial qui a traversé le temps en accumulant savoirs et objets.. Cela a été rendu possible car le château n'a jamais été vendu et s'est transmis de génération en génération depuis environ dix siècles.
Possédant tour à tour le domaine par voie d’héritage, plusieurs noms s'y sont succédé. Parmi eux, la famille d'Harcourt qui était une famille très puissante et proche du roi, de même que la famille Cornulier qui a apporté des souvenirs de la Révolution ou encore la famille d'Oilliamson qui est l'actuelle propriétaire du château… Proche de Bayeux, le domaine doit son nom à Henry de Tilly, fils d'un grand sénéchal de Normandie, qui prend part à la huitième croisade. Sur l'emplacement d'une première forteresse du début du , la famille de Tilly fait édifier entre 1200 et 1220 un nouvel édifice. De cette époque subsistent notamment la chapelle et des salles voûtées qui formaient autrefois le rez-de-chaussée du logis seigneurial, témoignant encore aujourd'hui de toute l’ampleur du château au cours du Moyen Âge classique.
La branche ainée des Tilly transmet ses terres à la famille d'Harcourt lorsque Jeanne de Tilly épouse en 1374 Philippe d'Harcourt. Elle lui laisse alors en dot plusieurs seigneuries dont Fontaine-Henry.
C’est la famille d’Harcourt qui entreprend de reconstruire le château après la guerre de Cent Ans. Conservant le domaine durant cinq générations, les travaux s'étalent entre la fin du et les années 1560 sur pratiquement un siècle, lui conférant son aspect actuel. Fontaine-Henry devient alors une demeure de prestige et acquiert cette harmonie très inédite qui en fait un exemple remarquable des styles Louis XII et Renaissance, à l'instar des hôtels d'Escoville et de Than à Caen..
Plus tard, une Harcourt porte la seigneurie en dot chez les Morais, dont l'un des descendants épouse Françoise de Sévigné et est le beau-fils de la célèbre épistolièreCf. #Mariage en ce qui concerne la légitimité du titre..
Jusqu’au , la route de Thaon continue de passer par sa cour, via une porte monumentale située au sud et nommée Gloria laus (« gloire et louanges »)« Gloire et louange », du titre d'un chant de procession, attribué à Théodulfe d'Orléans et toujours en vigueur aujourd'hui pour la procession du dimanche des Rameaux dans l'Église catholique.. C'est à partir de ce point de vue que les façades de dentelles de pierre et « les plus hauts de France » ont été conçues pour impressionner le visiteur et ce, bien que son emplacement se soit retrouvé, avec le temps, au centre du parc, à la suite des modifications postérieures de l'ensemble du domaine.
Au cours du , Henry de Carbonnel, marquis de Canisy, hérite de Fontaine-Henry. C'est à cette époque qu'est entreprise la réalisation du bâtiment abritant encore la galerie et la salle à manger, tandis que la globalité des jardins sont transformés en un parc à l'anglaise.
L'ensemble revient à sa fille adoptive, la marquise de Cornulier, dont la petite fille épouse le comte Pierre d'Oilliamson. Au début du , ils entreprennent une restauration discrète du château.
L'actuel châtelain, le marquis Pierre-Apollinaire d'Oilliamson, a ouvert largement son domaine au tourisme afin de mettre en valeur le patrimoine historique et artistique du domaine. Dans cette optique, le marquis invite les visiteurs à se replonger dans d'histoire avec un programme estivale d'animations baptisé Les enchantées.
Le château C'est en scrutant l'ensemble des maçonneries et en comparant les devis et les plans des , que Bertrand Jestaz a tenté de reconstituer les différentes étapes de construction de cette accumulation de corps de logis. Ces conclusions furent reprises par Jean-Pierre Babelon.
Depuis le sobre gothique de la chapelle et du Vieux Logis jusqu'au décor de puis Renaissance du Gros Pavillon, il est évident que, de père en fils, les d’Harcourt, qui le possédèrent de 1400 à 1575., eurent tous à cœur d'être en accord avec l'art de leur temps.
Bien que restée inachevée, leur demeure reste l'un des plus précieux témoignages de l'évolution du goût normand de à .
Le Moyen Âge « classique » () : la forteresse
Sur l'emplacement d'une première forteresse du début du , deux puissantes familles anglo-normandes, la famille de Tilly et la famille d’Harcourt, érigent à partir du tout début du un château selon le même dispositif qu'au château ducal de Caen. Il se compose alors d'un vaste ensemble de trois bâtiments : les appartements seigneuriaux ou logis seigneurial (en latin camera), la Grande-Salle ou salle de réception (désignée dans certains textes latins antérieurs au par le terme aula, mais les textes en ancien français la désignent comme la grant salle) et la chapelle (en latin capella).
Au nord-est de l'édifice actuel, planté dans la déclivité qui s'amorce vers le vallon, on imagine une importante masse fortifiée qui pourrait être un donjon. La cour qui précédait la façade de cet édifice était autrefois close par de hauts murs crénelés flanqués de puissantes tours percées de meurtrières connectées à un chemin de ronde. Suivant une disposition déjà observée à Caen et qui se développera au , ces courtines montaient presque jusqu'au sommet des tours, permettant ainsi une meilleure circulation des défenseurs.. Tournée vers le nord, l'entrée de la forteresse était défendue par un puissant châtelet encadré par deux hautes tours polygonales, qui seront englobées dès le dans le gros pavillon quadrangulaire. Outre un système d'assommoir et de pont-levis, l'ensemble était clos par un fossé dont il ne reste plus de traces. La chapelle castrale qui se trouve à présent quelque peu isolée dans le parc était vraisemblablement comprise dans l’enceinte..
Malgré toute son ampleur, cette forteresse sera probablement détruite au cours de la guerre de Cent Ans.
De cette époque nous sont parvenus des segments de voûte du , la chapelle encore toute romane réalisée par Henry de Tilly (voûtée d'ogives au et modifiée en partie au ) et les caves voûtées en croisée d'ogives des qui formaient autrefois le rez-de-chaussée du logis seigneurial. Par leur sobriété, ces éléments se rattachent au style gothique classique (1180-1230), alors contemporain de la cathédrale de Chartres et de Bourges, reflétant par là même le soin apporté à l'esthétisme de la bâtisse.
Le Bas Moyen Âge () : une reprise en main vignette|Vue de la maison du fermier réalisé dans un style gothique flamboyant marqué par la sobriété. Lorsque Jeanne de Tilly épouse Philippe d'Harcourt, en 1374, elle lui apporte en dot plusieurs seigneuries dont celle de Fontaine-Henry. C'est à cette époque qu'est entreprise la reconstruction générale du château médiéval détruit en partie au cours de la guerre de Cent Ans. Ces travaux seront poursuivis par leurs descendants, conférant peu à peu à l'édifice son aspect actuel.
En rompant avec la disposition primitive de la forteresse qui unissait châtelet et corps de logis, on reconstruit, à partir de la fin du , l'extrémité nord de l'édifice pour en faire l'habitation du fermier. Réalisées dans un style gothique flamboyant très sobre au milieu du , la tourelle d'escalier et la dernière travée de droite du corps central correspondent à cette première phase de travaux.
Le style (1495-1515/1530) : la féerie vignette|gauche|257x257px|Le logis central de . En 1497, Jean d'Harcourt, lieutenant au bailliage de Caen, hérite du domaine par son père. Il s'engage alors avec son fils Pierre, baron de Briouze, dans une reconstruction totale du logis seigneurial.
Signe des temps, la façade du nouveau bâtiment est désormais monumentale : passées les décennies de tourmente et les derniers avatars de la guerre de Cent Ans, Fontaine-Henry fait montre de cette volonté nouvelle d'éblouir et de marquer la puissance nobiliaire retrouvée en empruntant au vocabulaire architectural des édifices religieux.. Bien que construit, à peu d'années près, dans la continuité de la maison du fermier, la sobriété du style gothique flamboyant de ce premier édifice se voit déjà supplantée par un style de transition entre le gothique et la Première renaissance, situant cette phase de travaux dans le plein essor du (1495-1515/1530). vignette|La lucarne de ..|gauche|355x355px Ce nouveau corps de logis rappelle d'ailleurs certaines dispositions contemporaines, observées au château de Blois ou au palais de justice de Rouen., particulièrement dans l'aspect traditionnel des hauts combles et dans l'élévation régulière et symétrique des trois travées centrées sur une lucarne richement ornée interrompant une balustrade ajourée ornée de gargouilles. Influencées de l'Italie, ces superpositions plus régulières d'ouvertures, reliées entre-elles par des moulures, annoncent clairement le quadrillage des parois extérieures sous la Première Renaissance. Dans le même esprit, si le traitement de la balustrade, surmontant l'ensemble, semble encore pleinement dans l'esprit du gothique flamboyant, il n'en annonce pas moins les réalisations de la Renaissance française par l'ordonnance et la stylisation de ses motifs.
Typique du style , l'élargissement des fenêtres sur cette partie de l'édifice, véhicule une notion de luxe tandis que leur abondance participe à la féerie du château. : outre l'apport de la clarté, ces ouvertures élargies permettent désormais une aération plus importante des pièces dans un souci nouveau d'hygiène de vieActes du premier colloque international de l'association verre et histoire Paris-La Défense/ Versailles, 13-15 octobre 2005. Intervention de Sophie Lagabrielle, conservateur en chef, Musée du Moyen Âge, Paris..
Suivant une tendance de l'époque, l'arc brisé en ogive a partout été remplacé par l'arc en accolade ou arc en talon., conférant à l'ensemble une parenté avec l'hôtel de ville de Compiègne, où l'on retrouve d'ailleurs le même type de lucarnes flamboyantes surmontées d'arcatures ajourées. C'est cette tradition française qui séduira Serlio lors de son arrivée à Paris en 1540 : les lucarnes " sont de grand ornements pour les édifices comme une couronne" et les grands combles couverts d'ardoise bleutées sont "des choses très plaisantes et nobles".