Claude Brousson, né à Nîmes en 1647 et mort à Montpellier le , est un avocat et ministre du culte protestant.

Enfance et éducation : Nîmes et Montpellier (1647-1665) Claude Brousson naît en 1647 à Nîmes. Après un siècle de Réforme, la ville de compte et . Nîmes est situé dans le « croissant huguenot »Samuel Mours, Les Églises réformées en France, Paris et Strasbourg, 1958., qui s'étend du Poitou au Dauphiné et rassemble environ un demi-million de protestantsStéphane Capot, Justice et religion en Languedoc au temps de l'Édit de Nantes : la Chambre de l'édit de Castres, 1579-1679, École des chartes, Paris, 1998.. Les protestants représentent à cette époque environ 5 % de la population au niveau national ; dans le croissant huguenot, leur proportion est très supérieure à la moyenne nationale, tout en étant irrégulièrement répartie. Montpellier, Nîmes et les Cévennes rassemblent les forces vives de la Religion Prétenduë Réformée (R.P.R.), dénomination usuelle pour désigner le protestantisme à l'époque.

Les Brousson sont des notables protestants nîmois. Le père, Jean Brousson, est un bourgeois commerçant. La mère, Jeanne de Paradès, est de basse noblesse ; le père de Jeanne, François de Paradès, est avocat à Nîmes.

Claude Brousson est le second de neuf enfants (6 garçons et 3 filles). Seul son frère puîné, Daniel (qui s'installera en Hollande et dont il restera très proche), et sa sœur Magdaleine parviennent à l'âge adulte.

Les parents de Claude sont de fervents protestants calvinistes, ce qui implique la pratique quotidienne du culte familial, la participation assidue au culte dominical qui inclut un sermon de deux heures, et au catéchisme du dimanche après-midi. À la même époque - de 1655 à 1661 - officie à Nîmes le pasteur Jean Claude Abraham Borrel, Biographie de Claude Brousson, pasteur de Nîmes: Suivie de la liste de tous les pasteurs qui ont desservi l'église de Nîmes, B.R. Garve, Nîmes, 1852., dont Claude Brousson aura pu entendre des sermons. Face à la pression anti-protestante qui s'accroît avec le début du règne personnel de Louis XIV en 1661, Jean Claude doit quitter la ville après avoir tenu dans le cadre d'un synode des propos injurieux vis-à-vis des catholiques. Claude Brousson est encore à Nîmes lorsqu'est ordonnée la démolition du temple Saint Marc, l'un des deux temples de Nîmes Léon Ménard, Histoire civile, ecclésiastique et littéraire de la ville de Nismes avec les preuves, H. D. Chaubert, Paris, 1744-1758..

Claude Brousson reçoit tout d'abord son éducation d'un précepteur, Monsieur BillonCharles Bost, Les prédicants protestants des Cévennes et du Bas-Languedoc: 1684-1700, Honoré Champion, Paris, 1912., avant d'entrer au Collège de Nîmes, qui depuis 1634 est revenu par décision royale aux mains des Jésuites. De 1654 à 1663 il poursuit ses études (latin, rhétorique, philosophie, sciences humaines) à l'Académie de Nîmes, qui est en train de subir le même sort que le Collège ; en 1664, l'année qui suit le départ de Claude Brousson, l'ensemble des chaires auront été reprises par les Jésuites. Claude Brousson y suit le cours de David Derodon, un professeur de rhétorique célèbre, dont l'ouvrage Le Tombeau de la Messe, un pamphlet contre le dogme de la transsubstantiation édité à Genève en 1654 et republié en 1662, est brûlé publiquement en 1663 sur ordre de Cohon, évêque de Nîmes, sous les yeux des élèves sommés d'assister au spectacle. Claude Brousson comparera plus tard dans l'un de ses ouvrages les Jésuites aux sauterelles de l'Apocalypse Claude Brousson, Quinzième Lettre aux catholiques romains, Au Désert, 1688.. Claude Brousson se destine à devenir avocat. Pas de trace de son inscription en faculté ; le choix le plus vraisemblable est Montpellier. À l'issue des trois années de faculté, Claude Brousson intègre en 1666 la chambre mi-partie de CastresLors de son interrogatoire, Claude Brousson déclare avoir été avocat dix-sept ans avant son départ en 1683 - Archives Départementales de l'Hérault, C 191 f°381 r°, cité par Muriel Floutier.

L'avocat : Castres, Castelnaudary et Toulouse (1666-1683) Les chambres mi-parties tirent leur nom de l'origine confessionnelle des magistrats qui les constituent : pour moitié catholiques et pour moitié protestants, avec un président catholique et un président protestant. Les chambres mi-parties ont été instituées dans chacun des huit Parlements du royaume par l'article 34 de l'édit de Nantes : Ces chambres ont pour objectif de donner aux protestants un accès équitable à la justice.

La chambre mi-partie de Castres trouve son origine dans une chambre composée exclusivement de juges réformés, dont l'installation avait été autorisée par le Prince de Condé en 1568. Après diverses tribulations à la suite des édits qui se succèdent pour légiférer sur la R.P.R. (édit de Beaulieu en , de Poitiers en ), c'est donc à Castres que s'établit en la chambre mi-partie du ressort du Parlement de Toulouse .

La fonction d'avocat qui permet aux beaux esprits d'exprimer leurs talents oratoires jouit d'un grand prestige, supérieur à celui du procureur. Claude Brousson, qui a terminé ses études à la faculté, arrive à 19 ans à Castres, ville de , pour moitié protestants et pour moitié catholiques. Castres tire une bonne partie de son prestige et de son activité de la présence de la chambre mi-partie. Les débuts dans la profession se font en tant qu'écoutant et défenseur des pauvres. Claude Brousson s'y forge une réputation.

En 1670, la chambre mi-partie est déménagée à Castelnaudary par lettre patente du , au grand dam des Castrois.

Le Claude Brousson épouse à Nîmes Marie Combelles, Contrat de mariage., de Béziers. Un premier fils, Barthélémy, naît entre 1678 et 1680.

Un édit de supprime la chambre mi-partie. Castelnaudary n'était qu'une étape vers la dissolution. Les magistrats de la chambre mi-partie sont incorporés au parlement de Toulouse. L'un d'entre eux, M. de Paul, refuse et part se réfugier à Genève. Le parlement de Toulouse est en effet réputé être anti-protestant. Cette réputation se nourrit de la mémoire des événements de la Saint-Barthélémy, le , lorsque les magistrats catholiques ont laissé pendre leurs collègues protestants encore en robe de magistrats sous les fenêtres du parlement. La commémoration du massacre donne lieu chaque année à des festivités.

Dans une Toulouse catholique, les arrivants protestants de la chambre-mi-partie se constituent en église. Ils n'ont pas le droit d'édifier un temple en ville, mais obtiennent l'autorisation de le faire à l'extérieur, au Portet. Le temple du Portet leur permet de se rassembler pour le culte, mais eu égard à la proximité de Toulouse, il est interdit d'y célébrer la Sainte Cène et les mariages. Claude Brousson est élu comme Ancien au consistoire de cette église rattachée au colloque d'Armagnac qui compte 4 pasteurs pour 2000 protestants répartis en quatre paroisses (Puycasquier, Mauvezin, Mas-Grenier, l'Isle-Jourdain et Toulouse-Le Portet).

Un second fils, Claude, naît le . Marie Combelles meurt en 1680, sans doute à la suite de cette naissance. Les enfants sont confiés à leur grand-mère Jeanne de Paradès qui réside à Nîmes.

Le clergé catholique se rassemble le à Paris ; il rédige l'Avertissement pastoralLouis-Ellies Du Pin, Histoire ecclésiastique du dix-septième siecle, Pralard, Paris, 1723, 4 vol. in-8, voir vol.3 pages 355 et 365] ., et donne l'ordre qu'il soit lu dans tout le royaume. L'avertissement sonne comme un ultimatum aux protestants : « vous devez vous attendre à des malheurs incomparablement plus épouvantables et plus funestes que tous ceux que vous ont attiré jusqu'à présent votre révolte et votre schisme. » Cet avertissement marque un tournant : face à l'échec, la violence va l'emporter sur la persuasion.

Du au , la Province de Haut-Languedoc à laquelle est rattaché le colloque d'Armagnac et six autres colloques (Haut- et Bas-Quercy, Lauragais, Rouergue, Foix et Albigeois) se réunit pour son synode annuel. Claude Brousson y représente sa paroisse ; il est élu secrétaire du synode avec le pasteur Martin. Les contacts qui s'établissent lors de ce synode marqué par les problèmes d'une Église que la répression croissante divise seront déterminants pour l'élaboration du projet de Toulouse.

Claude Brousson épouse en 1682 en secondes noces Marthe Dollier, de Castres, née vers 1650, vraisemblablement la fille de Pierre Dollier, procureur au parlement de Toulouse Archives en ligne du département du tarn, faisant état de la succession de Pierre Dollier. Un mariage qui a l'apparence d'un mariage de raison, dans la tradition sociale du milieu judiciaire, où se tissent de solides alliances familiales Généalogie de la famille Combelles, indiquant un mariage avec un Dolier. Ils n'auront pas d'enfant.

Au début de 1683 se déroule à Toulouse le procès de l'église de Montauban, dont Claude Brousson assure la défense. La ville est presque exclusivement protestante, et subit l'intransigeance de l'intendant Nicolas Joseph Foucault, qui s'emploie à faire appliquer la politique anti-protestante de Louis XIV. Le procès qui s'ouvre en est perdu d'avance ; en témoignent la faiblesse des trois chefs d'accusation déployés successivement, l'intervention de faux-témoins manifestes, et la rapidité du jugement qui est rendu le . Le temple est détruit ; quatre des cinq pasteurs s'exilent.

Montauban n'était pas le premier procès du genre pour Claude Brousson qui avait défendu d'autres Églises sans guère plus de succès. Claude Brousson est conscient que la justice est bafouée ; on lui propose (printemps ou été 1683) une charge de conseiller pour acheter son silence, qu'il refuseMuriel Floutier épouse Franc, Mémoire de maîtrise d'Histoire moderne, Université de Toulouse II Le Mirail, 1996.

Le projet de Toulouse (1683)

Pour la grande majorité des protestants, c'est le clergé catholique qui est la cause des mesures de plus en plus coercitives qui étranglent le protestantisme français ; Louis XIV est mal conseillé, la fidélité au Roi reste intacte.

Courant 1682, des contacts s'établissent entre pasteurs et Anciens de différentes églises malgré l'interdiction royale de communiquer entre provinces. Ces contacts aboutissent à la nomination dans le plus grand secret de directeurs chargés de trouver des solutions. Claude Brousson est l'un d'entre eux, ainsi qu'il l'écrira de La Haye le dans une lettre au chevalier de Williamson :

Ainsi naît un projet de désobéissance civile. Le projet prend corps à l'occasion de la réunion en à Toulouse de directeurs envoyés par les synodes du Midi, Haut- et Bas-Languedoc, Cévennes, Dauphiné, Guyenne et Saintonge. Les qualités d'avocat et d'écrivain de Claude Brousson ont pu être appréciées à l'occasion du synode de Saint-Antonin ; c'est lui qui rédigera la plus grande part du projet, ainsi qu'une requête adressée au Roi. Parmi les autres directeurs présents à Toulouse pour élaborer le projet avec Claude Brousson, on compte les pasteurs Icard et Peyrol, de Nîmes, les pasteurs Sagnol, Laborie, Brunier, Perrotat, Daudé sieur d'Olimpies, Favier, ainsi peut-être que le pasteur RousselIbid., . Le pasteur Isaac Homelwww.museedudesert.com Liste des Pasteurs et Prédicants pendus, étranglés, roués, ou brûlés vifs par autorité de justice ou ayant péri de mort violente de 1684 à 1765., ministre de Soyons, dont le temple a été détruit en 1682, sera l'une des chevilles ouvrières de la mise en application du projet en Vivarais.

Si le style des 18 articles du projetClaude Brousson, Apologie Du Projet Des Réformez De France, Fait au mois de May 1683 pour la conservation de la liberté de conscience & de l'Exercice public de Religion, que les Edits & Traitez de Pacification leur accordent, Pierre Marteau, Cologne, 1684 voir page 104. est très modéré, tant vis-à-vis du pouvoir que vis-à-vis des églises afin de ne pas heurter leurs prérogatives, sur le fond, le projet appelle clairement à la sédition, en s'articulant autour de trois exhortations :