Etterbeek ( ; ) est l'une des 19 communes bilingues de la région de Bruxelles-Capitale en Belgique.
Elle est voisine de la ville de Bruxelles et des communes d'Ixelles, Auderghem, Woluwe-Saint-Pierre, Woluwe-Saint-Lambert et Schaerbeek. Au , Etterbeek compte Population par commune au 1er janvier 2025, ce qui représente une densité de .
Géographie Communes limitrophes
Toponymie Il s'agit de la fixation toponymique d'un nom de ruisseau (hydronyme), selon un processus assez courant (cf. toponymes en -beek). En l'occurrence, Etterbeek est appellation locale du Maelbeek..
L'Etterbeek est quant-à-lui attesté sous les formes Iatrebache en 1127 ; Ietrebecca en 1138 ; Jetrebecce ; Jetterbeka en 1221 ; Jetterbeca en 1223..
Cette formation hydronymique de type flamand est caractéristique de l'Europe germanique, mais aussi d'une partie de l'Europe romane, où le germanique *bakiz a pu évoluer sous diverses formes (cf. noms en -bach, -bec(q), -bais, etc.Charles Rostaing, Les noms de lieux, Presses universitaires de France, , Paris, 1985 ( édition), p. 70, chapitre V : l'apport germanique, II. - Appellatifs, p. 67-68.). La forme *baki « ruisseau », propre au germanique occidental, dont procède le vieux bas francique à l'origine de l'ancien néerlandais, explique la terminaison -beek. Le premier élément Etter- est plus obscur, c'est pourquoi Maurits Gysseling ne s'est pas prononcé sur son origine, mais il correspond au néerlandais etter « pus », issu de l'ancien néerlandais *ēttar / eitir, lui-même du germanique occidental *aitr, d'où le sens global possible de « ruisseau purulant, sale ». Dans ce cas on se trouve en présence d'un quasi-homonyme du type hydronymique pangermanique *Fūlbakiz répandu aussi bien en Scandinavie (Fulebæk), qu'en Allemagne (Faulbach), en Belgique (Vuylbeek), en Angleterre (Fulbeck), qu'en Normandie (Foulbec) et qui signifie « ruisseau puant, putride, sale, impur ». cf. aussi les Merderet, Merdereau de type roman.
Remarque : le journaliste Jean-Jacques Jespers a aussi proposé une remotivation par le néerlandais de racines hypothétiques pré-latines, d'origine indo-européennes.
Histoire Origines Le village d'Etterbeek, situé au sud-est de la ville de Bruxelles, se développa le long du Maelbeek, important ruisseau qui prenait sa source dans le bois de la Cambre et traversait une vallée relativement profonde (le long des actuelles rue Gray, rue du Maelbeek et chaussée d'Etterbeek) en formant plusieurs étangs (dont ceux d'Ixelles, du parc Léopold et du square Marie-Louise) pour se jeter ensuite dans la Senne au sud de la gare de Schaerbeek. Le paysage d'Etterbeek reste bien rural jusqu'au , avec champs, étangs et forêts. Le village est entouré de trois bois faisant partie, au Moyen Âge, de la forêt de Soignes : le « Linthoutbosch », le « Me(l)sdaelbosch » et le « Solbosch » Dirk Nevelsteen, « Histoire du développementurbanistique d’Etterbeek », ministère de la région de Bruxelles-Capitale, 1997..
La première mention du village remonte à l'an 966 (Iatrebache), dans un diplôme de l'empereur Otton I, d'où on a la confirmation de l'existence d'une église, dépendant de l'abbaye de Nivelles Willy Van Damme, « Histoire d'Etterbeek », Etterbeek.be, février 2017.. On ne sait pas clairement où se situait le noyau originaire du village - soit près du domaine d'Eggevoorde, au confluent du Maelbeek et du Broebelaar, soit le long de la vallée du Broebelaar (qui suivait la rue Louis Hap, de la place Saint-Pierre à la place Jourdan), soit au hameau Oud Geleeg (entre parc Léopold et parc du Cinquantenaire).
En 1127, on trouve Ietrebecca dans une décision de l'évêque de Cambrai, qui octroie un prêtre « résident » à la paroisse. L'église Sainte-Gertrude (actuelle place Van Meyel), ainsi qu'une ferme (démolie vers 1870 lors de l'aménagement de la rue du Clocher), sont sous l'autorité de la Collégiale Sainte-Gudule, mais l'abbaye de Nivelles (sous tutelle des ducs de Brabant) continue d'y lever les dîmes. En 1295 le duc Jean II de Brabant accorde aux échevins de la Ville de Bruxelles le droit de percevoir l'accise sur la bière brassée à Etterbeek.
vignette|gauche|Esquisse d'Etterbeek par Hans Collaert, circa 1530-1580. vignette|gauche|Esquisse d'Eggevoort par Hans Collaert, circa 1530-1580. En 1435, on recense vingt-sept habitations (fermes) à Etterbeek, avant qu'en 1489 le hameau soit ravagé et pillé par les troupes du duc Albert III de Saxe, en guerre avec les villes flamandes. En 1559 Etterbeek relève du nouvel archevêché de Malines, et est ensuite dévastée à nouveau par les Iconoclastes en 1580. La population d'Etterbeek était alors principalement concentrée le long des actuelles chaussée d'Etterbeek, chaussée Saint-Pierre et rue De Mot. Une maison de plaisance occupait l'emplacement de l'actuel parc Félix Hap au . La chapelle de « Onze-Lieve-Vrouw-Huysken » se trouvait au hameau de la Chasse Royale, territoire faisant partie du domaine royal, près du croisement de la Kapellestraet (actuelle rue Général Henry) et du chemin menant à Overijse (actuelle chaussée de Wavre). Une deuxième chapelle fut érigée pour les habitants d'Eggevoorde en 1619, au carrefour des actuelles rue Gray et chaussée de Wavre.
Depuis le , Etterbeek relevait probablement de la juridiction de l'échevinage ducal de Watermael, celui-ci étant à son tour de la compétence de la commune de Rhode.
Le premier registre paroissial des naissances remonte à l'année 1601. L'année suivante les ducs Albert et Isabelle font capter les eaux du Maelbeek et du Broebelaer afin d'alimenter les cuisines et les jardins du Palais du Coudenberg, via une tour hydraulique située à Saint-Josse. En 1627, la chaussée de Wavre est pavée, et l'année suivante une gilde de tireurs à l'arc est établie, et placée sous le patronage de saint Sébastien.
Etterbeek était traversée par de très anciennes voies de communication rurales. Les deux principales étaient le chemin menant à Overijse, reliant la porte de Namur à ce village du Brabant (actuelle chaussée de Wavre), et la Bes(s)emstraet (actuelle chaussée Saint-Pierre). Ces deux artères se rencontraient à hauteur de l'actuelle place Jourdan pour se rattacher à un chemin parallèle au Maelbeek, qui se dirigeait vers Saint-Josse-ten-Noode et la porte de Louvain (chaussée d'Etterbeek). La Bes(s)emstraet était probablement aussi le chemin le plus court entre le palais du Coudenberg (place Royale) et le château de Tervueren, bâti en 1200 et relié à la ville par plusieurs artères passant par Etterbeek, telles que le Princewege, la Boschstraet (actuelles rue Gérard et rue Bâtonnier Braffort) ou la chaussée de Tervueren (section de l'actuelle chaussée de Wavre), facilement accessible via la chaussée d'Etterbeek, créée à la fin des années 1720 à l'emplacement du chemin menant à Overijse. Ces voies de communication permettaient également à la Cour de se rendre à la chasse dans les bois d'Etterbeek et des environs. Vers 1750, Charles Alexandre de Lorraine fit encore tracer deux autres allées sur le territoire d'Etterbeek, les « drèves de Lorraine », à travers le Linthoutbosch et le Me(l)sdaelbosch.
Baronnie vignette|Maison de la Baronnie (1680). Il faudra ensuite attendre 1673 pour que la seigneurie, jusque-là dépendant du chef-mayeur de Rhodes, soit émancipée. Le roi Charles II d'Espagne érige alors Etterbeek en baronnie, qu'il cède à Don Diego Enriquez de Castro, son neveu, trésorier général des armées des Pays-Bas. Le premier baron d'Etterbeek introduisit la charge de drossard et le village reçut son propre bourgmestre ainsi que cinq échevins. Un pied-à-terre de la Baronnie, en réalité une exploitation agricole, est bâti en 1680, dont une partie survit au 56-58 de la chaussée Saint-Pierre, classée comme Monument historique en 1976 ; une autre maison du se situe au de la chaussée de Wavre.
En 1686, Etterbeek compte 350 habitants et une vingtaine de bâtiments, dont plusieurs brasseries et auberges (elles seront 31 en 1724). Le village était bien un but de promenade pour les citadins bruxellois. Un moulin-à-vent au hameau de la Chasse, près de l'actuelle rue Joseph Buedts, est bâti en 1689. L'auberge « Moriaan », le plus célèbre, abrite en outre les prémices d'un Conseil communal et donc d'une première Maison communale, jusqu'en 1862.
Depuis 1750 sur la Place Van Meyel, une église remplace la chapelle dédiée à Sainte-Gertrude. Les descendants du baron de Castro vendirent, en 1767, à un certain Pieter Cluydts l'entièreté du domaine qui revint deux ans plus tard à l'État. En 1770, la famille Posschier exploite une ferme au de la chaussée Saint-Pierre. Etterbeek apparait sur la carte militaire des Pays-Bas autrichiens, dressée par le Comte Joseph de Ferraris, avec ses étangs (35 en 1804), le Maelbeek (ruisseau), le Broebelaer et le (futur) domaine et château Hap. Etterbeek est aussi siège d'une manufacture de porcelaine de 1787 à 1803.
Commune vignette|Etterbeek en 1700. vignette|Etterbeek en 1777 (carte de Ferraris). vignette|Etterbeek en 1891. vignette|Etterbeek en 1898. Lors de la réorganisation qui suivra la Révolution française de 1789, la baronnie deviendra commune au sein du canton de Woluwe-Saint-Étienne. La première maison communale est abritée jusqu'en 1862 dans l'ancien auberge Le Morian. En 1804 la commune d'Etterbeek compte . Albert-Joseph Hap en devient Maire, nommé par Napoléon Bonaparte.
Le voit la progressive industrialisation de l'ancien hameau rural, avec l'implantation de briqueteries, tanneries et blanchisseries. Parmi les plus importantes fabriques se trouvaient une tannerie et une brasserie installées en 1804 par l'ancien bourgmestre Albert-Joseph Hap dans sa propriété de plaisance de la vallée du Broebelaar (chaussée de Wavre 508) ainsi que la manufacture de coton Hanssens. L'agriculture maintient quand même la première place dans l'économie locale durant une grande partie jusque dans la seconde moitié du .
À la suite de l'indépendance de la Belgique en 1830, André Lemort devient le premier bourgmestre d'Etterbeek. En 1831, la commune a et 500 maisons. Le futur sculpteur Constantin Meunier y naquit au de la chaussée d'Etterbeek, en plein quartier européen.
La saturation de la ville de Bruxelles pousse désormais plusieurs bourgeois à abandonner la capitale pour les faubourgs. Les bois d'Etterbeek (Me(l)sdaelbosch et Solbosch) ont déjà disparu, mais l'urbanisation ne débute qu'à la moitié du , à la suite de l'aménagement du quartier Léopold et à l'ouverture de la gare du Luxembourg et de l'avenue d'Auderghem du rond-point de la rue de la Loi vers la chaussée de Wavre.
En 1844, le Conseil communal décide de combler les grands étangs d'Etterbeek et de transformer le Maelbeek en égouts. L'actuelle rue de l'Étang ne sera tracée qu'en 1853. En 1849, la commune compte plus de et ; une épidémie de choléra fait 85 morts. En 1851, le jardin zoologique de Bruxelles est implanté dans l'actuel parc Léopold. Deux ans après, la Ville de Bruxelles annexe une partie du territoire d'Etterbeek (63 hectares), en vue de prolonger la rue de la Loi et d'étendre le quartier Léopold et le champ de manœuvres (parc du Cinquantenaire), tout en devant reconnaitre l'autonomie communale d'Etterbeek.
C'est sous le règne de Léopold II que cette bourgade rurale se transforma en zone péri-urbaine puis urbaine, avec la réalisation de grands axes comme l'Avenue de Tervueren et le Boulevard Militaire (aujourd'hui Boulevard Saint-Michel) et de quartiers comme celui de la Place du Roi-Vainqueur. À cette époque où l'on prend conscience des dangers sanitaires dans les centres urbains, toute une partie de la bourgeoisie et de la noblesse bruxelloise y déménage et avec elle, des institutions comme le collège jésuite Saint-Michel, inauguré en 1905.