Le Libro de profecías ou Livre des prophéties est un manuscrit rédigé par Christophe Colomb entre 1501 et 1502, avec des ajouts occasionnels par diverses mains jusqu'en 1505. Rédigé sur papier filigrané fabriqué en Italie, il compte 84 feuillets numérotés, dont 14 feuillets sont manquants.
Par ce manuscrit, Colomb vise à étayer la thèse selon laquelle il était prédestiné pour réaliser la découverte des Indes afin que l'Espagne puisse évangéliser les populations indigènes et que la monarchie espagnole acquière une source d'or qui lui permettra de financer la reprise de Jérusalem par la chrétienté.
Colomb en a commencé la rédaction afin de regagner l'appui des rois catholiques en vue de son quatrième voyage vers le Nouveau Monde. Il a eu la collaboration du frère chartreux Gaspar de Gorricio, du Monasterio de Santa María de las Cuevas à Séville.
Le manuscrit original est conservé dans la Biblioteca Capitular y Colombina de la Cathédrale de SévilleInstitución Colombina: El Libro de las Profecías de Cristóbal Colón..
Contenu et objectifs Description L'ouvrage compte au total 385 citations de la Bible, dont 326 proviennent de l'Ancien Testament et 59 du Nouveau. Il est rédigé en espagnol, à l'exception des citations bibliques extraites de la Vulgate et des pères de l'Église, données en latin. Son titre initial était: il a créé le livre en Italie.
Contexte Selon une conception millénariste répandue au Moyen Age, pour que survienne la fin du monde ou seconde venue de Jésus Christ, plusieurs conditions doivent être remplies :
Le monde entier doit avoir été évangélisé. Il faut retrouver le jardin d'Eden, dont on croyait qu'il avait été épargné par le Déluge parce qu'il se trouvait sur une montagne. Colomb avait acquis la conviction que celui-ci se trouvait dans le Nouveau Monde, compte tenu de la fertilité du sol et de l'état d'innocence qu'il avait attribué d'emblée à ses habitants. Une dernière croisade doit reprendre la Terre Sainte aux musulmans car le Christ doit revenir à l'endroit où il a vécu. Un dernier empereur doit être choisi pour mener cette croisade. Celui-ci serait tout naturellement issu des rois catholiques.
Ces idées, popularisées par Joachim de Flore au , étaient encore dans l'esprit du temps. Comme le note l'historien Edward Wilson-Lee :
Organisation Les citations sont présentées sans ordre d'importance ni de date, ni de zone géographique. Elles ne sont pas données dans l'ordre où elles ont été trouvées, mais elles sont regroupées dans trois sections:
* de Praeterito : le passé (folios 30 - 53). * de Praesenti et Futuro : le présent et le futur proche (folios 54 - 62). Les folios 63, 64, 65 et 66 ont disparu. * de Futuro. In novissimis : le futur (folios 67 - 83).
L'ensemble forme une sorte de raisonnement sur l'arrangement divin.
Thèmes Dès 1500, Colomb commence à voir ses découvertes comme faisant partie d'un plan divin et il recrute le frère chartreux Gaspar de Gorricio pour l'aider à en établir la preuve en colligeant les citations bibliques qui les préfigurent.
Outre la Bible, il recueille les prédictions dans diverses sources, notamment chez des théologiens tels Pierre d’Ailly, Guillaume V Durand, Alonso Tostado, Jean Chrysostome, Nicolas de Lyre, Isidore de Séville, Joachim de Flore, mais aussi l'astronome arabe Abou Ma'shar al-Balkhî, le roi Alphonse Le Sage et Sénèque.
En situant la découverte du Nouveau Monde à l'intérieur d'un plan divin prévoyant le triomphe universel de la foi chrétienne, Colomb vise à renforcer sa position auprès des rois catholiques, à les convaincre de financer d'autres expéditions vers le Nouveau Monde et à entreprendre la reconquête de Jérusalem. Ces citations les assurent en même temps d'un succès facile et des énormes richesses que leur procureront ces terres que certains extraits associent à Ofir et à Tarsis, lieux mythiques d'où provenaient notamment les fabuleuses richesses des mages de la Bible.
Urgence d'agir Le manuscrit commence par une longue lettre aux rois catholiques dans laquelle Colomb rappelle d'abord son expérience de navigateur, sa passion du savoir, ses connaissances étendues en astrologie, géométrie, arithmétique ainsi que son talent pour dessiner des cartes . Surtout, le Seigneur lui a donné l'inspiration et la volonté de mener à bien son projet tout comme il a illuminé l'esprit de leurs majestés qui lui ont fait confiance en dépit des avis contraires.
Il affirme ensuite que sa découverte de l'Inde est miraculeuse et qu'elle s'inscrit dans le plan de Dieu. Il y a urgence, car selon une interprétation alors attribuée à Saint Augustin la fin du monde doit advenir dans le septième millénaire après sa création:
En conséquence de ce calcul, il ne resterait donc que 155 ans pour que se termine le septième millénaire et que s'accomplissent les prophéties, ce qui implique que le roi doit agir vite.
Sénèque et les chaînes La tragédie Médée de Sénèque a particulièrement retenu l'attention de Colomb en raison de ce passage qui lui semblait hautement prophétique et donc inspiré par Dieu:
Ces vers avaient impressionné Colomb à un point tel qu'il a voulu être enterré avec des chaines pour symboliser les chaines de l'Océan qu'il avait brisées. Les chaines sont également évoquées dans une citation du Psaume 116 qui remercie Dieu d'avoir délié ses chaines : Tú sueltas mis ligaduras : tu délies mes chaines (f° 10). Comme le note Wilson-Lee, ce passage doit avoir excité chez Colomb d'autant plus fort que le gouverneur d'Hispaniola l'avait capturé et renvoyé enchainé en Espagne en 1500 en l'accusant de conduite criminelle; Colomb avait tenu à conserver ces chaines comme une jusque dans son tombeau. ..
Pour le spécialiste et biographe de Christophe Colomb qu'est Michel Lequenne, Le livre des prophéties montre .
Éditions . Édition diplomatique de l'original conservé à la Biblioteca Capitular y Colombina del Cabildo Catedralicio de Sevilla. . .
Références
Sources
Catégorie:Christophe Colomb Catégorie:Prophétie