José Pedro Castillo Terrones, simplement dit Pedro Castillo, est un syndicaliste et homme d'État péruvien, né le à Puña (province de Chota). Il est président de la république du Pérou du au .

Issu d'un milieu pauvre et rural, il est instituteur de profession et l'un des meneurs d'une grève nationale d'enseignants qui dure près de en 2017.

Lors de l'élection présidentielle de 2021, il se présente comme candidat de Pérou libre, un parti marxiste-léniniste qu'il rejoint sept mois avant le scrutin. Il affiche des positions de gauche radicale sur l'économie et la politique étrangère, tout en se montrant conservateur sur les sujets sociétaux. Novice en politique, il est d'abord donné très bas dans les sondages, avant de voir sa candidature décoller à quelques semaines du scrutin et de sortir en tête du premier tour. Affrontant au second tour la candidate de droite radicale Keiko Fujimori, il est élu avec 50,1 % des suffrages exprimés à l'issue de six semaines de recomptage des bulletins de vote.

En butte à l'hostilité du Parlement, d’une majorité des médias et des élites économiques, il se montre incapable de diriger un gouvernement stable et de mettre en place les réformes annoncées pendant sa campagne, telles que le changement de Constitution et la réforme agraire.

Fin 2022, en réaction au vote à venir d'une procédure de destitution à son encontre, il annonce la dissolution du Parlement, en dehors de tout cadre constitutionnel. Il est aussitôt destitué par le Parlement pour et arrêté par l'armée, ce qui entraine dans les campagnes des manifestations massives brutalement réprimées. Sa vice-présidente, Dina Boluarte, lui succède. Incarcéré depuis sa destitution, il est condamné en à onze ans d’emprisonnement pour « conspiration en vue d’une rébellion ».

Situation personnelle

Origines et jeunesse José Pedro Castillo Terrones est issu d'une famille cholo (métis péruvien).. Ses parents sont des paysans pauvres et illettrés.. Il est le troisième d'une famille de neuf enfants..

Il grandit dans un hameau près de Puña et doit marcher plusieurs kilomètres pour se rendre à l'école. Durant son enfance, il effectue également des travaux agricoles avec ses parents.

Dans sa jeunesse, il est un « rondero », du nom des groupes d’autodéfense de paysans luttant contre le vol de bétail et la guérilla du Sentier lumineux à partir des ..

vignette|redresse=0.6|gauche|alt=|Lilia Paredes, son épouse. En 2000, il épouse (née en 1973), avec qui il est en couple depuis qu’il est jeune adulte et avec laquelle il a deux enfants. Également d'origine paysanne, elle est enseignante et membre d'une congrégation méthodiste de l'Église du Nazaréen...

Carrière professionnelle À partir de 1995, Pedro Castillo travaille comme instituteur à Puña. Il est titulaire d'une maîtrise en psychopédagogie de l'université César Vallejo..

Engagement syndical

Dans sa région rurale Alors qu'il enseigne dans l’une des régions les plus pauvres du Pérou, où ses élèves sont souvent sujets à la sous-nutrition, Pedro Castillo décide de s'engager dans la lutte syndicale pour que l'éducation en milieu rural soit mieux soutenue par les autorités..

Grève nationale de 2017 Il acquiert une notoriété nationale en 2017, lorsqu'il conduit une grève suivie pendant près de trois mois, avec un pic à plus de pour obtenir une augmentation du budget de l'éducation. Fragilisant le président de la République, le libéral Pedro Pablo Kuczynski, le mouvement obtient partiellement gain de cause, avec notamment des hausses de salaire.

Ascension politique

Au sein de Pérou possible vignette|redresse|alt=|Pedro Castillo .

En 2002, Pedro Castillo se présente sous les couleurs de Pérou possible (Perú Posible, PP), parti classé au centre ou au centre gauche, pour devenir maire d’Anguía ; il est battu.. À partir de 2005, il est l’un des principaux militants de Pérou possible dans la région de Cajamarca, où il réside. Il reste membre du parti jusqu’à sa dissolution en 2017, à la suite de mauvais résultats électoraux..

Élection présidentielle de 2021 Pedro Castillo est choisi par une assemblée nationale des représentants des professeurs pour être leur candidat à l'élection présidentielle de 2021. La pandémie de Covid-19 et le manque de ressources financières les conduisent à renoncer à construire un parti politique.. Approché par plusieurs petits partis, il choisit la formation de gauche radicale et d’obédience marxiste-léniniste Pérou libre (Perú Libre, PL), dont il n'est alors pas membre... Il s'enregistre par la suite comme membre du parti le , sept mois avant la présidentielle et quelques jours avant la date limite d’enregistrement des candidats...

Comme colistiers pour la vice-présidence, il désigne Dina Boluarte et Vladimir Cerrón. Secrétaire général de Pérou libre, ce dernier est condamné en 2019 à quatre ans de prison pour corruption, une situation qui conduit à l'invalidation de sa candidature... Si Pedro Castillo essaie par la suite de s'en dissocier, l'influence supposée de Cerrón revient régulièrement dans le débat...

Durant la première partie de la campagne, inconnu de la plupart des Péruviens, Pedro Castillo est donné très bas dans les sondages et ne bénéficie que d'une très faible médiatisation. Sa campagne s’accélère à partir du mois de mars, où il franchit le seuil des 5 % d'intentions de votes.

Il fait campagne pour une réforme constitutionnelle (il estime que l'actuelle Constitution du Pérou, promulguée en 1993 sous le président Alberto Fujimori, est responsable des inégalités économiques du pays parce qu'elle consacre un modèle de libre marché)., une restructuration du système des retraites et la nationalisation de l'industrie du gaz... Son programme s'appuie sur trois thématiques principales : la santé, l'éducation et l'agriculture, qu'il compte renforcer pour stimuler le développement du pays.. Il bénéficie d'une certaine image de probité puisqu'il fait partie des huit candidats (sur dix-huit) à n’être cité dans aucune affaire dans un pays où la corruption politique est importante...

vignette|gauche|redresse=0.9|alt=|Bulletin de vote du second tour de l'élection présidentielle (). À la surprise générale, il arrive en tête du premier tour, avec 18,9 % des suffrages exprimés, réalisant ses meilleurs scores dans les régions rurales et pauvres... Au second tour, il affronte la populiste de droite Keiko Fujimori, fille de l'ancien président autoritaire Alberto Fujimori, emprisonné pour crimes contre l'humanité et corruption. La candidature de Castillo rencontre alors l'hostilité des milieux d'affaires et de la plupart des médias péruviens.. Alors que la monnaie nationale, le sol, tombe à un niveau historiquement bas face au dollar à quelques jours du second tour, le Financial Times indique que l'élite péruvienne s'inquiète de la perspective d'une victoire de Pedro Castillo et que les plus grandes fortunes cherchent à transférer leurs économies à l'étranger et à les convertir en dollars..

vignette|alt=|Pedro Castillo et Dina Boluarte, président et vice-présidente élus, avec Francisco Sagasti, chef de l’État sortant, et Violeta Bermúdez, présidente du Conseil des ministres sortante (Lima, ). À l’issue de dix jours d’incertitudes, l’Organe national du processus électoral (ONPE) proclame Pedro Castillo vainqueur avec seulement 50,12 % des suffrages exprimés, soit d’avance sur près de de votants.. Des allégations de fraudes portées par son adversaire de droite, qui réclame l’invalidation du scrutin, conduisent le Jury national électoral (JNE) à examiner les résultats. Les semaines qui suivent sont particulièrement tendues, alors que plusieurs centaines d'officiers à la retraite, parmi lesquels l'ancien dictateur Francisco Morales Bermúdez, appellent l'armée à empêcher l'investiture de Castillo et qu’ont lieu des manifestations anticommunistes parfois émaillées de violence. ; cependant, aucun militaire actif ne prend position, la Constitution péruvienne l'interdisant. Le chef de l'armée présente toutefois sa démission trois jours après la proclamation de la victoire de Pedro Castillo.. Les origines rurales « cholo » – c’est-à-dire métis d’Européen et d’Amérindien, ce qui au Pérou est stigmatisant – du président élu provoquent une vague de rejet raciste d'une partie de la population, surtout à Lima, contre les paysans amérindiens. Un partisan de Castillo est tué..

Le , six semaines après le second tour et neuf jours avant l’investiture prévue du nouveau président, l'instance confirme les résultats et Keiko Fujimori reconnaît sa défaite.. Jorge Luis Salas Arenas, président du JNE, remet les lettres de créance à Pedro Castillo le suivant..

Président de la République vignette|Pedro Castillo avec son chapeau de paille, devenu un symbole personnel. Investiture Pedro Castillo devient président de la République le , jour du bicentenaire de l'indépendance du Pérou. Sa cérémonie d'investiture est marquée par le refus du Congrès de laisser le président sortant, Francisco Sagasti, entrer dans son enceinte afin qu'il puisse remettre l'écharpe présidentielle à son successeur, conformément à la tradition..

Premier chef d'État péruvien sans lien avec les élites économiques et politiques du pays, Pedro Castillo promet dans son discours d'investiture d'éradiquer la corruption et renouvelle son souhait de mettre en place une nouvelle Constitution.. Il s'engage à garder de la rémunération présidentielle uniquement l'équivalent de son ancien salaire d'instituteur ainsi qu’à réduire de moitié les indemnités des ministres et parlementaires..

Pedro Castillo se fait notamment remarquer par le port d'un chapeau de paille à larges bords relevés et à haute calotte, typique des paysans de la Cajamarca, région du nord du pays où il est né et était instituteur avant d’être élu. Après l'avoir adopté comme symbole personnel au cours de la campagne électorale à l'initiative de Guido Bellido, Castillo continue ainsi de le porter pendant sa prestation de serment, puis au cours de sa présidence pendant les cérémonies officielles, les conseils des ministres, les rencontres avec les dirigeants étrangers et même à la tribune de l’ONU..

Premier gouvernement

vignette|gauche|alt=|Pedro Castillo avec le président du Conseil, Guido Bellido, le .Le nouveau président doit composer avec un Congrès, pour lequel les élections législatives d’ ont accordé une confortable majorité aux partis centristes, de droite et d’extrême droite.

Au lendemain de son investiture, il nomme à la présidence du Conseil des ministres Guido Bellido, un nouveau député de Pérou libre sans expérience politique, au positionnement marxiste revendiqué et à l'origine de déclarations sur le Sentier lumineux ayant conduit à l'ouverture d’une enquête judiciaire à son encontre pour apologie du terrorisme.. Le même jour, un gouvernement de dix-huit membres est formé, avec une majorité relative d'indépendants, des membres de Pérou libre, d’Ensemble pour le Pérou, du Front large et . Dans un pays conservateur et alors que seulement deux femmes sont nommées, avec un président du Conseil ayant tenu des propos homophobes et sexistes., Anahí Durand, une féministe pro-droit à l'avortement et LGBT, devient ministre de la Femme et des Populations vulnérables.. Au ministère des Affaires étrangères, le choix d’ fait polémique en raison de son passé de guérillero dans les années 1960. et d'une vidéo où il explique que « le terrorisme au Pérou a été lancé par la marine […], formée pour cela par la CIA »., ce qui le contraint à la démission le ..