Monika Ertl, née le et morte exécutée le est une guérillera communiste germano-bolivienne et la fille du militant nazi . Elle est surtout connue pour avoir assassiné le Colonel Roberto Quintanilla Pereira, l'homme qui a coupé les mains de Che Guevara, ce qui lui vaut le surnom de . Elle sera une combattante de l'Armée de libération nationale (ELN), résistant à la dictature bolivienne jusqu'à sa capture, sa torture puis son exécution en 1973.
Biographie Jeunesse Monika Ertl naît le et grandit à Munich. Elle est la fille de ., caméraman en chef temporaire de la cinéaste Leni Riefenstahl. À la fin de la Seconde Guerre mondiale, son père rencontrant des difficultés lors de la dénazification, il émigre en Bolivie. Il s'y construit une nouvelle vie et achète une ferme, , dans laquelle il élève du bétail. et réalise ses derniers films.
En 1953, le reste de sa famille, dont Monika, le rejoint en Bolivie..
À l'âge de seize ans, Monika accompagne son père dans des expéditions dans la jungle et des films, apprenant à la fois à manier la caméra et les armes à feu. Elle travaille comme assistante de caméra dans Hito-Hito (1958), un film sur une tribu indienne en voie de disparition et d'autres documentaires.. Bien qu'elle soit la fille préférée de son père, elle finit par s'éloigner de lui, probablement en raison des idées nazies de celui-ci.
Mariage et divorce Plus tard, elle épouse l'ingénieur minier germano-bolivien Hans Harjes, qui dirige alors une firme américaine au Chili ; elle divorce au milieu des années 1960.
Guérilla bolivienne
vignette|gauche|Carte de Bolivie avec zone d'activité de la guérilla dirigée par Che Guevara en 1966-1967. Après son divorce, elle rejoint, à la fin des années 1960, l'organisation de guérilla révolutionnaire de gauche Ejército de Liberación Nacional (ELN, Armée de libération nationale), qui est en train de se reconstruire après la mort de Che Guevara. Au début, elle prend une part plutôt passive dans la lutte contre le gouvernement militaire, notamment en abritant les combattants survivants du soulèvement raté du Guevara et d'autres victimes de la persécution par le gouvernement militaire, en particulier les frères et « Chato » Peredo, qui étaient les successeurs de Guevara à la direction de l'ELN.
En 1968, elle devient officiellement membre de l'ELN. et la compagne d'Inti Peredo. Elle prend alors le surnom d'Imilla, « l'Indienne », nom par lequel elle sera désignée dans le roman que lui consacre le philosophe et écrivain français Régis Debray en 1977, La neige brûle..
Inti Peredo est abattu le lors d'une fusillade par les forces de sécurité boliviennes.
Le colonel Roberto Quintanilla Pereira, chef des services secrets du ministère bolivien de l'Intérieur en 1967, aurait été présent et se serait fait photographier devant le cercueil ouvert de Peredo, de même qu'il l'avait fait auprès du corps du Che.
Monika Ertl, alors enceinte et sur le point d'accoucher, est gravement blessée au bras gauche. Ses compagnons l'emmènent à l'ambassade d'Italie, où l'ambassadeur lui fournit l'assistance médicale dont elle a besoin. Monika perd son enfant, mais son bras peut être sauvé de justesse de l'amputation. Elle reste à l'ambassade d'Italie à La Paz durant plusieurs mois.
Au début de 1970, elle part dans les montagnes avec un commando de l'organisation pour y mener la guérilla.
Assassinat de Roberto Quintanilla Pereira En 1971, elle est choisie par l'ELN, en raison de ses origines allemandes et de sa maîtrise de cette langue, pour tuer Quintanilla, devenu consul de Bolivie à Hambourg, cible importante aux yeux de l'organisation pour avoir fait couper les mains du Che après son exécution afin de les utiliser comme preuves de sa mort. Le millionnaire Giangiacomo Feltrinelli finance l'opération en confiant une importante somme d'argent, cachée dans un paquet de mouchoirs, à son confident, le journaliste danois communiste Jan Stage avec ordre de la transmettre à l'ELN dans ce but.
Le , camouflée derrière une perruque blonde et des lunettes de soleil, Monika Ertl pénètre dans le consulat de Bolivie à Hambourg, après s’y être déjà présentée une première fois la semaine précédente. Une secrétaire la fait entrer et la mène au bureau du consul. À peine la porte refermée, Monika tire à trois reprises sur le Bolivien, le blessant mortellement. Elle glisse ensuite dans la poche de celui-ci, un billet portant ces mots : .
Alertée par les coups de feu, l'épouse du consul accourt et tente de retenir Monika, qui perd sa perruque et son pistolet dans cette altercation. La manière dont elle est parvenue à quitter la maison n'a jamais été élucidée avec précision. Selon une version, elle se serait échappée par la cage d'escalier à l'extérieur, où un complice l’attendait avec une voiture. Une autre version avance qu’elle aurait été cachée dans l’appartement du dessus, occupé par une communauté de radicaux de gauche avec qui elle aurait eu des contacts depuis 1969, et qui n'a pas été fouillé par la police.
Quelques heures à peine après l'attentat, l'ELN le revendique dans tous les médias boliviens par ces mots :
L'arme du crime est identifiée comme appartenant à Giangiacomo Feltrinelli.., mais celui-ci ne sera pas inquiété, probablement protégé par les services secrets. L’enquête piétine jusqu’en , quand deux prisonniers de l'ELN, le bolivien Emilio Maldonado (El Zurdo) et l’argentin José Osvaldo Ukaski (El Viejo) avouent que l’attentat a été commandité par Feltrinelli et exécuté par Monika Ertl. L’enquête établira que Monika et Feltrinelli s’étaient rencontrés à Zurich quelques jours avant l’assassinat et que c’est à cette occasion que ce dernier lui aurait remis l’arme. Le ministre de l'Intérieur (en) , Mario Adett Zamora, offre alors (une somme supérieure à la récompense proposée pour le Che lui-même.) pour la capture de Monika.
Projet d'enlèvement de Klaus Barbie Selon les informations fournies par ses compagnons d'armes à l'époque, elle se rend à La Havane via le Chili après l'attaque et retourne illégalement en Bolivie au début de l'année 1972, où elle entre dans la clandestinité sous le nom de Nancy Fanny et commence immédiatement à préparer une autre campagne : l'ELN planifie de kidnapper l'ancien chef de la Gestapo de Lyon, Klaus Barbie, qui vit alors en Bolivie depuis des années et de l'amener en France.. Barbie travaillait comme conseiller en sécurité auprès du gouvernement bolivien et avait une armée privée. Ertl, qui connaît Barbie depuis l'enfance parce qu'il était un ami de son père, dirigeait la brigade de guérilla qui était censée l'arrêter. Régis Debray, camarade d'armes de Che Guevara, déclare dans le film de Christian Baudissin Wanted: Monika Ertl :
Capture et assassinat Mais Barbie et les services secrets boliviens découvrent les plans de l'ELN. Le , Monika Ertl est capturée par les forces de sécurité boliviennes.
Son corps est retrouvé avec un autre membre de l'ELN, tous deux portant des signes de torture et ont reçu balles dans le cou. , a déclaré Debray. Son corps ne fut jamais remis à sa famille, probablement afin de ne pas révéler les traces de la torture dont elle fut victime et l'emplacement de sa dépouille demeure inconnu..
Postérité littéraire Régis Debray lui rend un hommage littéraire dans La neige brûleParis, éditions Grasset, 1977, 220 p. — prix Femina.. Bien que les noms des personnages ont été modifiés, ce roman retrace toute l'histoire de Monika, de la mort de son amant à l'attentat, avec de nombreux détails similaires, tels que sa blessure au bras et la perte de son enfant. Monika Ertl est l'un des principaux protagonistes du roman Los Afectos, de l'auteur bolivien Rodrigo Hasbún..
Références
Voir aussi Presse .
Bibliographie . .
Documentaire Gesucht: Monika Ertl (1988) de Christian Baudissin, film consacré à la vie de Monika Ertl ; également en anglais.
Articles connexes Che Guevara Armée de libération nationale de Bolivie La neige brûle
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