vignette|Wolfram, Parzival 1,1ff (prologue)Première ligne : Ist zwiffel hertzen noch gebur… (Bibliothèque universitaire de Heidelberg, Codex Palatinus Germanicus 339, fol. 6r).

Le Parzival de Wolfram von Eschenbach est une épopée en vers de la littérature courtoise en moyen haut-allemand, dont on pense qu’il a été composé au cours de la première décennie du . L'œuvre, qui comporte environ , est directement inspirée du Perceval ou le Conte du Graal de Chrétien de Troyes, écrit à la fin du siècle précédent.

Les différents épisodes content les aventures de deux chevaliers qui en sont les héros principaux : le héros éponyme (Parzival, c'est-à-dire Perceval) dont on suit l’évolution, partant du guerrier ignorant portant le vêtement des fous pour arriver jusqu’au roi du Graal, d'autre part Gawain (Gauvain), chevalier du roi Arthur qui doit affronter les épreuves les plus dangereuses. Par son thème, le roman appartient à l’épopée arthurienne, même si l'admission de Parzival à la Table Ronde du mythique roi breton n'est qu’une étape dans sa quête du Graal.

La matière a été source d’inspiration non seulement pour les écrivains, mais aussi pour les artistes et les musiciens ; la réalisation la plus remarquable étant probablement l'adaptation en drame musical (Musiktheater) de Richard Wagner avec son opéra sacré (Bühnenweihfestspiel) Parsifal dont la première représentation eut lieu en en 1882.

Aperçu de l’action L’éducation de Parzival à la chevalerie et sa recherche du Graal est — comme l’auteur le souligne à différentes reprises — le sujet principal de l'action. En contrepoint nous trouvons cependant les aventures chevaleresques de Gauvain, qui prennent presque une égale importance. Tandis que Gauvain incarne la chevalerie laïque et sort toujours victorieux de ses multiples aventures, dans lesquelles il affronte les responsables des désordres dans le monde et remet les choses dans le droit chemin, Parzival est plongé dans des situations extrêmes de conflit personnel qui le rendent lui-même coupable — parce que ce n’est qu'au fil du récit qu’il prend conscience de son devoir. Mais c’est précisément lui qui, après avoir dû pendant de longues années supporter les conséquences de ses fautes, finira par accéder au Graal. L'Épopée se termine avec une évocation de l'histoire de Lohengrin, le fils de Parzival.

L’aperçu qu’on trouvera ici suit la répartition du texte en ce qu'on appelle « livres », en se conformant à l’ordre établi par Karl Lachmann, le premier éditeur « critique » de Parzival.

« Prologue » de Wolfram (livre I, vers 1,1 à 4,26) Introduction : Gahmuret, chevalier errant (livres I-II) Wolfram commence son roman avec l'histoire détaillée de Gahmuret, le père de Parzival. En tant que cadet, Gahmuret reste sans héritage à la mort de son père, le roi d’Anjou, et il va en Orient chercher fortune et renommée. D'abord au service du Calife de Bagdad, il aide ensuite la reine noire Bélacane contre ses assiégeants. Il triomphe et épouse Bélacane, devenant ainsi roi de Zazamanc et d’Azagouc ; malgré tout il la quitte bientôt pour chercher d'autres aventures. De retour en Europe, Gahmuret participe à un tournoi à Kanvoleis, où il gagne la main de la reine Herzeloyde et le pouvoir sur ses terres de Waleis et de Norgals. Gahmuret n’en reprend pas moins sa vie aventurière ; il part, entre de nouveau au service du Calife, et meurt finalement, tué par une lance empoisonnée.

Gahmuret quitte si rapidement ses deux épouses qu'il n’apprend pas la naissance de ses deux fils : Feirefiz, le fils de Bélacane, dont tout le corps est noir et blanc comme une pie, et de Parzival le fils d’Herzeloyde.

La jeunesse et l’éducation chevaleresque de Parzival (livres III-IV) vignette|Herzeloyde et Parzival dans la forêt de Soltane (Bibliothèque Universitaire de Heidelberg, Codex Palatinus Germanicus. 339, fol. 87r). Quand elle apprend la mort de Gahmuret, Herzeloyde, désespérée, se retire avec Parzival dans un lieu désert, la forêt de Soltane. Là elle élève son fils dans une innocence et une ignorance quasi paradisiaque ; ce n’est que plus tard qu’il apprendra son nom et son origine de la bouche de sa cousine Sigune, peu avant d’arriver pour la première fois à la cour du roi Arthur. Délibérément, sa mère lui fait tout ignorer du monde et de la vie en dehors de la forêt, elle ne le prépare en particulier à rien de ce que réclamerait, sur le plan social, éthique et guerrier, son statut de chevalier et de seigneur. Si par la suite Parzival est pourtant reconnu comme tel dans le monde courtois, il le doit d’abord à son apparence : à plusieurs reprises le conteur souligne son étonnante beauté, sa force et sa souplesse surprenante, et il nous dit quelle impression font sur son entourage de telles qualités.

Herzeloyde essaie donc de protéger son fils des dangers de la chevalerie, et même d’être tenté par elle, mais elle n'y réussira pas. Quand, pour la première fois, Parzival rencontre par hasard des chevaliers, Herzeloyde ne peut l'empêcher de partir pour la cour du roi Arthur afin d’y devenir chevalier. Dans l'espoir que son fils lui reviendra après avoir fait dans le monde assez de mauvaises expériences, elle l’habille comme on habille les fous et elle lui donne sur la façon de se conduire des instructions absurdes qui, observées à la lettre et jointes à son habit de fou, ne peuvent manquer de le rendre ridicule. (C’est ainsi qu’elle lui conseille de saluer aimablement tout le monde, ce qu’il fait en exagérant et en ajoutant : « C’est ce que ma mère m’a dit de faire. »)

Après que Parzival a quitté Soltane, l’ignorance dans laquelle on l’a laissé provoque toute une série de catastrophes sans qu’à ce moment-là il ait le moins du monde conscience d’y être pour quelque chose. D’abord c’est sa mère qui meurt de douleur de l’avoir vu partir, ensuite c’est Parzival qui, comprenant de travers la doctrine courtoise, tombe sur Jeschute, la première femme qu’il rencontre, et lui vole ses bijoux. Sa rencontre avec Parzival devient un drame pour la pauvre femme, car son époux Orilus refuse de croire qu’elle n’y est pour rien, il la maltraite et la voue comme adultère au mépris de la société. Enfin, à peine arrivé à la cour du roi Arthur, Parzival tue le « chevalier rouge » Ither (dont plus tard il apprendra que c’était un proche parent) pour lui prendre ses armes et son cheval. Dans son esprit les armes qu’il a volées font de lui maintenant un chevalier. Cependant (et c’est caractéristique), il continue à porter ses vêtements de fou sous son armure.

Ils ne les enlèvera qu’à l’étape suivante de son voyage, chez Gurnemanz de Graharz, qui lui enseigne les règles de vie et la façon de combattre des chevaliers ; c’est seulement à ce moment-là que Parzival apprend vraiment ce qu’est le comportement courtois (qui doit être également humain) : il apprend à avoir honte et il quitte ses vêtements de fou, il apprend le rituel de la messe et les règles de la courtoisie. Ainsi est-il mis exactement au courant de tout ce qu’il doit savoir pour tenir son rang dans le monde comme seigneur et comme futur époux. Quand il quitte Graharz au bout de 14 jours, il est devenu un chevalier parfait dans le sens du monde arthurien. Malheureusement, en le mettant en garde contre les questions inutiles, Gurnemanz est à l’origine d’une grave mésaventure que connaîtra plus tard Parzival (voir plus bas).

Dans la ville de Pelrapeire, Parzival fait ses preuves de chevalier en libérant la reine Condwiramurs des prétendants dont la cour l’importune ; il obtient la main de la reine et par là devient le maître du royaume dont il met en ordre les affaires. Cependant, comme son père l’avait fait avant l’accouchement de sa femme, il quitte Condwiramurs pour rendre visite à sa mère dont il ignore encore qu’elle est morte.

La trop grande discrétion de Parzival au château du Graal (livres V-VI) vignette|Parzival ayant vaincu Segramor affronte Keye (Bibliothèque Universitaire de Heidelberg, Codex Palatinus Germanicus 339, fol. 208v). Parzival cherche un gîte pour la nuit, un pêcheur lui indique un château et le jeune chevalier y sera témoin de toute une série d'événements mystérieux. On se réjouit manifestement de son arrivée et, en même temps, tout le monde agit comme si l'on était plongé dans la plus grande tristesse. Dans la salle des fêtes il retrouve le pêcheur et se rend compte que c'est lui le châtelain, Anfortas, qui souffre d'une grave maladie. Avant le repas, on porte dans la salle une lance ensanglantée dont la vue arrache des plaintes lugubres aux assistants. C'est alors que vingt-quatre jeunes femmes nobles, dans un rituel compliqué, mettent sur la table des couverts précieux, enfin le Graal est apporté par la reine Repanse de Schoye, d'après Wolfram c'est une pierre qui, à la manière de « Petite-table-couvre-toi » fait surgir de manière mystérieuse nourritures et boissons. À la fin, le maître des lieux remet à Parzival sa propre épée, d'une grande valeur, c'est la dernière tentative pour amener le chevalier, muet jusque-là, à poser une question qui, à ce que nous dit le conteur, aurait pu guérir le roi valétudinaire. Parzival cependant, suivant les instructions de Gurnemanz et croyant faire preuve d'une conduite courtoise et sage, réprime sa curiosité, ne demandant pas plus en quoi consiste la maladie de son hôte que la signification de tout ce cérémonial singulier.

Quand Parzival se réveille, le lendemain matin, le château est complètement vide ; il essaie de suivre les chevaliers à la trace des sabots de leurs chevaux mais il la perd. Au lieu de cela, il rencontre Sigune pour la deuxième fois dans le bois et elle lui apprend le nom du château, lui parle du seigneur qui y habite et lui révèle que lui-même, Parzival, serait maintenant un roi puissant et respecté s'il avait demandé au châtelain de quoi il souffrait : non seulement le malheureux mais tout son entourage aurait été délivré. Quand il est forcé d'avouer à Sigune qu'il n'a même pas été capable de dire une simple parole de consolation, elle le maudit et refuse d'avoir affaire à lui désormais. Immédiatement après, Parzival rencontre une autre femme pour la deuxième fois : c'est Jeschute. En jurant à Orilus qu'il n'a jamais eu de relations avec elle, il rachète le comportement maladroit de sa première rencontre et son mari la rétablit en tout point dans son honneur.

Enfin, un de ces nouveaux changements dans le comportement qui sont récurrents : Parzival arrive pour la deuxième fois à la cour du roi Arthur. Arthur s'était spécialement mis en route afin de trouver le « chevalier rouge » devenu célèbre entre-temps, et cette fois Parzival est accueilli à la Table Ronde avec tous les honneurs de la cour ; il est ainsi monté jusqu'au sommet de la hiérarchie des chevaliers. La Table Ronde se réunit pour le repas pris en commun ; il semble que là toutes les oppositions, toutes les fautes, toutes les rivalités internes sont pardonnées et effacées. Ici abandonnant provisoirement Parzival, c'est de Gauvain, le neveu d'Arthur, que nous parle le conteur, un autre héros de chevalerie dont il souligne le respect des valeurs courtoises, le courage dans la lutte et la valeur de sa noblesse.