vignette|Danse de crapauds dans le Dictionnaire infernal, 1863. vignette|Batrachia par Ernst Haeckel, 1902. vignette|Mr Crapaud debout, Paul Bransom, 1913.

Le crapaud dans l'imaginaire et la tradition est un sujet dont la symbolique remonte à la Préhistoire. Animal ressenti comme étrange, vivant dans la terre, venimeux et à l'aspect inquiétant avec sa peau pustuleuse, le crapaud est depuis l'Antiquité associé au monde des morts et à la magie.

Animal chtonien, il est associé à Hécate par les Grecs et plusieurs fois retrouvé en contexte funéraire dans l'antiquité romaine, en particulier auprès d'enfants. Sa symbolique va se détériorer au cours du Moyen Âge, en particulier à cause de ses liens avec la magie et la sexualité. Il devient un des animaux du Diable et le compagnon inséparable de la sorcière et de ses potions magiques. Même après la fin de la chasse aux sorcières, il garde une image négative, toléré dans certaines préparations pharmaceutiques mais surtout associé à des poisons. Jusqu'à la fin du , il reste un animal détesté et volontiers martyrisé lors de ses rencontres avec les hommes, qui ne cessent de l'associer à un riche folklore. On continue de voir en lui un animal hors-norme, capable de survie prolongée dans des pierres closes.

En Alsace et dans de nombreuses régions germaniques, il est associé aux maladies, avec de nombreux en forme de crapaud qui sont déposés dans des lieux de culte. Reconnu comme utile au jardin, et défendu par quelques poètes (notamment Victor Hugo) son image s'améliore vers la fin du et au cours du .

Étymologie La première occurrence du mot crapaud en français remonte à environ 1180 dans Li Romans d'Alixandre d'Alexandre de Bernay : (branche III, v. 258)...

Deux versions s'affrontent pour remonter à l'origine du nom commun français crapaud : il viendrait du germanique signifiant « crochet » (en raison des pattes crochues du crapaud), d'où dérivent également agrafer, grappe, crampon ou encore grapi. C'est la version actuellement retenue par le site de référence du Centre national de ressources textuelles et lexicales ; une étymologie plus ancienne fait remonter le terme à crape signifiant « squamosité, crasse » attesté en 1393, mais cette origine fait difficulté du point de vue chronologique.

Il est possible que les deux origines aient pu s'allier dans l'esprit des locuteurs de la fin du Moyen Âge..

Les origines antiques de la symbolique du crapaud Préhistoire Le crapaud est bien connu des hommes, au moins depuis le Néolithique puisqu'il figure à leurs repas (camp de Chassey), mais leurs représentations restent rares.. Quelques exemples d'amphibiens ont été identifiés dans l'art du Paléolithique supérieur, mais il s'agissait toujours de batraciens urodèles (avec queue : salamandre, triton.).

Un batracien anoure de a été identifié dans une série de peintures rupestres néolithiques de la grotte de Tajo de las Figuras en Andalousie. Il faut d'emblée signaler la difficulté de différencier les différents types de batraciens dans l'art ancien, en particulier les grenouilles des crapauds, mais aussi parfois des tortues.

Il a également été retrouvé l'image d'un batracien de l'âge du bronze dans des fouilles de Seelow ainsi que sur de nombreuses fibules, notamment celle trouvée à Bornholm et d'autres conservés dans des musées scandinaves. ; d'autres trouvailles du même type dans la région de Perm aux portes de la Sibérie, à Krško., ou lors de fouilles à Poitiers en 1880..

Une figure ressemblant à un crapaud est gravée sur un os provenant d'un marais près de Travenort (Holstein) et une autre sur un harpon en bois d'élan trouvé dans l'île danoise de Langeland. Un dessin sur une poterie de Podbaba au nord de Prague, représente un crapaud (ou une grenouille) et on remarque un autre, identique au premier, sur le col d'une cruche à anse de Jordansmühle en Silésie datant de la fin du Néolithique.

Égypte antique vignette|Amulettes égyptiennes en forme de batracien, musée du Louvre. vignette|Statuette égyptienne AF 2549, musée du Louvre. Dans l'Égypte antique, grenouilles et crapauds restent indifférenciés. Leur symbolisme est très positif, ils illustrent le retour à la vie après l'hiver et la résurrection, le crapaud étant censé naître spontanément du limon du Nil... Son apparition sous forme de têtard avant de prendre sa forme définitive en fait un symbole du fœtus humain.

Héqet en est la déesse associée, à tête de batracien. Elle est une des divinités qui participe à la création du monde. Elle symbolise la fécondité féminine et protège les femmes en couches. Sa représentation est assez rare sous forme anthropomorphe, mais de nombreuses amulettes de batraciens ont été retrouvées. Dans les textes égyptiens, le signe de la grenouille prend la valeur de « rajeunir » et « ressusciter », elle assiste à la naissance du soleil et accompagne le nom du Nil qui fertilise l'Égypte.

Dès l'Antiquité égyptienne l'image du batracien est donc associée d'une part à celle de la fécondité et de la sexualité féminine, et d'autre part à la mort et la résurrection. Ces deux associations vont accompagner l'image du crapaud tout au long de l'histoire occidentale. Hiéroglyphe de la déesse Héqet : H-q:t-I7

Grèce antique À partir de l'Antiquité grecque, le crapaud (φρύνη femelle et φρῦνος masculin) est souvent distingué de la grenouille (βάτραχος).

La sombre et mystérieuse déesse Hécate est qualifiée de crapaud femelle dans un hymne orphique. Déesse chtonienne, c'est la divinité de la magie, des cauchemars et des carrefours et de leur symbolique. Associée à Hécate, Baubo est identifiée à un crapaud femelle. L'histoire curieuse de Baubo appartient à la tradition orphique. Cette suivante de Déméter ne savait plus quoi faire pour distraire sa maîtresse après qu'elle eut perdu sa fille Perséphone, emportée aux Enfers par Hadès. Démeter venait même de refuser le cycéon (mixture d'orge et d'herbes) qui lui est offert. Baubo retrousse alors son péplos et, « découvrant ses parties [intimes], les montre à la déesse » (II, 20-21). Traduction de Claude Mondésert. qui rit et reprend le goût de vivre. Sa curieuse histoire lie une fois de plus le crapaud et le sexe féminin mais annonce aussi la suite de l'histoire allégorique de Perséphone en rappelant le mythe égyptien du retour de la vie associé aux batraciens.

Certaines figurines représentant une femme, cuisses écartées et dévoilant son sexe ont été assimilées à Baubo. Il a été noté l'analogie, tant avec une attitude habituelle du batracien qu'avec celui d'une femme accouchant..

Non sans ironie et humour, une des plus belles femmes de son temps, l'hétaïre Mnésareté, est bien plus connue sous le surnom de Phryné (crapaud femelle) en raison de son teint jaune. Il est possible aussi que l'allusion plus subtile à la sexualité féminine ait pu aussi favoriser ce surnom.

Rome vignette|Un pied de la Cista Ficoroni : patte de lion reposant sur un crapaud. À l'époque romaine, la présence du crapaud est surtout perceptible dans deux domaines : la magie et la mort.

Pline l'Ancien qui décrit le crapaud dans son Histoire naturelle, livre 32., rapporte son utilisation dans des préparations magiques et donne quelques recettesSi on jette dans de l'eau bouillante un petit os qu'elles ont au côté droit, le vase devient froid, et ne peut plus se réchauffer qu'on n'ait ôté ce petit os. On se le procure en exposant la grenouille aux fourmis, qui en rongent les chairs; on garde ces petits os un à un dans l'huile. Il y en a un autre dans le côté gauche; jeté dans de l'eau, il paraît la faire bouillir; on le nomme apocynon (ἀπὸ κυνός, repousse-chien) ; il arrête la furie des chiens. Mis dans la boisson, il excite l'amour et les querelles; en amulette, il est aphrodisiaque.. Il est tenu pour fort venimeux par les Grecs et les Romains de l'Antiquité. Quand Horace met en scène l'abominable figure de Canidie, il présente une sorcière qui restera le type de la folie criminelle pendant des siècles. À son hideux mélange — , elle doit ajouter également la moelle et le foie d'un enfantHorace, Épodes, V, 19-22.. Cette mixture doit lui rendre l'amour de son vieux galant, et le crapaud en tant qu'ingrédient, se fait complice de la vielle sorcière dans son désir sexuel.. Cette scène n'est pas qu'une invention littéraire d'Horace puisqu'une intervention de Cicéron en plein sénat évoque des pratiques de sorcellerie criminelle, et l'épitaphe sur la tombe d'un enfant de quatre ans dénonce une sorcière meurtrière.

Le crapaud a été plusieurs fois retrouvé autour de sépultures romaines, en particulier celles d'enfants.

La fameuse Cista Ficoroni, datée d'environ (et premier objet d'art sur lequel est mentionné le nom de Rome), est soutenue par des pieds de lion qui reposent sur des crapauds. Il s'agit d'un coffre cylindrique destiné à recevoir des effets personnels d'une défunte. Les crapauds mettant en lien la ciste et le sol, participent à la symbolique funéraire de l'objet. Des représentations de crapauds ont été retrouvées auprès des tombeaux, par exemple dans le camp légionnaire romain de Mustafa Pacha, à l’est d’Alexandrie. On trouve aussi des cadavres de crapauds près de sépultures, notamment autour d'enfants dans la nécropole de Poggio Gramignano à Lugnano in Teverina, à Ville-sur-Retourne, à Pommiers. La fonction symbolique est mal connue, probablement en lien avec la nature terrestre de l'animal et l'imaginaire chtonien qui lui est associé. Le crapaud peut jouer le rôle d'un assistant de l'âme lors de sa transition entre deux mondes pour l’aider lors de son dernier et périlleux rite de passage. Il est également possible que les crapauds aient pu être des amulettes ou des animaux vivants de compagnie ou thérapeutiques auprès de malades.

Les artistes romains ont également utilisé le crapaud pour décorer des lampes et des fibules.

Le crapaud, animal chtonien dans l'Antiquité Le crapaud est un animal chtonien par excellence, il reprend en effet tous les thèmes associées aux divinités chtoniennes : le lien à la terre, au monde souterrain, et par là aux Enfers et aux morts. Symbolisant la fécondité, la résurrection saisonnière, il évoque également les divinités chtoniennes primitives, comme les idoles féminines du néolithique et de l'âge du bronze.

Quand il évoque le crapaud, Virgile insiste sur sa vie souterraine, dans un trou sous la terre I, 180.. Mais il passe aussi du monde souterrain à la surface, faisant de lui un lien entre les deux mondes.. Les batraciens, animaux élémentaires, sont le symbole de la matière primitive, humide et informe, ils participent aux origines du monde et contribuent à sa création. Leur image comme symbole de résurrection et d’immortalité était commune aux Indo-Européens. Les crapauds sont en particulier associés à la déesse chtonienne Hécate.

Le crapaud semble avoir gardé longtemps ce lien avec la terre : en Alsace au , il pouvait encore être vu comme un gardien surnaturel des trésors enfouis dans la terre, et sa réputation de pouvoir vivre des siècles dans une gangue de pierre apparaît comme un autre exemple.

Dans la Bible vignette|Les grenouilles de l'Apocalypse, miniature du Beatus d'Osma, 1086. Le crapaud n’apparaît pas dans la Bible, sauf par association avec les grenouilles, mais toujours sous forme négative. En particulier lors de l'épisode de la deuxième plaie d'Égypte et l'invasion du territoire de Pharaon par les grenouilles Exode, 7, 26-29 et 8,1-10. Dans l'Apocalypse (comme plus tard dans les contes de Perrault) des grenouilles symbolisant le mal sortent de la bouche des maudits : Apocalypse : 16, 13..

Le crapaud dans l'imaginaire chrétien du Moyen Âge La symbolique du crapaud au Moyen Âge chrétien