Le Rallye de Grande-Bretagne 1982 (38th Lombard RAC Rally), disputé du 21 au , est la cent-onzième manche du championnat du monde des rallyes (WRC) courue depuis 1973 et la douzième et dernière manche du championnat du monde des rallyes 1982.

Contexte avant la course Le championnat du monde

Ayant succédé en 1973 au championnat international des marques (en vigueur de 1970 à 1972), le championnat du monde des rallyes se dispute sur un maximum de treize manches, comprenant les plus célèbres épreuves routières internationales, telles le Rallye Monte-Carlo, le Safari ou le RAC Rally. Depuis 1979, le championnat des constructeurs a été doublé d'un championnat pilotes, ce dernier remplaçant l'éphémère Coupe des conducteurs, organisée à seulement deux reprises en 1977 et 1978. Le calendrier 1982 intégrait initialement treize manches pour l'attribution du titre de champion du monde des pilotes dont onze sélectives pour le championnat des marques (le Rallye de Suède et le Rallye de Côte d'Ivoire en étant exclus), mais l'annulation récente du Rallye d'Argentine à cause de la guerre des Malouines a amputé le calendrier d'une épreuveRevue Auto hebdo - 17 juin 1982.

1982 marque l'introduction de la nouvelle réglementation en matière d’homologation des voitures de rallye, avec les catégories suivantes : Groupe N : voitures de grande production de série, ayant au minimum quatre places, fabriquées à au moins 5000 exemplaires en douze mois consécutifs ; modifications très limitées par rapport au modèle de série (bougies, amortisseurs). Groupe A : voitures de tourisme de grande production, fabriquées à au moins 5000 exemplaires en douze mois consécutifs, avec possibilité de modifications des pièces d'origine ; poids minimum fonction de la cylindrée. Groupe B : voitures de grand tourisme, fabriquées à au moins 200 exemplaires en douze mois consécutifs, avec possibilité de modifications des pièces d'origine (extension d'homologation portant sur 10% de la production). Les élargisseurs d'aile rapportés sont interdits.

alt=Audi Quattro|thumb|right|Avec son coupé Quattro groupe 4, Audi peut logiquement viser un premier titre mondial Malgré l'introduction de la nouvelle réglementation en matière d’homologation des voitures de rallye, la saison 1982 s'est disputée entre les traditionnelles voitures des groupes 2 (tourisme spécial) et 4 (grand tourisme spécial), autorisées à courir une année de plus afin de laisser aux constructeurs plus de temps pour développer leurs nouveaux modèles. Seule la Scuderia Lancia a pu développer sa nouvelle Rally 037, apparue au printemps, les autres voitures du groupe B vues en cours de saison (telles la Citroën Visa) étant des anciens modèles réhomologués. Avant la dernière manche, Walter Röhrl a déjà décroché le titre de champion du monde après sa victoire en Côte d'Ivoire au volant de son Opel Ascona 400 ; Michèle Mouton avait alors perdu sa dernière chance après bien des péripéties au volant de son Audi Quattro. Le championnat des constructeurs n'est cependant pas joué entre Audi et Opel, mais, grâce à ses deux points d'avance et ses cinq victoires déjà remportées, une cinquième place au RAC est suffisante à Audi pour s'assurer le titre, quel que soit le résultat de son adversaire.

Chances des prétendants au titre - Opel est champion du monde des constructeurs si : Une Opel gagne le rallye RAC et Audi termine au delà de la cinquième place au classement général. Une Opel se classe deuxième du rallye RAC et Audi termine au delà de la sixième place au classement général. Une Opel se classe troisième du rallye RAC mais deuxième de son groupe et Audi termine au delà de la sixième place au classement général (cas possible si la Lancia Groupe B gagne ou termine à la deuxième place du rallye). - Dans tous les autres cas de figure, Audi remporte le titre constructeurs.

L'épreuve

Première course automobile à adopter, dès 1960, un classement s'appuyant sur des épreuves chronométrées, le « RAC Rally », créé dans les années 1930, était à l'origine une épreuve d'orientation et de maniabilité. Son parcours secret, empruntant principalement les chemins privés, n'est dévoilé aux équipages qu'au moment du départ. L'absence de reconnaissances préalables valorise les qualités d'improvisation des pilotes, le copilote n'étant utile qu'à la navigation. Grâce à leurs participations régulières aux épreuves britanniques, les pilotes nordiques ont une aussi bonne connaissance du terrain que les pilotes locaux. Dernier vainqueur en date, le Finlandais Hannu Mikkola s'est déjà imposé à trois reprises au RAC, tout comme son compatriote Timo Mäkinen (de 1973 à 1975) et le Suédois Erik Carlsson (de 1962 à 1964).

Le parcours thumb|right|upright=1.2|alt=York|York, plaque tournante du rallye RAC 1982. départ : de York arrivée : à York distance : dont sur 68 épreuves spéciales (69 épreuves spéciales initialement prévues, pour un total de 711,73 km) surface : terre (97%) et asphalte (3%) Parcours divisé en trois étapesRevue L'Automobile - janvier 1983

Première étape York - Cheltenham - Dolgellau - York, du 21 au 36 épreuves spéciales, 301,12 km

Deuxième étape York - Gosforth - Carlisle - York, du 23 au 21 épreuves spéciales, 275,75 km (22 épreuves spéciales initialement prévues, pour un total de 284,28 km)

Troisième étape York - Scarborough - York, le 11 épreuves spéciales, 126,33 km

Les forces en présence Audi Audi Sport a préparé trois Quattro groupe 4 pour Hannu Mikkola, Michèle Mouton et Harald Demuth. Ces coupés sont équipés d'un moteur cinq cylindres vingt soupapes de 2144 cm3, placé en position longitudinale avant, muni d'un système d'injection directe et suralimenté par un turbocompresseur KKK. Sa puissance maximale est de l'ordre de 330 chevaux. Ils disposent d'une transmission intégrale permanente, comprenant un différentiel central placé juste derrière la boîte de vitesses à cinq rapports. Chacun des trois pilotes utilisera des pneus différents, Michelin pour Mikkola, Kleber pour Mouton et Pirelli pour DemuthRevue Sport Auto n°252 - janvier 1983. Malgré un poids élevé (environ 1150 kg), les Quattro sont largement favorites en Grande-Bretagne, leurs quatre roues motrices leur donnant un très net avantage sur leurs concurrentes sur terre ou dans la boue. Au côté des trois voitures officielles, Audi UK a engagé un modèle identique pour Malcolm Wilson (pneus Pirelli), tandis que John Buffum (pneus Goodrich) et Lasse Lampi (pneus Pirelli) pilotent quant à eux des Quattro privéesRevue Auto hebdo - 25 novembre 1982.

Opel thumb|right|alt=Opel Ascona 400|L'Opel Ascona 400 du champion du monde 1982, Walter Röhrl ; le pilote allemand sera cependant remplacé par Jochi Kleint pour la dernière course de l'année. L'équipe Opel-Rothmans a engagé quatre Ascona 400 groupe 4 pour Walter Röhrl, Henri Toivonen, Ari Vatanen et Jimmy McRae. Au dernier moment, à la surprise générale, la voiture initialement dévolue à Röhrl a été confiée à son compatriote Jochi Kleint. La direction de General Motors avait organisé, l'avant-veille du départ, une réception en l'honneur de trois de ses pilotes, titrés cette année : titre de champion d'Europe pour 'Tony', titre de champion d'Angleterre pour McRae et titre mondial pour Röhrl. Ce dernier, cependant, ne s'y est pas rendu, arguant que son directeur sportif, Tony Fall, ne le lui avait pas expressément demandé, une attitude aussitôt sanctionnée par les dirigeants du groupe. De conception classique, les Ascona 400 pèsent environ une tonne ; leur moteur quatre cylindres de 2420 cm3, développé chez Cosworth, est alimenté par deux carburateurs double-corps et délivre 255 chevaux. Elles utilisent des pneus Michelin. Engagé par Opel-Suède, Björn Johansson dispose d'un modèle identique.

Lancia La Scuderia Lancia n'a engagée qu'une seule Rally 037 groupe B, confiée à Markku Alén. Son moteur quatre cylindres, en position centrale arrière, est alimenté par injection. Grâce à l'appoint d'un compresseur volumétrique développé par Abarth, la puissance s'élève à 315 chevaux. Son poids et de l'ordre de 960 kg. Alén utilise des pneus Pirelli.

Nissan Nissan Europe a préparé une Violet GTS groupe 4 (moteur deux litres seize soupapes, 225 chevaux) pour Timo Salonen, ainsi que la nouvelle Silvia Turbo groupe 2 (moteur deux litres suralimenté, 270 chevaux), confiée à Andy Dawson. Ces deux voitures sont équipées de pneus Dunlop.

Toyota Le Toyota Team Europe a préparé deux coupés Celica groupe 4 pour Björn Waldegård et Per Eklund. Équipés d'un moteur quatre cylindres seize soupapes de deux litres de cylindrée alimenté par deux carburateurs Weber double-corps, ils pèsent un peu plus d'une tonne et sont chaussés de pneus Pirelli. Leur puissance avoisine les 240 chevaux.

Mitsubishi thumb|right|alt=Mitsubishi Lancer|Deux Mitsubishi Lancer Turbo officielles seront au départ. La marque japonaise a engagé deux Lancer Turbo groupe 4 pour Pentti Airikkala et Anders Kulläng. Dotés d'un moteur quatre cylindres seize soupapes turbocompressé de deux litres de cylindrée, ces modèles disposent de 280 chevaux. Des améliorations ont été apportées à la direction, plus directe que celle d'origine, et le poids a été réduit à 1025 kg. Les Mitsubishi sont chaussées de pneus Advan, une filiale de Yokohama).

Talbot Le tenant du titre constructeurs engage deux Sunbeam Lotus groupe 2 pour Stig Blomqvist et Guy Fréquelin. Il s'agit de la dernière course officielle de ces modèles, qui seront bannis par la nouvelle réglementation en 1983. De conception classique, les Sunbeam Lotus sont équipées d'un moteur quatre cylindres seize soupapes de 2200 cm3, alimenté par deux carburateurs double-corps, développant entre 250 et 255 chevaux. Elles pèsent environ une tonne et utilisent des pneus Michelin.

Vauxhall La marque britannique de General Motors engage officiellement trois Chevette HSR groupe 4, qui seront aux mains de Tony Pond, Russell Brookes et Terry Kaby. Ces voitures de 980 kg, de conception classique, sont motorisées par un quatre cylindres de 2279 cm3 alimenté par deux carburateurs double-corps développant 245 chevaux à 7200 tr/min. Les trois voitures sont équipées de pneus Michelin.

Déroulement de la course Première étape York - Cheltenham Les cent-quarante-neuf équipages s'élancent de York le dimanche après-midi. Les cinq premières épreuves spéciales se disputent dans des parcs, avant un premier regroupement, à Cheltenham, le soir. Avec moins de vingt-cinq kilomètres parcourus au terme de cette première journée, les écarts ne sont pas encore significatifs, avec vingt-six voitures regroupées en moins de deux minutes. Favori de l'épreuve, Hannu Mikkola est a cependant pris l'ascendant sur ses adversaires, le pilote Audi comptant déjà plus de vingt secondes d'avance sur la Lancia de Markku Alén et plus de trente sur la Mitsubishi de Pentti Airikkala. Derrière, pas moins de douze équipages, emmenés par l'Audi de Michèle Mouton et la Vauxhall de Terry Kaby, se tiennent en une demi-minute. Retardé par une sortie de route, Björn Waldegård (Toyota) n'occupe que le vingtième rang, juste devant la Nissan de Timo Salonen dont le moteur fonctionne mal.

thumb|right|upright=1.15|alt=Cheltenham|La ville thermale de Cheltenham, près de Gloucester, est le premier point de regroupement du rallye RAC.