droite|vignette| Marie Dentière est la seule femme dont le nom est sur le monument international de la Réformation à Genève.La réforme protestante, également appelée « la Réforme », amorcée au , est une volonté d'un retour aux sources du christianisme et aussi, par extension, un besoin de considérer différemment la religion et la vie sociale. Cette nouvelle approche influence profondément le statut des femmes dans la Réforme protestante. En effet, la Réforme encourage l'alphabétisation et l'étude des Écritures, afin d'étudier la volonté de Dieu dans la vie quotidienne. La vie des femmes est donc influencée de manière positive et négative, en fonction des Écritures et des passages de la Bible étudiés et promus. L'étude des Écritures par le peuple améliore son alphabétisation et l'éducation des femmes ainsi de nombreuses femmes sont devenues connues pour leur intérêt et leur implication dans la parole publique de la Réforme. En parallèle, cependant, leurs voix sont souvent étouffées en raison de certaines positions de la Bible selon lesquelles les femmes devaient se taire. L'abolition des couvents de femmes fait du rôle d'épouse et de mère le seul idéal restant pour une femme à l’époque.
Le rôle des femmes pendant la Réforme Éducation La Réforme promeut l'alphabétisation et l'étude de la Bible en langue vernaculaire pour étudier la société vue par Dieu. Le peuple, et pas seulement le clergé, est maintenant encouragé à étudier la Bible, ce qui à son tour encourage l'alphabétisation. L'alphabétisation et l'étude de la Bible sont, dans un certain degré, encouragées également pour les femmes, pour qu'elles exercent une influence biblique sur les enfants et leur mari.
La scolarisation des filles et l'alphabétisation des femmes deviennent plus courantes. Par exemple, l' rend obligatoire l'éducation des filles avec les garçons. L'étude des Écritures a des conséquences différentes sur la position des femmes, en fonction du texte étudié et de la manière dont il est interprété. Dans certains cas, cela profite aux femmes, quand celles-ci trouvent des passages suggérant que les femmes sont les égales des hommes devant Dieu. Dans d'autres cas, l'effet est inverse avec certains passages misogynes de la Bible.
L'idéal féminin promu pendant la Réforme repose sur le fait que la femme doit être une épouse et une mère silencieuse et obéissante, consacrée aux tâches ménagères et à la garde des enfants. Le but de l'éducation des femmes vise à ce qu'elles acceptent le mariage et soient préparées aux arts ménagers tels que s'occuper des enfants, confectionner des vêtements et élever le bétail.. Par rapport aux femmes catholiques, les protestantes sont davantage éduquées en dépit d'origines plus modestes. L'enseignement secondaire n'est cependant pas ouvert aux femmes.
Mariage vignette|upright|Katharina von Bora a influencé l'élaboration de l'éthique sociale pendant la Réforme. La Réforme abolit le célibat des prêtres, des moines et des religieuses et promeut le mariage comme idéal pour les hommes et les femmes. Alors que les hommes ont encore la possibilité de devenir membres du clergé, les femmes ne peuvent plus devenir religieuses, et le mariage est considéré comme le seul rôle approprié pour une femme. Par conséquent, le mariage est idéalisé et le rôle des femmes dans le mariage est étudié dans le contexte des études bibliques.
La femme protestante doit être ménagère, mère et éducatrice. Cet ensemble est établi ainsi car Dieu le veut cela est renforcé par une demande d’ordre social.
La femme est associée à l’épanouissement du couple et à la prospérité de la famille.
Il est également attendu que la femme soit à l'image de l’épouse du pasteur, ajoutant ainsi aux qualités précédentes qu'elle doit être loyale et incorruptible..
Dans certains cas, la réforme conduit les hommes à se tourner vers la bigamie puisque la polygamie des hommes est tolérée dans la Bible. Elisabeth de Hesse révèle que la bigamie secrète de son frère Philip de Hesse est commise avec l'approbation du réformateur Martin Luther.
Mariage des religieuses L'abolition des couvents de femmes et le mariage d'anciennes religieuses est un nouveau phénomène qui apparaît pendant la Réforme. À la suite de la fermeture des couvents, les religieuses sont désormais officiellement autorisées à retourner dans leur famille ou à se marier.
L'exemple le plus célèbre est l'ancienne religieuse Katharina von Bora, qui épouse Martin Luther. Katharina von Zimmern, ancienne abbesse de l'abbaye de Fraumünster à Zurich et Birgitta Botolfsdotter, ancienne abbesse de l'abbaye de Vadstena en Suède, représentent d'autres exemples. Il y a des cas d'anciennes religieuses épousant d'anciens moines, comme lorsque la religieuse suédoise Ingeborg Åkesdotter épouse l'ancien moine Hans Klasson Kökkemäster, devenu prêtre luthérien après la Réforme suédoise.
Pendant la Réforme, ces mariages sont considérés comme extrêmement controversés. Katharina von Bora est donc perçue comme un mauvais modèle pour les femmes qui, comme elle, ont épousé des prêtres, ainsi que pour les anciennes religieuses qui ont quitté leurs couvents.
La femme du pasteur Parallèlement à l'abolition des couvents de religieuses, un nouveau rôle pour les femmes au sein de l'église est créé : femme du pasteur. Dans de nombreux cas, les prêtres épousent leurs femmes de ménage, avec lesquelles ils vivaient déjà avant que les prêtres ne soient autorisés à se marier. On peut citer le mariage entre le prêtre catholique Curatus Petrus (Per Joensson) et sa gouvernante-maîtresse Anna Pehrsönernas moder, avec qui il a eu deux fils. D'autres prêtres suédois et Petrus ont reçu l'ordre d'épouser leurs gouvernantes-maîtresses après l'introduction de Réforme en Suède.
Dans ce nouveau rôle dans la société, la femme du pasteur doit s'engager au bien-être des membres de la paroisse de son mari.
Cette nouvelle approche pose des problèmes car le pasteur ne possède pas son presbytère et sa veuve se retrouve ainsi sans moyens pour subvenir à ses besoins après sa mort. En Allemagne et dans les pays nordiques, ce problème est réglé par le principe de conservation de la veuve, selon lequel le pasteur nouvellement nommé doit épouser la veuve de son prédécesseur.
Politique et mécénat vignette| La reine Jeanne III de Navarre Pendant la Réforme, alors que le rôle des femmes devient un sujet de discussion au cours des études bibliques, le pouvoir politique des femmes devient un sujet de discussion avec la place appropriée des femmes, selon la Bible, dans d'autres domaines. La domination féminine et le rôle des femmes en politique sont eux-mêmes controversés pour certains réformateurs protestants, comme fameusement décrit dans The First Blast of the Trumpet Against the Monstruous Regiment of Women de John Knox. À l'époque, l'Écosse et l'Angleterre sont gouvernées par des femmes dirigeantes. En Europe, Knox discute de cette question de la gynarchie avec John Calvin et Heinrich Bullinger. Alors que Knox croit que la gynarchie est contraire à l'ordre naturel des choses, Calvin et Heinrich pensent qu'il est acceptable que les femmes soient dirigeantes lorsque la situation l'exige. Les femmes issues de la noblesse, aidées par leur éducation et leur classe sociale font grandir leur foi protestante et propagent les idées de la Réforme. Ainsi certaines femmes chargées d'un gouvernement aident et même introduisent la Réforme dans leurs royaumes pendant leur mandat. Un tel exemple est Élisabeth de Brandebourg qui introduit la Réforme pendant son mandat de régente en 1540-1545. La protection de Zwingli par Katharina von Zimmern, abbesse de l'abbaye de Fraumünster à Zurich et représentante de l'Empereur, c'est-à-dire dirigeante de facto de la république de Zurich sera essentielle pour l'introduction de la Réforme à Zurich., et, par là, dans la diffusion d'une Réforme zwinglienne à travers l'Europe, en parallèle de la Réforme luthérienne..
Un autre exemple est la reine Jeanne III de Navarre, qui introduit la Réforme en Navarre. Elle devient une des chefs huguenots français pendant les guerres de Religion en France, et en tant que telle joue un rôle majeur dans le protestantisme pendant la Réforme.
Mis à part les femmes dirigeantes, des femmes puissantes agissent comme défenseures de la Réforme et utilisent leur influence. La reine Anne Boleyn, épouse du roi Henri VIII d'Angleterre, n'est pas directement responsable de la Réforme anglaise en raison du souhait d'Henri VIII de l'épouser malgré le refus d'une annulation de la part de sa première épouse Catherine d'Aragon mais elle a également agi directement en tant que défenseure du protestantisme en Angleterre à l'époque. En France, Marguerite de Valois est célèbre pour sa protection des protestants, tout comme Renée de France et Isabelle d'Albret.
Rôle public et professionnel L'étude des Écritures et l'alphabétisation promues pendant la Réforme permettent aux femmes laïques d’être reconnues comme écrivains et auteurs, ce qui était rare auparavant. La calviniste est une traductrice et poétesse, qui publia la première séquence de sonnet en anglais.
Malgré l'idéal de la femme au foyer promu par la Réforme, les femmes continuent de remplir des rôles différents selon leur classe. Tandis que le rôle de nonne est aboli, les femmes nobles continuent à gérer de grandes propriétés et les femmes commerçantes continuent à gérer des entreprises.
Certaines femmes d'affaires bénéficient de la sécularisation de la propriété cléricale pendant la Réforme, tout comme leurs homologues masculins. Anna Karlsdotter est une noble propriétaire foncière qui a rétracté les dons que ses ancêtres avaient faits à l'église. La marchande Anna Taskomakare réussit dans le commerce du cuivre et du fer et bénéficie de la sécularisation de la propriété cléricale par la Réforme..
La Réformes donne une plus grande importance au travail des femmes, jusque là sous estimée, en lui donnant un sens théologique : en aidant leur prochain, les femmes sont au service de Dieu. Ainsi le travail social et dans le secteur de la santé tel que dans les hôpitaux, orphelinats, léproseries devient estimable .
Statut ecclésiastique Les femmes essayent de s'impliquer dans la Réforme dans toute l'Europe. À son début vers 1550, les femmes organisent des réunions de prières, baptisent et prêchent mais, dès 1560, des synodes les en empêchent.
La voix des femmes dans la Réforme est souvent supprimée, leurs écrits détruits car certains passages de la Bible recommandent que les femmes se taisent. Malgré cela, de nombreuses réformatrices se font connaître et certains réformateurs se sont montrés plus ouvert quant à la participation des femmes à la parole publique. Le réformateur Jean Calvin est connu pour avoir pris contact avec plusieurs aristocrates pour connaître leurs opinions sur certains sujets religieux. À Strasbourg, l’accès à la parole publique des femmes est également plus facile et pour une durée plus longue que dans d'autres régions..
Réformatrices vignette| Argula von Grumbach, écrivaine bavaroise Puisque le peuple est encouragé à étudier la Bible et à interpréter la parole de Dieu pendant la Réforme, les femmes s'engagent également dans la parole publique. Cependant, la prédication ou la publication d'ouvrages par les femmes s'oppose directement aux paroles attribuées à saint Paul (1 Timothée 2: 11-15)1 Timothée 2: 11-15