Les Contes de la rue Broca sont un recueil de contes de fées pour enfants écrit par Pierre Gripari et illustré par Claude Lapointe, publié pour la première fois aux éditions de la Table Ronde en , puis réédité chez Grasset-Jeunesse. Composé de treize contes, il a connu un certain succès et a également été adapté en dessins animés.
Le cadre Le titre de l'ouvrage, Les Contes de la rue Broca, ne signifie pas que les contes se déroulent dans cette rue du arrondissement. Il s'agit d'abord du lieu où ils sont racontés. Dans certaines histoires, les personnages passent cependant bien par cette rue (Le Gentil petit diable, La Sorcière du placard aux balais…) et fréquentent même la boutique de Papa Saïd. La rue Broca forme donc un cadre auquel les lecteurs peuvent se raccrocher, un repère qui permet d'imaginer de manière plus concrète le déroulement de certaines histoires et de les situer dans la réalité.
Personnages récurrents Papa Saïd : propriétaire de l'épicerie-buvette au 69 rue Broca. Il est le père de Bachir et de Nadia, et s'occupe du magasin. Il n'est pas le héros d'un conte en particulier, mais reste présent dans La Sorcière de la rue Mouffetard, Scoubidou, la poupée qui sait tout, La Fée du robinet, Le Gentil petit diable, Le Petit cochon futé. Bachir : fils de Papa Saïd. Dans le conte de la Sorcière du placard aux balais, il est possesseur de poissons magiques et est capable de parler avec une souris. Dans le conte de la Sorcière de la rue Mouffetard, il sauve sa sœur Nadia de la sorcière en faisant preuve d'intelligence et de ruse. Il est ami avec Monsieur Pierre. Il est présent dans La Sorcière de la rue Mouffetard, Scoubidou, la poupée qui sait tout, La Fée du robinet, Histoire de Lustucru, La Sorcière du placard aux balais, Le Petit cochon futé. Nadia : fille de Papa Saïd. Dans le conte de la Sorcière de la rue Mouffetard, elle est la petite fille que la sorcière veut dévorer accompagnée de sauce tomate. Monsieur Pierre : personnage principal du conte de la Sorcière du placard aux balais, il est présenté comme le narrateur des contes de la rue Broca. Dans la préface du livre, Pierre Gripari affirme que Monsieur Pierre a créé les contes de la rue Broca à l'aide des enfants qui y habitent, car chaque jeudi après-midi ils se retrouvaient pour en inventer de nouveaux. Ce personnage est sans nul doute le pendant fictif de l'auteur lui-même. Il est présent dans la majorité des contes en tant que narrateur, mais également en tant que protagoniste dans Histoire de Lustucru et La sorcière du placard aux balais.
Les contes Les treize contes de la rue Broca n'ont pas de sujet central, certains s'entrecroisent, mais chaque histoire se distingue des autres et n'en partage que très peu si ce n'est aucun point commun. Chaque conte possède ses propres motifs, son propre rythme et ses propres personnages et malgré le cadre qui parfois les rapproche, ils sont tous uniques en leur genre.
La Sorcière de la rue Mouffetard Une sorcière découvre dans le journal des sorcières une méthode pour redevenir jeune : manger une petite fille avec de la sauce tomate. Le nom de la petite fille doit cependant commencer par la lettre N. La sorcière jette son dévolu sur la petite Nadia, la fille de Papa Saïd, et essaye de la piéger à plusieurs reprises mais échoue à chaque fois.
Elle y parvient enfin en prenant la place de toutes les marchandes du marché de la rue Mouffetard et enferme Nadia dans son tiroir-caisse. Bachir, le petit frère de Nadia, parvient finalement à la retrouver et avec l'aide d'un marin qui passait par là, il libère sa sœur et tue la sorcière.
Ce conte peut être vu comme une parodie du schéma dit des contes de fée : la princesse enfermée et le prince qui vient la secourir. Les codes sont cependant complètement bouleversés et font cohabiter l'humour léger et le macabre.
Le Géant aux chaussettes rouges Vivant sous terre, un géant haut de trois étages s'ennuie et décide de trouver quelqu'un pour se marier. Il finit par sortir sa tête de terre et débouche sous la maison d'une jeune femme du nom de Mireille. Amoureux d'elle, il la demande en mariage, mais Mireille, effrayée, part en courant, laissant le géant seule avec les membres du villages qui se sont regroupés autour de lui.
Le curé, qui fait partie de l'attroupement, dit au géant qu'il ne peut pas épouser Mireille car il ne rentrerait pas dans l'Église. Attristé, le géant demande une solution et le curé lui dit d'aller voir un sorcier chinois qui serait en mesure de l'aider. Le géant part donc en voyage, d'abord en Chine où il rencontre le sorcier.
Il lui dit de se rendre à Rome, voir le Pape, qui lui-même appelle la Vierge Marie. C'est elle qui lui permet enfin de rapetisser. Le géant, grâce aux trois vœux qui lui sont également accordés par celle-ci, parvient à rejoindre Mireille à temps dans son village. Alors Mireille lui apprend qu'elle sait tout ce que le géant a fait pour pouvoir l'épouser et accepte de vivre avec lui. Les noces sont fêtées et le géant et Mireille finissent mariés.
Ce conte détonne par les nombreux repères réalistes disséminés tout le long de l'histoire. Si à l'origine un conte se déroule dans un laps de temps indéfini et dans un espace imprécis, celui-ci est doté d'un cadre temporel (une année) et spatial (on voit le trajet emprunté par le géant). La rue Broca n'est cependant pas mentionnée dans ce conte-ci, en revanche la rue Mouffetard l'est. C’est Pierre Gripari qui l’a écrit.
La Paire de chaussures Tina et Nicolas sont deux chaussures très amoureuses. Tout se passait bien pour elles jusqu'à ce qu'une dame vienne à les acheter. Les chaussures, trop tristes de ne plus se voir de la journée, essayent tant bien que mal de se rejoindre à chaque pas de leur propriétaire, la faisant tomber sans cesse.
Inquiète, elle se rend chez son médecin qui pense d'abord devoir lui couper le pied droit, puis, lors de la deuxième visite, songe à couper les deux pieds. La dame finit cependant par découvrir que ses chaussures s'aiment et décide de les garder sans les enfiler. Malheureusement sa bonne les vole, mais victime du même sort que sa patronne, elle les donne à sa nièce boiteuse qui ne marche pratiquement jamais.
Mais Tina s'use plus rapidement que son compagnon et le couple est finalement jeté aux ordures. Là-bas, des enfants décident de leur offrir un voyage de noces et les clouent sur une planche avant de la mettre à l'eau, donnant un beau voyage à ces chaussures qui ont bien vécu.
Scoubidou, la poupée qui sait tout Scoubidou, une poupée de caoutchouc appartenant à Bachir, possède des pouvoirs. Lorsqu'on lui couvre les yeux, elle est notamment capable de voir l'avenir et le passé. Bachir, qui souhaite ardemment avoir un vélo, demande à sa poupée quand est-ce que Papa Saïd lui en achètera un. Scoubidou, sachant pertinemment que ce n'est pas une bonne idée, est d'abord réticente, mais finit par accepter. Elle jette ensuite un sort à Papa Saïd qui ne parlera que de vélo toute la journée bien malgré lui.
Scoubidou finit par se faire démasquer et Papa Saïd demande à Bachir de se débarrasser de la poupée. Pour son départ, la poupée reçoit néanmoins une paire de lunettes en bois qui lui permettront de se masquer la vue toute seule sans avoir besoin de l'aide de quiconque. Scoubidou entame donc un long voyage et finit par rencontrer un capitaine de navire qui décide de l'embarquer afin qu'elle lui dise quel temps il fera en mer.
Scoubidou accepte à condition d'être payée, car elle souhaite acheter un vélo à Bachir à son retour. Malheureusement le capitaine, à la fin du voyage, refuse de payer sa dette et jette la poupée avec ses lunettes dans l'eau, où elle se fait avaler par un requin. Dans l'estomac du poisson elle trouve non seulement ses lunettes, mais aussi une huître bien gênée par la grosse perle coincée dans sa coquille. Scoubidou l'en débarrasse et, après avoir demandé au requin de la ramener à Paris en passant par la Seine, retrouve finalement Bachir à qui elle achète le vélo tant convoité.
Roman d'amour d'une patate Un jour, un petit garçon vole une pomme de terre dans sa cuisine et décide de lui tailler un visage au couteau. Douée dès lors de l'ouïe, la vue et la parole, la patate se plaint de sa nouvelle apparence, elle qui rêvait d'être une frite.
Mise à la poubelle par le petit garçon vexé, la pomme de terre se retrouve dans un tas d'ordure en pleine campagne où elle fait la rencontre d'une vieille guitare, jetée car remplacée par une guitare électrique. Les deux amies font rapidement connaissance et se font alors repérer par un chemineau qui les emporte aussitôt à un directeur de cirque, certain que le fait qu'elles parlent le rendra riche. La patate et la guitare deviennent, en effet, les stars du cirque et leur numéro fait le tour du monde, jusqu'à ce qu'un sultan décide d'acheter la patate pour l'épouser.
La pomme de terre et la guitare quittent donc le cirque et vivent avec le fameux sultan. Depuis la publication du mariage dans la presse, plus personne n'a entendu parler de la patate et la guitare qui parlent.
Histoire de Lustucru La maîtresse se fâche mais monsieur Pierre se demande pourquoi Bachir a donné cette réponse. Il fait alors des recherches pour savoir si le garçon a dit la vérité, et découvre l'histoire de Lustucru.
À l'époque des Romains, une bonne fée apparaît à un chef barbare qui attend un fils. Elle lui propose de donner l'immortalité à son fils, à la condition qu'il porte le nom de Lustucru. Le barbare accepte, pensant qu'il ne s'agit là que d'un moindre mal pour un talent aussi important.
Lustucru devient, comme promis, un jeune homme fort et vigoureux et est envoyé à Rome pour y faire son éducation. Là-bas, il brille par son intelligence et son talent mais son drôle de nom fait que l'on refuse de l'afficher premier dans toutes les disciplines, si bien qu'il se cantonne à un titre de second. Convaincu qu'il est capable d'accomplir de grandes choses, Lustucru décide de conquérir la Gaule afin d'être enfin reconnu. Dans sa quête, il recrute un jeune mendiant du nom de Jules César qui devient son lieutenant. Une fois la Gaule conquise, Lustucru écrit ses hauts-faits et commande son lieutenant de se rendre à Rome pour en faire part aux sénateurs. Cependant une fois de retour, Lustucru découvre que son nom a été remplacé par celui de César, qui le fait chasser et se nomme Empereur. De la même manière, de nombreux faits historiques réalisés par Lustucru lui ont été retirés au dernier moment, refusant que son nom soit inscrit dans l'histoire.
Lustucru se retire finalement dans un village, où au fil des jours il finit par tomber amoureux de sa voisine, une certaine madame Michel. Celle-ci tombe également sous le charme de son voisin, mais en apprenant son nom refuse catégoriquement sa demande. Le lendemain, le chat de madame Michel disparaît. Elle appelle à l'aide et c'est Lustucru qui lui répond. Il dit qu'il sait où est le chat car c'est lui qui l'a capturé, mais qu'il ne le rendra que si elle accepte de l'épouser. Refusant d'abord, elle accepte enfin en admettant que Lustucru n'est pas un si vilain nom. Pour fêter l'évènement, des enfants chantent dans le village une comptine que l'on entend toujours aujourd'hui.
Cette même comptine existe bel et bien, mais est bien antérieure au conte. Le personnage de Lustucru existait donc aussi bien avant le conte et son nom proviendrait en réalité du terme , un docteur irréel qui aurait la capacité de redresser la tête des femmes. Si son nom est resté, son rôle a beaucoup changé au fil des siècles, si bien que le seul point commun entre l'ancien Lustucru et celui du conte reste la célèbre comptine.
La Fée du robinet