Panchaea, en grec , aussi Panchée ou Panchaia, est une île utopique, peut-être imaginaire, décrite par le philosophe grecque Évhémère, qu'il situe dans la mer Érythrée, près de la côte de l’Arabie heureuse.
Étymologie Le nom est formé à partir de l’adjectif , qui signifie étymologiquement « la très vénérable », « la très noble ». Il possèdea doncune valeur programmatique, préfigurant le caractère exceptionnel de l’île.
Dans l'Antiquité Elle est rapportée par Évhémère (-316 - -260), qui affirme y avoir fait un séjour enchanteur. Sa description figure dans son ouvrage L'Écriture sacrée, aujourd'hui perdu, mais dont des extraits furent repris postérieurement par plusieurs auteurs.
Polybe : Histoires L’existence ou tout au moins la situation exacte de cette île est contestée. Plusieurs auteurs antiques contestèrent la véracité du récit d’Evhémère. Dans ses Histoires (), Polybe estime le récit d'Évhémère faux, mais plus crédible que celui de l'explorateur grec Pythéas"Mais un particulier, et un particulier peu riche, comme Pythéas, a-t-il donc pu faire des voyages de si long cours, tant par terre que par mer ? Comment Ératosthène, doutant s’il devait en général ajouter foi aux relations de ce navigateur, les adopte-t-il en particulier à l’égard de la Bretagne, de Gadès et de l’Ibérie ? Autant et mieux vaudrait s’en rapporter à Évhémère de Messine : au moins celui-ci ne prétend-il avoir été par mer que dans une seule contrée inconnue, dans la Panchaïe ; l’autre se donne pour avoir visité toute l’Europe septentrionale jusqu’aux bornes du monde. Hermès lui-même se vantât-il d’en avoir fait autant, on ne le croirait pas. Toutefois, Ératosthène, qui traite Évhémère de bergéen, veut croire aux récits de Pythéas, et cela quand Dicéarque lui-même n’y croit pas." Polybe , Histoires , livre XXXIV, III (lire en ligne).
Diodore de Sicile : Bibliothèque historique Ainsi, Diodore de Sicile reprend sa description de l'île dans les tomes VDiodore de Sicile, Bibliothèque historique, tome V (XXVIII - XXIX), lire en ligne. et VI de sa Bibliothèque historique (). Le passage concerné du cinquième tome fournit une longue description :
Quant au sixième tome, il est également perdu, mais le passage concernant l'île nous est connu grâce à Eusèbe de Pamphile, qui l'évoque dans La préparation évangéliqueDiodore de Sicile, Bibliothèque historique, tome VI (fragments), lire en ligne. :
Lygdamus : Élégies L'île est évoquée par Lygdamus () dans la troisième de ses ÉlégiesLygdamus, Élégies, livre III, partie II (lire en ligne, en latin)..
Virgile : Géorgiques Virgile y fait allusion dans ses Géorgiques (terminé en -29)"Mais ni la Médie si riche en forêts, ni le Gange et ses belles rives, ni l'Hermus qui roule un limon d'or, ni la Bactriane, ni l'Inde, ni la Panchaïe tout entière, avec ses sables où vient l'encens, ne le disputeraient en merveilles à l'Italie" Virgile, Géorgiques, livre II (lire en ligne).
Ovide : Métamorphoses Ovide narre l'histoire de Myrrha dans ses Métamorphoses () Ovide, Métamorphoses, livre X, 476 (lire en ligne). Dans une note de sa traduction, Danièle Robert signale qu'Ovide assimile l'île de la Panchaïe à toute l'ArabieDanièle Robert, note de sa traduction des Métamorphoses d'Ovide chez Actes Sud (2001), p. 453..
Strabon : Géographie Strabon reprend l'opinion de Polybe dans sa Géographie (écrite entre 20 et 23)"N'eût-il pas mieux valu cent fois, dit Polybe, croire au récit du Messénien ? Celui-ci du moins ne s'est vanté que d'une seule découverte, de sa navigation à l'île de Panchaia, tandis que l'autre prétend avoir atteint aux limites mêmes du monde et avoir exploré toute la région septentrionale de l'Europe, allégation qu'on ne croirait même pas sortant de la bouche d'Hermès. " Strabon, Géographie, livre II, chapitre IV, 2 (lire en ligne).
Pline l'Ancien : Histoire naturelle L'Histoire naturelle de Pline l'Ancien envisage l'hypothèse que c'est de Panchaïe que vient l'art de couler l'or, Pline l'Ancien, Histoire naturelle, Livre VII, LVII. (lire en ligne).
Pomponius Méla : De situ orbis vignette|Reconstitution de la carte du monde de Pomponius Mela par l'historien Konrad Miller, tournée pour que le nord soit en haut. D’après Pomponius Méla dans son De situ orbis (), les Panchéens habitaient, non pas une île, mais une contrée située sur la côte africaine de la mer Érythrée, au delà du golfe Arabique. Ce peuple est qualifié d'ophiophage car se nourrissant de serpentsPomponius Mela, De situ orbis (ou De chorographia), livre III, 81 (lire en ligne, en latin).
Plutarque : Isis et Osiris Dans sa diatribe Isis et Osiris (Œuvres morales, -s), Plutarque traite carrément Evhémère d'imposteur, soulignant que personne d'autre que lui n'a abordé cette fameuse île"c'est enfin donner comme une sanction manifeste aux impostures de cet Evhémère de Messine qui, en imaginant les fables les plus absurdes, les plus destituées de fondement, a semé l'impiété dans tout l'univers par son audace à effacer en quelque sorte les noms de tous ces dieux généralement reçus qu'il transforme en rois, en princes, en généraux d'armée, qui ont, dit-il, existé dans des temps fort éloignés, et dont il a trouvé les noms écrits en lettres d'or dans l'île de Panchée. Cependant, jamais aucun Barbare ni aucun Grec n'en a eu connaissance , et il faudra croire que le seul Evhémère a abordé dans cette île des Panchéens et des Triphylliens, peuples qui n'existent et n'ont jamais existé nulle part. " Plutarque, Œuvres morales : Isis et Osiris, 23 (lire en ligne).
Après l'Antiquité Louis de Jaucourt consacre deux entrées de l'Encyclopédie (tome 11, 1765) à Panchée et sa grande ville Panara. Reprenant les descriptions fournies par « Echemere » et rapportée par Diodore de Sicile, il décrit ces lieux, en regrettant qu'ils n'existent pas. Il s'appuie sur les avis de Callimaque, Ératosthène, Polybe et Plutarque. Ce qui n'a pas empêché, note-t-il, des poètes tels que Virgile, .
Pierre Larousse, dans son Grand Dictionnaire universel du XIXe siècle, lui consacre aussi une entrée et préfère dire que son existence est très contestée, citant à peu près les mêmes auteurs. Il complète toutefois que, dans les temps modernes, quelques géographes croient retrouver Panchæa dans l’île Massera, sur la côte orientale de l’Arabie, au sud du cap Rasalgat.
Source
Diodore de Sicile, Bibliothèque historique
Voir aussi
Jambule et ses îles du Soleil
Liens externes
Notes et références
Catégorie:Île légendaire Catégorie:Lieu historique légendaire Catégorie:Géographie de l'océan Indien