ou est une peinture à l'huile monumentale réalisée par le peintre brésilien Pedro Américo entre 1872 et 1877.

Commandée par le gouvernement impérial, cette œuvre représente la bataille d'Avaí, un affrontement majeur de la guerre de la Triple-Alliance (1864-1870) opposant le Paraguay à la coalition formée par le Brésil, l'Argentine et l'Uruguay. Américo a peint cette toile à Florence, en Italie, alors qu'il avait environ .

La toile, qui mesure de haut sur de large, est une représentation dramatique et détaillée de la bataille. Elle illustre le chaos et la brutalité des combats, mettant en scène des soldats en pleine action et des scènes de souffrance humaine. Américo a cherché à capturer l'intensité émotionnelle de la guerre en général, plutôt qu'à représenter fidèlement la bataille.

L'œuvre a été exposée pour la première fois à Florence en 1877, puis elle a été transférée à Rio de Janeiro. Elle est exposée avec Batalha dos Guararapes de Victor Meirelles à la de l'Académie impériale des beaux-arts en 1879, devant quelque trois cent mille visiteurs. L'exposition, qui a d'abord mis en évidence les qualités des œuvres, exposées côte à côte, a été marquée par une atmosphère de rivalité entre les auteurs, suscitée par les opinions de la presse. La peinture a en effet suscité des réactions contrastées : certains l'ont louée pour sa puissance évocatrice, tandis que d'autres l'ont critiquée pour son style dramatique et sa représentation idéalisée des événements.

Malgré les controverses, , désormais conservée au musée national des Beaux-Arts, est considérée comme l'une des œuvres majeures de la peinture brésilienne du et un dans la production picturale brésilienne.

Contexte Contexte historique

vignette|alt=Image vectorielle en couleur. Plan de région, où le Paraguay est représenté au centre en vert, entouré au nord et à l'est du Brésil en blanc, au nord-ouest de la Bolivie en jaune, et au sud par l'Argentine en orange. Certains territoires du Brésil et de l'Argentine sont hachurés en vert : ce sont les possessions paraguayennes perdues.|Théâtre des batailles de la guerre de la Triple-Alliance. L'œuvre représente la bataille d'Avaí, qui est livrée sur le cours d'eau du même nom (en territoire paraguayen) le pendant la guerre de la Triple-Alliance, qui voit s'affronter les forces de la Triple Alliance (Argentine, Brésil et Uruguay) et celles du Paraguay. La bataille s'est déroulée dans la phase du conflit appelée , qui comprend également les batailles d'Itororó, de Lomas Valentinas et d'Angostura., ce qui correspond au moment où les troupes brésiliennes ont anéanti l'armée paraguayenne sur les rives de la rivière Avaí au Paraguay. En outre, l'œuvre elle-même indique un moment de grande importance à la fin de la bataille, qui représente à la fois l'apogée et le début du déclin de l'empire brésilien.

La guerre de la Triple-Alliance (1864-1870) a été le plus grand conflit militaire de l'histoire du Brésil. Les protagonistes ne pensaient pas que l'affrontement durerait aussi longtemps et les structures internes des quatre pays ont été ébranlées par la guerre. Elle débute en par l'invasion du territoire brésilien par le Paraguay pour des questions de commerce extérieur et de frontières, et se termine environ cinq ans plus tard, en , par la mort du chef de l'État paraguayen Francisco Solano López.

vignette|gauche|alt=Dessin en noir sur fond sepia. Schéma de bataille montrant l'évolution des troupes brésiliennes, et les différentes positions et points de rencontre.|Carte de la bataille d'Avaí. Avant la guerre, le Paraguay cherchait à se développer économiquement de manière indépendante, en fermant son marché aux étrangers et en n'ayant aucune dette liée à des emprunts internationaux. Les pays de la Triple Alliance sont entrés dans le conflit avec des dettes extérieures résultant d'emprunts étrangers. Cependant, en 1871, à la suite de la guerre, les quatre pays se sont retrouvés endettés et le Paraguay a été contraint d'ouvrir son marché pour survivre.

Le résultat final de la guerre est que le Paraguay a été presque entièrement détruit et contraint d'ouvrir son marché, ce qui a profité principalement aux Britanniques, qui ont réussi non seulement à pénétrer ce marché, mais aussi à contrôler économiquement les vainqueurs du conflit . En outre, le Brésil et l'Argentine s'emparent d'une grande partie du territoire paraguayen. L'Uruguay, quant à lui, quitte le conflit sans rien gagner. De plus, l'empire brésilien décline en raison de l'importance de la dette extérieure et du grand nombre de morts causées par la guerre.

En définitive, le Paraguay a perdu une grande partie de ses industries et de son territoire ainsi qu'une partie de sa population . Le Brésil a profité de ces pertes, en incorporant une grande partie de ce territoire et en assurant sa mainmise sur la région des Platines, principalement grâce aux relations fluviales établies avec l'État méridional du Mato Grosso. Cependant, la guerre a eu de nombreuses conséquences : selon les sources officielles, sont mortes, mais d'autres recherches suggèrent que ce nombre s'élève en réalité à environ . Le Brésil termine le conflit avec une dette extérieure élevée envers les Britanniques, puisqu'il a contracté plusieurs emprunts auprès de la banque britannique, ce qui entraîne une forte hausse de l'inflation dans le pays.

Au cours de la bataille d'Avaí, les forces paraguayennes se sont battues avec ténacité, mais ont été encerclées par une manœuvre de flanquement et détruites. Elle est considérée comme une étape décisive de la victoire finale du Brésil lors de la guerre de la Triple-Alliance..

Pedro Américo

vignette|alt=Photographie en noir et blanc. Portrait en buste d'un homme élégant, avec les cheveux gominés en arrière, une longue moustache pointue et un bouc pointu.|Pedro Américo photographié par M. Nogueira da Silva (Rio de Janeiro, 1871). Pedro Américo Figueiredo e Melo (1843 — 1905) est un poète, romancier, philosophe, professeur d'art et peintre brésilien.

L'événement marquant de sa vie artistique se produit en 1852, lorsque Pedro Américo rencontre Louis Jacques Brunet, un naturaliste français venu à Areia, la ville natale d'Américo, pour étudier le sol du Paraíba. Enchanté par le jeune garçon, il l'emmène comme dessinateur dans son expédition pendant deux ans, parcourant le Paraíba, le Pernambouc, le Ceará, le Rio Grande do Norte et le Piauí. Soucieux du développement de son talent et de son éducation, le Français envoie deux dessins réalisés par Américo au président de la province, accompagnés d'une lettre demandant que le gouvernement prenne en charge son éducation. Le président de la province s'intéresse à la cause et envoie le garçon à la capitale. En 1853, à l'âge de , Pedro Américo quitte Paraíba pour l'État de Rio de Janeiro, où il est inscrit au Colégio Pedro II, dans la capitale de l'État. Lors d'une visite de l'empereur Pierre II dans son école, Américo fait un dessin de lui assis dans l'escalier et lisant un livre. Ce dessin est apporté à l'empereur lui-même, qui inscrit le jeune homme à l'Académie impériale des beaux-arts en 1856, qu'il termine en deux ans.

Alors âgé de , Américo demande à l'empereur Pierre II de lui accorder une bourse pour aller se perfectionner en Europe. : . Une fois sa bourse obtenue, Pedro Américo se rend à Paris pour étudier à l'École des Beaux-Arts, auprès de Jean-Auguste-Dominique Ingres, Léon Cogniet, Hippolyte Flandrin et Carle Vernet..

Pendant ses études en France, Pedro Américo réalise plusieurs œuvres et reçoit un prix pour une étude de la figure humaine. À la fin de ses études, en 1864, il réalise , tableau pour lequel il reçoit la médaille d'or aux Expositions générales de 1866. À la fin de ses études, il rentre au Brésil pour occuper la chaire de dessin figuratif à l'Académie impériale des beaux-arts. Il occupe ce poste de 1865 à 1890, époque à laquelle il reçoit la commande de l'État.

Commande de l'œuvre Le succès diplomatique sur l'Empire britannique et les victoires militaires sur l'Uruguay en 1865, suivies de la fin victorieuse de la guerre avec le Paraguay en 1870, marquent le début de l'âge d'or de l'empire du Brésil.. À l'époque où cette peinture a été réalisée, l'une des préoccupations de l'Empire était de construire une idée d'unité au sein de la nation brésilienne. Une autre intention derrière les œuvres commandées durant cette période était de motiver la population brésilienne à oublier les ravages de la guerre car, même si elle était victorieuse, elle avait perdu de nombreux soldats et comptait encore les pertes. L'État cherche alors à vanter ses réalisations et à construire une identité nationale.. C'est ainsi qu'il commande à Pedro Américo une toile représentant la bataille des Guararapes, un conflit qui s'est déroulé au Pernambouc entre 1648 et 1649 entre la Compagnie néerlandaise des Indes occidentales et l'Empire colonial portugais à Morro dos Guararapes..

Pedro Américo préfère représenter un thème plus contemporain, et choisit de représenter la bataille d'Avaí .

Lorsqu'il accepte de réaliser , Américo décide que la valeur de l'œuvre ne sera fixée qu'une fois achevée, afin qu'elle puisse être évaluée par des spécialistes. Une fois le tableau terminé, les professeurs de l'Académie des beaux-arts de Florence l'ont évalué à , mais Américo n'a reçu que de la part de l'Empire. Lors de l'exposition de l'œuvre à Florence, le peintre demande à l'empereur Pierre II de lui donner une partie de l'argent de la toile afin qu'il puisse organiser une exposition à Paris, mais l'empereur répond que lorsqu'il est en voyage, il n'est pas monarque et ne peut rien faire. Pedro Américo a reçu l'argent avec deux ans de retard, le paiement ayant été effectué en cinq tranches. Cependant, il convient de noter que n'a été achevée et exposée que sept ans après la fin de la guerre de la Triple-Alliance, de sorte que, lorsqu'elle a été exposée pour la première fois, le contexte politique avait déjà changé .

Description et analyse Description technique vignette|alt=Dessin en noir et blanc sur fond sépia. Un homme à demi-nu se penche en avant la tête basse, comme en train de tomber des suites d'un coup qui lui a été porté.|Étude pour la , craie blanche et pierre noire sur papier (1857, pinacothèque de l'État de São Paulo).|gauche Les dimensions de la toile sont monumentales : . Pour répondre aux attentes de l'État, Pedro Américo n'a pas lésiné sur la peinture et la lors de l'exécution de . L'œuvre a été conçue pour impressionner et marquer par sa ressemblance avec la réalité.. Elle est ainsi accueillie par ces mots :

Contrairement à de nombreux peintres qui ont peint les batailles de la guerre de la Triple-Alliance , Américo ne s'est pas rendu sur les lieux du conflit. L'œuvre a entièrement été conçue et réalisée à Florence, en Italie, ce qui n'a été possible qu'avec l'aide du duc de Caxias. Le peintre est resté en contact avec le duc par courrier, celui-ci lui envoyant des lettres avec ses récits de guerre et des documents, ainsi que des uniformes militaires pour l'aider à construire fidèlement l'œuvre. Malgré le réalisme de l'œuvre, certains aspects de la bataille ne sont pas crédibles, comme le fait que l'armée brésilienne était intacte et sèche, alors qu'il pleuvait à torrents.

Toutes les techniques que le peintre a apprises à l'Académie des beaux-arts se retrouvent dans son œuvre, notamment en ce qui concerne la conception des figures. La composition des chevaux démontre ses connaissances en matière de perspective et de dessin, tandis que la représentation des hommes témoigne de ses études d'anatomie.

Composition générale de l'œuvre vignette|redresse=2|alt=Peinture en couleurs. La scène représente une mêlée intense entre soldats sur un champ de bataille chaotique. Au centre, un cavalier brandit son épée, entouré de corps blessés ou morts. Le ciel est chargé de fumée et de poussière, mais laisse une éclaircie de forme elliptique au-dessus du cavalier central.|.