vignette|"Un monastère bénédictin situé au pied du Canigou". L’abbaye de Saint-Michel de Cuxa est un monastère bénédictin situé au pied du Canigou, sur la commune de Codalet dans le département français des Pyrénées-Orientales en région Occitanie. Il fait partie de la province espagnole de la congrégation de Subiaco (confédération bénédictine).

L'église abbatiale est en partie préromane et son cloître marque au la naissance de la sculpture romane roussillonnaise. L'ensemble est classé au titre des monuments historiques..

Situation

vignette|L'abbaye est située sur une terrasse fluviale quaternaire à une altitude d'environ 460 mètres, soit une vingtaine de mètres au-dessus du cours actuel de la rivière Llitera.

Toponymie Le site de Cuxa est aussi orthographié Cuixà et se prononce de la même manière localement (), du nom catalan .

Histoire Fondation et apogée de l'abbaye L'abbaye de Cuxa tire son origine du monastère de Saint-André d'Eixalada, situé plus haut dans la vallée de la Têt, et fondé vers 840.

À l'automne 878, une crue soudaine de la Têt, consécutive à des pluies diluviennes, emporte dans ses eaux le monastère (situé tout près du lit de la rivière, à l'emplacement de sources thermales déjà connues dans l'Antiquité). Les survivants se réfugient à Cuxa, où se trouve une église dédiée à saint Germain, propriété du clerc Protais (Protasius) qui s'est, avec quelques compagnons, agrégé à la communauté de Saint-André en 854. Un document daté du règle la situation juridique des moines de Saint-Germain : ils se constituent en une communauté monastique et, l'abbé de Saint-André étant mort entre-temps, Protais en devient le nouvel abbé.

Le nouveau monastère continue de bénéficier de la protection et des libéralités des comtes de Cerdagne-Conflent, issus de le Velu (Wifredus), comte de Barcelone en 870, qui agrandissent considérablement son patrimoine foncier. Le monastère obtient de la royauté des préceptes confirmatifs et, surtout, en 950 le privilège d'immunité, qui le fait relever de la seule autorité du pape. de Cerdagne confie le monastère de Cuxà peu avant 965 à l'abbé Garin (Warinus), moine venu de Cluny ; celui-ci y introduit une réforme dans l'esprit de Cluny. Garin est à la tête de cinq monastères du sud de la France et il entretient avec l'extérieur des rapports étendus.

Il existe une petite église dédiée à Saint Michel à Cuxa, mentionnée pour la première fois en 938, faite de pierres et d'argile. Sunifred fait bâtir une grande église en chaux, en pierre taillée et en bois, à partir de 956 ; il y est inhumé à sa mort en 967. Elle est consacrée le , veille de la Saint-Michel, selon l'usage. Cette église existe encore aujourd'hui, c'est l'une des plus importantes de l'architecture préromane.

De retour d'un pèlerinage à Rome et à Venise, Garin convainc le doge Pietro Orseolo de le suivre à Cuxa. Dans la nuit du , selon Pierre Damien, le doge s'enfuit de Venise, abandonnant pouvoir, femme et enfants, emportant une bonne partie de ses trésors et accompagné entre autres de deux ermites, Marin et Romuald. La présence de ces hôtes illustres attire à Cuxa une foule de pèlerins. Le doge meurt au monastère en odeur de sainteté en 987. Peu après, ses compagnons retournent en Italie ; Romuald y fonde l'ordre des camaldules. Le comte Oliba Cabreta, frère et successeur de , abandonne le pouvoir à son tour et se retire au monastère bénédictin du Mont-Cassin, où il meurt en 990. En 991, l'abbé Garin part en pèlerinage aux lieux saints, d'où il revient en 993. Il meurt peu avant l'an 1000.

Renonçant au pouvoir temporel qu'il exerce avec son frère Guifred, Oliba de Besalú, né vers 971, fils du comte Oliba Cabreta, choisit la vie monastique en 1002, à Ripoll ; élu abbé de Ripoll et abbé de Cuxa en 1008, nommé évêque de Vic en 1017, il s'efforce de consolider et d'agrandir le patrimoine déjà riche du monastère. Moins voyageur que Garin, Oliba est un grand bâtisseur. Il va profondément transformer le monastère en construisant au-devant de l'église les deux églises superposées de la Crèche (Pessebre) et de la Trinité, églises à plan centré qui communiquent au niveau supérieur avec Saint-Michel par des galeries. Il augmente aussi le sanctuaire de trois absides, voûte les bas-côtés de la nef, construit les clochers. C'est un homme de grand prestige, qui se rend au moins deux fois à Rome et correspond avec rois et prélats qui recherchent son avis. Il meurt à Cuxa, où il est inhumé, le .

Par une charte datée du , Guillaume-Raymond, comte de Cerdagne, donne l'abbaye de Cuxa en propriété à l'abbaye Saint-Victor de Marseille et à son abbé RichardArchives départementales des Bouches-du-Rhône, 1 H 62 297.. On pense que le nouvel abbé de Cuxa (de 1091 à 1102), Pierre Guillaume, est chargé de réformer le monastère dont le relâchement dans l'observance de la règle de saint Benoît a affaibli le prestige.

Au début du , on construit le cloître en lui donnant la forme d'une colonnade de marbre, avec des chapiteaux sculptés. On édifie aussi une tribune en marbre dans l'église. Ces travaux sont en partie l'œuvre de Grégoire, abbé de Saint-Michel de 1130 à 1143, puis archevêque de Tarragone jusqu'à sa mort en 1146. Son effigie est placée sur la façade de la tribune, ce qui permet de conjecturer pour celle-ci une date entre 1146 et 1150.

Les périodes suivantes du Moyen Âge sont moins fastes pour Cuxa. Les bâtiments de l'abbaye ne sont pas restaurés. La richesse du monastère est cependant évidente, avec un domaine foncier très important, et la juridiction quasi épiscopale sur une quinzaine de paroisses réparties entre les diocèses d'Elne et d'Urgell.

Cuxa à l'époque moderne vignette|Photo de l'abbaye par Eugène Trutat, conservée au muséum de Toulouse. vignette|Cloître de l'abbaye à la fin du . Photographie par Eugène Trutat, muséum de Toulouse. À partir du , les moines ne vivent pour ainsi dire plus la vie commune. Les revenus de l’abbaye sont partagés en autant d'« offices » que de moines (l'infirmier, le cellérier, le sacristain majeur, etc.) et chacun d'eux a son habitation particulière dans l'abbaye. L'église est transformée par la réalisation de chapelles latérales au détriment des bas-côtés de la nef, qui reçoit une voûte catalane en briques. En 1592, on note une nouvelle consécration du maître-autel, qui signe sans doute le réaménagement de l'église, et d'une nouvelle consécration de l'église du Pessebre, c'est-à-dire la chapelle construite dans l'axe du chevet de l'église pour remplacer l'église circulaire de la crypte sans doute alors abandonnée. Le logis du sacristain majeur est édifié à l'emplacement de la chapelle de la Trinité, qui avait déjà dû subir de gros dégâts (ou même s'effondrer) au , selon quelques indices archéologiques.

Le , le pape Clément XIV publie une bulle qui rétablit la vie commune dans les monastères de l'ordre de Saint-Benoît, supprimant en conséquence les « offices » à Saint-Michel de Cuxa. La bulle, approuvée le par lettres patentes du roi , se heurte à une résistance des moines des années durant, tant et si bien qu'il ne reste plus que sept moines à Cuxa en 1790.

Après la Révolution L'abbaye est vendue comme bien national le à un négociant de Prades. L'abbé Font, dans son Histoire de Saint-Michel de Cuxa (1903) a prétendu que le , des révolutionnaires envahissent le monastère et le pillent, obligeant les moines à l'abandonner. C'est sans doute faux, car les moines l'avaient déjà quitté, certains dès 1790, les autres avant la vente citée plus haut. L'orfèvrerie avait été portée à la Monnaie de Perpignan et les objets du culte répartis dans les paroisses voisines (Prades, Rigardà, Taurinyà). Tout au long du , l'ensemble des bâtiments de l'abbaye tombe peu à peu en ruines. En 1825, un arceau de la grande nef se rompt, entraînant l'écroulement de la voûte de la crypte ; le clocher nord s'effondre à l'hiver 1838-1839. Le cloître est vendu, chapiteau après chapiteau, ainsi que sa fontaine, à des amateurs ou collectionneurs. En 1835, une galerie presque complète (douze arcades) est vendue pour décorer la cour d'un établissement de bains publics à Prades, les Bains Saint-Michel. Dès les années 1860, il n'en reste que douze sur place, qui disparaissent avant 1900.

thumb|alt=Cinq figurines ; un homme assez grand, priant à genoux devant un ange monté sur peut-être un arbre, et trois hommes dormants.|Jésus au mont des Oliviers, figurines du dans l'abbaye, relatant probablement l'agonie de Jésus-Christ au jardin des oliviers. En 1950, la toiture de la nef centrale, primitivement en simple charpente, est restaurée avec une charpente sur arcs diaphragmes établis à l'emplacement des doubleaux des voûtes projetées au et vraisemblablement jamais mises en place. Le chœur de l'église principale est orné d'un christ en bois sculpté et de stalles en bois. Quelques éléments de mobilier ont rejoint l'abbaye, un groupe du Christ au jardin des oliviers (), une Vierge à l'enfant polychrome du , quelques statues des s.

En 1907, un sculpteur américain, George Grey Barnard, qui a déjà acquis quelques sculptures de Cuxa chez un antiquaire parisien, se rend sur place, et acquiert en une semaine, chez des particuliers de Prades ou des environs, trente-huit chapiteaux, payés par lui 20 $ pièce, en moyenne. Il négocie également l'achat des arcades de l'établissement de bains, qu'il viendra (en vain) pour enlever en 1913. La collection Barnard est à l'origine du musée The Cloisters, créé par l'artiste en 1914, puis revendue au Metropolitan Museum of Art en 1926, grâce à John D. Rockefeller qui fait construire le nouveau bâtiment du Musée des cloîtres de New York en 1938. Dans ce nouveau bâtiment s'inspirant de la forme d'une abbaye, le cloître central est celui de Cuxa, plus exactement un cloître de dimensions réduites par rapport à l'original, intégrant la quarantaine de chapiteaux rapportés par Barnard.

Le sculpteur ne réussit pas, cependant, en 1913, à emporter la série de chapiteaux de l'établissement de bains de Prades, pour la conservation de laquelle la population locale et la presse se sont mobilisées lors de son passage : l'ayant acquise, il en fait don à la France, et ces chapiteaux seront utilisés pour la reconstruction d'une partie du cloître in situ en 1950 (galerie sud), reconstitution poursuivie jusqu'en 1955 par l'architecte Sylvain Stym-Popper grâce à des dons et des acquisitions d'autres sculptures provenant de l'abbaye.

En 1919, Ferdinand Trullès acquiert l'abbaye pour y reloger les cisterciens de Fontfroide qui ont quitté la France à l'époque des lois sur les congrégations. Ils s'installent à Saint-Michel, et sont remplacés en 1965 par les bénédictins de Montserrat.

Depuis les années 1930, l'abbaye fait l'objet de campagnes de restauration par le service des monuments historiques : l'église abbatiale retrouve un toit dès 1950. En 1936, les travaux sont marqués par la présence de l'archéologue catalan Josep Puig i Cadafalch, qui a dû fuir l'Espagne ; la crypte du Pessebre est dégagée. En 1952, sous les constructions du logis du Grand Sacristain, les ruines de l'église de la Trinité sont mises au jour.

Pablo Casals inaugure le Festival Pablo Casals de Prades en 1950 en donnant un concert resté célèbre dans l'église encore dépourvue de toit. Le festival se déplace à l'abbaye à partir de 1957. La crypte de l'abbaye est ouverte au public en 1967.

Architecture L'église abbatiale thumb|Reconstitution des volumes du . thumb|Plans des niveaux et phase préromane. thumb|Détail du clocher sud. Avec l'église abbatiale de Saint-Michel de Cuxa on peut suivre le passage entre l'architecture préromane et le premier art roman méridional grâce à des textes de 956 à 975 et les agrandissements jusqu'au milieu du .

L'église préromane