Les apparitions mariales de Kibeho désignent les apparitions de la Vierge Marie survenues à Kibeho, un petit village du sud du Rwanda, du au . La Mère de Jésus serait apparue à trois jeunes filles durant plusieurs années. Ces apparitions, dont le message porte sur la prière et sur une guerre prochaine (génocide des Tutsi au Rwanda), ont d'abord été l'objet de méfiance de la part de l'entourage des voyantes.

En plus des trois premières jeunes filles (Alphonsine, Nathalie et Marie-Claire), qui seront reconnues par l’Église catholique, plusieurs autres se déclarent. Les autorités catholiques, très réservées au départ, ouvrent une commission d'enquête canonique sur ces événements et sur les présumés voyants. Seuls trois voyants seront finalement reconnus officiellement, et uniquement pour les .

En 1988, l'évêque de Butare, autorise le culte public de Notre-Dame de Kibeho, dénomination de la Vierge Marie telle qu'elle serait apparue dans cette ville. Une chapelle est mise en construction en 1992. La ville devient un important site de pèlerinage national et international.

Le génocide des Tutsi au Rwanda en 1994 n'épargne pas la ville des apparitions, et dix mille personnes sont tuées dans l'église paroissiale de la ville. Une fois la paix revenue, et après une période de tension entre l’État et l’Église sur la redéfinition de la fonction de ce lieu chargé d'histoire, un accord est trouvé entre les deux parties. L'église est restaurée et elle devient un lieu de mémoire des massacres et de culte religieux.

Le , Augustin Misago, évêque du lieu, prononce au cours d'une grande messe concélébrée à la cathédrale de Gikongoro, et en présence du nonce apostolique au Rwanda ainsi que de nombreuses personnalités religieuses et de fidèles, le décret de reconnaissance officielle de ces apparitions, au nom de l'Église catholique. Cette reconnaissance officielle renforce le succès populaire de ce qui devient un grand centre de pèlerinage connu dans le monde entier.

Historique Le contexte Au cours des années 1980, le Rwanda est un pays réputé paisible et le plus christianisé d'Afrique. Un ouvrage rédigé en 1985 décrit la vie du pays des mille collines comme . Mais des tensions existent de longue date entre les deux ethnies composant le pays : les Hutus et les Tutsis.

Un racisme s’est développé depuis longtemps dans la société rwandaise, et des luttes de pouvoir complexes au sein du gouvernement entraînent une propagande qui . Le premier président hutu du Rwanda indépendant, avait organisé les premiers pogroms dès la fin de la décolonisation. Le calme précaire qui règne sur le pays, lors des premières apparitions, dissimule mal la mémoire de ces massacres passés qui sont restés impunis. Dans le pays, .

Les apparitions vont se dérouler dans un collège d'étudiants tenu par des sœurs de la congrégation religieuse des Benebikira à Kibeho.. Bien que le collège soit tenu par trois religieuses, aidées de quelques laïcs, l'ambiance générale est peu religieuse : il n'y a même pas de chapelle dans l'établissement. Le collège héberge à cette date cent vingt filles internes, réparties en trois classes qui les préparent à devenir secrétaires d'entreprise ou institutrices du primaire. Les voyantes ont de à au début des événements..

Premières apparitions à Alphonsine

Dans la journée du ., une jeune élève du collège de Kibeho, Alphonsine Mumureke., déclare voir d'une beauté incomparable qui se serait présentée à elle comme la . Elle l'identifie aussitôt comme la Vierge Marie. Le phénomène va se reproduire à de nombreuses reprises, que ce soit en privé ou en public. La Dame lui aurait demandé de prier avec sincérité et l'aurait invité à pousser ses compagnes à se convertir et à redoubler de foi... L'apparition est décrite comme ..

Les premières réactions ne se font pas attendre. Elles sont pour la plupart méfiantes, notamment de la part des professeurs du collège et des autres élèves. On dit d'Alphonsine qu'elle est . On cherche alors des preuves pour démontrer que tout cela n'est qu'une supercherie. Au moment des extases, élèves comme professeurs ont le droit de procéder à tous types de tests sur Alphonsine pour la mettre à l'épreuve et ainsi vérifier si elle est vraiment dans un état extatique.

Comme on considère Alphonsine comme une hystérique ou une possédée, nombreux sont ceux qui envisageraient de prendre plus au sérieux ces si la Dame apparaissait également à d'autres élèves. Alphonsine aurait donc prié la Dame de se manifester à d'autres personnes pour que tout le monde croie en sa parole.

Apparitions à d'autres jeunes filles

Rapidement, deux autres élèves du collège assurent avoir vu la Dame. Il s'agit de Nathalie Mukamazimpaka, à partir du ., et de Marie-Claire Mukangango à partir du . L'opinion publique change progressivement. Nathalie étant une jeune fille studieuse, discrète et pieuse, la population estime qu'elle n'est pas folle et ne ferait certainement pas l'objet de possession. Quant à Marie-Claire, c'est elle qui critiquait Alphonsine et qui . Marie-Claire faisait également courir des rumeurs de possession et de sorcellerie (sur la présumée voyante). Son changement d'attitude et le fait qu'elle aussi déclare voir la Dame, consternent les professeurs et amènent les élèves du collège à porter de plus en plus de crédits aux affirmations de la voyante..

Le , selon Marie-Claire Mukangango, la Vierge Marie lui aurait enseigné le chapelet des sept Douleurs, comme elle lui aurait promis 3 jours auparavant. Ce jour-là, Marie aurait dit qu'elle désirait qu'il soit remis à l'honneur et aurait donné à Marie-Claire la mission de le propager dans le monde entier.. Le , toujours selon Marie-Claire, la Vierge aurait promis du chapelet des sept Douleurs que s'il était récité en le méditant, il donnerait « la force de se repentir » et elle lui aurait expliqué des grâces liées à ce dernier...

Même si les critiques et la méfiance restent vives, un groupe d'élèves et de professeurs assistent à des réunions avec les présumées voyantes où l'on récite le chapelet. Bientôt, la nouvelle se répand en dehors du collège et du village. On vient de la région entière pour voir les présumées voyantes mais surtout assister aux apparitions publiques. Les et , on compte environ dix mille personnes venues assister aux présumées apparitions.

Les premières apparitions publiques se font dans la cour de l'école, sur la . Des foules de plus en plus nombreuses vont s'y rassembler. Pour éviter les bousculades dans la foule, et permettre à tous les pèlerins de suivre l'événement, l'Office Rwandais d’information installe de grands haut-parleurs pour . Un podium est même construit par des bénévoles, avec le concours de l'évêque, afin que tout le monde puisse voir les voyantes. Ce podium entre en service le ..

L'annonce des massacres Durant l'apparition du , la Vierge annonce à Alphonsine qu’elle reviendrait le . Compte tenu de cette annonce anticipée de sa venue le jour de sa fête de l’Assomption, beaucoup de personnes pensent qu'il va y avoir un . Et donc des foules nombreuses, venant de tout le pays et des pays voisins, se rendent sur le site des apparitions.

Le Il y aurait eu deux apparitions les 15 et 19 août avec des messages proches. Les sources confondent et fusionnent parfois les deux événements. Les sources sont peu précises sur la ventilation des événements sur les deux dates. Nous ne citons qu'une seule date., les voyants décrivent la Vierge en pleurs, la Vierge pleurant sur les malheurs de son peupleLa Vierge en pleurs a également été vue lors d'autres apparitions, reconnues par l’Église, comme à Lourdes, Fatima ou lors de l'apparition de La Salette.. Devant plus de dix mille personnesD'autres sources donnent le chiffre de vingt mille personnes., les trois voyantes Alphonsine, Nathalie et Marie-Claire, ont soudain des visions effrayantes : les jeunes filles se mettent à pleurer, claquer des dents et trembler. La Vierge, disent-elles, leur montre , , , des cadavres abandonnés sans que personne vienne les enterrer.. Ces malheurs sont la conséquence, d'après les voyantes, du manque de foi et de l'hypocrisie des croyants. La foule en garde une impression de peur, de panique et de tristesse..

L'apparition, qui dure près de huit heures, n'est pas visible par tous les enfants en même temps. Chacune des filles a des apparitions individuelles, pendant que les deux autres prient et chantent des cantiques à la Vierge. La fin de l'extase de chacune des enfants est marquée par une lourde chute de leur corps sur la tribune où elles ont été installées.

Autres apparitions Le puis à nouveau le de la même année, .

Lors des différentes apparitions, les visions sont parfois accompagnées de . Alphonsine comme Nathalie ont affirmé avoir voyagé avec la Vierge dans d'autres mondes dans des lieux similaires au purgatoire, à l'enfer ou au paradis. Ces qui duraient de longues heures ont été suivis de près par une commission de médecins.

Après , les apparitions se poursuivent, mais pour l’Église catholique, seules les apparitions à Alphonsine Mumureke sont reconnues. Les deux autres voyantes (reconnues par l’Église) n'ont plus d'apparitions à partir de cette date.. Les apparitions de Kibeho vont continuer jusqu'au , date à laquelle Alphonsine déclarera vivre sa dernière apparition publique. Cette date de est la date retenue par l’Église catholique comme étant la fin des phénomènes mystiques à Kibeho.

Autres voyants À partir de 1982, d'autres jeunes gens ont affirmé avoir des apparitions similaires aux trois jeunes filles mais elles n'ont pas été prises en compte par les autorités ecclésiastiques. Parmi ces personnes, il y a Valentine Nyiramukiza qui déclare avoir vu la Vierge pour la première fois le , et que par la suite, dans d'autres visions, elle aurait vu . Autre visionnaire : le jeune Segatashya, non chrétien, qui rapporte avoir vu le Christ du au de l'année suivante. Dans ces visions, il aurait reçu Lors de la reconnaissance des apparitions, l'évêque a indiqué que ce car . Voir le texte de reconnaissance des apparitions.. Les autorités catholiques locales rapportent que le (soit un an après la première apparition), le nombre des présumés voyants s’élevait à quatorze, et qu'un an plus tard ils étaient déjà trente-trois à se déclarer favorisés d'apparitions célestes.

Apparition durant les massacres Le , alors que le génocide rwandais a déjà débuté, devant l'église du village en ruines et remplie de cadavres, Valentine déclare voir une apparition de la ViergeL'apparition, comme la voyante n'ont pas été reconnues comme authentiques par l’Église catholique.. La radio est là et retransmet ses paroles en direct. Ses paroles sont interprétées comme . Si la présumée voyante se désole de ces interprétation, elle se retrouve accusée par les Hutus d'avoir annoncé une victoire totale qui n'est pas venue, et par les Tutsis d'avoir encouragé les tueries. Elle devra à son tour quitter le pays.

Suites et conséquences de l'apparition Génocide des Tutsi au Rwanda

Les annonces Le , les trois voyantes déclarent voir des visions effroyables : . La Vierge en pleurs aurait demandé aux voyantes de prier pour éviter que ce malheur n'arrive. Ces visions qui vont revenir dans différentes apparitions, sont, pour l'Église catholique, des annonces prophétiques du génocide des Tutsis au Rwanda en 1994. À Kibeho même, onze mille personnes vont être massacrées, pour la plupart dans l'église paroissiale..

Dix ans plus tard (en 1992), certains extrémistes déclareront à leur tour avoir des : annonçant les futurs massacres. Comme le général Théoneste Bagosora, chef d'orchestre des massacres de 1994. Ou encore comme le journal Kangura, violemment anti-Tutsi, et qui un mois avant l'attentat titrait . Le président mourra finalement en avril.

Le génocide