Georges Loustaunau-Lacau, né le à PauOu Oloron-Sainte-Marie lors de son témoignage au procès Pétain.et mort le à Paris, est un militaire français qui s'illustra dans les combats des deux guerres mondiales et un homme politique.

À la fin des années 1930, il devient un activiste proche de l'extrême droite, mettant en place au sein des forces armées le réseau anticommuniste Corvignolles et diffusant les thèses antisémites.

Proche du maréchal Pétain, figure des vichysto-résistants, il s'engage en 1941 dans la Résistance, fondant le réseau Alliance. Arrêté par la police française, remis à la Gestapo, en 1943, il est déporté au camp de concentration de Mauthausen.

Après 1945, il conduit une liste de droite et est élu député des Basses-Pyrénées, son département natal.

Militaire de carrière, 1912-1938 Georges Augustin Loustaunau-Lacau naît à Pau où son père, Jean, sergent-major, est en garnison. Sa mère, Marie, est institutrice libre. Ce Béarnais fait ses études secondaires au lycée de Pau. Bachelier ès-sciences, il prépare le concours d'entrée à Saint-Cyr dans un lycée bordelais, y est reçu en 1912 et fait partie de la promotion de Montmirail (1912-1914).

Première Guerre mondiale Lors de la mobilisation en , sous-lieutenant, il est affecté comme officier de liaison au d'infanterieBase Léonore en liens externes.. Promu lieutenant en puis capitaine en , il reçoit la croix de chevalier de la Légion d'honneur en en tant que .

Blessé légèrement d'un éclat d'obus en , il est nommé en juin au centre d'instruction des officiers américains. Il est décoré de la croix de guerre avec palmes (trois palmes, deux étoiles). Il évoque dans ses mémoires sa mère, son père et son frère : ils sont réunis tous les quatre le soir de Noël 1917 à Troyes et tous trois sont capitaines et portent dix citations à eux trois. Son frère mourra au combat quelques semaines plus tard. Le , il a l'honneur de commander la première patrouille française à entrer dans Strasbourg, après de présence allemande..

Une brillante carrière d'officier et une affectation auprès de Philippe Pétain Après la guerre, il sert en Allemagne, à Cologne, travaillant pour la commission du Rhin, puis il rejoint en 1922 l'École de guerre, où il est le condisciple de Charles de Gaulle. Il en sort en 1924 major de promotion. Il est affecté à Wiesbaden, en tant qu'officier de l'état-major du général Mordacq, commandant le corps d'Armée et l'ancien commandant en second et directeur des études à Saint-Cyr de la promotion de Loustaunau-Lacau, puis au Maroc lors de la Guerre du Rif ; il sert au bureau de l'état-major du général Naulin et côtoie Lyautey. Il sert ensuite à l'état-major général à Paris, de 1926 à 1929. Sa mission consiste à étudier l'évolution de l'infanterie allemande pour le bureau. Il est ensuite affecté à la mission française auprès de l'armée grecque.

Il est promu chef de bataillon en , et obtient durant deux ans le commandement du 24e bataillon de chasseurs alpins. À ce poste il est promu au grade d'officier de la Légion d'honneur en 1933.

Il est affecté l'année suivante, en octobre, au cabinet du maréchal Pétain, alors ministre de la Guerre. Il le suit en au Conseil supérieur de la guerre, boulevard des Invalides. Il succède auprès de Pétain à de Gaulle au poste d’écrivain d’État-Major.

L'activiste anticommuniste et antisémite, 1936-1939 Les réseaux Corvignolles

Il est l'initiateur à la fin de 1936 d'un service de renseignement anticommuniste dans l'armée, les réseaux Corvignolles. Ceux-ci sont considérés de manière erronée comme le pendant militaire de la Cagoule ; toutefois, ils ont , précise l'historien Olivier Forcade.. En l'absence d'archives, toutes vraisemblablement détruites lors de la découverte du réseau Corvignolles en , les seuls renseignements précis dont on dispose sont ceux issus de ses mémoires et des dépositions de Georges Loustaunau-Lacau lui-même.. Dans le procès-verbal de son audition du par le juge Robert Lévy, Loustaunau-Lacau explique : ..

Selon Loustaunau-Lacau, son action vise aussi à « alerter l'opinion publique sur l'urgente nécessité d'une adaptation de l'armée à des tâches stratégiques et tactiques nouvelles ». C'est pourquoi il publie des articles dans la nouvelle page « Armée » du quotidien Le Figaro de au début de l'année 1938, sous le pseudonyme de Jean Rivière. Ce journal aurait créé cette page spécialement à son intention../. Dans ses articles, il apparaît très réservé sur l'usage du char d'assaut et sur la guerre offensive..... Dans ses mémoires publiés en 1948, il affirmera pourtant avoir été avant la guerre un partisan des chars. Il exalte l'armée. et souligne par ailleurs dans ses articles la nouvelle puissance militaire de l'Allemagne nazie..

À la suite de la découverte du réseau du fait des révélations livrées par un officier de réserve nancéien, Léon Hanus, Loustaunau-Lacau est sanctionné sur l'ordre du ministre de la guerre Édouard Daladier ; il est placé en position de non-activité le par sa hiérarchie..

L'Union des droites et le PSF Dans ses mémoires, il affirme avoir rencontré plusieurs chefs des « nationaux », dont La Rocque, chef du Parti social français (PSF), le royaliste Charles Maurras, Jacques Doriot du Parti populaire français (PPF) et Louis Marin, président de la Fédération républicaine, après avoir été chassé de l'armée, dans l'espoir de trouver une tribune pour ses idées. En fait, il tente de mettre en place une coalition des droites face au communisme et au Front populaire.

Une polémique sur le projet d'union l'oppose à La Rocque, qu'il dit détester dans ses mémoires. Ce dernier l'accuse au lendemain de la Seconde Guerre mondiale d'avoir cherché à renverser la République. Leurs versions de leurs contacts divergent, sur la date ( selon La Rocque ou 1938 selon Loustaunau-Lacau) et sur la finalité du projet d'union des droites ; leur divergence porte également sur la légalité ou l'illégalité du plan de Loustaunau-Lacau. Au juge Lévy, ce dernier déclare après la guerre : . La Rocque prétend dans ses carnets de captivité écrits sous l'Occupation, et après guerre, que Loustaunau-Lacau, alors en service actif auprès de Pétain, l'a rencontré avec le capitaine Bonhomme (officier d'ordonnance de Pétain, membre de Corvignolles selon Loustaunau-Lacau) pour lui proposer de mettre le PSF au service d'une prise de pouvoir des nationaux unis et dirigés par un chef militaire. Il reste de ces tractations un document nommant les chefs éventuels d'un comité exécutif imaginé par Loustaunau-Lacau. Il serait formé de La Rocque, Marin, Doriot, un représentant de l'Action française (désigné par Maurras), Henry Lémery et Pierre Mathé. Un chef unique n'est pas prévu, car ce n'est pas souhaitable selon Loustaunau-Lacau, dans la mesure où cela renforcerait le Front populaire et parce qu'un tel chef n'existe pas. Seul un chef militaire pourrait s'imposer : Pétain, le maréchal Franchet d'Espèrey - ces deux maréchaux doivent être tenus en réserve selon le texte - ou le général Maxime Weygand, qui refuse de prendre la tête d'une coalition. Franchet d'Espèrey, qui par ailleurs finance les activités clandestines de Loustaunau-Lacau, pourrait être l'arbitre en cas de conflits entre les chefs des droites. Les noms cités n'impliquent pas qu'ils aient été au courant de ce plan ou/et qu'ils aient donné leur accord Cf. Jacques Nobécourt, Le Colonel de La Rocque – 1885-1946 ou les pièges du nationalisme chrétien, Fayard, Paris, 1996, (L'auteur se demande si Loustaunau-Lacau . Or ces meetings sont postérieurs ; ils datent de la fin de 1938 et de 1939).Colonel de La Rocque, Pourquoi je suis républicain, Seuil, 2014, (texte du projet de formation d'une coalition des droites)..

Des revues anti-communistes et anti-allemandes Avec, selon ses mémoires, le reliquat de l'argent versé par le maréchal Franchet d'Espèrey et après avoir constaté que ses contacts avec les directeurs de journaux et avec les chefs nationaux ne mènent nulle part, il fonde fin 1937 deux revues mensuelles, . La première apparaît en , sous la forme d'une revue anonyme et sous la direction d'une agence Barrage située à Neuilly. Elle entend en effet fournir une documentation prouvant les manœuvres du PCF, sans doute grâce aux informations fournies par les agents de Corvignolles. La seconde est également publiée depuis la fin de l'année 1937, par la société d'éditions Le Dôme, sous une forme plus luxueuse que la précédente, avec des articles signés. Elle n'a que mille abonnés début 1938 et fait valoir le soutien des maréchaux Pétain et Franchet d'Espèrey, du cardinal Alfred Baudrillart et de Jacques Bardoux. La signature de Jean Rivière, que Loustaunau-Lacau utilisait pour ses articles du Figaro en 1937, apparaît encore, pour des articles portant sur des questions militaires.

Ces deux revues sont ensuite achetées en par une maison d'éditions appelée la Société d'études et de diffusion « La Spirale », issue de la transformation de la société d'éditions Le Dôme. Loustaunau-Lacau en est le directeur sous le pseudonyme de Navarre.

Un numéro de Notre Prestige alerte en effet sur le danger allemand, avec notamment un article du député très patriote Louis Marin et un autre de Navarre alias Loustaunau-Lacau. Son article dénonce à la fois le danger allemand et la menace soviétique : , la première par la propagande communiste, et la seconde avec son armée et ses ambitions territoriales. Devant le , il espère que l'Angleterre et la France .

Radicalisation progressive et dérive antisémite Hubert Bourgin publie dans Notre prestige un article anticommuniste et antisémite dans le numéro de . Ce dernier collabore à une association fondée et dirigée par Loustaunau-Lacau, l'Union militaire française, déclarée en . Son association, qu'il appelle aussi le , comporte un groupe parisien (, qu'il préside), des groupes locaux (, en Algérie, en Tunisie, à Lyon, Tours, Montpellier, Béziers, Metz et Brest), des groupes spécialisés (, comme le ). Les membres cités sont pour l'essentiel des avocats et/ou officiers (capitaines et commandants), de réserve ou en retraite. Un général en retraite (depuis 1928) préside la spirale de la région parisienne : le général de division Paul Lavigne-Delville, qui a collaboré au quotidien royaliste L'Action française, fréquente les milieux du Front national et est soupçonné d'avoir appartenu à la Cagoule.

La crise de qui débouche sur les accords de Munich l'amène à fusionner ses revues et à faire paraître à partir de L’Ordre national. Il confie le secrétariat général du groupe de publications à Marie-Madeleine Méric, journaliste alors à Radio-Cité, et son adjointe directe pour ce qui est du renseignement et de l'activité clandestine de « La Spirale ».. Loustaunau-Lacau en vient aussi à signer avec le Parti populaire français de Jacques Doriot un . Un texte publié dans Barrage, signé de Loustaunau-Lacau et de Doriot, appelle à détruire le communisme et cite à la fois l'Allemagne et l'URSS : . Alors qu'une partie de l'état-major de Doriot quitte le PPF après Munich, Loustaunau-Lacau apparaît lors de meetings de ce parti début 1939, à Paris, en province et en Algérie, pour réclamer la dissolution du Parti communiste françaisLa Liberté (périodique du PPF), mars 1939 (photographie)Le Petit Oranais, 6 décembre 1938.