La montagne d'Uriol est un sommet français du massif du Vercors, situé en Isère et se trouvant à cheval entre les communes de Vif, de Varces-Allières-et-Risset, de Saint-Paul-de-Varces et du Gua.
S'étendant du nord au sud sous la forme d'une crête d'environ sept kilomètres de long et clôturant la vallée de la Gresse dans l'ouest, la montagne d'Uriol est cernée par la montagne de Grand Rochefort (nord) et par l'Éperrimont (sud). Elle est composée de la colline Saint-Géraud, du rocher de Saint-Loup (726 m), des crêtes d'Uriol ainsi que du pic du Pieu (ou du Bémont) qui est le point culminant de la montagne avec d'altitude.
Toponymie Le nom Uriol vient probablement de la racine celtique « UR » signifiant « eau », comme on peut le retrouver dans Uriage ; en effet il existe sur la montagne plusieurs sources d'eaux qui ont permis l'installation de peuplades sur ses coteaux durant l'âge du cuivre.
Uriol pourrait aussi venir du nom latin Aureolus, qui signifie « lieu tourné vers l'orient ».
Au , on retrouvait la forme capella de Auriel dans le cartulaire de saint Hugues ; en 1179 capella de Auriolo dans le cartulaire de saint Chaffre ; en 1374 villa Uriolum ; au castrum Urioli et au Uriolo.
Géographie Topographie Rocher de Saint-Loup gauche|vignette|Vue du rocher de Saint-Loup depuis Vif.
Le rocher de Saint-Loup est situé entre les territoires de Saint-Paul-de-Varces et de Vif, culminant à 726 mètres d'altitude. Il est suivi, en direction du sud, par les crêtes d'Uriol et le pic du Pieu.
Sur le sommet du rocher se trouve une croix érigée en 1987 par les Vifois conscrits de la classe 1966, qui a remplacé la précédente croix mise en place un an après la libération de Vif et de Saint-Paul-de-Varces, en 1945.
Le rocher de Saint-Loup tient son nom de saint Loup de Troyes, évêque de la ville de Troyes.
Le Pieu (ou Bémont) vignette|Le Pieu et les rochers de Brise-Tourte depuis les crêtes d'Uriol. Le Pieu, aussi appelé le Bémont, est le point culminant de la montagne d'Uriol avec ses d'altitude. Son flanc est se situe sur la commune de Vif et son flanc ouest sur celle de Saint-Paul-de-Varces. Au sud-ouest, il est composé de falaises appelées les rochers de Belledent ; au nord, par les rochers de Brise-Tourte. Il a la forme, vu depuis Grenoble, d'une pyramide.
Du sommet du Pieu, il est possible d'avoir un panorama sur le Y grenoblois, le col Vert, le col de l'Arc, les rochers des Deux-Sœurs, les arêtes du Gerbier, le pic Saint-Michel et l'Éperrimont dans le massif du Vercors, ainsi que sur la vallée de la Gresse (côté Vif) et la vallée du Lavanchon (côté Saint-Paul-de-Varces).
Colline Saint-Géraud vignette|gauche|Entrée nord-est du tunnel d'Uriol, sur l'A51.
La partie nord de la montagne d'Uriol, située sur la commune de Varces-Allières-et-Risset, est traversée par le tunnel d'Uriol, d'une longueur de 490 mètres, qui permet le passage de l'autoroute A51. C'est sur cette partie d'Uriol, appelée la colline Saint-Géraud, que se trouvent notamment les ruines du château féodal de Saint-Giraud, culminant à une altitude de 480 mètres. La colline est séparée des crêtes d'Uriol par une fracture géologique appelée « Porte-Coche »..
Bosse de Perpéro La bosse ou colline de Perpéro forme l'extrémité de la montagne d'Uriol, sa partie la plus septentrionale, sur laquelle se trouvent le cimetière communal de Varces, sa chapelle funéraire édifiée en 1840 et les tombeaux des Dubois de Romand, ainsi que la statue de la Vierge de la Libération de Varces.
Géologie vignette|Pli déversé à l'est sur les crêtes d'Uriol.
La montagne d'Uriol appartient géologiquement au massif du Vercors, et est considérée comme une « réplique » du Moucherotte : c'est une structure tectonique complexe possédant un pli couché déversé à l'ouest, formant des strates.
La montagne d'Uriol telle qu'elle est aujourd'hui est apparue environ 1,65 million d'années avant le présent, au Quaternaire.
Il y a , la vallée de Grenoble était recouverte sous d'immenses glaciers épais de qui creusèrent les vallées du Drac et de l'Isère sous leur forme actuelle ; la cime du Pieu émergeait très certainement de cette mer de glace, a contrario du rocher de Saint-Loup dont les formes plus arrondies sont la preuve du passage des glaciers.
Faune et flore La flore des coteaux d'Uriol est très méridionale : ses bois sont principalement composés de pins sylvestres (Pinus sylvestris) aux pieds desquels poussent des colonies de tricholomes terreux (« petits-gris », Tricholoma terreum), du genévrier aux baies odorantes et de l'alisier blanc (Sorbus aria) qui donne des fruits rouges en grappe (poires Martin), mais l'essence d'arbre la plus courante retrouvée sur les pentes de cette montagne est le chêne pubescent (Quercus pubescens) et ses rameaux recouverts d'une fine pubescence.
Au printemps, différentes essences de plantes poussent sur Uriol, parmi lesquelles les violettes, primevères, scilles à deux feuilles, Dents-de-chien, frênes à manne, arbres à perruques, pistachiers térébinthe, Armoises camphrées, ononis roses, centaurées blanchâtres, boulettes azurées, orchidées sauvages…
La faune est en grande partie composée de sangliers, de chevreuils, de buses, d'éperviers et de mouflonsOiseaux, reptiles, amphibiens, mammifères de Vif (38450).
Histoire Préhistoire vignette|Détail de la face est du rocher de Saint-Loup. La présence humaine sur la montagne d'Uriol, et plus particulièrement sur le rocher de Saint-Loup, date de avant notre ère, à l'âge du cuivre (Chalcolithique).
En 1904, l'ethnographe Hippolyte Müller organisa des fouilles sur le rocher de Saint-Loup et découvrit les traces d'un oppidum datant de l'époque du Néolithique moyen (environ )Aimé Bocquet, « L'Isère préhistorique et protohistorique », Gallia-Préhistoire, 1969, fasc. 2, pages 371-375. . Des poteries d'« allure préhistorique » ont aussi été retrouvées à la même époque sur la colline Saint-Géraud, laissant penser à une occupation ancienne similaire à celle de Saint-Loup.
Antiquité Le rocher de Saint-Loup, semblablement habité dès le , possède les vestiges de la présence d'un poste romain attestée par du mortier de chaux, de briques pilées et d'une muraille construite sur la partie est de l'oppidum.. Une présence romaine sur ce même rocher est également traduite par la découverte de poteries, d'amphores, de tegulae et de monnaies (une de Claude et l'autre de Constantin).
Moyen Âge Dès le , et jusqu'à la fin du , Uriol est le foyer de plusieurs habitations assez importantes, dont un village et deux places fortes.
Hameau d'Uriol vignette|Le bassin en pierre du hameau. Le hameau d'Uriol était un petit village situé sur un long replat reliant le rocher de Saint-Loup à l'actuelle cabane des chasseurs, sur les flancs du Pieu. Situé à une altitude moyenne de 700 mètres, ce petit hameau a vu le jour au cours du : il s'y trouvait à l'époque un château et une église (l'église Saint-Michel et Saint-Loup d'Uriol) ainsi que quatre ou cinq maisons, pour la plupart aujourd'hui totalement disparues.
En 1339, le hameau d'Uriol comportait vingt-six feux (familles) dont un noble. En 1394, le nombre de familles passa à sept, puis à cinq en 1494.
Il ne reste aujourd'hui presque plus rien de ce village, hormis les fondations ensevelies de quelques bâtisses en pierre et un vieux bassin.
Château fort d'Uriol Le château féodal d'Uriol est l'un des plus anciens castels de Vif, apparaissant pour la première fois dans la donation du 10 mai 1070 du comte Guigues II le Gras à sa fiancée Agnès.
L'enquête delphinale de 1339 offre une description précise du château : il est composé d'un donjon haut de 16 mètres et de trois étages dont le sommet est merleté ; une écurie surmontée d'une chambre avec cheminée ainsi que d'une grande salle haute de 8 mètres est attelée au donjon ; en contrebas, il y a une tour carrée de 12 mètres et de deux étages avec un toit, accolée à la chapelle Saint-Michel et Saint-Loup d'Uriol qui mesure 10 mètres de longueur sur 6 mètres de large. Au sud se trouve une tour surnommée « la vieille tour » ; le château est protégé par une enceinte de 135 mètres de longueur sur 42 de largeur possédant un portail en pierre de taille..
Au fil du temps, le château dépérit progressivement, et un acte de 1683 constate qu'il n'est plus qu'une ruine abandonnée.
Église Saint-Michel et Saint-Loup d'Uriol vignette|upright|Statue de Saint-Loup (sur l'église des Noës-près-Troyes).
L'église Saint-Michel et Saint-Loup d'Uriol est mentionnée vers la fin du dans le cartulaire de saint Hugues sous le nom « capella de Auriol » : c'était alors la chapelle du château d'Uriol.
L'enquête papale de 1339 la décrit de cette façon concise : l'église est placée sous le vocable de saint Michel, mesure 10 mètres sur 6 mètres et est intégrée au château d'Uriol. Une autre enquête de la même année (cette fois-ci des commissaires delphinaux) décrit l'église comme située à côté d'une tour carrée à deux étages.
Entre 1473 et 1488, on ajoute à cette église le patronat de saint Loup (évêque de Troyes) qui était alors devenue une église paroissiale. Malgré cela, elle ne comporte ni baptismaux, ni cimetière.
L'église d'Uriol reçoit les visites de plusieurs évêques de Grenoble, notamment celle de Siboud Alleman (en juin 1473) et de Laurent Alleman (en juillet 1488). En 1692, l'église est rebâtie par les habitants du hameau d'Uriol dans un lieu plus convenable, mais elle tombe très vite en mauvais état puis, autour de 1729, en ruine. Elle est reconstruite une troisième et dernière fois en 1731 : mesurant environ 8 mètres sur 4, pavée de blutins avec un chœur fermé par une balustrade et possédant un tableau de saint Loup, cette église et la paroisse de Saint-Loup sont finalement supprimées et vendues comme bien national en 1792.
Château fort Saint-Giraud vignette|La tour Saint-Giraud dominant la plaine de Reymure. Le château fort de Saint-Giraud constitue la seconde structure la plus importante érigée sur la montagne d'Uriol au Moyen Âge. Dès le , la présence d'une chapelle sur la colline Saint-Géraud, dite « capella de Varsea » et consacrée à Saint-Géraud d'Auvergne, est attestée, de pair avec un premier château en bois. Son premier seigneur connu, Athénulphe de Varces, vit encore en 1096. Au cours du , une forteresse en pierre remplace l'ouvrage primitif, installée sur une terrasse boisée qui forme le sommet de la colline Saint-Géraud. En 1255, le seigneur des lieux, Lanthelme Panetii, vend le château au dauphin Guigues VII de Viennois. Son descendant, Humber de Viennois, remet dès 1289 le mandement et sa place forte à Aymeric de Briançon en échange du mandement de Bellecombe (à Chapareillan) afin de renforcer sa surveillance de la frontière savoyarde. Le château de Saint-Giraud est conservé par la famille de Briançon, avant de tomber en ruine au . La chapelle castrale, déclarée église paroissiale dès 1115, conserve son titre jusqu'en 1673. Citée une dernière fois en 1732, elle tombe en ruine par la suite.
Au début du , le château couvre tout le sommet de la colline, surplombant les vallées de la Gresse et du Lavanchon, composé d'un mur d'enceinte haut de 7 mètres et long de 250 mètres ainsi que d'un portail défendu par une tour carrée. La place forte englobe un donjon carré haut de 16 mètres, une tour de 8 mètres placée au sud-ouest de l'éperon et accolée à la chapelle longue de 10 mètres et large de 6 mètres. Aujourd'hui, il ne reste que des ruines : vestiges d'un escalier taillé dans la roche, un morceau élevé du donjon appelé « tour Saint-Giraud », des restes du mur d'enceinte et quelques substructions.
Exploitation industrielle vignette|Les anciennes carrières de Champrond, aujourd'hui transformées en site d'escalade.