La cathédrale Notre-Dame de Rodez, construite entre les , est une cathédrale catholique située à Rodez dans le département français de l'Aveyron en région Occitanie. C'est la cathédrale du diocèse de Rodez et Vabres.

Bien que les travaux de construction aient duré de 1277 jusqu’à la fin du , la cathédrale bénéficie d’une remarquable unité tant à l’intérieur qu’à l’extérieur. En effet, le parti général de l’édifice fut fixé dès l’origine. Ce type de plan est attribué à l’architecte Jean Deschamps, qui a mis en pratique dans le Midi les principes de l’architecture gothique définis dans la France du Nord. Le plan et l’élévation de l’édifice permettent d’établir des similitudes entre la cathédrale de Rodez et celles de Clermont-Ferrand dont Jean Deschamps a dirigé la construction entre 1248 et 1265, Narbonne où Jean Deschamps est nommé en 1286, Limoges.

L'aspect sévère de la façade occidentale témoigne de sa vocation défensive : elle est flanquée de deux tours massives qui étaient incorporées aux remparts. Seule « anomalie » à la rigueur flamboyante de l’ensemble : un frontispice placé au faîte de la façade au milieu du .

La cathédrale a été classée monument historique en 1862..

Histoire Christianisation du pays des Rutènes

Selon la tradition qui vise à prouver l'antériorité d'un siège épiscopal par rapport à un autre, Rodez et le pays des Rutènes sont christianisés à la fin du par saint Martial, et, au milieu du par saint Amans, premier évêque de Rodez. Le groupe épiscopal est cité pour la première fois par Sidoine Apollinaire, évêque de Clermont, dans une lettre qu'il a envoyée à Elaphius de Rodez, en 485, et qui a consacré le baptistère. Cette lettre cite une nouvelle église, la première cathédrale de Rodez. La cathédrale se trouvait déjà à proximité de l'emplacement actuel. Elle était hors de l'enceinte du Bas-Empire. La cathédrale ne sera à l'intérieur des remparts qu'après sa reconstruction au .

L'église mérovingienne, première trace de la cathédrale, est remaniée et embellie à l'époque de l'évêque saint Dalmas, qui l'a laissée inachevée à sa mort en 581. Grégoire de Tours écrit que l'évêque Dalmas passa son long épiscopat à édifier, démolir et réédifier sa cathédrale pour la rendre encore plus belle.

L'église est pillée en 725 par les Sarrasins.

L'ensemble de l'édifice a dû être reconstruit à la fin du . C'est à cette époque que l'église est désignée sous le nom de Notre-Dame ( … dans un acte d'). Des chapiteaux trouvés dans les fondations de la cathédrale en 1884 et déposées au musée Fenaille montrent que la cathédrale a été modifiée à l'époque romane.

De cette époque, il ne reste que peu de vestiges (trouvés essentiellement lors de fouilles) car l'effondrement du clocher de la cathédrale romane en 1276 entraîna une totale reconstruction de celle-ci qui durera plus de trois siècles. Il subsiste une table d'autel de marbre consacré à la Vierge de l'ancienne cathédrale, accrochée sur le mur nord de la chapelle axiale. Cette table porte une inscription : « », ce qui se traduit par . Elle a dû être réalisée par des marbriers à la demande de l'évêque Deusdedit II dont l'épiscopat a duré d'environ 961 à environ 995. Cette table reposait sur des colonnes octogonales surmontées de chapiteaux qu'on peut voir au musée Fenaille.

Construction de la cathédrale gothique Première campagne de construction vignette|gauche|redresse|Le chœur de la cathédrale de Rodez. vignette|redresse|Une chapelle rayonnante polygonale du chœur. vignette|gauche|redresse|Élévation du chœur. vignette|redresse|Les chapelles rayonnantes polygonales du chevet. vignette|redresse|Arcs-boutants. Le clocher s'effondre dans la nuit du 16 au . L'évêque de Rodez Raymond de Calmont, personnage clé pour le financement du nouveau chantier, pose la première pierre de la cathédrale actuelle le . La construction va se faire de l'est vers l'ouest et l'ancienne cathédrale est démolie progressivement au fur et à mesure des travaux.

Pour permettre sa construction, l'évêque Raymond de Calmont a organisé le financement de l'œuvre de la cathédrale. Au début des travaux, il leur a attribué le revenu des annates sur les bénéfices de la mense épiscopale. En 1281, il fait payer ruthénoises pris sur les revenus du prieuré Saint-Georges de Camboulas. Puis, en 1286, il obtient le droit d'émettre des indulgences du pape Nicolas IV. Dans son testament donné le , il donne ruthénois à la fabrique de la cathédrale pour une grosse cloche et fonder deux chapelles. Le , le pape Nicolas IV accorde au chapitre les revenus des bénéfices vacants pour la construction de la cathédrale.

On peut suivre la construction de la cathédrale à partir des livres de compte de la fabrique pour l'année 1287-1288 et 1293-1294. Ces derniers comptes donnent le nom d'un maître, Maître Étienne, et son compagnon, Ponset, et signale que Maître Étienne est sur le chantier depuis trois ans. Son salaire est assez élevé. Maître Étienne est probablement le premier architecte de la cathédrale.

Les chapelles rayonnantes du chœur sont les premières construites. La première chapelle est citée en 1291 pour laquelle le chanoine Brenguier d'Arpajon fonde une chapellenie. C'est la deuxième chapelle côté sud consacrée à saint Pierre, où il est enterré en 1299. En 1301, l'évêque Gaston de Corn est enterré dans la chapelle axiale. En 1316, c'est la première chapelle côté nord qui est fondée par le chanoine Aldebert de Pierrefort. La deuxième chapelle côté nord est citée en 1317 dans le testament de l'évêque Pierre de Plantecassanhe. Les cinq chapelles rayonnantes du chevet sont construites en 1320, malgré la baisse des revenus de l'évêché à la suite de la création de l'évêché de Vabres. Les onze chapelles polygonales du chœur sont construites vers 1330.

On constate que Maître Étienne a utilisé des remplages de fenêtre de style rayonnant. Les clés de voûtes rappellent celles de la cathédrale Saint-Étienne de Toulouse et de l'église Saint-Nazaire de Carcassonne. Les arcs d'entrée des chapelles rayonnantes reprennent le dessin des chapelles nord de la cathédrale Saint-Just-et-Saint-Pasteur de Narbonne.

Le plan de la cathédrale se rattache au gothique méridional qui a été mis en forme par l'architecte Jean Deschamps à la cathédrale de Clermont-Ferrand entre 1248 et 1265. Aucun document ne permet de rattacher directement cet architecte à la construction de la cathédrale de RodezLouis Bousquet signale dans l'article sur la cathédrale paru dans Congrès archéologique de France de 1937 qu'Henri Bousquet aurait trouvé une annotation sur une pièce cadastrale du début du indiquant qu'aurait séjourné dans la loge du maître d'œuvre de la cathédrale un certain « ». Un certain nombre d'historiens de l'art mettent en doute la possibilité qu'un seul Jean Deschamps ait pu être maître d'œuvre des cathédrales de Clermont-Ferrand, Narbonne, Limoges, Toulouse…, en particulier Michael Davis dans son article « The Choir of the Cathedral of Clermont-Ferrand : The beginning of construction and the work of Jean Deschamps », 1981. Une pierre tombale, aujourd'hui disparue, existait dans la cathédrale de Clermont-Ferrand et portait l'inscription latine reproduite par Jean Dufraisse dans son livre L'Origine des églises de France prouvée par la succession de ses évêques, Paris, 1688, , inscription que l'on peut traduire par : . Pour Michael Davis, Jean Deschamps architecte de plusieurs cathédrales est une légende inventée par Viollet-le-Duc. Cependant l'effondrement de l'église avait paru suffisamment probable pour que l'évêque ait fait retirer du chœur le maître-autel. L'intervention d'un architecte avant cet effondrement est donc probable. Les marchés font référence à un portrait de la cathédrale précieusement conservé par les chanoines.

Deuxième campagne de construction Cependant, la guerre de Cent Ans, puis les épidémies et notamment la peste noire de 1348 ainsi que diverses querelles au sein du diocèse provoquèrent une longue interruption de ce monumental chantier.

L'évêque Pierre de Castelnau (1319-1334) envoie des lettres patentes pour obtenir des indulgences pour permettre le financement de la construction de la cathédrale. En 1325, de retour d'Avignon, il lance un appel pressant aux fidèles pour le financement de l'œuvre. Il indique que l'ancienne cathédrale menace de s'effondrer et que le plan ambitieux adopté pour la nouvelle dépasse les ressources de la fabrique.

Les évêques Gibert de Cantobre (1339-1349), Raimond d'Aigrefeuilhe (1349-1361) et Bertrand de Raffin (1379-1385) rédigent des lettres semblables. Ce dernier indique que la fabrique est pauvre et que la construction avance lentement.

Le haut chœur est construit avec les deux premières travées du chœur. La voûte quadripartite culmine à . Le chœur a une élévation de trois niveaux. On change aussi de plan en adoptant des chapelles rectangulaires pour les deux premières travées du chœur au lieu des chapelles polygonalesCe changement et l'adoption de structures massives ont probablement été imposés par le souhait de construire des tours jumelles au-dessus de ces chapelles.. On utilise un pilier rond dans le chœur mais ce type de pile n'a été utilisé qu'une seule fois au profit de piliers ondulés. La deuxième chapelle du côté nord est terminée avant 1338, avec l'épitaphe d'Hector de Torrène ; la première du même côté, avant 1359, quand elle reçoit le tombeau de Gaillard de Cardaillac. La deuxième du côté sud est en projet en 1354, comme le montre le testament de Béranger de Barrière. Guillaume Bisquet est maître d'œuvre entre 1358 & 1360.

Entre 1366 et 1386 va commencer la réalisation d'un clocher hors-œuvre, à l'angle nord-est de la cathédraleLa construction du clocher a commencé avant 1366, depuis plusieurs années, car sa salle basse est terminée quand le chapitre s'y réunit le . On accède au clocher par une porte basse se trouvant dans la chapelle des Saints-Innocents, la cinquième chapelle côté gauche du chœur.. Il est couronné d'une flèche en bois revêtue de plomb dont le contrat avait été passé en 1386 avec les charpentiers Guillaume Caldacoste et Pierre de Coffinyères. Cette dernière ayant brûlé le , il en subsiste les deux premiers niveaux dans le clocher actuel.

Le portail nord du transept doit être commencé au milieu du d'après son style, antérieur à l'évêque Bertrand de Chalençon (1457-1501) auquel on avait attribué la commande, car ses armoiries surplombent le gâble. Certaines sculptures du tympan qu'il est encore possible de deviner malgré les destructions de la Révolution rappellent celles réalisées en 1340 dans la chapelle d'axe par l'évêque Gilbert de Cantobre quand il en fait sa chapelle funéraire avec des peintures murales, mais la sculpture du Couronnement de la Vierge peut être postérieure.

Sous l'épiscopat de Guillaume d'Ortolan (1396-1416) ne sont entrepris que des travaux d'embellissements dans les chapelles rayonnantes.

La construction flamboyante Après les travaux de la fin du , ils ne vont reprendre qu'au milieu du sous l'action des évêques Guillaume de La Tour (1429-1457) et Bertrand de Chalençon (1457-1501) avec l'achèvement du chœur et de sa voûte, puis le lancement de la construction du transept et des travées orientales de la nef.

Des mesures doivent être prises en 1426 pour augmenter les ressources de la fabrique.

La guerre de Cent Ans finie, l'évêque Guillaume de La Tour écrit aux consuls en pour bâtir l'église. Pour continuer la construction de la cathédrale par la nef, l'évêque doit détruire son palais qui se trouvait entre l'actuel transept et les remparts. Il fait bâtir le nouveau palais épiscopal au nord de la cathédrale. Pour élever la nef, il faut franchir l'ancien rempart de la ville. Les consuls ne donnent leur autorisation qu'en 1474, et ils imposent que la façade occidentale de la cathédrale, placée en avant des remparts, soit massive avec peu de percements.