Valentin Boulgakov (en ), né le à Novokouznetsk dans le gouvernement de Tomsk, Empire russe, et mort le à Iasnaïa Poliana dans l'oblast de Toula en URSS, est un tolstoïen qui a été le dernier secrétaire de Léon Tolstoï. Il a dirigé une série de musées littéraires. Anarchiste chrétien, tolstoïen et antimilitariste, il a survécu à la fois aux cachots tsaristes et aux camps de concentration nazis. À la fin de sa vie, il a dirigé pendant 20 ans le musée de Iasnaïa Poliana.

Biographie Jeunes années

Le père de Valentin Boulgakov, Fiodor Alexeïevitch Boulgakov, était inspecteur, titulaire des écoles des districts de Novokouznetsk et de Biisk. Sa mère, Tatiana Nikiforovna, était enseignante de l'école paroissiale des filles de Kouznetsk et était de quarante ans plus jeune que son père.

Après avoir obtenu son diplôme à l'école de l'ouïezd de Novokouznetsk, il entre au gymnasium classique de Tomsk, où il fait la connaissance de l'explorateur Grigori Potanine. Avec son aide, il s'intéresse au folklore, recueille des contes et des chansons de l'Altaï. Il écrit des vers, publie un journal du gymnasium, participe à des spectacles, chante dans une chorale. En même temps se manifeste déjà son talent de chercheur littéraire : à 18 ans, il publie des documents encore inconnus jusqu'alors concernant le premier mariage de Fiodor Dostoïevski avec Maria Issaïeva. Il termine le gymnasium avec une médaille d'or en 1906.

Il fait ses études avec son frère, qui a également laissé des mémoires, et avec le futur collaborateur permanent du musée de Novokouznetsk, Cyrille Boronine.

Le jeune Valentin Boulgakov devient le correspondant permanent du journal de Tomsk Le Kraï des steppes et correspond également avec d'autres journaux de Tomsk. En 1904, dans les annexes du journal Vie sibérienne est publié son premier article concernant Fiodor Dostoïevski à Novokouznetsk. Cet article contient de nouveaux documents sur le premier mariage de Dostoïevski avec Maria Issaïeva à Novokouznetsk en 1857. Dans la revue Échos de Sibérie, sous la direction de Boulgakov, sont publiées pour la première fois les lettres adressées par Tchaïkovski à Anna Iakovlevna Alexandrova-Levenson (1856-1930). En 1906, dans Notes du sous-département de Krasnoïarsk au sein du département de Sibérie de la société géographique russe sont publiés des contes russes et altaïens enregistrés par Boulgakov dans les districts de Novokouznetsk et Biisk en 1904. Parmi ses proches, il faut citer l'explorateur de la Sibérie et de la Mongolie, Grigori Potanine.

Secrétaire de Léon Tolstoï

Valentin Boulgakov poursuit ensuite ses études à la faculté d'histoire et de philologie de l'université de Moscou (de 1906 à 1910). En 1907, alors qu'il est président de l'amicale sibérienne des étudiants de Moscou, il lit Ma confession de Léon Tolstoï et devient un disciple sincère de l'écrivain en incluant dans sa vie les principes tels que le pacifisme, le végétarisme, le refus de participer à des activités politiques sur base de principes chrétiens. Le , il rend sa première visite à Tolstoï.

En 1909, il systématise la doctrine de Tolstoï dans son ouvrage Éthique chrétienne. Essai systématique sur la vision du monde de Léon Tolstoï, qui reçoit l'approbation de Tolstoï et sert de base à l'offre que ce dernier lui fait de devenir son secrétaire personnel.

En , il quitte l'université et commence son travail de secrétaire personnel de Tolstoï et devient témoin de la vie des habitants du domaine de Iasnaïa Poliana à une période connue pour ses tensions entre les membres de la famille de l'écrivain. Il gère sa correspondance, l'aide à travailler sur son livre Chemin de la vie et répond parfois à des lettres au nom de Tolstoï. À partir du , il enregistre dans un journal tous les évènements du domaine et de ses habitants. Ce journal deviendra l'ouvrage Chez Léon Tolstoï, durant les dernières années de sa vie.

Le , il réussit à empêcher la tentative de suicide de l'épouse de Tolstoï, Sophie Tolstoï, après le brusque départ de l'écrivain. Plus tard, Sophie Tolstoï a insisté sur sa participation personnelle en aidant Boulgakov à systématiser l'héritage de l'écrivain. À partir de cette période des divergences de vues sont apparues progressivement entre Boulgakov et Vladimir Tchertkov.

Après la mort de Léon Tolstoï, Boulgakov reste plusieurs années à Iasnaïa Poliana, et prépare l'impression de ses notes publiées en 1911 par la maison d'édition Sytine, sous le titre Léon Tolstoï durant les dernières années de sa vie et Conception de la vie dans les lettres de son secrétaire. Ces deux livres ont été très vite traduits en plusieurs langues. Boulgakov commence aussi la description minutieuse de la bibliothèque de Tolstoï qui comptait . Il participe aussi activement à l'édition des œuvres de Tolstoï et à l'organisation du musée Tolstoï à Moscou.

Première Guerre mondiale

La première réaction des tolstoïens aux événements des premiers mois de la guerre a été la déclaration collective Souvenez-vous, les hommes sont frères ! composée le . En octobre, a lieu la diffusion de cette déclaration, la collecte des signatures, leur affichage, et en parallèle la saisie par les forces de l'ordre des copies de cette déclaration. Le , Boulgakov est arrêté en même temps que les vingt sept signataires de la proclamation. Les activités anti-guerre des tolstoïens et la répression à leur égard ont précédé l'arrestation des députés bolcheviks de la douma d'État de l'Empire russe, et le refus de Karl Liebknecht de voter pour les crédits de guerre au reichstag en Allemagne.

En novembre-, la plupart des bolcheviks ont été libérés sous caution après plus d'un an d'emprisonnement. Le procès a eu lieu le et s'est terminé par l'acquittement des accusés en raison de l'impossibilité de réaliser leur plan qui était de publier leur déclaration en Suisse. Cependant, Pavel Birioukov a reçu le texte de la déclaration et l'a ensuite publié dans la revue suisse Demain (Zavtra), dont le rédacteur était Henri Guilbeaux.

Musée

En 1916, V. Boulgakov est devenu collaborateur du musée Léon Tolstoï à Moscou, 18 rue Povarskaïa (après le départ pour la Suisse de Pavel Birioukov qui occupait cette fonction).

En 1917, il publie L'Éthique chrétienne, un exposé autorisé par Tolstoï de son enseignement religieux et éthique fondé sur ses recherches de systématisation antérieures à Iasnaïa Poliana.

Après la révolution d'octobre 1917, de nombreux tolstoïens ont été adversaires du dialogue avec les bolcheviks et ses sont opposés à la nationalisation des musées de Tolstoï, mais, après quelque temps, V. Boulgakov et Alexandra Tolstaïa, la fille cadette de l'écrivain, ont insisté pour qu'un accord soit négocié avec le gouvernement soviétique. Puis Boulgakov, A. Tolstaïa, ensemble avec le collectionneur , fondateur du musée du jouet et soutenus par Vladimir Bontch-Brouïevitch, le secrétaire de V. I. Lénine, ont fait valoir leurs prétentions à occuper l'hôtel particulier de la rue Pretchistenka, . Boulgakov a réussi à créer la salle d'acier contenant les nombreuses archives de Léon Tolstoï.

Le , Lénine signe le décret nationalisant la maison de Léon Tolstoï à Moscou. Le et le musée Tolstoï rue Khamovniki ont fusionné en un seul musée dont Boulgakov a pris la tête. Boulgakov a occupé ces fonctions jusqu'à son expulsion par le pouvoir soviétique en 1923.

Pomgol, aide aux victimes de la famine

Après avoir appris que la commune des tolstoïens proche de Novokouznetsk avait besoin de graines à semer dans les années 1920, Boulgakov organise une collecte de fonds pour pouvoir en acheter et les envoyer dans sa région natale.

En raison de la guerre civile russe, des mauvaises récoltes (selon la version officielle) et surtout de la mise en exécution de la politique de prodrazviorstka (saisie forcée des produits alimentaires chez les paysans par le gouvernement), a commencé la famine soviétique de 1921-1922. Les paysans affamés se comptaient par dizaines de mille. Le pouvoir soviétique institutionnalise l'acceptation de l'aide provenant des organisations et des personnalités de bienfaisance occidentales, et il organise la . Sur le terrain de la lutte contre la faim, le , à Moscou, a lieu une réunion préliminaire en vue de créer un comité d'aide aux affamés par décret sous la dénomination de . Le comité a reçu le label : Comité international de la Croix-Rouge. Soixante-trois personnalités faisaient partie, au départ, de ce comité ; parmi lesquels, outre les tolstoïens de V. Boulgakov qui possédaient une expérience dans le domaine de la famine, des personnalités du monde de la culture, l'économiste Alexandre Chayanov, le président de l'académie des sciences Alexandre Karpinski, des représentants du monde religieux russe dissidents, des personnalités ayant des relations internationales. Lev Kamenev a été nommé président du comité. Véra Figner et Vladimir Korolenko ont également occupé des fonctions à la tête de celui-ci.

Ont alors débuté des discussions avec les organisations étrangères et en particulier avec l et avec l'explorateur polaire norvégien Fridtjof Nansen, chef du comité exécutif de lAide internationale à la Russie. Les négociations ont abouti à des accords d'approvisionnements alimentaires. Cependant, comme aucune livraison ne suivait, des critiques ont été émises quant aux activités de cette organisation.

Après six semaines, le Comité exécutif central a adopté une résolution visant à sa liquidation. La plupart des membres, y compris V. Boulgakov, ont été arrêtés. Dans le journal Kommmounistitcheski troud est publié un article très critique contenant des accusations non fondées à l'égard du comité. À la demande de V. Boulgakov, le , ce journal publia un démenti et un extrait de sa lettre à la rédaction. Valentin Boulgakov est libéré puis expulsé de la république socialiste fédérative soviétique de Russie dans le cadre des expulsions par le Bateau des philosophes en .

Émigration

En exil, Boulgakov vit en Tchécoslovaquie, à Prague. Il organise des conférences dans les pays d'Europe occidentale, vulgarisant l'œuvre du mouvement tolstoïen, et plaidant avec Mohandas Karamchand Gandhi la non-violence contre l'action des colonialistes anglais.

Il dirige le cercle d'étude de la littérature russe contemporaine à lInstitut libre de Russie à Prague. En 1925, Boulgakov est élu président de lUnion des écrivains et journalistes russes de Tchécoslovaquie, qu'il dirigea jusqu'en 1928. Ensemble avec Marina Tsvetaïeva et , il publie la collection de lUnion des écrivains russes Kovtcheg (Prague, 1926), dont son ouvrage Silence à propos de Tolstoï fait partie. Il poursuit sa correspondance avec Tsvetaïeva après le départ de celle-ci pour la France. En , il demande au gouvernement soviétique l'autorisation de retourner en Russie avec son épouse Anna Vladimirovna et leur fille Tatiana, mais en mai on lui apprend que sa demande est refusée.

Il rejoint alors l'organisation Internationale des résistant(e)s à la guerre et devient rapidement un des membres du conseil d'administration. En 1932, à son initiative, la communauté des doukhobors, qui avait émigré de Russie au Canada à la fin du , a été admise au sein de cette internationale des résistants à la guerre.

Il correspond durant l'exil avec des personnalités importantes de la culture et des sciences telles que Romain Rolland, Rabindranath Tagore, Albert Einstein, Nicolas Roerich et d'autres encore.