vignette|Horde Catalytique pour la Fin. photo Alain Sabatier. 1970

Horde Catalytique pour la Fin est un groupe d'avant-garde français, créé à Nice, en 1967. Ses membres revendiquent une démarche radicale, à la recherche d'une "materia prima" de la musique. Pour signifier qu'ils se démarquent de toutes formes musicales existantes, ils abandonnent le terme même de musique pour celui de "gestation sonore."

1967, Nice, France Richard Accard, Georges Alloro, François Bourlier, Jacques Fassola, Gilbert Stuerga se rencontrent à Nice, en 1967. Ils ont à peine plus de vingt ans. Richard Accart, saxophoniste, est électricien, Georges Alloro, guitariste, plombier-zingueur et facteur d'instruments de musique autodidacte, François Bourlier, vibraphoniste, se consacre à la musique, Jacques Fassola et Gilbert Stuerga, respectivement batteur et contrebassiste, sont étudiants en philosophie à la Faculté des Lettres et Sciences Humaines de Nice. Tous pratiquent le jazz et s’intéressent au free-jazz. Cependant, ils pressentent l'existence d'une réalité musicale qui ne rentre dans aucune des formes établies. Pour l'approcher, ils décident d'abandonner tout ce qu'ils connaissent. Ils laissent derrière eux toutes les règles qui organisent la musique. Ils se détournent de la composition, ils oublient les partitions pour se situer résolument . Même les codes d'improvisation, tels qu'ils sont pratiqués dans le jazz, relèvent, à leurs yeux, d'une mise sous tutelle. Ce qu'ils veulent, c'est un retour aux sons, au geste musical, avant qu'ils ne soient pris dans les filets des conventions et des habitudes. Dans cette aventure qu'ils définissent eux-mêmes comme une" transgression risquée" (formule que porte leur première affiche), ils ne reconnaissent qu'un principe, un phare pour les guider : lÉcoute ou Attention Auditive. Elle seule peut tracer le chemin vers un renouvellement de l'acte de création. Le propos peut paraître chimérique. Pourtant, il fera écho. En témoigne, un article, paru 40 ans plus tard, sur le blog Folly's Reviews (Grande-Bretagne), où l'auteur écrit après avoir écouté le seul enregistrement disponible, l'album "Gestation Sonore" sorti chez Futura en 1972 :

Pour désigner leur pratique, ils inventent le concept de « gestation sonore ». Ou encore :

Ils donnent à leur groupe le nom de Horde Catalytique pour la fin (HCPLF). "Horde", pour un clin d’œil à cette "horde primitive" moment hypothétique que Freud avait imaginé entre l’état de nature et la vie organisée en société ; "catalytique", comme ces éléments chimiques qui provoquent des transformations sans changer de nature ; "pour la fin" : celle de l’hégémonie d’une certaine conception de la musique.

Les musiques du monde

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À la rencontre d'un public . Par ailleurs, des musiciens amateurs, des récitants de poèmes ou de textes philosophiques, se joignent au groupe lors des représentations.

À l'occasion de leur participation à une manifestation Fluxus, organisée par Ben Vautier en 1970, ils rencontrent les organisateurs du Festival "Society in Conflict" qui les invitent à se produire à Bruxelles au mois de septembre de la même année. Georges Alloro ne partira pas avec eux, . Après Bruxelles, les musiciens de Horde s'arrêtent à Paris et décident d'y rester.

Paris, 1970 - 1974 Paris, dans les années qui suivent Mai 68, est le théâtre d'une intense vie culturelle à laquelle les musiciens de Horde catalytique pour la Fin se mêlent très rapidement. Ils jouent au Théâtre du Vieux Colombier, au Théâtre de la Vieille Grille, au Théâtre du Ranelagh, au Studio 105 de l'ORTF, au Musée d'Art Moderne où il y aura tellement de monde qu'il faudra donner deux représentations successives. Ils participent au Musicircus de John Cage aux Halles Baltard. Ils sont invités à la Fondation Patino à Genève, au Théâtre du à Lyon, au Théâtre de Nice, au Festival d'Avignon.

Le groupe s'agrandit. Le poète Dominique Tron intervient lors de leurs concerts pour des récitations improvisées. Un photographe, Alain Sabatier et un peintre, Zia Mirabdolbaghi, prennent en charge les ambiances de scène.

La réflexion sur la musique s’ouvre sur celle plus large de l’Art en général, de sa fonction, de sa place dans la société. Louis Aragon, alors directeur des Lettres Françaises leur offre, en , les pages centrales de sa revue. Claude Laloum, professeur d’ethnomusicologie à l'Université de Paris VIII, spécialiste des musiques africaines, les invite à deux reprises dans son émission, sur France Culture, A la recherche des musiques de traditions orales les mardi et jeudi . Passionnés par les mouvements d'idées qui animent la capitale, ils assistent au cours de Jacques Lacan, de Jacques Derrida, de Michel Foucault, de Gilles Deleuze. Ce dernier les invite à deux reprises à intervenir dans ses cours à l'Université de Paris VIII pour exposer le concept de "gestation sonore"Année universitaire 1971-1972 dans lequel il a reconnu des affinités avec sa propre réflexion sur la musique Les musiciens de Horde s'étaient en effet, spontanément engagés dans une pratique de "deterritorialistion", avant même de découvrir l'existence de ce concept majeur de la pensée deleuzienne. On peut ajouter que "la gestation sonore" entre aussi en résonance avec un autre concept utilisé par Deleuze, celui de "musique moléculaire".

Une fin et un commencement En 1974, après cinq années d'une aventure musicale hors du commun, les membres du groupe choisissent de suivre d’autres chemins. Richard Accart retourne au jazz, Jacques Fassola part étudier la musique balinaise sur le terrain (il en deviendra un des meilleurs spécialistes), Gilbert Stuerga se retire dans le village de son enfance au dessus de Nice. Seul François Bourlier est déterminé à poursuivre l'aventure. Il quitte Paris et rejoint Georges Alloro à Nice. Ensemble, ils fonderont l'association ARTHEA (Association pour la Représentation des Techniques et Expressions Artistiques) qui reprendra les principes de la gestation sonore en mettant l'accent sur la création d'instruments nouveaux destinés à renouveler la palette sonore.

Artistes associés Les membres de Horde Catalytique pour la Fin retrouvent des amis artistes du sud de la France installés à Paris en 1970.

Zia Mirabdolbaghi, peintre, musicien Diplômé en peinture de l’École Nationale Supérieure des Beaux-Arts de Paris, il sera avec Alain Sabatier « l’œil » de HCPLF. Dans les années qui suivront, il ajoutera à sa démarche artistique, l’étude de la musique en devenant l’élève de Djamchid Chemirani, maître du tombak ou zarb, l’un des principaux instruments à percussion de la musique persane. En 1986, il devient l’un des deux lauréats du Concours National pour les musiques extra européennes et sera officiellement professeur certifié. Docteur en histoire de l’art et chef du département des musiques extra européennes, il dirigera durant trente ans les classes de zarb au Conservatoire de Nice parallèlement à sa participation aux concerts et aux tournées. Il aura à son actif des expositions, plusieurs publications ainsi que des enregistrements discographiques. Sa collaboration musicale avec des grands maîtres de la musique persane et des ensembles européens et orientaux confirmera ses compétences musicales. Actuellement il poursuit ses recherches picturales de même que ses activités musicales.

Dominique Tron, poète C'est lors de la publication de son premier recueil de poèmes, Stéréophonies, aux éditions Seghers (il a à peine quinze ans) que Dominique Tron qui préfacera l'ouvrage. Il devient dès lors un proche du couple Louis Aragon - Elsa Triolet.

Discographie

Album Gestation Sonore : Enregistré le au Théâtre de Nice. Publié en 1971 par Futura Records (Futura Marge).

Concerts de 1969 à 1972 (liste non-exhaustive)

Manifestation Fluxus, Nice Festival Society in Conflict", Bruxelles Musée d'Art Moderne, Paris Musicircus de John Cage aux Halles Baltar, Paris Théâtre du , Lyon Théâtre de Nice Théâtre du Vieux Colombier, Paris avec la participation de Dominique Tron, littérature orale Modulobul, Paris Festival d'Avignon, concert diffusé sur France Culture et débat public avec Georges Léon Fête de l'Humanité Théâtre du Ranelagh, 5, rue des Vignes à Paris XVIe Grand Palais, Paris, dans le cadre du Festival d'Automne

Bibliographie BOURLIER, Goa F. Arthéa : Ouvriers de la gestation sonore, Culture technique, 1982, no 8, . BOUYXOU, J.P. et DELANNOY, P. avec une préface de GALLAND, P. : L'aventure Hippie. Ed. du Lézard (Paris), 1995 CHION, M. et RIEBEL, G. : Les Musiques électroniques. INA GRM, Edisud. 1976 LE GOUEFFEC, A. et MOOG, N. : Underground, Grandes Prêtresses du Son et Rockers Maudits. Ed. Glénat BD, 2021 ROBERT, P. : Agitation Frite 2, Témoignages sur l'underground français. Ed. Lenka Lente. 2018

Notes et références

Catégorie:Groupe musical de Nice