Le Tour de Corse 1983 ( Tour de Corse), disputé du 5 au , est la cent-seizième manche du championnat du monde des rallyes (WRC) courue depuis 1973, et la cinquième manche du championnat du monde des rallyes 1983. C'est également la troisième manche du championnat de France des rallyes 1983Revue L'Automobile n°444 - juin 1983.

Contexte avant la course Le championnat du monde

Ayant succédé en 1973 au championnat international des marques (en vigueur de 1970 à 1972), le championnat du monde des rallyes se dispute sur un maximum de treize manches, comprenant les plus célèbres épreuves routières internationales, telles le Rallye Monte-Carlo, le Safari ou le RAC Rally. Depuis 1979, le championnat des constructeurs a été doublé d'un championnat pilotes, ce dernier remplaçant l'éphémère Coupe des conducteurs, organisée à seulement deux reprises en 1977 et 1978. Le calendrier 1983 intègre douze manches pour l'attribution du titre de champion du monde des pilotes dont dix sélectives pour le championnat des marques (le Rallye de Suède et le Rallye de Côte d'Ivoire en étant exclus). Les épreuves sont réservées aux catégories suivantes :

Groupe N : voitures de grande production de série, ayant au minimum quatre places, fabriquées à au moins 5000 exemplaires en douze mois consécutifs ; modifications très limitées par rapport au modèle de série (bougies, amortisseurs). Groupe A : voitures de tourisme de grande production, fabriquées à au moins 5000 exemplaires en douze mois consécutifs, avec possibilité de modifications des pièces d'origine ; poids minimum fonction de la cylindrée. Groupe B : voitures de grand tourisme, fabriquées à au moins 200 exemplaires en douze mois consécutifs, avec possibilité de modifications des pièces d'origine (extension d'homologation portant sur 10% de la production). Les élargisseurs d'aile rapportés sont interdits. En outre, les anciennes voitures des groupes 2 (tourisme spécial) et 4 (grand tourisme spécial) sont admises à participer aux manches mondiales, mais leurs résultats ne seront pas pris en compte dans le cadre du championnat.

Après une année de transition au cours de laquelle, malgré l'apparition des premières voitures du groupe B, les traditionnelles voitures des groupes 2 et 4 composaient la majorité du plateau, la prolifération de nouveaux modèles a transfiguré l'aspect des rallyes. Désormais parfaitement au point, la Rally 037, véritable prototype de route, se révèle l'arme absolue sur asphalte. La Scuderia Lancia est la principale rivale d'Audi dans la course au titre mondial, le constructeur allemand s'appuyant sur la supériorité sur terre de son coupé Quattro (récemment adapté à la nouvelle réglementation) pour contrer la marque italienne. Profitant de l'absence de neige au Rallye Monte-Carlo, Lancia avait remporté la première manche grâce à Walter Röhrl, mais le succès d'Hannu Mikkola au Portugal, suivi de sa deuxième place au Safari ont permis à Audi de prendre la tête du championnat. S'étant également imposé au Rallye de Suède (manche ne comptant pas pour le classement des constructeurs), Mikkola domine le championnat des pilotes.

L'épreuve

Couru pour la première fois en , le Tour de Corse fut créé à l'initiative du comte Peraldi et du docteur Jean Sermonard (alors respectivement présidents de l'Automobile Club de Corse et du syndicat d'initiative d'Ajaccio). Le parcours très tourmenté de l'épreuve lui valut très rapidement le nom de « rallye aux dix mille virages ». Dès 1957, le Tour de Corse fut intégré au calendrier du championnat de France et acquit rapidement une renommée internationale et devient à partir de 1970 une des manches du championnat d'Europe, puis du championnat du monde des rallyes dès sa création en 1973. Bernard Darniche y détient le record de victoires, y ayant triomphé à six reprises entre 1970 et 1981.

Le parcours thumb|right|alt=Ajaccio|Ajaccio, ville départ et arrivée du Tour de Corse 1983. départ : d'Ajaccio arrivée : à Ajaccio distance : dont sur 28 épreuves spéciales (32 épreuves initialement prévues, pour un total de 1167 km chronométrés) surface : asphalte Parcours divisé en trois étapesRevue Auto hebdo - 19 mai 1983

Première étape Ajaccio - Bastia, le 658 km dont 418,2 km sur 11 épreuves spéciales (12 épreuves initialement prévues mais épreuve annulée avant le départ du rallye)

Deuxième étape Bastia - Ajaccio, le 607 km dont 356,9 km sur 8 épreuves spéciales (10 épreuves initialement prévues, spéciale n°14 non courue à cause d'un camion garé sur le parcours, spéciale n°21 disputée mais résultats ensuite annulésRevue Auto hebdo - 12 mai 1983)

Troisième étape Ajaccio - Ajaccio, le 450 km dont 291 km sur 9 épreuves spéciales (10 épreuves initialement prévues, spéciale n°25 non courue)

Les forces en présence Audi thumb|right|alt=Audi Quattro|Une Audi Quattro A2 lors d'une manifestation historique. Audi Sport étrenne la dernière évolution A2 de son coupé Quattro groupe B à transmission intégrale, plus puissante et plus légère que la version A1 utilisée depuis le début de saison. La cylindrée du moteur cinq cylindres vingt soupapes a été réduite à 2109 cm3 (contre 2144 auparavant) et le poids ramené à 1070 kg avec l'adoption de portières en résine et d'une boîte de vitesses plus compacte. Grâce à un nouveau collecteur d'échappement et un nouveau système d'injection Bosch, la puissance est passée de 340 à 360 chevaux. Recruté pour l'occasion par le constructeur allemand, Bernard Darniche a effectué début avril les reconnaissances de l'épreuve, essayant comparativement les versions A1 et A2. Au cours de ces tests sur les routes corses, il a été victime d'un grave accident, heurtant violemment une camionnette sur un tronçon qu'il croyait fermé à la circulationRevue Sport Auto n°256 - mai 1983. Son copilote Alain Mahé en est sorti pratiquement indemne mais Darniche, grièvement blessé aux pieds et indisponible pour plusieurs mois, a été contraint de déclarer forfait et seules les voitures de Hannu Mikkola et de Michèle Mouton seront au départ. Elles sont équipées de pneus Michelin TRX.

Lancia La Scuderia Lancia engage officiellement quatre Rally 037 groupe B pour Walter Röhrl, Markku Alén, Jean-Claude Andruet et Attilio Bettega (qui effectue son retour en course après un an de convalescenceRevue Auto hebdo - 5 mai 1983), tandis qu'Adartico Vudafieri, sous les couleurs du Jolly Club, dispose également d'une voiture et de l'assistance d'usine. Pesant 965 kg, elles sont équipées d'un moteur de quatre cylindres de 1995 cm3 en position centrale arrière, avec injection mécanique Bosch Kügelfischer et compresseur volumétrique Abarth. La puissance disponible est de 310 chevaux à 8000 tr/min. Elles utilisent des pneus Pirelli. Le pilote privé Francis Serpaggi s'aligne sur un modèle identique.

Nissan Nissan Europe a préparé une 240RS groupe B pour le Britannique Tony Pond. Ce coupé de 1050 kg est équipé d'un moteur quatre cylindres de 2340 cm3 alimenté par deux carburateurs double corps Solex, développant 250 chevaux. Il est chaussé de pneus Dunlop de fabrication japonaise.

Opel thumb|right|alt=Opel Manta 400|Le tour de Corse constitue la première sortie de l'Opel Manta 400, récemment homologuée. L'écurie Rothmans aligne sa nouvelle Opel Manta 400, tout juste homologuée en groupe B. Mécaniquement identique à la précédente Ascona 400 (moteur quatre cylindres de 2420 cm3 développé par Cosworth, deux carburateurs double corps, 270 chevaux), ce coupé pèse 980 kg. Un seul exemplaire a été engagé, confié à Guy Fréquelin, qui dispose de pneus Michelin TRX.

Renault Renault Sport a engagé une Renault 5 Turbo groupe B pour Jean Ragnotti. Elle est équipée d'un moteur quatre cylindres de 1397 cm3, placé en position centrale arrière, alimenté par injection directe et muni d'un turbocompresseur Garrett, développant 300 chevaux à 7000 tr/min. Accusant seulement 925 kg sur la bascule, cette voiture bénéficie d'un excellent rapport poids/puissance, mais la réglementation groupe B lui impose, à cause de sa faible cylindrée, l'usage de pneumatiques moins larges que ceux de ses concurrentes. Malgré les nombreux essais menés en collaboration avec le manufacturier Michelin, son comportement routier sur asphalte a régressé par rapport à celui de la précédente version groupe 4Revue Sport Auto n°257 - juin 1983. Engagé par l'équipe Sodicam, Jean-Luc Thérier dispose d'un modèle identique à celui de Ragnotti, tandis que son jeune coéquipier Philippe Touren pilote une version groupe 4 de 270 chevaux. Bruno Saby (sous les couleurs de Philips Autoradio) et François Chatriot (sous les couleurs de la DIAC) disposent quant à eux de versions groupe B de 270 chevaux. Au total, vingt-sept 5 Turbo sont au départ.

BMW BMW-Motul a mis à disposition de Bernard Béguin une berlinette M1 groupe B entièrement neuve. Dotée d'un moteur central arrière six cylindres de trois litres et demi délivrant 430 chevaux et d'une boîte de vitesses ZF à cinq rapports, elle pèse 1150 kg. Elle utilise des pneus Pirelli mais cette version groupe B a dû adopter des pneus plus petits que ceux de la précédente groupe 4.

Citroën Bien que n'étant pas officiellement engagée dans cette épreuve, la marque française est très largement représentée par des pilotes privés disposant de Citroën Visa Chrono groupe B (760 kg, traction, quatre cylindres, 1434 cm3, deux carburateurs Weber double corps, 140 chevaux à 7200 tr/min). Parmi les plus en vue, on note Alain Coppier et Christian Dorche. Les Visa sont chaussées de pneus Michelin.

Déroulement de la course Première étape