L’architecture d’Istanbul présente un vaste éventail de styles architecturaux reflétant les nombreuses civilisations qui ont marqué l’histoire de cette mégapole s’étendant à la fois sur les continents européen et asiatique. Bâtie, tout comme Rome, sur sept collines, c’est sur la première d’entre elles, à l’extrémité de la péninsule appelée « Pointe du Palais » (aussi appelée « Seraglio », de nos jours « Sarayburnu ») que fut bâtie l’Acropole de l’antique Byzance où on trouve encore de nos jours la colonne des Goths. C’est là également que furent édifiés les quartiers impériaux, édifices religieux et monuments byzantins et ottomans de la ville (Grand Palais de Constantinople, Hagia Sophia, hippodrome, mosquée du sultan Ahmet ou mosquée bleue, palais de Topkapi). Ce cœur historique de la ville est encore, en partie, ceint des murailles que fit ériger au l’empereur Théodose pour la protéger des invasions. De l’autre côté de la Corne d’Or, les Génois avaient établi leur quartier à Galata ou Pera (aujourd’hui quartier de Karaköy) dont témoigne encore la Tour de Galata. Soucieuse de conserver les vestiges des civilisations qui se sont succédé sur son territoire, l’Istanbul contemporaine s’est tournée depuis le début du nouveau millénaire vers l’avenir. Les quartiers Levent (district de Beşiktaş) et Maslak (district de Sarıyer), principaux quartiers des affaires sur le côté européen d’Istanbul, sont en compétition pour la construction de gratte-ciels à l’architecture postmoderne.

Fondation de Constantinople

thumb|right| La colonne serpentine : état original dans un dessin de 1574.

La colonne serpentine (en grec moderne : Τρικάρηνος Όφις, en turc, Yılanlı Sütun). Un des plus anciens monuments datant de l’Antiquité, celle-ci fut érigée selon Hérodote, après la victoire grecque de Platées sur les Perses en -479Hérodote, Histoires « IX, 81 ». Ornant d’abord le sanctuaire d’Apollon à Delphes, elle fut transportée à Constantinople par Constantin le Grand (r. 306 – 337) et placée à l’Hippodrome où elle est restée depuis. Sur une base en forme de cloche (fondue par les Phéniciens pendant la guerre de 356 – 346 av. J.-C.), se dressait une colonne de bronze représentant trois serpents enlacés dont les têtes portaient un trépied en or. Seule la colonne subsiste de nos jours, le haut de celle-ci avec les têtes des trois serpents ayant été brisé, selon la version la plus répandue, par Mehmed II lors de son entrée à Constantinople, selon une autre version par un membre d’une ambassade polonaise visitant la ville en 1700Menage (1964) . Seule subsiste la tête de l’un des trois serpents, maintenant exposée au Musée archéologique d’Istanbul. L’Hippodrome (en grec : Ἱππόδρομος τῆς Κωνσταντινουπόλεως). Commencée sous Septime Sévère (r. 193 – 211) vers 203 ap. J.-C., cette arène hippique fut terminée sous Constantin sur le modèle du Circus Maximus de Rome. L'arène était divisée en deux pistes par une barrière, la spina (en grec, euripos), sur laquelle se dressaient de nombreuses colonnes et statues. Du côté est des gradins se trouvait la Kathisma ou loge monumentale de l'empereur qui communiquait directement avec le Grand palais. Bien que l’on ignore les dimensions originelles de l’hippodrome on estime qu’il pouvait accueillir de 30 à spectateurs selon KaplanMichel Kaplan, Byzance : , Paris, Hachette, 2006., plus de selon KazhdanKazhdan (1991) « Hippodromes », vol. 2, Freely (1996) .

À une extrémité de la spina, se dressait l’obélisque égyptien, monument commémoratif du pharaon Thutmose III (r. 1549-1503 av. J.-C.), transporté à Constantinople, possiblement par l’empereur Julien (r. 361 – 363) au ou . D’une hauteur à l’origine de 60 m et pesant quelque 800 tonnes, elle fut endommagée durant le voyage et seul le tiers supérieur subsiste Freely (1996) Byzantium 1200, « Hippodrome » [en ligne] http://www.byzantium1200.com/hipodrom.html.

La colonne de Constantin (en grec : Στήλη του Κωνσταντίνου Α΄;en turc : Çemberlitaş). Elle est formée de futs de marbre de porphyre reliés entre eux par des cercles de métal. Elle fut érigée en 330 par Constantin pour commémorer la fondation de Constantinople comme « Nouvelle Rome » et capitale de l’Empire romain. À la base de la colonne se trouvait une chapelleMentionnée à quatre reprises dans le Livre des Cérémonies de Constantin VII, construite vraisemblablement au et renfermant plusieurs fragments de la Vraie Croix ainsi que d’autres objets ayant appartenu à Jésus et à sa mère.

Sur la colonne se trouvait à l’origine une statue de Constantin le Grand représenté comme le dieu soleil (Sol invictus); après que la statue fut renversée lors d’une tempête en 1106, elle fut remplacée sous l’empereur Manuel (r. 1143 – 1180) par un bloc supportant une croix. Elle est le seul élément qui subsiste du forum de Constantin Mango (1981) Freely (1996) Byzantium 1200 « Column of Constantine » [en ligne] http://www.byzantium1200.com/forum-c.html.

thumb|right|La colonne des Goths dans le parc Gülhane.

La colonne des Goths (en turc : Gotlar Sütunu) est une colonne commémorative érigée à Constantinople au nord du Palais de Topkapi dans le parc Gülhane vers la fin du . Attribuée généralement à Claude le Gothique (r. 268 – 270) et haute de , son socle porte l'inscription latine : FORTUNAE REDUCI OB DEVICTOS GOTHOS, c'est-à-dire « Au retour de la Fortune à cause des Goths vaincus », d’où son nom. Selon Nicéphore Grégoras, écrivain grec du , la colonne était surmontée d'une statue de Byzas, le fondateur de ByzanceFreely & Cakmak (2004) Byzantium 1200 « Column of Goths » [en ligne] http://www.byzantium1200.com/goths.html. Le Milion (en grec : Μίλιον ou Μίλλιον ; en turc : Milyon taşı). Érigé par Constantin au , lequel cherchait à reproduire à Constantinople les monuments les plus caractéristiques de l’ancienne Rome, le Milion jouait le même rôle que son homonyme romain, le Milliarium Aureum : constituer le point « zéro » d’où partaient toutes les routes reliant Constantinople aux villes européennes de l’empire. Sur sa base étaient inscrites les distances entre elles et Constantinople. Ce monument était toutefois plus imposant que celui de Rome : arc de triomphe monumental il formait un carré reposant sur quatre piliers joints par des arcs et surmontés d’un dôme. Il survécut à la conquête de Constantinople en 1453, mais disparut au début du Janin (1950) Freely (1996) Byzantium1200 « Milion » [en ligne] http://www.byzantium1200.com/milion.html. Les aqueducs de Valens (en grec : Ἀγωγὸς τοῦ ὕδατος, litt : « ce qui apporte l’eau »; en turc : Valens Su Kemeri ou Bozdoğan Kemeri, litt : "aqueduc du faucon gris";) et Mazulkemer (en turc Kemerkece ; litt : « suspendu ») (fin ). Ces deux aqueducs construits peu après la fondation de Constantinople devaient amener l’eau de la région d’Halkali à l’ouest de la ville vers le centre historique et le Forum du Bœuf. À son arrivée au cœur de la ville, l’eau était ensuite conservée dans de nombreuses citernes, telles la citerne de Philoxenos (Binbirdirek), et la citerne Basilique (Yerebatan Sarnıcı)Mazulkemer Aqueduct (dans) « ISTANBUL, Extended On Two Continents » (2016), [en ligne] https://culturecityistanbul.blogspot.com/2016/12/mazulkemer-aqueduct.html. Byzantium 1200, « Aqueduc of Valens » [en ligne] http://www.byzantium1200.com/aquaduct.html .

Structures byzantines et génoises

Église Sainte-Irène (Première construction : )

Aujourd’hui située dans la cour extérieure du palais de Topkapı à Istanbul, l’église Sainte-Irène (en grec byzantin: Ἁγία Εἰρήνη / Hagia Eirènè, signifiant « Sainte Paix » ; en turc Aya İrini), fut construite dans un premier temps au comme cathédrale de la ville de Constantinople. Reconstruite au sous Justinien (r. 527 – 565), puis une nouvelle fois, sous sa forme actuelle, au , c’est l’une des rares églises d’Istanbul qui ne fut pas convertie en mosquée après la chute de Constantinople aux mains des Turcs ottomans. Elle perdit néanmoins sa fonction d’église et fut utilisée comme arsenal pour l’entrepôt d’armes et de munitions jusqu’au . Elle sert aujourd’hui de musée et de salle de concertByzantium 1200 « Hagia Eirene » [en ligne] http://www.byzantium1200.com/eirene.html.

Les murailles de Constantinople ( - )

thumb|right|Carte des enceintes de Constantinople.

Commencées sous Constantin le Grand, les premières murailles de Constantinople furent achevées sous son fils, Constance II (r. 337 – 361)Mango 2000, L’antique cité de Byzance était déjà entourée d’une muraille que fit détruire Septime Sévère après sa conquête en 196. Toutefois, vu l’importance stratégique de la ville, il les fit reconstruire à 300 ou 400 m des anciennes murailles (Dion Cassius, « Histoire romaine »). La ville s’étant considérablement agrandie, une nouvelle ligne de murailles fut construite plus à l’ouest sous le règne de Théodose II (r. 408 – 450)Byzantium 1200 « Theodosias land walls » [en ligne] http://www.byzantium1200.com/landwall.html.. La section nord-ouest de la muraille terrestre fut érigée sous Héraclius (r. 610 – 641) pour inclure le nouveau quartier des BlachernesRunciman (1990), . Cette protection terrestre se poursuivait du côté de la mer de Marmara et de la Corne d’Or par des remparts maritimes qui n’ont pas survécu Mango (2001), Byzantium1200 « Sea Walls » [en ligne] http://www.byzantium1200.com/seawall.html.

Les murs de la ville étaient dotés de cinquante-cinq portes dont la plus importante était la Porte d’Or, principale entrée de la ville servant lors de cérémonies officielles et située près de la mer de Marmara. Elle était utilisée lors d'entrées triomphales de l'Empereur soit à l’occasion de victoires militaires soit à l’occasion des cérémonies du couronnementKazhdan 1991, « Golden Gate », vol. 2, . Contrairement aux murs faits de briques et de pierres calcaires, celle-ci fut construite à l'aide de larges blocs de marbre blanc poli disposés les uns sur les autres sans ciment. La structure a la forme d'une arche triomphale avec trois portes, celle du milieu étant plus large que les deux autres. Richement décorée de nombreuses statues, elle portait à son sommet un quadrige tiré par des éléphants sur lequel se tenait Théodose (r. 379 – 395)Mango (2000), . Recouverte d’or à l’origine, d’où son nom de Porta aurea en latin, la porte sera remplacée en 965 par les portes de bronze que Nicéphore II Phocas (r. 963 – 969) rapporta de la cité de MopsuesteMango (2000), Freely (1996) Byzantium 1200, « Porta aurea » [en ligne] http://www.byzantium1200.com/p-aura.html.

En 1458, le sultan Mehmed II construisit la forteresse de Yedikule (litt : dongeon des sept tours) pour défendre la Porte d’Or. Aux quatre tours existant dans les murs de Théodose, le sultan fit ajouter trois autres tours rondes créant un plan presque pentagonal. Yedikule servit de garnison pour les janissaires qui utilisèrent deux des tours comme prison où furent détenus nombre d’ambassadeurs d’États en guerre avec l’Empire ottoman ainsi que pour les opposants politiques et victimes des intrigues du palais. Le sultan Osman II (r. 1618 – 1622) y fut exécuté en 1622Meyer-Plath & Schneider (1943), Freely (1996) .

Église Saint-Sauveur-in-Chora (