vignette| en France. thumb|Erwin Rommel menant une inspection du mur. thumb|Défense sur les côtes de Gironde. thumb|Pose de poteaux anti-débarquement sur une plage.

Le mur de l'Atlantique ( en allemand) est un ensemble important de fortifications côtières, construit sous les directives du Troisième Reich pendant la Seconde Guerre mondiale, le long de la côte occidentale de l'Europe et destiné à empêcher une invasion du continent par les Alliés depuis la Grande-Bretagne.

Conçues par l'Organisation Todt, ces fortifications s'étendent de la frontière hispano-française jusqu'au nord de la Norvège (Festung Norwegen). Elles sont renforcées sur les côtes françaises, belges et néerlandaises de la Manche et de la mer du Nord. En France, il fut largement construit par des travailleurs français réquisitionnés par le STO (service du travail obligatoire institué par le gouvernement de Vichy le ).

Historique

Naissance et développement Le , le Reich rompt le pacte germano-soviétique en déclenchant l'opération Barbarossa, ce qui ouvre le front de l'Est. Staline presse alors les Alliés occidentaux pour l'ouverture d'un deuxième front en Europe, la Wehrmacht employant alors l’essentiel de ses ressources en hommes et en matériel sur le front de l'Est.

En septembre 1941, le Generalfeldmarschall von Witzleben, qui commande les forces allemandes de l'Ouest propose à l'OKW, le haut-commandement allemand, de construire des positions défensives sur le littoral.. Le 20 octobre 1941, Hitler envoie une directive à l'OKW : bien qu'un débarquement britannique de grande envergure à l'Ouest lui semble , il s'attend à des attaques anglaises limitées ; il s'attend particulièrement à une tentative de reconquête des îles Anglo-Normandes, importantes pour la surveillance des convois. Il fournit des instructions détaillées sur le nombre et le calibre des pièces d'artillerie à déployer et l'épaisseur des parois bétonnées, et consulte régulièrement une série de cartes des défenses côtières. Le 17 octobre 1941, peu avant l'entrée en guerre des États-Unis, il annonce un grand programme de mise en défense de l'archipel anglo-normand. Il insiste particulièrement sur la fortification des régions entre la Seine et l'Escaut mais prévoit leur extension de la Norvège au sud de la Loire pour couvrir les bases de sous-marins.

Le 15 mars 1942, Hitler remplace von Witzleben par le Generalfeldmarschall von Rundstedt. Le il publie sa directive de guerre qui ordonne toute une série de mesures afin de renforcer les côtes des pays occupés ou annexés. En premier lieu, une protection de tous les grands ports, surtout ceux abritant, sur la façade atlantique, les bases pour sous-marins. Les Allemands sont persuadés qu'un débarquement ne peut avoir lieu qu'à proximité d'un port afin d'assurer la logistique des troupes débarquées. Dans cet esprit, il est décidé l'installation de batteries lourdes et moyennes de la Kriegsmarine responsable des objectifs marins, la création de points d'appui renforcés autour des ports tenus par l'armée de terre et à proximité des plages et des digues (les widerstandsnesten), enfin la Luftwaffe doit assurer la protection antiaérienne des lieux. Les objectifs doivent être atteints pour la fin de l'année. L'organisation Todt, le Reichsarbeitsdienst, le service du travail du Reich, ainsi que les unités du génie de l'armée sont chargés conjointement des travaux. Le commandement à l'ouest est également l'objet de modifications des compétences afin de rendre plus homogène la stratégie de défense et de construction du murJ.E. Kaufmann, H.W. Kaufmann, Fortress third Reich, DA Capo Press, 2003, .. Le se tient à Berlin une réunion avec des représentants de l'OKW et de l'organisation Todt.vignette|redresse=1.5|Construction de l'abri pour sous-marins de la base sous-marine de La Rochelle en . Les échafaudages pour la construction des alvéoles sont édifiés, puis c'est le coffrage, l'armature et le coulage du béton, selon des normes de construction sévères.Quelques jours plus tard, le débarquement de Dieppe conforte les Allemands dans leur idée que les Alliés tenteront de débarquer près d'un port. Hitler demande que l'effort soit porté sur les côtes du Nord de la France et sur les côtes belges. Les troupes allemandes étant mobilisées à l'est, Hitler a choisi ainsi à l'ouest de « remplacer les hommes par du ciment » selon la célèbre formule de l'historien Robert Paxton.

Mais l'intensification des bombardements alliés, des programmes prioritaires comme les bases pour le lancement des V1 ou la construction de ligne de défense sur les autres fronts, font que l'organisation Todt prend beaucoup de retard dans la construction du mur de l'Atlantique.

Renforcement par Rommel

Un débarquement allié étant jugé imminent, en décembre 1943, le maréchal Erwin Rommel se voit confier par Hitler une mission d’inspection du mur. Le , il lui adresse un rapport alarmiste, mais réaliste.

Si les défenses protégeant les ports sont jugées correctes, mais insuffisantes en cas d'attaque par la terre, les plages restent trop accessibles avec des points fortifiés pas assez nombreux et trop vulnérables. Plusieurs batteries côtières ne sont pas protégées par des casemates de béton et l'ensemble du dispositif manque de profondeur.

En janvier 1944, Rommel est nommé commandant du groupe d'armées B chargé de la défense du Nord-Ouest de l'Europe, des Pays-Bas jusqu'à la Loire, la zone la plus probable pour le débarquement allié.

Il ordonne immédiatement le renforcement des défenses. Sous sa direction, une ligne d'emplacements de tir abrités en béton renforcé le long des plages est construite, et quelquefois plus à l'intérieur, pour abriter des mitrailleuses, des armes anti-chars et de l'artillerie légère. Des champs de mines et des obstacles anti-chars sont posés sur les plages elles-mêmes et des obstacles sous-marins ainsi que des mines posées juste à la limite de marée. Le but est de détruire les péniches de débarquement avant qu'elles puissent débarquer leurs hommes ou véhicules. À l'arrière du littoral, les zones basses sont inondées et les prairies sont hérissées de pieux (les « asperges de Rommel ») pour éviter les atterrissages de planeurs.

Cet activisme porte ses fruits. Ainsi, entre janvier et , sont construits contre pour les deux années précédentes. L'organisation Todt fait passer sa production de béton armé de .

La Panzerkontroverse - Opposition entre Rommel et von Rundstedt La stratégie de Rommel vise à repousser les Alliés sur les plages, dès les premières heures du débarquement. Le maréchal von Rundstedt en revanche est lui adepte d'un système de défense plus mobile : des troupes armées et blindées en retrait dans les terres qui, concentrées, livreraient le combat après le débarquement car selon lui, les Alliés ne pourraient combattre longtemps sans disposer d'un port. Von Rundstedt souhaite donc maintenir les Panzerdivisions en retrait alors que Rommel les souhaite au plus près des côtes. Face à cette Panzerkontroverse, Hitler ne tranche pas : 3 divisions seront positionnées près des côtes, le reste à l'arrière.

Main d'œuvre L'Organisation Todt, qui a déjà créé la ligne Siegfried le long de la frontière franco-allemande, est responsable de la supervision de la construction du mur de l'Atlantique et de la conception de ses principales fortifications. Au départ, les travailleurs sont volontaires : les Allemands ayant besoin d'une main-d'œuvre spécialisée, ils sont deux à trois fois mieux payés (grâce à des primes de séparation, d'intempéries, de logement, des primes de travail en zone dangereuse ou de bombardement pour les engagés travaillant dans les ports et les chantiers de bases sous-marines alors que les salaires sont bloqués depuis le décret du ) que les ouvriers travaillant dans ce secteur et bénéficient d'une protection sociale supplémentaire. Ensuite, des milliers de travailleurs forcés : prisonniers de guerre comme les tirailleurs sénégalais, internés dans des (camps de travail forcé), jeunes Français voulant échapper au STO en Allemagne, républicains espagnols réfugiés en France (mais utilisés surtout pour les bases sous-marines) sont réquisitionnés pour construire ce mur le long des côtes néerlandaise, belge et française de la mer du Nord, de la Manche et en Vendée ainsi que dans les îles Anglo-Normandes.

Quand Rommel décide de renforcer le mur, les soldats allemands des unités stationnées près des côtes sont également mobilisés, au détriment des exercices, pour participer aux travaux de fortifications et surtout au camouflage et à la pose d'obstacles.

Collaboration des entreprises françaises Deux cents grandes entreprises allemandes sous-traitant en partie à françaises, sociétés du BTP et cimenteries principalement ( et moyennes entreprises), collaborent à la réalisation des travaux. Ainsi, la société Sainrapt et Brice, dirigée par Pierre-Louis Brice, fait l'objet d'un procès retentissant dans le cadre de l'épuration économique. Pour construire, par exemple les de la Festung du Havre, les entreprises locales (Thireau-Morel, Société Française des travaux routiers) travaillent en sous-traitance des sociétés allemandes Brandt, Rittmann ou Stohr.. Mais la majorité des entreprises ne sont condamnées qu'à payer les impôts et taxes sur les bénéfices, souvent très importants, réalisés pendant l'occupationRenaud de Rochebrune et Jean-Claude Hazera, Les Patrons sous l'occupation, Odile Jacob, 1995, chapitre III. .. De même, la société des grands travaux de France, dirigée par Jean Gosselin qui est condamné à la LibérationBenoît Collombat et David Servenay, Histoire secrète du patronat de 1945 à nos jours, La Découverte, Paris, 2009, page 40. ., Société de construction des BatignollesSaid Mohamed Pierre, « Histoire d'une Entreprise : la Société de construction des Batignolles de 1940 à 1968 ». Dans Histoire, économie et société. 1995, , . Entreprises et entrepreneurs du bâtiment et des travaux publics (s) . Lire en ligne. Consulté le 06 juillet 2015., ou encore Campenon Bernard Construction, Lafarge. Pour les entreprises allemandes citons Grün & Bilfinger, qui aura collaboré avec la Société de construction des Batignolles au titre des réparations allemandes de la Première Guerre mondiale, fournit probablement à l'organisation Todt des informations cruciales sur les capacités de production de la SCB, collabore aussi à la construction du mur.

Limites du dispositif À la veille du débarquement, les défenses du mur de l'Atlantique constituent un important obstacle pour les troupes alliées. Mais même si Rommel a « colmaté » les principales brèches, le mur de l'Atlantique n'offre pas la profondeur que le maréchal allemand aurait souhaitée et la seconde ligne défensive, plus en arrière du rivage, est très incomplète, faute de temps et de moyensOlivier Wieviorka, Histoire du débarquement en Normandie, éd. du Seuil, 2007, .. Quelques mois supplémentaires auraient sans doute permis de parfaire les défenses mais la supériorité aérienne et navale écrasante des Alliés, les moyens que ceux-ci allaient engager et, côté allemand, l'absence de réserves immédiatement disponibles, la mauvaise coordination des commandements ne pouvaient permettre au seul mur d'empêcher le débarquement.

Les limites du dispositif sont renforcées par des rivalités internes au sein de la Wehrmacht, nées principalement de conflits de compétence entre les états-majors des différentes armes. De plus, la suprématie aérienne alliée et les pertes de la Heer sur le front de l'Est ont érodé le potentiel militaire allemand cantonné derrière le mur de l'Atlantique. En contre-partie des bataillons de fantassins envoyés sur ce front, l'OKW fournit à von Rundstedt des soldats âgés, de très jeunes recrues inexpérimentées, des blessés et, parfois, des infirmes retirés du front russe ou des troupes recrutées parmi les prisonniers de l'armée Rouge qui refuseront de se battre lors du débarquement.

Le mur et la Résistance