Ibrahim Halidi Abderemane, connu officiellement sous le nom de Halidi Abderemane Ibrahim, né le à Anjouan et mort le à Mamoudzou, est un homme d'État, professeur de philosophie, théoricien politique et écrivain comorien.
Biographie Né Djamil Halidi, il a été rebaptisé Ibrahim Halidi dans les années 1960Ibrahim Halidi Abderemane, 2021. Les Comores. Unité dans la pluralité, Paris, L’Harmattan, p. 64, quand il s’est installé à Ouani pour, d’une part soigner un ulcère et d’autre part, poursuivre sa scolarité.
Officiellement né à Adda Daoueni, Ibrahim Halidi serait véritablement né à BandrakouniIbrahim Halidi Abderemane, 2021. Les Comores. Unité dans la pluralité, Paris, L’Harmattan, p. 55, le village de sa mère Naïme Mouchidra Moussa, quelques mois après le cyclone qui s’est abattu en sur Anjouan et qui a fait près de 400 mortsElodie Salmon, 18 janvier 1951, « Visite aux Comores après une tornade », INA : Institut national de l’audiovisuel .
Scolarisé au primaire par Younoussa Bamana, à l’époque instituteur à Mrémani, Ibrahim Halidi a poursuivi sa scolarité à Ouani, ensuite à MoroniIbrahim Halidi Abderemane, 2021. Les Comores. Unité dans la pluralité, Paris, L’Harmattan, p. 75. et enfin à Mutsamudu.
Arrivé au pouvoir le , le président Ali Soilih adopte un système de gouvernance duale composée d’un côté d’une branche étatique qui relevait du chef de l’État et, de l’autre, d’une branche populaire dirigée par le coordinateur du Comité national. Ibrahim Halidi a dirigé le Comité national dès sa création et devient par conséquent la deuxième personnalité du régime révolutionnaireL. Bellétan, 2022. « Ibrahim Halidi, mémoire d’un révolutionnaire », Masiwa, 10 mai 2022Ibrahim Halidi Abderemane, 2021. Les Comores. Unité dans la pluralité, Paris, L’Harmattan, p. 85. En 1976, il fait partie de la première délégation comorienne en visite officielle en Chine qui a mis en place les relations de coopération sino-comorienneIbrahim Halidi Abderemane, 2021. Les Comores. Unité dans la pluralité, Paris, L’Harmattan, p. 86. Il a été chargé de la construction des infrastructures publiques, appelées localement mudiria. alt=1-Prise de fonction en tant que chef d'État|centré|348x348px Ibrahim Halidi a assuré la continuité de la fonction présidentielle à partir du Mohamed Moumine et Layal El Kader B. M, 2023. Politique révolutionnaire. Ali Soilih et le jugement de l’histoire, Lulu.com, p. 151. à la suite de la démission du président Ali Soilih et du limogeage de tous les fonctionnaires et des ministresIbrahim Halidi Abderemane, 2021. Les Comores. Unité dans la pluralité, Paris, L’Harmattan, p. 87. L’intronisation s’est faite à la place de l’Indépendance, à Moroni (se reporter à l'illustration ci-dessus).
Condamné à mort en 1977 par le régime révolutionnaire qui l’accuse de haute trahison, le procès s’est déroulé à l’hôtel Alamal et a été diffusé en direct à la radio nationale. L’accusé résume le procès dans son livre posthume Les Comores. Unité dans la pluralité par ces mots :
« Mes détracteurs, exhibant l’action de l’UDD, arborent cette boutade : « avant d’être comorien, je suis de Nioumakélé, d’une mère de Bandrakouni et d’un père d’Adda Daouéni» qu’aurais-je prononcé publiquement en 1977, lors de mon procès à l’hôtel Alamal contre le pouvoir populaire et le commando Moissi – militaires qui encadraient les comités des jeunes dans les villages. Ils se rappellent la boutade, mais jamais de la raison du procès. Tu te rappelles, Ahmed Mzoungou, du village de Bimbini, était sérieusement malade. Étant donné que c’était un ancien gendarme français, sa famille a demandé une évacuation sanitaire vers Mayotte. En ma qualité de Coordinateur du comité de la jeunesse révolutionnaire, j’ai soutenu sa famille et j’ai aussi accompagné cette dernière à l’aéroport de Wani pour évacuer le malade. Mais une fois à l’aéroport, nous avons été refoulés par les commandos Moissi, qui étaient composés en grande partie de gens de Hambou et d’Itsandra. Écœuré par le mauvais traitement des commandos Moissi, je t’ai envoyé ma démission, après avoir dénoncé l’esprit colonialiste et hégémonique de la Grande-Comore sur Anjouan. Ma déclaration a été diffusée à Radio France Internationale ; c’est ainsi que l’évènement a eu un retentissement international. J’ignore si c’est cette dénonciation ou si c’est la boutade lors du procès à Alamal qui m’a valu huit mois de séquestration dans mon village natal, mais dans tous les cas tu m’as pardonné par la suite en me confiant la direction du pouvoir populaire de l’île de la Grande-Comore.»Ibrahim Halidi Abderemane, 2021. « Lettre au défunt président camarade Ali Soilihi» in Les Comores. Unité dans la pluralité, Paris, L’Harmattan, p. 31 et 32
Après le coup d’État de qui a mis fin au régime d’Ali Soilih, Ibrahim Halidi a été emprisonné pendant quatre mois dans les prisons de Hombo et de Patsy, à AnjouanIbrahim Halidi Abderemane, 2021. « Lettre au défunt président camarade Ali Soilihi» in Les Comores. Unité dans la pluralité, Paris, L’Harmattan, p. 30. Ayant obtenu son baccalauréat en 1978, Ibrahim Halidi se rend au Togo pour poursuivre des études universitaires. Rentré aux Comores en 1983 avec une licence de philosophie et une maîtrise en sciences de l’éducation, il a enseigné la philosophie au lycée de Fomboni, à Mohéli, ensuite au lycée de Mutsamudu et enfin au lycée de DomoniMohamed Dhakoine Abdou, 2021. « Préface : À Ibrahim, l’éternel incompris » in Ibrahim Halidi Abderemane, 2021. Les Comores. Unité dans la pluralité, Paris, L’Harmattan, p. 8 (se reporter à l'illustration ci-dessous). alt=2-Professeur de philosophie|centré|479x479px Lors des élections présidentielles de , Ibrahim Halidi soutient au premier tour la candidature de Saïd Ali Kemal du parti CHUMA et au second tour celle de Saïd Mohamed Djohar du parti UdzimaAmad Mdahoma, « Entretien avec M. Halidi : La nécessité d’une volonté commune », Al-Watwan n°182 du 2 au 8 novembre 1991. À la suite de l’élection du président Djohar du , Ibrahim Halidi devient ministre de l’Intérieur. Des élections législatives sont organisées les 22 et et sont remportées par l’Union des Démocrates pour la Décentralisation (UDD)African Elections Database : Elections in the Comoros, un parti politique cocréé par Ibrahim Halidi, Saïd El Anis Mohamed DjoharPétan Mognihazi, « Union des Démocrates pour la Décentralisation : Pour une rupture avec les traditions qui entravent le développement », Al-Watwan n°189 du 20 au 26 décembre 1991 et Mohamed Dhakoine Abdou. En conformité avec l’article 32 de la constitution comorienne qui stipulait que le premier ministre devait être issu du parti majoritaire, Ibrahim Halidi a été désigné premier ministre et Chef du gouvernement le et son équipe gouvernementale a été communiquée au public le Journal officiel de la République fédérale Islamique des Comores, n°1, janvier 1993. Ibrahim Halidi incarne jusqu’à présent le seul chef de gouvernement d’un régime parlementaire, étant donné qu’il est le seul Comorien arrivé à la primature à l’issue d’élections législatives libres et démocratiquesPerri, Pascal, 1994. Comores. Les nouveaux mercenaires, Paris, L’Harmattan, p. 8. Le gouvernement d’Ibrahim Halidi a été renversé à la suite de l’adoption d’une motion de censure votée par 23 des 41 députés de l’Assemblée nationale comorienne le jeudi Le Monde, 23 mai 1993. « Comores : le huitième gouvernement du président Djohar est tombé»Vérin, Pierre, 1994. Les Comores, Paris, Karthala, p. 230 et 231.
thumb|PM Halidi A. I. (1993)|centré|396x396px
Ibrahim Halidi s’est présenté trois fois à des élections présidentielles. D’abord, en , pour le compte de l’Union des Démocrates pour la Décentralisation (UDD). Ensuite, aux élections présidentielles de l’île d’Anjouan de . Et enfin, aux élections présidentielles de l’Union des Comores d’avril et BBC News, 14 April 2006: Q&A: Comoros elections.
On lui a diagnostiqué un cancer à Antananarivo en 2017. Après avoir séjourné deux fois à Madagascar, il s'est rendu à Maurice et en Tanzanie pour des soins (se reporter à l'illustration ci-dessous). alt=16-Hospitalisation à Dar es Salam|centré|400x400px Il décède au centre hospitalier de Mayotte le Décès en France. M. HALIDI ABDEREMANE Ibrahim, 23 février 2020. Il est inhumé dans sa ville natale de Badracouni trois jours plus tardA.S. K. « Nécrologie. L’ancien premier ministre Halidi Abderemane Ibrahim inhumé hier à Bandracouni», Al-Watwan, 27 février 2020(se reporter à l'illustration ci-dessous). alt=Halidi|centré|500x500px alt=Funérailles nationales d'Ibrahim Halidi|centré|500x500px Écrivain, il est l'auteur de Les Comores. Unité dans la pluralité, publié à titre posthume en 2021 aux éditions L'Harmattan.
Enfance
thumb|Rangué Mouhoussouni
Ibrahim Halidi ignorait la date exacte de sa naissance et n’avait pour seul repère chronologique que le cycloneSi dans le Pacifique Nord-Ouest, les cyclones portent des noms à partir de 1945, dans l’Océan Atlantique Nord, il a fallu attendre la première décennie de 1950, et dans le Sud-Ouest de l’Océan Indien le début des années 1960. Pour aller plus loin : B) Nom des cyclones tropicaux qui s’était abattu sur Anjouan quelques mois avant sa naissanceLe Monde, « Le cyclone des Comores aurait fait 500 morts», 5 janvier 1951Ibrahim Halidi Abderemane, 2021. Les Comores. Unité dans la pluralité, Paris, L’Harmattan, p. 55 et 80. Il naquit à Bandracouni dans la concession de koko Rangué Mouhoussouni, sa grand-mère maternelle (se reporter à l'illustration ci-après), qui était la fille de Mouhoussouni Houmadi et l’épouse de Mouchidra Moussa, alias bako MgalaIbrahim Halidi Abderemane, 2021. Les Comores. Unité dans la pluralité, Paris, L’Harmattan, p. 29, 48, 49, 52 et 55. À sa naissance, la mère d’Ibrahim Halidi, Naïme Mouchidra Moussa, le prénomma DjamilIbrahim Halidi Abderemane, 2021. Les Comores. Unité dans la pluralité, Paris, L’Harmattan, p. 55.. Son père, Saïd Halidi Abderemane, originaire de Adda Daoueni, était commerçant et instituteur coraniqueIbrahim Halidi Abderemane, 2021. Les Comores. Unité dans la pluralité, Paris, L’Harmattan, p. 29.. Au moment de la naissance d’Ibrahim Halidi, les hauts-plateaux de Nyumakélé, qui se trouvent au sud d’Anjouan, appartiennent à la société coloniale Nioumakélé NMKL, créée par le juriste français Jules Moquet en 1900Ibrahim Halidi Abderemane, 2021. Les Comores. Unité dans la pluralité, Paris, L’Harmattan, p. 38.Angot, Geneviève, 2015. Lettres d’une coloniale. Comores 1934-1968, Moroni, KomEdit, p. 5.Battistini, René et Vérin, Pierre, 1984. Les Comores, Paris, Nathan, p. 58.. À partir de 1928, la société Nioumakélé est dirigée par Alfred Angot et s’est spécialisée dans la culture du sisal, en plus de la culture de la vanille, de l’ylang-ylang, des cocotiers, du vétiver, etc. Quelques années avant la naissance d’Ibrahim Halidi, les villageois de Nyumakélé sont entrés en résistance ouverte contre les colons français à cause de l’expropriation de leurs terres. En 1940, entre mars et avril, les paysans de Nioumakélé se soulèvent contre le rétablissement du travail obligatoireIbrahim Halidi Abderemane, 2021. Les Comores. Unité dans la pluralité, Paris, L’Harmattan, p. 67., appelé aussi « engagement » ou « zangagé » en langue localeAngot, Geneviève, 2015. Lettres d’une coloniale. Comores 1934-1968, Moroni, KomEdit, p. 165 et 166.. Un soulèvement violemment réprimé par les colons françaisIbrahime, Mahmoud, 1997. État français et colons aux Comores (1912-1946), Paris, L’Harmattan, p.145 et 146.. Lors du référendum constitutionnel du , les paysans de Mremani et Bandracouni, à l’instar de ceux de Tsembehou, se prononcent contre le maintien des Comores dans la Communauté française. Pour toute réponse, la France les sanctionne en fermant les écoles ouvertes dans ces villages dissidentsIbrahim Halidi Abderemane, 2021. Les Comores. Unité dans la pluralité, Paris, L’Harmattan, p. 57..