L'histoire des Juifs à Fiume (actuelle Rijeka) commence dès le avec l'arrivée de négociants juifs italiens. La ville, en raison de sa position commerciale stratégique entre l'Empire austro-hongrois et la péninsule italienne, attire jusqu'à la Première Guerre mondiale une grande quantité de Juifs en provenance d'Italie, d'Allemagne, d'Autriche et de Hongrie. Son rattachement à l'Italie après la Première Guerre mondiale et les lois antisémites du gouvernement fasciste italien entraine une importante émigration. La communauté juive est décimée après l'invasion allemande durant la Seconde Guerre mondiale. Il ne subsiste actuellement à Rijeka qu'une petite communauté juive formée principalement de personnes âgées.

Fiume fait partie de l'Empire austro-hongrois jusqu'à la fin de la Première Guerre mondiale, puis après avoir été disputée entre le royaume des Serbes, Croates et Slovènes (ultérieurement dénommé Yougoslavie) et l'Italie, la ville est rattachée au royaume d'Italie par le Traité de Rome en 1924. La ville compte alors plus de 70 % d'italophones.

Lors de la Seconde Guerre mondiale, après l'armistice de Cassibile signé par l'Italie avec les Alliés en , la ville est envahie par l'armée allemande qui immédiatement persécute la communauté juive. Les Allemands seront chassés par les troupes yougoslaves qui entrent dans la ville le . La ville est alors annexée par la Yougoslavie communiste et incorporée dans la République socialiste de Croatie. À la suite de nombreux assassinats organisés par l'OZNA (police secrète yougoslave), la population italophone fuit la ville et est remplacée par des Croates. Fiume prend alors le nom de Rijeka.

Histoire des Juifs à Fiume Du Les premières mentions de Juifs à Fiume datent du , quand des Juifs arrivent en provenance de la côte adriatique italienne, de la ville de Pesaro et de la région des Marches. Dans un premier temps, ils s'installent dans une partie de la ville dénommée Zuccha ou Zudecca (de l'italien Giudecca – quartier juif). Ils sont bien accueillis par les autorités de la ville qui cherchent à attirer des négociants pour développer son économie: Teodoro Morgani: Židovi Rijeke i Opatije (1441.-1945.) (Juifs de Rijeka et d'Opatija); éditeur: Židovska općina Rijeka - Adamić (Communauté juive de Rijeka – Adamić); Rijeka; 2006; page: 15; .

On ne possède aucune information sur la communauté juive de Fiume au , à part le livre Dibre shalom (Parole de paix) conservé à la bibliothèque de Rijeka et daté de 1531, contenant des prêches en hébreu du rabbin Isaac Adarbi Deže Starčević: Židovi u Rijeci – Jews in Rijeka; 2011; page: 5

Au , pendant le règne de l'archiduc d'Autriche et empereur du Saint-Empire Charles VI, la ville reçoit de nombreux privilèges dont un des plus importants est la construction de la route reliant Fiume à la côte Est. Fiume et Trieste sont nommées ports libres de l'empire autrichien, ce qui a pour conséquence l'arrivée massive de Juifs et d'autres nationalités: Teodoro Morgani; 2006… pages: 29 et 30.

Au décès de Charles VI en 1740, le trône est repris par sa fille Marie-Thérèse. Celle-ci décide de favoriser Trieste comme place commerciale au détriment de Fiume: Teodoro Morgani; 2006… pages: 30 et 31. L'empereur Joseph II propose en 1776 pour rééquilibrer la situation que Fiume qui fait partie de l'Autriche soit attribuée à la Hongrie: Teodoro Morgani; 2006… page: 31, ce que l'archiduchesse d'Autriche Marie-Thérèse, "roi" de Hongrie et de Bohème accepte en offrant à la ville en 1779 une charte la rendant presque totalement indépendante dans le royaume de Hongrie: Teodoro Morgani; 2006… page: 32.

La plupart des Juifs arrivant à Fiume sont originaires d'Italie ainsi que de la ville de Split appartenant à la république de Venise, où leur situation est peu enviable Deže Starčević… page: 8. En , Mihael et Josip Penso et Leon Ventura, en tant que représentant de la petite communauté, adresse une demande officielle au gouverneur local pour la construction d'un cimetière près des murs de la ville et l'établissement d'une synagogue. Par décret en date du , le gouverneur autorise les Juifs à posséder leur propre lieu de culte. Initialement situé dans la maison de la famille Penso, une maison est ensuite louée pour servir de lieu de prière. Les frais d'entretien et de location sont partagés à parts égales entre les frères Ventura, Mihael Penso et Isak Levi.

Le , un Protocollum atteste l'existence de la communauté juive : Avec l'approbation de l'impératrice Marie-Thérèse, et présidé par le comte gouverneur du gouvernement royal de Buccari (maintenant Bakar en Croatie), Giovanni Szapary, la Chambre de première instance a confirmé l'existence de la municipalité juive de Fiume de de familles célèbres: Isak Mihael PENSO - Isacho Michele PENSO (9 personnes). Josephus VENTURA - Giuseppe VENTURA (4 personnes). Abraham PENSO Abrammo PENSO (9 personnes). Isac PIAZZA - Isaco et Piazza PENSO (3 personnes). Le document original du Protocllum a été transféré à Jérusalem en 1939: Une visite à la synagogue de Rijeka avec un peu d'histoire des Juifs de Rijeka

En 1783, quatre familles juives vivent à Fiume, les Ventura, les Penso, les Levi et les Piazza, toutes originaires de Split et engagées dans le commerce, la vente de tabac, de cuir, de tissus et de céréales, de brandy, de miel et d'autres produits agricoles. Isak Levi, fils de Kalimanov, un marchand vivant à Trieste, est élu premier président et administrateur de la communauté juive de Fiume.

L'économie florissante de Fiume attire de plus en plus de Juifs. Afin de permettre une meilleure intégration des Juifs, Joseph II promulgue un décret le accordant les droits civils aux Juifs et l'indépendance de la communauté juive. Ce décret a pour modèle le Regulamentum Judaeorum de Trieste de 1781 octroyé par l'impératrice Marie-Thérèse: Teodoro Morgani; 2006… page: 37.

À partir de cette date, les Juifs ont plus de facilité pour fonder des institutions culturelles, caritatives et cultuelles. Des échanges commerciaux ont lieu avec les villes italiennes, comme le prouve l'existence d'un rouleau de Torah offert à la communauté par un négociant de Raguse, Jzhak Pardo, en 1789.

Le et la construction de la grande synagogue Les premiers registres d'état civil de la communauté ont disparu. Seuls restent trois registres débutant le avec l'indication des naissances, mariages et décès. On sait ainsi qu'au début du , des familles levantines vivent à Fiume, telles que les Piazza, Valenzin, Kohen, Pardo, Jesurum, Jacchia, Benporath, Mondolfo, etc… Dans les années 1835-1850, arrivent des Juifs d'Autriche et d'Italie comme les Reizner, Wilheim, Eisner, Rosenberger, Russi, Nigri, Mortara, Hering, Kelner, Pincherle, Treve etc…

La première synagogue est établie en 1837 dans la rue des Trois rois (ultérieurement via del Tempio). Les fonds pour sa construction proviennent d'une donation de Moses Saul Levy de Trieste et de membres de la communauté de Fiume. Au début, les offices sont tenus selon le rite sépharade espagnol, mais plus tard, avec l'afflux de nouveaux arrivants, les offices sont conduits selon la tradition ashkénaze: Teodoro Morgani; 2006… page: 63. En 1850, le nombre de familles juives à Fiume s'établit approximativement entre et Deže Starčević… page: 13.

À partir des années 1850, des familles hongroises s'installent à Fiume, comme les Maylaender originaire de Körmend, les Popper de Pápa, et les Kornitzer de Balassagyarmat.

En 1867, l'Empire austro-hongrois promulgue une loi d'émancipation civile permettant aux Juifs de participer à tous les aspects de la vie sociale et économique de l'empire. Des Juifs non seulement d'Italie ou de Dalmatie, mais aussi d'Allemagne, d'Autriche, de Hongrie et même de Russie s'installent en ville. Ils s'intègrent et s'assimilent rapidement à la vie de Fiume et de sa communauté juive. En 1882, la communauté élit un nouveau rabbin, M. Adolfo Gerloszi. Le président de la communauté est Sabato Levy Mandolfo, et à sa mort en 1895, Arminio Neuberger de Hlinika est choisi comme nouveau président.

À la fin du , la communauté juive de Fiume se partage avec d'un côté les Juifs ashkénazes réformés et de l'autre les orthodoxes. Le nombre de Juifs orthodoxes est proportionnellement nettement plus faible, ceux-ci appartiennent à la Comuna Israelitica di Fiume. En 1885, Adolfo Gerloszi, Antonio Matersdorfer et Giuseppe Treusch fondent l'association caritative Hevra Kaddisha (Société du dernier devoir) qui achète un terrain pour créer un nouveau cimetière séparé. L'association qui reçoit des dons de ses membres, vient en aide aux personnes en deuil et aux malheureux: Teodoro Morgani; 2006… pages: 63 à 65. L'association se charge aussi d'obtenir un accord administratif pour la construction d'une nouvelle synagogue.

En 1895, la communauté juive compte entre et , correspondant approximativement à . Des anciennes familles de Fiume, il ne reste plus que les Mondolfo et les Macchioro. C'est une période de forte migration dans cette région du monde. De nombreux Juifs s'installent à Fiume, avec des niveaux d'éducation et des cultures différents. On trouve des docteurs, des avocats, des journalistes ainsi que des industriels et des négociants qui apportent un bénéfice économique à la communauté juive et à la ville de Fiume Deže Starčević… pages: 14 et 15.

De nombreux Juifs habitent dans la région de Sansego (actuellement : Susak), qui appartient à l'époque au diocèse de Karlovac (maintenant rattaché à la municipalité de Rijeka). Ne possédant ni synagogue, ni cimetière, ils dépendent de la communauté juive de Fiume.

thumb|250px|right|La grande synagogue construite en 1903 et détruite en 1944 par les nazis

et construction de la grande synagogue La vieille synagogue située Via del Tempio dans la vieille ville devient trop petite quand le nombre de membres de la communauté juive atteint les . En 1890, la communauté juive met en place un comité spécial chargé de récolter des fonds pour la construction d'une nouvelle synagogue plus adaptée à l'expansion de la communauté Deže Starčević… page: 18. Le processus va mettre plus de dix ans pour se concrétiser. Enrico Sachs, un avocat, s'implique entièrement dans la recherche de fonds, tout en représentant la communauté auprès de conseil municipal. Dans sa demande aux autorités municipales, il indique en 1901: La communauté juive de Fiume compte , et donc pour les besoins de tant de croyants, il lui faut un temple approprié: Predivna riječka sinagoga u ulici Pomerio (1903.-1944.) (La belle synagogue de Rijeka de la rue Pomerio). Un terrain situé Via del Pomerio est retenu en 1903 pour l'édification de la synagogue. Quand l'appel d'offre est lancé, la communauté totalise . La construction est lancée et le , la communauté informe la municipalité de Fiume que le bâtiment est terminé. Le , elle obtient le permis d'usage et ouvre officiellement pour les fêtes de tishri. Comme la communauté de Fiume ne dispose pas de suffisamment d'argent, les finitions intérieures, peinture et décorations ne sont effectuées que beaucoup plus tard en 1907: Zlatko Karač: Riječka velika sinagoga; revue Ha-Kol; volume: 112; 2009; éditeur: Židovska općina Zagreb; Zagreb; pages: 30 et 31.

La Première Guerre mondiale entraine la dislocation de l'Empire austro-hongrois. Trieste, Fiume et une partie de la côte adriatique sont attribuées à l'Italie. En réaction à l'instabilité politique, de nombreux habitants juifs quittent la ville. Ils sont remplacés à peu près à la même époque par des Juifs originaires d'Allemagne et de l'Europe de l'Est: Sanja Simper: Od emancipacije do holokausta, Židovi u Rijeci i Opatiji, 1867.- 1945 (De l'émancipation à la Shoah, les Juifs de Rijeka et Opatija); éditeur: Muzej grada Rijeke; Rijeka; 2013; page: 4. Le nombre de Juifs orthodoxes augmente avec ces arrivées, si bien que ceux-ci décident en 1920 de fonder une communauté séparée, dont le premier président est Ernest Berger. Une synagogue orthodoxe est construite Via Galvani.