Le village de Bamboula (ou village Bamboula) est une ancienne reconstitution de village africain au sein du parc zoologique Safari Africain (renommé Planète sauvage en 1999), situé sur la côte atlantique française, à Port-Saint-Père, près de Nantes, dans le département de Loire-Atlantique. Il est considéré comme étant le dernier zoo humain en France.
Inauguré le , il est créé dans le but de promouvoir le tourisme en Côte d'Ivoire, et en partenariat avec la Biscuiterie Saint-Michel qui y voit l'occasion de mettre en avant ses biscuits chocolatés Bamboula. Pour cela, Dany Laurent, directeur du parc Safari Africain, décide de faire venir des Ivoiriens qui vivraient dans ce village afin d'y présenter le folklore de leur pays.
Les Ivoiriens, dont les passeports sont confisqués, travaillent dans des conditions difficiles, bénéficient de salaires bien moindres que le minimum légal en France, ne peuvent pas sortir du village et couchent sur des matelas à même le sol. L'administration française est pointée du doigt pour avoir autorisé une enclave du droit du travail en appliquant le droit ivoirien sur le sol français. Le collectif « Non à la réserve humaine », composé de plusieurs associations et mené par la CGT, se mobilise alors afin de dénoncer les faits qui y ont lieu et les procédures mises en place dans le village, tant en ce qui concerne le droit du séjour que le droit du travail qui seraient en contradiction totale avec les lois du territoire français.
La polémique autour du village de Bamboula entraîne sa fermeture en ainsi que la disparition des biscuits et du personnage Bamboula de la Biscuiterie Saint-Michel. Le , le tribunal de grande instance de Nantes condamne le parc pour des violations du droit du travail et de droits aussi fondamentaux que celui « d'aller et venir », au préjudice des « contractants ivoiriens ». En 2022, le documentaire Le Village de Bamboula, raconté en voix off par le réalisateur Jean-Pascal Zadi, et réalisé par Yoann de Montgrand et François Tchernia, est consacré à ce village.
Contexte Zoos humains et traite négrière vignette |alt=photo extraite d'un article de journal montrant trois personnes africaines sous le titre "Au village nègre"|Zoo humain à Rennes en 1929.Coupure de presse tirée de L'Ouest-Éclair du .
Le concept des zoos humains, dont l'objectif est de mettre en scène des , apparaît en Europe dans les années 1870.. D'après les historiens Nicolas Bancel, Pascal Blanchard et Sandrine Lemaire, l'apparition, l'essor et l'engouement pour les zoos humains sont dus à la construction d'un imaginaire social sur l'autre (colonisé ou non), à la théorisation scientifique de la « hiérarchie des races » dans le sillage des avancées de l'anthropologie physique et à l'édification d'un empire colonial alors en pleine construction. En France, des millions de spectateurs sont attirés par ce type d'exhibition de 1877 jusqu'au début des années 1930. En effet, le public finit par s'en lasser à cette période, les zoos humains se trouvant progressivement en décalage avec la demande sociale..
Par ailleurs, Nantes (qui est située à environ de Port-Saint-Père), est connue comme ayant été le premier port de la traite négrière en France... En effet, il est estimé que auraient été déportés sur des navires nantais et environ 40 % des expéditions de traite française seraient parties de cette ville sur l'ensemble du et dans les premières décennies du .
Biscuiterie Saint-Michel et Safari Africain
En 1987, la Biscuiterie Saint-Michel lance son biscuit chocolaté Bamboula., dont la mascotte est un petit garçon noir vêtu d'une peau de bête et coiffé d'un béret au motif léopard..
D'après la linguiste et sémiologue Marie Treps, chercheuse au CNRS, le mot « bamboula » est dérivé de ka-mombulon et kam-bumbulu qui signifient « tambour » en langues sarar et bola parlées en Guinée portugaise... Il était utilisé pour désigner une fête exubérante. Cependant, ce terme neutre devient une insulte raciste au fil du temps. En effet, Treps rappelle que bamboula désigne toute danse de caractère violent et primitif dans le contexte colonial du . Il devient ensuite un synonyme argotique de fête lors de la Première Guerre mondiale par le biais de l'argot militaire des tirailleurs algériens (), ce terme faisant référence dans un même temps aux tirailleurs sénégalais.. Finalement, il finit par désigner les Africains avec une forte connotation raciste.
Néanmoins, les études marketing précédant le lancement du biscuit Bamboula semblent faire fi du caractère péjoratif du mot. La commercialisation de ce produit s'avère un succès et de nombreux produits dérivés voient le jour (bandes dessinées, autocollants, figurines).
En 1992, Dany Laurent et son épouse Monique, déjà à l'origine du zoo de La Boissière-du-Doré (créé en 1984), ouvrent un parc animalier et safari à Port-Saint-Père.. L'idée part du constat que et l'objectif est de le temps d'une .. Ce nouveau parc, dont les travaux ont commencé le pour se terminer le de l'année suivante, porte alors le nom de Safari Africain et présente environ sur un complexe de avec une piste safari de .
Au début des années 1990, des promoteurs ont pour objectif de développer le tourisme dans le Pays de Retz et de créer de l'emploi.. Pour cela, ils souhaitent permettre à des sponsors d'associer leur marque au parc animalier et la Biscuiterie Saint-Michel y voit une occasion de promouvoir son produit phare de l'époque, les Bamboula. L'association entre Safari Africain et la marque aux biscuits chocolatés va alors se faire par le biais de la création du « Village de Bamboula »...
Présentation du village de Bamboula Projet de village africain vignette|alt=photo d'une vaste église avec une immense coupole centrale|Dany Laurent, directeur du parc, se rend en 1994 à la basilique de Yamoussoukro pour les obsèques du président Houphouët-Boigny. Il y engage des contacts utiles à son projet. Durant l'hiver 1993, Dany Laurent fait construire un village par des ouvriers spécialement venus de Côte d'Ivoire. En , il déclare que .
Le village de Bamboula n'est, à l'origine, qu'un espace commercial avec des boutiques et des restaurants.., avec la volonté de décliner une partie du parc sous l'univers du personnage de Bamboula.. Mais Dany Laurent, directeur du parc Safari Africain, veut pousser le concept plus loin en décidant de faire venir des Ivoiriens qui vivraient dans ce village.
Alors que l'idée de la création d'un tel village est en cours de réflexion, Dany Laurent, qui connaît bien la Côte d'Ivoire, se rend aux obsèques du président ivoirien, Félix Houphouët-Boigny (mort le .), qui ont lieu à la basilique de Yamoussoukro le . Lors de son voyage, il présente son projet à ses contacts qui lui parlent d'une troupe, Djolem, dont les musiciens et les chanteurs pourraient convenir afin de devenir les « habitants » de ce village. Laurent fait alors affaire avec le directeur de la troupe d'artistes, Salif Coulibaly, en lui faisant signer un contrat de six mois afin qu'ils se produisent dans son parc. Les Ivoiriens arrivent en à Port-Saint-Père, selon Eugénie Bamba, présidente de la Ligue des droits de l'Homme en Loire-Atlantique de 1993 à 1995.
Publicité Le parc publie un prospectus publicitaire sur lequel il est écrit que le village , et .. Sa visite est comme une . Il est également précisé qu'au village .
Des encarts publicitaires dans les journaux et des affiches sur des panneaux 4 mètres sur 3 sont aussi réalisés. Par exemple, quelques jours avant l'inauguration du parc, le quotidien régional Ouest-France publie en une de son journal une photo d'une Africaine aux seins nus faisant de la publicité pour le village africain de Port-Saint-Père.
Infrastructures et inauguration À l'entrée du parc, se trouvent une statue géante représentant un petit garçon noir vêtu d'un pagne au motif léopard ainsi qu'une pancarte avec l'inscription « Le village de Bamboula » et le logo de la biscuiterie Saint-Michel, et Mediapart, .. Les cases, avec des toits de chaume, sont construites en argile.
Le , Safari Africain inaugure le village de Bamboula comprenant , femmes et enfants ivoiriens qui devaient travailler et danser en tenue traditionnelle devant le public fréquentant le parc animalier.. Le Premier ministre ivoirien Daniel Kablan Duncan est présent le jour de l'inauguration ainsi que trois autres ministres ivoiriens (dont le ministre de l'Environnement et du Tourisme, Lanciné Gon Coulibaly.) et de nombreux élus français.
Conditions de travail et mobilisation Conditions de travail D'après leur contrat, les habitants du village sont sous l'autorité de l'Office ivoirien du tourisme et de l'hôtellerie et donc de la législation ivoirienne, ce qui ne semble pas poser de problème aux politiques locaux. Le droit ivoirien s'appliquant alors, les salaires sont déterminés en francs CFA : entre pour les artistes (soit entre ) et () pour les artisans. Peu de temps après l'inauguration du village, le directeur général adjoint de la Direction départementale du travail reconnaît avoir signé une autorisation collective de travail. Or, la demande émanant de Dany Laurent et non du ministère ivoirien du Tourisme, c'est la législation française qui devrait être appliquée. Les Ivoiriens n'ont également pas de visa de travail ni de sécurité sociale et, d'après le directeur du parc animalier, ils seront rapatriés dans leur pays en cas de maladie. Aucune scolarisation n'est prévue pour les enfants qui seront pris en charge par l'ancien de la troupe , la Direction du travail confirmant qu'ils sont au nombre de cinq (dont deux filles de et un garçon de ). D'après la Fédération syndicale unitaire, aucune autorisation de travail n'avait été accordée aux mineurs, le juge pour enfants n'ayant pas été informé de leur venue. Enfin, face à l'inquiétude de la Préfecture sur d'éventuels risques d'immigration clandestine, la direction du parc décide de conserver les passeports des Ivoiriens dans un coffre afin qu'ils ne puissent pas sortir du parc.
Les quatorze membres du Djolem (ensemble artistique ivoirien créé par Salif Coulibaly en 1984) sont logés dans deux chambres où les femmes et les hommes sont séparés. Ainsi, six femmes vivent dans et huit hommes dans , alors que le droit du travail prescrit au minimum par personne. Par ailleurs, les adultes et les enfants dorment ensemble sur des matelas posés à même le sol. Quant aux artisans, il s'avère qu'ils manquent aussi d'espace. La direction départementale du travail et de l'emploi va néanmoins estimer que leurs conditions de vie sont . Seul Salif Coulibaly, le chef de la troupe des artistes, a le privilège d'avoir sa propre chambre avec un verrou.
Neuf métiers sont présentés par autant d'artisans ivoiriens qui dans les cases du village devant les touristes. On trouve ainsi un forgeron, un bronzier, une potière, un tisserand, un peintre ou encore un sculpteur sur bois. Tous les jours de la semaine, les artistes et artisans animent le village, vêtus d'habits traditionnels. Ils doivent enchaîner les performances toutes les , jusqu'à la fermeture du parc à , dans des températures qui, parfois, ne dépassent pas . Les danseuses, toutes mineures, ayant entre , doivent danser le n'goron, une danse traditionnelle ivoirienne, de à après avoir étudié à l'école le matin. Elles ont été préalablement choisies par la femme du directeur de la troupe selon leur poitrine, la pratique de cette danse exigeant d'avoir des seins fermes. Les femmes dansent souvent seins nus, en extérieur. Elles ne sont vêtues que d'un morceau de pagne et d'un bambou, sans chaussures, lors de leurs représentations. Selon le témoignage d'une de ces danseuses, Edith Lago, les filles de la troupe étaient également violées par un dirigeant du groupe.
En cas de problème de santé, la direction fait appel aux vétérinaires du zoo afin de soigner les Ivoiriens.
Controverses