Le musée de Saint-Antoine-l'Abbaye est situé dans le village médiéval de Saint-Antoine-l'Abbaye de la commune nouvelle homonyme en Isère, dans la région Auvergne-Rhône-Alpes.
Créé en 1979, le musée départemental est réparti sur plus de au sein de plusieurs bâtiments des protégés au titre des Monuments historiques..
Dans l'ancien noviciat le musée abrite sur deux étages le parcours permanent Chroniques d'une abbaye. Au rez-de chaussée la salle voutée accueille les expositions temporaires.
Situation géographique vignette|Vue générale de Saint-Antoine-l'Abbaye. Le musée est implanté dans la commune nouvelle de Saint Antoine l'Abbaye en Isère, aux portes de la Drôme, à mi-chemin entre Grenoble et Valence (environ 45 minutes), et à 75 minutes de Lyon.
L'ancien village de Saint-Antoine-l'Abbaye qui donne son nom au musée se dresse telle une forteresse au beau milieu d'un paysage vallonné et boisé dans le Sud Grésivaudan et son abbaye se trouve sur la route de Saint-Jacques-de-Compostelle. Juché à d'altitude, le village médiéval fait face au Vercors et depuis 2009 est labellisé parmi les « Plus beaux villages de France »Plus beau village de France.
Historique du musée Depuis 1979, le musée de Saint-Antoine-l'Abbaye est géré par le département de l'Isère. L'année suivante, les collections du musée s'enrichissent par une importante donation d'œuvres du peintre Jean Vinay..
En 1990, la programmation et le parcours muséographique sont entièrement repensés, lui conférant un réel statut de musée d'art et d'histoire.
L'accès aux collections permanentes et aux expositions temporaires est gratuit depuis , comme l'ensemble des onze musées départementaux..
L'exposition permanente Jardins de cloîtres, jardins des princes. Quand le parfum portait remède y est présentée depuis 2009 et fera l'objet d'un important remodelage entre et .
Dès , le film 3D Saint-Antoine au temps des bâtisseurs, 1070-1490 intègre le parcours Chroniques d'une abbaye pour faire revivre le chantier de construction de l'église abbatiale.
Depuis 2018 le musée fait partie du réseau des Hôtels-Dieu et Apothicaireriesréseau des Hôtels-Dieu et Apothicaireries.
Le musée et ses différents espaces
Le musée est installé dans plusieurs bâtiments du site abbatial.
Le Noviciat Reconstruit aux sur l'ancien bâtiment médiéval, ce corps de logis appelé logis de Flandres est peut-être la première demeure abbatiale avant d'abriter les cellules des religieux et des novices. Sur le fronton triangulaire, les armes de l'abbé Etienne Galland (1747-1767) et les insignes des chanoines sont encore visibles.
Y sont présentés le parcours muséographique Chroniques d'une abbaye ainsi que des expositions temporaires.
Le Bâtiment des étrangers vignette|Le Bâtiment des étrangers Sur les anciennes infirmeries du Moyen Âge est aménagé dès le le Bâtiment des étrangers. Destiné aux "hôtes de qualité" et à leur équipage, ce corps de logis est, au composé de pièces en enfilade et d'une cuisine au rez-de-chaussée, de cabinets ou petites chambres à l'étage. Une salle d'assemblée ou salon d'apparat orné de gypseries complète cet ensemble. On y découvre le tableau de La Bataille de Constantin au Pont Milvius qui s'inspire des fresques de la Chambre de Constantin au Vatican..
Le salon aux gypseries est visible lors des concerts et des visites guidées ponctuelles.
Le logis de l'Abbé du Au , le cabinet de curiosités est aménagé dans la tour-clocher, inachevée de l'église, sur trois niveaux en petits appartements desservis par un escalier à vis. Ces pièces ouvrent au nord, sur le jardin à fleurs et au sud sur la cour intérieure. Ce cabinet présente une collection acquise de 1752 à 1761.
L'abbé Etienne Galland, confie à un religieux antonin et numismate Jacques Deschamps l'organisation des collections.
Une partie de ces collections du cabinet de curiosités iront au Muséum d'histoire naturelle de GrenobleCuriositas : Le cabinet de curiosités de l’abbaye de Saint-Antoine : un cabinet de curiosités dauphinois légué au Cabinet d’histoire naturelle de Grenoble en 1777.
Les Grandes écuries alt=Les Grandes écuries © Jean-Sébastien Faure|vignette|Les Grandes écuries Aménagées aux sur et à partir d'anciennes maisons, les Grandes écuries de l'abbaye sont destinées à accueillir les chevaux et équipages des religieux et des hôtes étrangers.
La salle voûtée des Grandes écuries accueille les expositions temporaires.
Le jardin médiéval Le jardin médiéval est situé dans la cour des écuries de l'abbaye. On y découvre des plantes exubérantes, des herbes aromatiques, des fleurs et des arbres fruitiers réunis par l'eau, élément inhérent et fondateur de l'essence même du jardin.
Le jardin confère une dimension sensorielle à la visite et se décline en quatre ambiances articulées autour d'une fontaine et de bassins : le Jardin du Paradis, le Jardin du parfumeur, le Jardin des simples consacré aux plantes médicinales, et le Jardin traditionnel d'inspiration arabo-andalouse réalisé dans le cadre de la coopération décentralisée du département de l'Isère et de la région de Souss-Massa, au Maroc.
Ces ambiances sont inspirées par les représentations et les usages traditionnels des jardins à l'époque médiévale, dont la fonction est à la fois spirituel et thérapeutique. ; ce qui n'est pas sans rappeler le rôle du site de Saint-Antoine-l'Abbaye où les plantes participent aux soins prodigués par les Antonins, aux malades atteints notamment du feu de Saint-Antoine.
Les parcours muséographiques permanents alt=Photographie de l'entrée principale du Musée de Saint-Antoine-l'Abbaye|vignette|upright|Le noviciat, entrée principale du musée de Saint-Antoine-l'Abbaye. Deux parcours permanents sont proposés aux visiteurs. Le parcours muséographique des Chroniques d'une abbaye est présenté sur deux niveaux au Noviciat. Dans la salle voûtée des Grandes écuries on trouve le parcours Jardins de cloîtres, jardins des princes. Quand le parfum portait remède.
Le parcours permanent du musée intitulé Chroniques d'une abbaye est hébergé dans l'ancien noviciat, un bâtiment jouxtant l'église abbatiale. Ce parcours s'attache à retracer l'histoire de cette abbaye et de l'ordre des Hospitaliers de Saint-Antoine, en la replaçant dans le contexte des sociétés médiévales européennes.
Jalonnée de peintures, d'objets et d'instruments médicaux., l'exposition permet de comprendre l'essor de ce bourg rural autour de son abbaye qui conserve les reliques de saint Antoine. La visite est enrichie d'outils interactifs et de contenus multimédia qui permettent une découverte immersive de cette histoire pluriséculaire..
Articulée autour de trois espaces, l'exposition sur la pharmacopée médiévale Jardins de cloîtres, jardins des princes. Quand le parfum portait remède propose de découvrir de manière ludique l'usage thérapeutique des parfums du Moyen Âge au . À cette occasion, dix-sept fragrances ont été recréées par Daniela Andrier, parfumeuse allemande chez Givaudan, et Dominique Ropion, parfumeur français chez International Flavors & Fragrances (IFF). La commissaire de cette exposition est Annick Le Guérer, docteur en anthropologie et spécialiste du parfum..
Chroniques d'une abbaye : résumé historique Saint Antoine l'Égyptien Antoine le Grand naît en 251 à Koma, sur la rive occidentale du Nil, au sein de la communauté chrétienne d'Égypte, les Coptes. Orphelin à 18 ans, il décide de se dessaisir de ses biens suivant l'exemple de nombreux ermites. Acquérant une renommée de sainteté, il se retire, durant plus de vingt ans au désert. Assauts terrestres, attaques célestes ou tentations charnelles éprouvent la solitude de l'ermite accédant ainsi à des fonctions privilégiées au panthéon des saints.
Vers 305, Antoine fonde un premier monastère et s'impose rapidement comme le modèle de cette vie ascétique choisissant le désert pour une union plus intime à Dieu. Au caractère extrême et mystique de l'ermite retiré dans la solitude des sables du désert, s'oppose progressivement une nouvelle forme d'existence, en communauté.
Il meurt le , à l'âge présumé de 105 ans. Les épisodes de sa vie sont connus grâce au récit posthume d'Athanase d'Alexandrie, mais aussi à celui de saint Jérôme à travers la Vita Pauli. Dès lors l'ermite du désert devient l'un des saints protecteurs et guérisseurs les plus populaires.
Tentations et attributs Les épisodes diaboliques, illustrés par les Tentations d'Antoine le Grand, constituent l'essentiel du récit choisi par le dominicain Jacques de Voragine dans La Légende dorée rédigée au . Ce thème des assauts démoniaques, des tentations charnelles conduits par des créatures hideuses persécutant Antoine dans le désert, connaît un franc succès dès le Moyen Âge. Peintres et lettrés ne cesseront d'en enrichir l'intensité dramatique et la dimension fantastique.
Chaque saint possède au Moyen Âge des attributs qui lui sont propres. Liés à des épisodes de leur vie, ils facilitent l'identification du saint représenté et sont investis d'un sens aussi bien moral qu'allégorique Ceux de saint Antoine, inhérent à son statut d'ermite, puis de moine, ainsi qu'à sa fonction de saint guérisseur sont au nombre de six : le tau, la clochette, le cochon ou sanglier, les flammes, le chapelet, le livre. Ils sont attestés dès le .
Le récit Le récit de la vie des saints, ou récit hagiographique, est un éloge de la sainteté. Sous ses allures romanesques il possède une fonction édifiante : les martyrs et les ermites offrent au lecteur un modèle de perfection à suivre.
L'histoire d'Antoine le Grand reste à ce jour une énigme tant les récits de sa vie allient vérité et légende. Seul le texte attribué à Athanase écrit en grec au milieu du sous le nom de Vita Anthonii (Vie et conduite de notre saint père Antoine), donne des clefs au récit.
Très tôt traduite en latin pour les moines d'Occident, la Vita Anthonii l'est une seconde fois, à la fin du , par Évagre le Pontique, qui propose une adaptation très libre du texte grec initial. Par la suite, le récit donne lieu à de nombreuses traductions et copies qui en permettent une diffusion assez ample et un enrichissement tout au long du Moyen Âge. L'objectif affiché demeure la glorification du saint et la diffusion de sa popularité en Occident.
Le culte des saints Selon Athanase, la renommée d'Antoine est si grande qu'elle s'étend « jusqu'en Espagne et en Gaule, jusqu'à Rome et en Afrique » dès le . À la fin du , les reliques du célèbre ermite arrivent en Dauphiné. Une dévotion durable s'instaure en Occident.
Saint guérisseur, il est avec saint Roch et saint Sébastien, l'un des saints auxiliaires les plus sollicités. Il préserve du mal des Ardents, de la peste, de la syphilis et de la mort subite, mais aussi de nombreuses maladies de peau ou d'épizooties chez les animaux. Des artisans, des marchands réunis en corporations se placent sous sa protection dès le , tels les tanneurs, les vanniers, les bouchers, les potiers, les arquebusiers.
Modèles de sainteté absolue, les saints favorisent à travers la dévotion qu'ils suscitent la naissance d'une liturgie appropriée et la construction d'édifices ou de lieux placés sous leur vocable. Ainsi en est-il de l'abbaye de Saint-Antoine.
La création de l'abbaye Autour de l'an Mil, la Chrétienté s'épanouit à l'aube d'une nouvelle ère : celle des bâtisseurs, induite par des périodes de troubles et de pillages, mais aussi par une volonté affirmée de réforme des établissements monastiques.
L'arrivée des reliques de saint Antoine en Dauphiné à la fin du bouleverse l'organisation de l'ancien bourg castral alors dénommé La Motte-aux-Bois. Un prieuré bénédictin est fondé entre 1083 et 1089, sous l'impulsion de l'évêque Gontard de Valence. Ce dernier fait don de cinq églises à l'abbaye bénédictine de Montmajour, dont l'église Saint Antoine de la Motte. Les bénédictins prennent alors possession des reliques et se voient chargés des pèlerinages.