Agathocle ou Agathoclès (), né en 361 av. J.-C. à Thermæ (ancienne Himère) et mort en 289 av. J.-C. à Syracuse, est tyran puis roi de Syracuse de 304 av. J.-C. à sa mort.
Présenté par la plupart des sources antiques comme un tyran particulièrement cruel, n'hésitant pas à faire massacrer par ses troupes les habitants des cités désireuses d'échapper à son emprise, Agathocle est le seul tyran de Syracuse qui soit devenu roi de Sicile. Son ambition ne se limita d'ailleurs pas à cette île, mais avait une dimension méditerranéenne. Agathocle se posa nettement comme un imitateur d'Alexandre le Grand en Occident, désireux de lutter contre les barbares — les Carthaginois dans son cas — au point d'entreprendre la première expédition militaire en Afrique du Nord, sur le territoire même de Carthage.
Biographie Sur l'enfance d'Agathocle, deux traditions s'affrontent, l'une le présentant comme un enfant destiné au pouvoir (Diodore de Sicile.), l'autre comme un être voué au vice (Timée, Trogue Pompée et Justin.). Selon la deuxième version, fils d'un potier venu s'installer à Syracuse au temps de Timoléon, il aurait appris lui-même le métier et aurait accru ses revenus par la prostitution : « Comment se louer soi-même sans exciter l'envie » (en grec ancien ).. Il se fait remarquer d'un riche Syracusain, Damas, dont il devient l'éromène. À la mort de ce dernier, il épouse sa veuve. La version de Diodore évoque d'abord son métissage : son père était citoyen de Crotone, exilé à Thermae, une colonie de Carthage située en Sicile ; sa mère était d'origine carthaginoise. Un oracle ayant prédit qu'Agathocle serait un danger pour les Carthaginois et qu'il régnerait en Sicile, son père le cache pour éviter que l'enfant ne soit assassiné et l'envoie à Syracuse. Les deux versions concordent sur le fait que c'est dans cette cité qu'Agathocle passa son adolescence.
En Grande-Grèce, vers 325, la cité de Crotone est attaquée par les Bruttiens et demande l'aide de Syracuse. Agathocle fait partie du corps de troupe syracusain. Mais, une fois la cité libérée et l'oligarchie locale réinstallée au pouvoir, Agathocle s'engage auprès de Rhégion pour lutter contre l'aristocratie crotoniate. Ayant trahi à la fois l'oligarchie syracusaine et l'oligarchie de Crotone, Agathocle ne peut plus rentrer chez lui : il reste en Italie où il se met au service de Tarente, sans doute vers 323..
Agathocle, tyran de Syracuse En 317, les oligarques syracusains concluent une paix avec les Carthaginois (même si l'on ne sait rien du conflit qui a précédé). Agathocle quitte alors le service de Tarente et se constitue une petite armée de mercenaires qu'il amène à Syracuse sous le prétexte d'y restaurer la démocratie.. Son intervention déclenche une guerre civile au cours de laquelle il s'empare du pouvoir, fait exécuter une partie des oligarques syracusains et de leurs alliés, les survivants préférant l'exil à la mortIl y aurait eu et selon , mais le chiffre paraît exagéré ; il se pourrait que Timée, touché par une mesure d'exil, ait volontairement gonflé les chiffres pour ternir la réputation d'Agathocle.. Certains se réfugient même dans la partie punique de la Sicile, et notamment à Agrigente, cité grecque soumise à Carthage ; d'autres s'enfuient à Messine ou à Rhégion. Agathocle prétend alors redevenir simple citoyen mais les Syracusains le nomment stratège avec les pleins pouvoirs. Il promet d'abolir les dettes (ce qui est d'autant plus facile que les créanciers, des oligarques, sont morts ou exilés) et de distribuer les terres aux pauvres. On retrouve ici un schéma classique de la prise de pouvoir par un tyran. Puis, il renforce son armée pour soumettre d'autres cités siciliennes : Messine et Gela. En réalité, ces expéditions ont moins pour but d'établir une domination administrative ou même militaire que de retrouver les exilés syracusains pour les éliminer..
vignette|Carte de la Sicile à l'époque d'Agathocle.
Le siège de Messine déclenche l'intervention des Carthaginois : la prise de cette cité libre constitue en effet une violation du traité conclu en 338 entre les Carthaginois et Timoléon ; les Puniques ne souhaitent pas voir Syracuse prendre l'hégémonie en Sicile. Alors qu'Agrigente vient de voter l'entrée en guerre contre Agathocle, avec Gela et Messine, Hamilcar, le général punique chargé des troupes de Sicile, sert de médiateur pour la conclusion d'un traité de paix. Agathocle sera le chef suprême de la partie grecque de l'île où les cités devront former un gouvernement favorable au tyran de Syracuse ; en contrepartie, la frontière entre l'épicratie punique et le territoire dominé par Agathocle reste inchangée par rapport à 338. C'est un recul carthaginois que le Sénat de Carthage ne pardonne pas à Hamilcar.
Guerre contre Carthage (312-306) En 312, Agathocle attaque Messine et Agrigente, cette dernière se trouvant dans l'éparchie carthaginoise.. La flotte punique intervient mais des navires carthaginois sont arraisonnés par les stratèges d'Agathocle.. Le traité de 313 est ainsi rompu.
Les Carthaginois envoient en Sicile une armée composée de et mercenaires libyens, étrusques et baléares. Ils remportent une victoire en 311-310 à Himère, ce qui leur vaut le soutien de plusieurs cités grecques dépendant de Syracuse (Camarina, Leontinoi, Catane, Tauromenion et Messine). Agathocle est assiégé dans sa cité et la guerre semble donc perdue pour lui.
Première expédition en Afrique (311-308) C'est alors qu'il décide de porter la guerre en Afrique. Une telle expédition est inédite : aucun tyran sicilien luttant contre les Carthaginois n'aurait osé conduire la guerre outre-mer, ne serait-ce que parce que les Carthaginois ont la maîtrise maritime. Mais Agathocle compte justement sur l'inexpérience des Carthaginois à lutter sur leur propre territoire et espère la défection des populations libyennes soumises à Carthage.. Le 14 août 310La date précise est connue parce qu'une éclipse de soleil a lieu le lendemain de son départ de Syracuse ., il débarque au cap Bon et conduit ses troupes vers une cité nommée Mégalopolis après avoir traversé un paysage idyllique : Le territoire qu'ils devaient traverser avait été divisé tout du long en petits jardins et en plantations diverses, de nombreux ruisseaux mis en conduite irriguant tout le lieu. Les résidences de campagne, attenantes les unes aux autres, avaient été construites somptueusement et ornées avec soin par un enduit de chaux ; elles indiquaient clairement la richesse de leurs propriétaires. Les villae étaient pleines de toutes les choses pour qu'ils en profitent, car les habitants, durant la longue période de paix, avaient mis de côté une abondance de productions. Le territoire était pour partie planté de vignes, pour partie d'oliviers, et plein d'autres arbres fruitiers. Partout des troupeaux de bœufs et de moutons broutaient et les plaines humides environnantes étaient emplies de chevaux qui paissaient. De façon générale, il y avait dans ces lieux une abondance de biens de toutes sortes car les Carthaginois les plus illustres y avaient disséminé leurs domaines et s'en étaient occupés avec soin, grâce à leurs richesses, afin d'en retirer du plaisir..
vignette|Carte de la Tunisie punique au moment de l'expédition d'AgathocleLes cités prises par Agathocle sont indiquées en bleu ; celles faisant partie du parcours d'Eumachos lors de sa première expédition sont marquées en vert.Le territoire de Carthage est indiqué en rouge (tracé des frontières, parfois inconnu, restitué par L. I. Manfredi, La politica amministrativa di Cartagine in Africa, Rome, 2003).
Puis, Agathocle s'empare d'une cité appelée Tynes la blanche. (à distinguer de l'actuelle Tunis occupée un peu plus tard par le tyran syracusain..Sur les difficultés à retrouver l'itinéraire exact d'Agathocle en raison de la disparition des toponymes cités, on peut se reporter à .), dresse son campement et se met à ravager les campagnes alentour..
Devant cette avancée fulgurante, les Carthaginois nomment comme généraux Hannon et Bomilcar et lèvent une armée composée principalement de citoyens. La rencontre entre troupes puniques et grecques a lieu peu de temps après. Hannon est chargé du commandement et se trouve à la tête du bataillon sacré formé de d'élite, citoyens carthaginois. Mais l'armée punique est balayée par AgathocleLes chiffres relatifs aux pertes humaines varient selon les sources : , évoque grecs et et , indique 200 Grecs et à .. Hannon meurt lors de l'affrontement ; les Carthaginois sont d'autant plus paniqués que l'autre général, Bomilcar, est soupçonné de vouloir ouvrir la cité au Syracusain .Justin place l'épisode plus tard, après l'assassinat d'Ophellas par Agathocle., voire de vouloir prendre le pouvoir dans la cité.. Ils envoient alors des offrandes à Tyr, leur métropole, tout en pratiquant des sacrifices d'enfants pour attirer la bienveillance du dieu Ba'al Hammon.. Le récit que fait Diodore de ces événements est néanmoins sujet à caution : on y reconnaît l'hostilité sicilienne face aux Carthaginois et le texte de l'historien reprend mot pour mot celui d'un auteur ayant écrit antérieurement à l'expédition d'Agathocle en Afrique, Clitarque d'Alexandrie.
Il n'en reste pas moins qu'Agathocle a remporté une victoire qu'il exploite immédiatement par la mise à sac du territoire de Carthage : plusieurs cités soumises à Carthage passent dans son camp et il entreprend une expédition vers le sud, prenant Neapolis (actuelle Nabeul) et Hadrumète (actuelle Sousse), signant une alliance avec le roi numide Ailymas, pillant enfin Thapsus avant de se tourner vers l'intérieur du pays. Il dut arrêter sa progression devant la mobilisation carthaginoise qui menaçait son camp à Tunis et la trahison de son allié Ailymas. En Sicile, le général Hamilcar est vaincu et sa tête rapportée à Agathocle qui ne se prive pas de la montrer aux Carthaginois montés sur les murailles de leur cité.. Malgré ces succès, des dissensions apparaissent dans le camp d'Agathocle : celui-ci, pour ne pas s'aliéner les habitants des campagnes, se refuse à livrer les exploitations agricoles au pillage, privant ses hommes de butin ; son commandement est alors critiqué par des officiersUn épisode rapporté par Diodore rappelle le banquet au cours duquel Alexandre avait tué l'un de ses amis : lors d'un dîner trop arrosé, un certain Lyciscos insulte Agathocle et son fils Archagathos ; ce dernier l'accuse alors d'avoir une relation avec la nouvelle femme d'Agathocle, Alcia, et le tue ..
vignette| (musée du Louvre).
Le tyran est mis sous surveillance dans son propre camp et ne se tire de cette difficulté qu'en faisant mine de se suicider. Émus, ses hommes le libèrent et lui rendent son commandement. Les quelques escarmouches qui s'ensuivent avec l'armée punique apportent à nouveau leur lot de victoires. Néanmoins, Carthage est toujours debout et Agathocle doit trouver un allié pour venir à bout de la résistance punique.
Son action prend alors une dimension méditerranéenne : d'autant plus conscient de sa faiblesse navale qu'il a fait brûler ses vaisseaux lors du débarquement en Afrique, pour montrer sa détermination à ses hommes., le tyran demande l'appui d'Ophellas, ancien triérarque d'Alexandre et gouverneur de la Cyrénaïque pour le compte du satrape d'Égypte . En cas de victoire, Ptolémée récupérerait le territoire de Carthage en Afrique et y fonderait une colonie, Agathocle prenant possession de la Sicile tout entière.. Agathocle a en effet besoin de la flotte égyptienne pour faire le siège de Carthage : dans son esprit, il doit assumer le commandement sur terre, Ophellas gérant les affaires maritimes. Mais la flotte égyptienne n'arrive pas, Ophellas exerce un commandement terrestre et rien ne se déroule selon les plans d'Agathocle.