Le plan Madagascar (« Madagaskar ProjektLivre The American West and the Nazi East -A Comparative and Interpretive Perspective Par C. Kakel Éd. Palgrave Macmillan UK » ou « Madagaskarplan ») était un projet du Troisième Reich visant à déporter quatre millions de Juifs d'Allemagne., de ses pays alliés et de ses territoires conquis, à Madagascar, alors colonie française. Ce plan ne fut jamais appliqué.

Mise en place du plan Une idée franco-polonaise L'idée de déplacer les populations juives hors d'Europe avait d'abord été évoquée en Pologne en 1936, comme en France par le ministre Marius Moutet en 1937. Ce dernier proposait alors de mettre les Juifs à l’abri dans un contexte de montée de la violence nazieSite caminteresse.fr, article de maylis Jean-Préau "Israël a-t-il toujours été en Palestine ?"..

Une commission fut formée par le gouvernement polonais, du nom de son président : la Commission Lepecki. Il y eut même un voyage sur placeLivre Les Terres Promises avant Israël d'Olivier Marliave éditions Mago, page 177.. Jozef Beck, ministre des Affaires étrangères polonais, en discuta avec son homologue allemand, Joachim von Ribbentrop, mais la guerre mit un terme provisoire au projet communSite cairn.info texte de Zofia Trębacz (traduit du polonais par Alexandre Dayet) : Colonies et « question juive » Les projets polonais d’émigration forcée des Juifs à la veille de la Seconde Guerre mondiale, dans la Revue d’Histoire de la Shoah 2022/2 (), pages 17 à 32..

Une idée revue par les Nazis Évoqué en Allemagne depuis 1938 dans des discussions de responsables tels que Julius Streicher, Hermann Göring, ou Joachim von Ribbentrop, ce plan n'est ainsi réellement envisagé qu'à partir de , sous l'impulsion d'Heinrich Himmler. vignette|Plan alors imaginé.

En effet, la défaite de la France étant quasiment entérinée, se pose alors la question d'un passage sous contrôle direct allemand de certaines de ses colonies. D'autant plus que dans l'esprit du commandement nazi, il est aussi acquis que le Royaume-Uni capitulera rapidement sous les bombardements de la Luftwaffe, et donc que les voies maritimes seront, après un accord de cessez-le-feu, libres des attaques de la flotte britannique.

Le , Franz Rademacher, membre du ministère des Affaires étrangères de Ribbentrop chargé des affaires juives, présente un mémorandum à ce sujet à son supérieur Martin Luther. Son plan détaillait les mécanismes d'évacuation des Juifs d'Europe et prévoyait de garder les Juifs d'Europe de l’Est à Lublin (Pologne) et de déplacer tous les Juifs de l'Ouest hors d'Europe, à Madagascar par exemple.

Luther communique le plan à Ribbentrop qui le communique lui-même à Adolf Hitler. Le , en référence à la défaite et l'avenir de la France, Hitler et Ribbentrop s'entretiennent de ce plan avec Benito Mussolini. Hitler en discute les jours suivants avec le Großadmiral Erich Raeder. Informé en du projet, Reinhard Heydrich souhaite être largement impliqué. Il écrit donc le à Ribbentrop dans ce sens. Ribbentrop acquiesce et informe Rademacher qu'il a donné son accord de principe à la préparation d'un plan d'expulsion des Juifs d'Europe qui doit se faire en étroite coopération avec les services du RSHA.

Début , Rademacher déclare dans ses rapports : . Pas d'administration coloniale mais un régime d'autonomie avec à sa tête un gouverneur SS. De plus, cela nécessiterait la création d'une banque européenne chargée de liquider les biens juifs en Europe ainsi que d'être le filtre obligatoire entre les Juifs et le reste du monde pour annihiler toute leur influence économique en Allemagne, car toute transaction commerciale avec eux sera interdite..

Le , Adolf Eichmann et Theodor Dannecker produisent un dossier imprimé intitulé qui prévoit la déportation vers Madagascar d'un million de Juifs par an sur quatre ans et sous le contrôle total du RSHA. Le plan prévoit la spoliation des Juifs afin de financer la logistique. Les Juifs vivront dans des camps construits à cet effet. Fin août, Rademacher réplique en produisant un rapport sur le principe d'un large partage des tâches entre le ministère des Affaires étrangères et le RSHA. Le deuxième point prévoit que la SS aura à sa charge le ramassage des Juifs d'Europe et l'administration de l'île-ghetto.. À cet effet, pourraient transporter vers Madagascar un million de Juifs chaque annéeFrançois-Guillaume Lorrain, « Le plan Madagascar », Le Point, , 2 février 2011, ..

Abandon Le , Rademacher s'entretient avec Ribbentrop pour qu'il réunisse des experts afin de finaliser le plan, mais celui-ci ne répondra jamais à sa demande, tout comme le dossier d'Eichmann ne sera jamais validé par Heydrich. La cause de ces refus et de l'abandon du plan est tout simplement la résistance du Royaume-Uni. L'échec du Reich à obtenir la capitulation rapide des Britanniques met fin à tout espoir de maîtrise suffisante de l'espace maritime.

Le plan Madagascar sera définitivement abandonné en décembre. En , Göring et Himmler mettent au point le plan Heydrich, qui doit permettre l’établissement d’un nouveau territoire au sein de l’Union soviétique, une fois la guerre remportée contre cette dernière. L’enlisement du conflit à l'Est ne le permettra pas et l'expulsion des Juifs vers la Pologne continuera, aboutissant à la Solution finale.

Le , Joseph Goebbels faisait encore état, dans son journal, d'un projet d'attribuer aux Juifs, après la guerre, une île comme Madagascar : . L'historien Christopher BrowningChristopher R. Browning, Evidence for the Implementation of the Final Solution, Lewis H. Beck Center for Electronic Collections and Services, Emory University Atlanta, Asbury Circle Woodruff Library Atlanta, , consultable en ligne. conjecture que Goebbels, qui n'avait pas été convié à assister à la conférence de Wannsee et ne reçut ensuite qu'une version expurgée du procès-verbal de cette conférence, procès-verbal dont l'exemplaire découvert par Robert Kempner (accusateur au procès de Nuremberg) ne comporte aucune mention de Madagascar, mais un passage que les historiens considèrent comme désignant à mots couverts l'extermination des Juifs.

Notes et références

Voir aussi Bibliographie Magnus Brechtken, Madagaskar für die Juden. Antisemitische Idee und politische Praxis 1885-1945, Munich, 1997 . Hans Jansen, Der Madagaskar-Plan. Die beabsichtigte Deportation der europäischen Juden nach Madagaskar, Munich, 1997 . Peter Longerich, Politik der Vernichtung. Eine Gesamtdarstellung der nationalsozialistischen Judenverfolgung, Munich, 1998 . . Christopher Browning, Jürgen Matthäus, Die Entfesselung der « Endlösung ». Nationalsozialistische Judenpolitik 1939-1942, Berlin, Propyläen, 2003 , . Michael Krebs, Der frühe Madagaskarplan, dans Riccardo Altieri, Frank Jacob (Hrsg.), Spielball der Mächte. Beiträge zur polnischen Geschichte, minifanal, Bonn 2014 , .

Articles connexes Solution finale Holocauste Nazisme Migrations juives à Madagascar Plan Nisko Plans antécédents ou connexes Paul de Lagarde (1827-1891) Arnold Leese (1877-1956) Theodor Herzl (1860-1904), dont le Projet Ouganda (1903) Israel Zangwill (1864-1926) Henry Hamilton Beamish (1873-1948) Jörg Lanz von Liebenfels (1874-1954), Die Theozoologie oder die Kunde von den Sodoms-Äfflingen und dem Götter-Elektron, Wien/Leipzig/Budapest 1905 Texte en ligne (anglais) Plan Fugu (1930), Koreshige Inuzuka, Norihiro Yasue, Grigori Semenov Projet Ickes pour l'Alaska (1940), Rapport Slattery

Liens externes

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