La crise israélo-palestinienne de 2021, parfois appelée l'Intifada de l'unité, et par le Hamas, a été une flambée de violence majeure dans le conflit israélo-palestinien qui a commencé le et s'est poursuivie jusqu'à l'entrée en vigueur d'un cessez-le-feu le .. Elle a été marquée par des manifestations et des mesures antiémeutes policières, des attaques de roquettes lancées contre Israël par le Hamas et le Jihad islamique palestinien (JIP), et des frappes aériennes israéliennes dans la bande de Gaza. La crise a été déclenchée le , lorsque des Palestiniens de Jérusalem-Est ont commencé à protester contre une décision anticipée de la Cour suprême d'Israël sur l'expulsion de six familles palestiniennes dans le quartier de Sheikh Jarrah à Jérusalem-Est. En vertu du droit international, la zone, annexée de fait par Israël en 1980, est un territoire palestinien sous occupation israélienne.
Le , selon la chaîne israélienne Channel 12, des Palestiniens ont jeté des pierres sur les forces de police israéliennes qui ont alors pris d'assaut l'enceinte de la mosquée Al-Aqsa en utilisant des gaz lacrymogènes, des balles en caoutchouc et des grenades assourdissantes. La crise a suscité des protestations dans le monde entier ainsi que des réactions officielles de la part des dirigeants mondiaux.
Les violences ont coïncidé avec la nuit du Qadr (), célébrée par les musulmans, et la Journée de Jérusalem (9-), fête nationale israélienne. Les affrontements ont eu lieu avant un défilé prévu pour la Journée de Jérusalem, connu sous le nom de Danse des drapeaux par les nationalistes juifs d'extrême droite , qui a ensuite été annulé. Plus de 600 personnes ont été blessées, principalement des Palestiniens, suscitant une condamnation internationale. La décision de la Cour suprême israélienne sur les expulsions de Sheikh Jarrah a ensuite été reportée de 30 jours, Avichai Mandelblit, l'ancien procureur général d'Israël, cherchant à apaiser les tensions.
L'après-midi du , le Hamas a donné à Israël un ultimatum pour retirer ses forces de sécurité du complexe du mont du Temple et de Sheikh Jarrah avant 18 heures. Lorsque l'ultimatum a expiré sans réponse, le Hamas et le Jihad islamique palestinien ont tous deux lancé des roquettes depuis la bande de Gaza vers IsraëlSharon Nizza, 'La battaglia di Gerusalemme: i razzi di Hamas sulla città,' La Repubblica 10 May 2021 ; certaines de ces roquettes ont touché des résidences israéliennes et une école. Israël a ensuite commencé une campagne de frappes aériennes contre Gaza.
À la suite de cette flambée de violence, au moins , dont , ont été tués, plus de ont été blessés et au moins Palestiniens ont été déplacées. En Israël, quatorze personnes ont été tuées., dont deux mineurs, ont été blessés ; près de trois cents policiers ont été blessés dans l'exercice de leurs fonctions. Au , quelque 950 cibles avaient été attaquées à Gaza, démolissant totalement ou partiellement 40 écoles et quatre hôpitaux, tout en frappant le camp de réfugiés d'al-Shati. De plus, au moins 19 installations médicales ont été endommagées ou détruites par les bombardements israéliens. Au , les Nations unies estimaient que les frappes aériennes israéliennes avaient détruit à Gaza 461 logements et unités commerciales ; des bureaux de l'Associated Press, du réseau médiatique Al Jazeera et d'autres médias.
Pendant cette crise, environ ont été tirées en direction d'Israël depuis Gaza, dont 680 ont atterri dans la bande de Gaza. mais Israël est parvenu à minimiser le bilan humain de son côté grâce au Dôme de fer qui a intercepté plus de 90 % des roquettes à destination des zones peuplées... L’armée israélienne a quant à elle mené aériennes, terrestres et maritimes sur la bande de Gaza « 'Flash Update #02: Situation in the occupied Palestinian territory' », OCHA, ..
Premières émeutes Alors qu'Israël lève les restrictions sanitaires à la suite des succès de sa campagne de vaccination massive contre l'agent de la pandémie de Covid-19 qui a paralysé le pays pendant près d'un an, un premier incident est enregistré le , lorsqu'un chauffeur de bus juif accompagné de sa famille tente de prendre un raccourci par le village d'Issawiya ; le bus est caillassé et prend feu. La famille est secourue par la police tandis que les médias israéliens de droite parlent d'une tentative de lynchage..
Trois jours plus tard, la police israélienne débranche les haut-parleurs de la mosquée al-Aqsa afin que l'appel à la prière ne perturbe pas les discours officiels lors des cérémonies du Jour du Souvenir qui se tiennent devant le mur des Lamentations. Or cette soirée coïncide avec le premier soir du mois de Ramadan, et le geste qui passe inaperçu dans le monde occidental, est considéré par le Waqf de Jérusalem comme une violation du statu quo sur les lieux saints ; condamnée par la voix de son représentant officiel, l' Ghassan al-Majali, et par le président de l'Autorité palestinienne Mahmoud Abbas.., cette anicroche qui survient peu après une autre plainte déposée par la Jordanie sur le nombre record de Juifs arrivés sur l'esplanade des Mosquées (mont du Temple pour les Juifs) lors de la Pâque juive., est vite perçue dans le monde arabe comme une provocation et devient rapidement une « attaque contre Al-Aqsa » dans sa rhétorique, de même que la pose de barrières à la porte de Damas (empêchant ainsi les gens de s’asseoir sur cette place publique) , entraînant les premiers heurts avec la police..
Les jours qui suivent voient la prolifération en divers points du pays d'événements appelés « terrorisme » ou « intifada Tiktok » dans les médias israéliens : de jeunes musulmans se filment en foulant du pied les symboles d'Israël et ses institutions ou en train d'agresser et d'humilier des Juifs de passage, en particulier haredim, avant de les diffuser sur les réseaux sociaux... Un motif nationaliste est pour la première fois mis en avant lors de l'agression d'un rabbin sioniste-religieux le à Jaffa : ce n'est pas la figure religieuse qui aurait été visée mais l'« envahisseur » qui, comptant acquérir des unités de logement supplémentaires pour son académie talmudique, se voit accusé de vouloir judaïser la ville par ses agresseurs arabes ; ceux-ci promettent d'en expulser tous les Juifs..
Le , alors que les heurts entre manifestants arabes ou palestiniens avec la police se poursuivent, Bentzi Gopstein et une centaine de membres de La Flamme, son groupuscule nationaliste, défilent à Jérusalem en scandant , afin de en réaction au « terrorisme Tiktok » et au manque de réponse policière ; un policier sera blessé par jet de pierres d'un manifestant arabe, cinquante manifestants juifs et arabes seront interpellés au terme de ces affrontements au marché de Mahané Yehuda et à la porte de Damas qui impliqueront aussi des militants d'extrême-gauche..
Dans les jours qui suivent, un conducteur et un promeneur juifs sont agressés, passés à tabac et manquent d'être lynchés, . ; des roquettes sont tirées depuis la bande de Gaza vers le sud d'Israël, entraînant une riposte israélienne sur des cibles du Hamas. Après avoir réuni le cabinet de sécurité, le Premier ministre d'Israël Benyamin Netanyahou déclare envisager , assurant qu'Israël souhaite garantir la liberté de culte pour tous et appelant .
Le , , Coordinateur spécial des Nations unies pour le processus de paix au Moyen-Orient, condamne et appelant (Israël tient en effet des élections législatives, pour la quatrième fois depuis 2019, et l'on s'apprête à faire de même du côté palestinien, pour la première fois depuis quinze ans). L'inspecteur-général de la police Kobi Shabtai décide, à l'encontre de plusieurs de ses subalternes, de retirer les barrières de la porte de Damas dans une tentative d'apaisement (Ayman Odeh, tête de la Liste arabe unifiée qui accueille favorablement la volonté de calmer les esprits en hébreu, salue en arabe et les appelle à poursuivre ). Mahmoud Abbas décide néanmoins de repousser sine die les élections législatives palestiniennes, et le Hamas qui était donné favori, condamne le « coup d'État. » avant de rejoindre le président du Fatah dans sa condamnation d'Israël, qu'ils accusent conjointement d'en avoir empêché la bonne tenue. Yehouda Guetta, , est assassiné par balles sur l'échangeur de Tappuah, en Cisjordanie, territoire palestinien occupé, tandis qu'un autre étudiant est grièvement blessé, et une tentative d'assaut sur des soldats se solde par la mort de l'assaillante. Cependant, la bousculade du mont Méron au cours de laquelle sont tuées et blessées le , détourne provisoirement l'attention des événements de Jérusalem.
Ceux-ci se poursuivent néanmoins, et cinq manifestants palestiniens sont arrêtés le dont un membre du Croissant-Rouge, pris en flagrant délit de jet de pierres.. Le même jour, Mohammed Deïf, commandant des Brigades Izz al-Din al-Qassam (branche armée du Hamas), prend la parole après un nouvel heurt en Cisjordanie, annonçant suivre tout ce qui s'y passe ainsi que dans la bande de Gaza et à Jérusalem, en particulier à Cheikh Jarrah ; il menace de passer à l'action mais l'échelon militaire israélien ne s'en formalise pas, estimant que le Hamas n'est pas intéressé par une confrontation et qu'il tente de détourner l'attention de l'annulation des élections..
Nouvel embrasement
Les troubles redoublent d'intensité le , après que le parlementaire Itamar Ben-Gvir, chef du parti ultranationaliste Otzma Yehudit, s'est rendu à proximité des quartiers hautement sensibles de Shimon HaTzadik et Cheikh Jarrah pour établir ses bureaux afin, écrit-il sur son compte Twitter, de s'assurer que la police commence à s'occuper comme faire se doit des émeutiers parce que ; des habitants du quartier arabe, épaulés par des activistes israéliens de Meretz et d'autres mouvements de gauche, ont en effet lapidé les Juifs qui étaient établis dans les lieux sans que les forces de l'ordre, pourtant situées à un jet de pierre, daignent intervenir....
vignette|gauche|Banderole « Sauvez Cheik Jarrah » appendue aux murs du quartier (). Sis à Jérusalem-Est dont les Juifs ont été chassés en 1948, le quartier est considéré comme un microcosme du conflit israélo-palestinien. : selon des documents ottomans présentés par l'organisation représentant les intérêts des propriétaires juifs, des terres y ont été achetées par des fiducies juives à des propriétaires terriens arabes dans les années 1870 et établissent un quartier à proximité de la mais la Jordanie y a installé, avec l’appui des Nations unies, vingt-huit familles arabes ayant fui l'État d'Israël.À l’issue de la guerre des Six Jours, Israël a rétabli sa souveraineté sur l'intégralité de Jérusalem, se hâte de déclarer la ville sa « capitale une et indivisible » et entreprend d'y . Le quartier des Maghrébins est détruit, et des colonies juives sont construites autour de la ville.. Cependant, les habitants arabes du quartier Shimon HaTzadik, qui le considèrent comme une extension de Cheikh Jarrah, fondé en 1865 près de la tombe d', n’entendent pas quitter les lieux.
Un premier arrêt est rendu en 1974 en faveur des droits des descendants des Juifs expulsés mais la population arabe de Jérusalem, s’appuyant sur diverses résolutions de l’ONU, refuse cet état de faits. Or la Cour suprême d'Israël confirme en fin 2020 et début 2021 les verdicts antérieurs mais les familles palestiniennes ont fait appel de cette décision...