Malak Mattar, née en , à Gaza, est une peintre palestinienne. Elle vit et étudie en Turquie.
Biographie Malak Mattar naît en , à Gaza, en Palestine. Elle réalise des œuvres peintes sur l'expérience féminine dans un État en conflit territorial. Elle vit à Istanbul, en Turquie, où elle étudie les sciences politiques et les relations internationales à l'İstanbul Aydın Üniversitesi, grâce à une bourse qui couvre ses frais de scolarité.
En , sa famille paternelle est expulsée de force de la ville d'Al-Khora, détruite lors de la création de l’État d’Israël, actuelle Ashkelon israélienne, et se réfugie à Gaza. Ses grands-parents paternels, alors pêcheurs, sont tout jeunes au moment de la Nakba. Ils lui racontent par la suite ce qu'ils ont vécu et détaillent la torture, les fausses promesses, le fait de ne pas avoir de refuge et comment ils conservent leur clé avec eux, gardant un espoir de retour jusqu'à la fin de leur vie. Sa famille maternelle est originaire de Batani al Sharqi, où ses grands-parents étaient agriculteurs. Sa mère est professeure d'anglais dans une école dirigée par l'United Nations Relief and Works Agency for Palestine Refugees in the Near East (UNRWA). Un de ses oncles, artiste, qui vit actuellement au Canada, lui enseigne les bases artistiques.
La plupart du temps, Malak vit seule, à l'un des étages de la maison appartenant à la famille. C'est à quatorze ans, durant l'été 2014, alors que la bande de Gaza est sous le feu des bombardements israéliens, que Malak sort de son lit, après plusieurs jours passés dans un état dépressif, incapable de se lever, de manger ou de réagir au vacarme des missiles, à l'explosion des roquettes et au bruit des drones. Ce jour-là, elle ouvre une boîte de peinture que lui a offerte son école et commence à peindre, en s'inspirant de son expérience quotidienne de la guerre qui se déroule à sa porte. Mattar vient de passer recluse dans sa maison, avec ses parents, sans électricité, sans eau ni accès à la nourriture. C'est la troisième guerre qu'elle subit depuis sa naissance. Durant cette période, Mattar perd de nombreux parents et proches. Elle passe ses journées à écouter une petite radio qui rapporte le nombre de personnes tuées. Cherchant quelque chose pour échapper aux sentiments de terreur et de tristesse, ainsi qu'à la peur de mourir, elle ouvre le coffret cadeau contenant de l'aquarelle. Soumise à un énorme stress, elle a alors des difficultés à parler. Elle choisit d'exprimer ses sentiments à travers l'art, ce qui lui permet de se sentir mieux.
Sa première peinture met en scène une jeune fille sereine et lumineuse, dont le corps s'étire au sol, bras écartés, sur un arrière-plan de paysage de gravats, un grand soleil se levant à l'horizon, plein d'espoir, ce qui lui fait dire lors d'un entretien : . Elle poste ce tableau sur sa page Facebook et reçoit, en provenance du monde entier, des commentaires de personnes intéressées par son travail.
À ses débuts, elle se contente des fournitures distribuées par l'école qu'elle fréquente puis, rapidement, commence à vendre son travail en ligne, ce qui lui permet d'acheter des toiles et de la peinture dans le seul magasin d'art professionnel qu'elle connait à Gaza, où les fournitures artistiques sont chères, car le matériel qui entre dans la bande est extrêmement limité. Un an plus tard, à l'âge de quinze ans, elle ouvre sa première galerie dans la bande de Gaza.
Elle effectue le début de sa scolarité dans les écoles de l'UNRWA, notamment à l'Al Shati School de Gaza. Ses matières préférées sont les mathématiques et les langues. Étonnamment, ce sont les sciences qui influencent le plus son parcours artistique. Passionné par le perfectionnement des formes, des lignes et des couleurs, la science est pour elle comme un art en soi, qui permet de peindre et d'illustrer le monde, comme le corps humain ou les structures cellulaires. Son professeur montre régulièrement son travail à ses camarades de classe.
Elle conclut ensuite un accord avec ses parents, qui l'autorisent à partir étudier en Turquie à la condition d'être la meilleure de sa classe durant ses études secondaires. Avec cet objectif en tête, elle étudie jusqu'à par jour, ce qui lui permet de devenir la meilleure élève de la bande de Gaza et la seconde de Palestine, et d'obtenir un visa pour poursuivre ses études à Istanbul, où elle choisit les sciences politiques, car son université ne propose pas de programme de beaux-arts. Parallèlement, elle parcourt le monde en témoignant sur sa vie en territoire occupé palestinien, et sur la façon dont son parcours influence son art.
En , elle visite les États-Unis pour la première fois. Elle y retourne en 2020 pour tenir une série de conférences, au Merrimack College, au Smith College, à Yale, à la Southern Connecticut State University, au Manhattan College, à la Drew University, et au DC’s Musem of the Palestinian People.
Œuvre Malak Mattar n'a bénéficié d'aucune éducation artistique formelle. Elle échange avec des artistes gazaouis pour obtenir plus de conseils. L'art abstrait de son oncle, artiste et professeur d'université en art et littérature, l'inspire. Il l'aide pour l'élaboration de sa technique, la création de ses croquis et la découverte de nouvelles idées. Lors de ses voyages, elle découvre régulièrement de nouvelles sources d'inspiration.
Les tableaux peints par Malak Mattar se concentrent sur le thème de l'appartenance et l'expérience féminine dans les royaumes de la paix et la mort. Elle ne peint que des femmes, car elle ressent le besoin de se soutenir elle-même, tout en renforçant l'autonomisation de ses paires. Chaque fois qu'elle essaie de peindre un homme, celui-ci se transforme en femme. Pour elle, les yeux d'une femme peuvent en dire plus sur le monde que tout autre être. La plupart des femmes qu'elle peint ont des yeux surdimensionnés en forme d'amande, épais et expressifs, qui fixent le spectateur. Elles figurent des femmes de sa connaissance, originaires de Gaza, amies ou colocataires. Même si c'est involontaire, ces portraits finissent par toujours par ressembler à des personnes qu'elle connait.
Son travail reflète l'obscurité existentialiste de l'enclave côtière, étouffée sous le blocus imposé par Israël, depuis . Pour l'artiste, c'est comme une prison ; l'art a besoin de liberté ; les restrictions tuent l'art. Une de ses toiles reflète cet enfermement forcé ; on y voit un personnage sans cheveux, porteur un costume qui rappelle celui d'un prisonnier.
Frida Kahlo est l'une de ses sources d'inspiration. Cependant, son artiste de référence reste Picasso qui, pour elle, représente une légende. Elle trouve en lui certaines caractéristiques similaires aux siennes, en termes de personnalité, de courage de peindre et d'expérimentation de nouvelles pistes artistiques. Elle explique que c'est souvent à lui qu'elle pense lorsqu'elle dessine. Elle cite également l'influence de l'artiste palestinien Nabil Anani et celle de sa mère, une femme travailleuse, forte, à la mentalité ouverte. Ses esquisses et ses peintures évoque principalement Gaza, mais aussi l'Irak et la Syrie. Elle a notamment peint Aylan, un petit garçon kurde mort en sur une plage turque, entouré de scènes de la vie commune qu'il aurait pu vivre s'il ne s'était pas noyé. Selon elle, ce tableau évoque sa vision, celle d'un clown triste parce que ces enfants irakiens ou syriens meurent. Bien que son sujet soit la guerre et l'occupation, Malak ne peint jamais d'images de morts et de sang, car elle préfère figurer l'espoir et la paix, comme en témoignent les colombes blanches qui apparaissent dans de nombreuses pièces de son œuvre.
Très jeune, elle explique que Gaza fait partie de son inspiration. Si elle vivait paisiblement, peut-être ne peindrait-elle pas. Elle se réveille parfois la nuit pour dessiner des croquis qui lui traversent l'esprit, passe beaucoup de temps à réfléchir et apprécie d'avoir des raisons de penser. Cependant, elle dit souffrir de se sentir parfois incomprise, souvent entourée de personnes pessimistes qui apprécient peu ses efforts et son art.
En , elle sollicite l'obtention de deux visas européens. L'un pour la France, où elle souhaite assister à deux expositions, à Paris et Avignon, et peindre dans un atelier ; l'autre pour l'Angleterre, afin d'assister au Greenbelt Art festival, dont les organisateurs du festival l'aident à réunir tous les documents requis pour le visa britannique. Cependant, la France et la Grande-Bretagne refusent de lui accorder ces visas qui lui auraient pourtant permis d'être présente aux expositions où ses propres peintures sont alors exposées. Elle fait part de sa déception sur sa page Facebook en ces termes : (« Il semble que la haine des Palestiniens, et l'ambition de nous empêcher de voyager et de vivre des vies normales, ne soit pas seulement partagée par Israël. Cependant, je n'arrêterai jamais de créer de l'art... Mon rêve est d'avoir la possibilité d'être présente avec mes peintures et d'assister à mon exposition »).
Pour réaliser ses œuvres, Malak Mattar utilise principalement l'aquarelle et la peinture acrylique, sur toile.
Expositions Un an après avoir commencé à peindre, elle présente ses œuvres dans une exposition personnelle. La presse espagnole, française et anglaise la contacte et rapidement, tout juste âgée de quatorze ans, elle commence à vendre les fruits de son travail à des acheteurs du monde entier. En seulement quatre ans, son art fait l'objet de plus de soixante expositions à travers le monde. Depuis, son œuvre parcourt le monde, le plus souvent sans elle. Elle explique que, pour elle, c'est comme si ses toiles étaient plus libres qu'elle. En raison de sa citoyenneté rattachée à la bande de Gaza, sa capacité à voyager durant sa jeunesse a longtemps été entravée, tant par le conflit environnant que par sa position de femme.
Ses toiles sont principalement vendues aux États-Unis. Au début, elle envoie ses travaux via des sociétés de courrier privées de Gaza, bien que cela coûte cher. Ses tableaux sont exposés en France, en Suisse, au Costa Rica et aux États-Unis. En , son art est présenté dans plus de quarante expositions individuelles et collectives, à Jérusalem, en France, en Espagne, au Costa Rica, en Inde, en Angleterre, dans onze États américains ainsi que dans le cadre de l'exposition Art Under Siege, tenue à la Chambre des représentants des États-Unis, en 2017.
En , Le Palestine Museum US, une galerie consacrée à l'art palestinien, située à Woodbridge, dans le Connecticut, expose une série de portraits réalisés par elle, dont les couleurs vives rappellent le primitivisme stylistique du haut modernisme et parraine, en , l'ouverture de la galerie américaine Malak Mattar.
Le , Malak Mattar donne une conférence intitulée « Art as Sanctuary », au Center for Arts and Humanities (CAH), de l'American University of Beirut, qui prolonge cette intervention par une exposition virtuelle accessible en ligne.
Engagements