vignette|300 px|Les troupes d'Alexandre le Grand le supplient de rentrer en Grèce. Les autels sont visibles à l'arrière-plan. Gravure par Antonio Tempesta, 1608. Les Autels d'Alexandre le Grand sont les douze monuments que, selon ses biographes antiques, Alexandre le Grand érige en sur les bords de la rivière Hyphase au Pendjab quand il est contraint par son armée épuisée de stopper sa progression vers l'Orient. Ces douze autels monumentaux, dédiés aux dieux de l'Olympe, marquent l'avancée extrême de l'épopée d'Alexandre. Ils symbolisent depuis l'Antiquité l'extrémité de son empire, mais aussi un moment crucial où le roi doit renoncer à la poursuite de son ambition militaire à cause de l'opposition de ses soldats. En dépit des indications géographiques assez vagues dans les textes antiques, les autels ont été activement recherchés par des explorateurs, principalement britanniques, au . Leur emplacement a donné lieu à de nombreuses recherches et discussions entre historiens et géographes, mais les autels n'ont jamais été retrouvés, peut-être ensevelis dans une région dont les rivières ont un régime de crues parfois dévastatrices.
Description et contexte Sources antiques vignette|200 px|L'empire d'Alexandre le Grand, comprenant la localisation des autels (Alexandri Arœ). Carte de 1832. vignette|200 px|Le Beâs-Hyphase près de Jaisinghpur.
Les évènements sont relatés par les historiens habituels de l'épopée d'Alexandre : Arrien (considéré comme le plus fiable..), Quinte-Curce, Plutarque, Justin, Diodore de Sicile. Quelques éléments supplémentaires de la géographie de l'Inde sont issus de Strabon, Pline et Philostrate d'Athènes.
Contexte historique : un moment crucial sur l'Hyphase En septembre , l'armée d'Alexandre arrive épuisée au bord de l'Hyphase (/Hydaspe / Vipasha / Béas / Bias). Débarquée en Asie depus plus de huit ans, elle a conquis l'immense empire perse, parcouru des milliers de kilomètres et livré plusieurs batailles. La dernière, deux mois plus tôt sur les rives de l'Hydaspe a été gagnée au prix de lourdes pertes, les soldats macédoniens ont été confrontés pour la première fois à un nombre important d'éléphants de guerre. Le moral des troupes est mauvais, d'autant que l'avancée vers l'est les mettrait en confrontation avec l'empire Nanda dont l'armée est bien plus importante que l'armée macédonienne.
Mais le caractère d'Alexandre ne s'embarrasse pas de ces considérations : il veut continuer toujours plus vers l'est. Voulant remonter le moral des soldats, il leur adresse une harangue mais le silence de la troupe montre leur opposition passive. Coénos, un général fidèle, prend alors la parole au nom des soldats et demande l'arrêt de l'avancée et le retour dans leur foyer pour profiter de la gloire et de leurs richesses accumulées. Les soldats acclamant ce discours, Alexandre rentre furieux dans sa tente et y reste trois jours sans sortir. Mais devant la détermination de l'armée, Alexandre consent finalement à accéder à leur demande, à arrêter son expédition militaire et à repartir vers l'ouest.
Afin de marquer l'extrémité de son avancée, Alexandre fait alors construire douze autels monumentaux, et un camp dont il exige que la taille soit immense pour impressionner ses adversaires. Puis il ordonne de célébrer des jeux sur place. Finalement, l'armée repart vers l'Hydaspe où Alexandre fait construire une flotte de navires sur laquelle il embarque début avec une partie de son armée pour rejoindre l’Indus et l'océan Indien.. Le temps passé sur les rives de l'Hyphase est donc assez court, n'excédant probablement pas un mois.
Le moment est évidemment crucial dans la vie et l'expédition d'Alexandre, où il doit pour la première fois renoncer à poursuivre son rêve..
Autres autels d'Alexandre Dresser un autel pour marquer la limite d'un territoire est une ancienne coutume, que la tradition attribue déjà à Héraclès et Dionysos 3,5,5 .. Cicéron cite d'autres autels d'Alexandre, marquant l'emplacement de la bataille d'Issos, au pied du mont Amanus en Cilicie, Lettres à Atticus, 5, 20,228 .. Diodore raconte que peu après l'épisode des rives de l'Hypasis, Alexandre fit aussi dresser des autels en l'honneur de Thétis et d'Océan quand il arriva au bord de l'océan Indien, près de l'embouchure de l'Indus, , 104 .. Claude Ptolémée cite également des autels érigés par Alexandre en Sarmatie, près du TanaïsClaude Ptolémée, Géographie, III,5 cité in . et Pline dans le territoire des Sogdiens livre VI, 16 ..
Description des autels Alexandre décide d'élever douze autels pour honorer les douze dieux de l'Olympe... Arrien raconte qu'il sépare son armée en douze corps qui devront chacun s'occuper d'une construction, livre V, 29.Ayant divisé alors son armée en douze corps, il fait élever à chacun d’eux un autel immense, aussi élevé et plus étendu que les plus grandes tours, en témoignage de sa reconnaissance envers les Dieux, et en monument de ses victoires. Ce travail achevé, il ordonne des sacrifices selon le rite grec, des jeux gymniques et équestres.. Arrien insiste sur la grande taille des autels, chacun d'eux devant être . Diodore précise que la circonférence d'un autel était de cinquante coudées, , 95 .Ainsi se résolvant à terminer là son expédition, il fit dresser aux dieux douze autels de cinquante coudées de circonférence, et les enfermant dans un camp trois fois plus grand que le premier qu'il avait tracé, il environna ce camp d'un fossé de cinquante pieds de largeur et de quarante pieds de profondeur, pour y jeter les fondements d'un mur qui fut digne de son nom et de sa mémoire. Il ordonna ensuite à chaque soldat d'infanterie de bâtir une tente qui contînt deux lits de cinq coudées de long, et aux cavaliers d'ajouter à la leur deux crèches, une fois plus longues que celles qu'ils faisaient ordinairement. En un mot, il voulut que dans ce camp qui devait demeurer comme un monument de leur passage, tout fût au double des mesures usitées dans les camps ordinaires. Il voulait indiquer par là qu'il avait entrepris et exécuté une expédition héroïque et donner lieu aux habitants futurs de ces contrées de croire qu'il était venu là des hommes d'une taille et d'une force plus qu'humaine. Si Quinte-Curce n'en donne pas la taille, il insiste sur la robustesse de la construction puisqu'il nous informe que les autels furent construits , 9,3.Deux jours furent donnés à sa colère; le troisième, il reparut, et fit élever douze autels en pierres carrées, monuments de son expédition. Il ordonna aussi que l'on augmentât l'étendue des lignes du camp, et qu'on y laissât des lits dont les dimensions excédassent la proportion de la taille humaine. Prêtant ainsi à toute chose un aspect gigantesque, il préparait à l'admiration de la postérité de trompeuses merveilles. Retournant ensuite sur ses pas, il vint camper sur les bords de l'Acésinès.. Si l'on prend pour unité la coudée attique mesurant ., la circonférence d'un autel est donc de , soit de côté pour un autel de base carrée et un diamètre de si on envisage une base circulaire.
Le terme autel en français est la traduction du grec bômós (en ) utilisé par les historiens grecs, qui se rapporte à .. Il n'indique aucune précision de forme ou de taille. Louis Vivien de Saint-Martin postule que les autels ont une forme de pyramide mais cette affirmation ne semble étayée par aucune source. C'est pourtant sous une forme pyramidale qu'Antonio Tempesta dessine les autels sur une gravure de 1608.
Le camp gigantesque et les jeux Les historiens d'Alexandre (sauf Arrien) racontent également qu'au même endroit, il fait bâtir un camp d'une dimension inhabituelle. Si Justin (qui ne parle pas des autels) évoque simplement un camp plus grand qu'à l'accoutuméeIl ordonne, comme pour marquer la fin de la victoire, d'établir un camp plus imposant qu'à l'accoutumée afin, par la mise en œuvre de ces constructions, de terrifier l'ennemi et de laisser à la postérité l'admiration de ce qu'il avait fait., , 8, 16., d'autres auteurs se montrent plus précis mais aussi plus surprenants : Quinte-Curce parle de lits dont les dimensions excéderaient la taille humaine, quant à Diodore, il évoque une taille du camp triplée par rapport aux camps ordinaires, des lits de 5 coudées (environ ) et une taille des équipements doublée. Le tout devant donner l'impression que les conquérants grecs sont plus grands que nature, à la hauteur de leurs exploits extraordinaires.
Arrien indique qu'une fois le travail achevé, Alexandre ordonne sur place des sacrifices selon le rite grec, avec des jeux gymniques et équestres. Puis toute l'armée regagne les rives de l'Hydaspe, sous une pluie continuelle d'après Strabon 15, 1, 17 ..
Après le départ d'Alexandre Plutarque signale qu'à son époque les autels sont toujours honorés par les qui , Alexandre, 83 .. Des historiens ont proposé que ces rois des Prasiens soient Chandragupta Maurya et ses successeurs Maurya..
Dans son histoire très romancée de la vie d'Apollonius de Tyane, Philostrate d'Athènes décrit qu'Apollonius, arrivant sur les bords de l'Hyphase plus de 350 ans après Alexandre, rencontre à 30 stades du fleuve (environ ) les autels sur lesquels il peut encore lire des inscriptions dédiées aux DieuxIls passent le fleuve Hydraote, traversent plusieurs peuplades, et arrivent sur les rives de l'Hyphase. A trente stades de ce fleuve, ils rencontrent des autels avec ces inscriptions :A MON PÈRE AMMONA MON FRÈRE HERCULEA MINERVE PROVIDENCEA JUPITER OLYMPIENAUX CABIRES DE SAMOTHRACEAU SOLEIL INDIENA APOLLON DE DELPHESIls virent aussi une stèle d'airain sur laquelle étaient gravés ces mots :ICI ALEXANDRE S'ARRÊTA.Il est à croire que les autels furent élevés par Alexandre, jaloux de marquer ainsi glorieusement les limites de son empire, et que la stèle fut dressée par les Indiens qui habitent au-delà de l'Hyphase, tout fiers de ce qu'Alexandre ne s'était pas avancé plus loin.. Une autre stèle d'airain est gravée d'une inscription signalant . Philostrate suggère que la stèle d'airain a été posée par les Indiens, fiers qu'Alexandre ne se soit pas avancé plus loin.. La Souda cite même le texte affiché : L'histoire est séduisante, malheureusement, la fiabilité de l'œuvre de Philostrate d'Athènes est connue comme très faible, et la majorité des auteurs ne retiennent pas cette information.
Localisation et recherches modernes vignette|200 px|Le Beâs, près de Dehra Gopipur La localisation et la découverte d'éventuelles ruines des autels d'Alexandre ont été l'occasion de beaucoup de discussions et de recherches, principalement de la part de savants et d'explorateurs anglais au et au début du . Cet engouement est porté par l'avancée coloniale de l'empire britannique au Moyen-Orient et dans le sous-continent indien. C'est aussi l'époque des découvertes archéologiques majeures d'Égypte et de Mésopotamie.
Localisation d'après les sources antiques Les historiens et les géographes sont unanimes pour identifier l'antique rivière Hyphasys, transcrit en Hyphase ou parfois Hypase ou Bipasis, au Vipâsâ des anciens Indiens, appelée Beâs aujourd'hui..
Mais la localisation précise des autels s'avère beaucoup plus délicate car les indications des historiens antiques restent vagues et parfois contradictoires. Quinte-Curce et Diodore de Sicile mentionnent la réticence de l'armée à traverser un cours d'eau bouillonnant et compliqué, ce qui semble impliquer que l'armée est restée sur la rive occidentale de la rivière. Pline au contraire insiste sur le fait qu'Alexandre a traversé l'Hyphase et a érigé les autels sur la rive opposée, et appuie ses affirmations sur les lettres mêmes du roi livre VI, 17 .. Ces informations contraires ont été l'occasion de nombreuses discussions entre les historiens et géographes et laissent la porte ouverte à toutes les possibilités.