L'histoire du système de santé au Québec retrace au cours des siècles la formation de l'actuel réseau public de santé. La santé s'avère un enjeu central dès les débuts de la colonisation de la Nouvelle-France, au XVI siècle, lorsque Jacques Cartier constate les ravages causés par le scorbut parmi ses hommes alors qu'ils hivernent à Stadaconé. Le système de santé de la colonie ne se développe cependant pas avant le , avec la création d'un l'Hôtel-Dieu à Québec puis à Montréal. Ce n'est cependant qu'au , époque marquée par la médicalisation des hôpitaux ainsi que par la professionnalisation de la médecine, qu'il se met en place. À partir de ce moment, le réseau hospitalier québécois vit une croissance importante alors que les soins de santé se spécialisent. Ce réseau, contrôlé par les congrégations religieuses et essentiellement privé jusqu'au milieu du , connait une seconde croissance importante durant la Révolution tranquille, qui marque la naissance d'un système public et universellement accessible. Au début du , le système public est touché par de nombreuses et importantes réformes visant à améliorer l'accès aux soins de santé, mais dont l'impact est aujourd'hui jugé négatif.

La santé en Nouvelle-France vignette|Dessin de l'Hôtel-Dieu de Québec vu depuis la rue Saint-Jean (entre 1826 et 1847). Selon le modèle en vigueur en France à la même époque, la Nouvelle-France comporte deux principaux types d'établissements hospitaliers: l'Hôtel-Dieu, qui soigne les malades et les blessés, et l'hôpital général, qui accueille les indigents, les handicapés et les aliénés. Ceux-ci sont confiés à des congrégations religieuses, qui en assurent l'entière administration. Le premier établissement hospitalier de Nouvelle-France, l'Hôtel-Dieu de Québec, est fondé en 1639 par Marie Guenet de Saint-Ignace et deux autres religieuses augustines venues de Dieppe, avec le concours financier de l'influente duchesse Marie-Madeleine de Vignerot d'Aiguillon, la nièce du cardinal de Richelieu. L'Hôtel-Dieu de Montréal est fondé peu après, en 1645, par l'infirmière Jeanne Mance, avec le soutien financier d'Angélique Faure de Bullion, veuve du surintendant des finances du Louis XIII, Claude de Bullion. Quelques années plus tard, à sa mort, il est confié aux soins des Religieuses hospitalières de Saint-Joseph. L'Hôtel-Dieu des Trois-Rivières, pour sa part, est fondé en 1694 et confié à la direction des Ursulines. D'autres établissements hospitaliers voient aussi le jour dans les trois gouvernements de la colonie. L'hôpital général de Montréal, fondé en 1694 par le commerçant de fourrures François Charon de la Barre pour soigner les hommes démunis, est confié en 1747 aux Sœurs grises de Marguerite d'Youville. Celui de Québec est fondé en 1692 par quatre augustines de l'Hôtel-Dieu de Québec sur ordre de Jean-Baptiste de Saint-Vallier, évêque de Québec, sur un terrain acquis des Récollets.

Les hôpitaux militaires On retrouve aussi, ailleurs dans la colonie, des hôpitaux à vocation militaire, comme celui de Louisbourg, fondé en 1716 et confié par le ministère de la Marine aux Frères de la Charité. Il s'agit alors du plus important établissement de ce type en Nouvelle-France, qui comporte néanmoins trois autres hôpitaux militaires: ceux de Plaisance, à Terre-Neuve, de Port-Royal, en Acadie, et de la Nouvelle-Orléans. Ceux-ci sont vraisemblablement assez peu importants: l'hôpital de Plaisance, construit en 1686, est abandonné en 1713, alors que celui de la Nouvelle-Orléans, fondé en 1722, est détruit lors d'un ouragan en 1722 avant d'être reconstruit deux ans plus tard.

L'organisation du corps médical colonial vignette|250x250px|Michel Sarrazin, médecin et naturaliste français (1659-1734). Outre les religieuses, qui occuperont une place importante dans le système de santé jusqu'au , le corps médical colonial se divise en trois principales catégories: les médecins, les chirurgiens et les apothicaires. Ces praticiens, même vers la fin du régime français, sont majoritairement originaires de France: en 1751, on note seulement neuf praticiens canadiens, tout métiers confondus, contre 35 Français, un Autrichien, un Italien et deux Suisses. Les médecins, des hommes de science formés auprès d'universités européennes, s'avèrent rares. Seulement trois, ou peut-être quatre, sont connus pour la période coloniale, dont Michel Sarrazin, médecin du roi et membre du Conseil souverain de la colonie.

De plus, leurs services, surtout diagnostiques et consultatifs, se limitent surtout à l'aristocratie et aux bourgeois pouvant se le permettre. On les retrouve à Québec, siège du gouvernement de la Nouvelle-France, et, plus rarement, à Trois-Rivières, où ils fréquentent les élites coloniales. Jusqu'au début du régime britannique, en 1760, aucun médecin ne semble avoir pratiqué à Montréal. Devant la rareté de la profession médicale en Nouvelle-France, les soins spécialisés sont plutôt assurés par les chirurgiens, qui traitent les blessures et qui performent des procédures chirurgicales. La chirurgie, comme les autres métiers de l'époque, implique une période d'apprentissage auprès d'un maître ou encore dans l'armée. Enfin, au bas de l'échelle du corps médical se trouvent les apothicaires. Ceux-ci, presque aussi rares que les médecins, se concentrent dans les villes et sont plutôt considérés comme des commerçants. On retrouve aussi, en dehors de cette hiérarchie, les sages-femmes, qui occupent une place importante dans la colonie. vignette|Illustration de l'Hôpital général de Montréal fondé par mère Marguerite d'Youville. Dans la colonie, la distinction entre les médecins, les chirurgiens et les apothicaires, parfois difficile à cerner, s'avère cependant beaucoup plus poreuse. Dans ce contexte, les chirurgiens remplissent fréquemment des fonctions généralement réservées aux médecins ou aux apothicaires, comme la prescription et la vente de médicaments. En théorie, le contrôle de la pratique médicale au sein de la colonie est dévolu au lieutenant du premier chirurgien du roi, dont la fonction, créée en 1658, est abolie en 1745. On la juge alors peu utile: sur près d'un siècle d'existence, on ne retrouve que deux interventions de cet officier auprès des tribunaux de la colonie. Un cadre légal s'impose toutefois sur la pratique médicale dès le début du . Dès 1710, on interdit aux chirurgiens étrangers et à ceux attachés aux navires de passage dans la colonie de pratiquer en Nouvelle-France. Quelques décennies plus tard, en 1750, ces derniers sont autorisés à pratiquer à condition qu'ils réussissent un examen.

Le XIX siècle et la naissance de la médecine clinique Les pratiques médicales, thérapeutiques et diagnostiques dans la colonie au tout début du demeurent inchangées depuis le régime français. Les praticiens médicaux, dont les rares médecins, adhèrent encore longtemps à des théories anciennes comme celle des humeurs et prescrivent des interventions tout aussi vétustes comme la saignée. Il s'agit, observent Denis Goulet et Robert Gagnon, au sein duquel les médecins sont en concurrence directe avec l'automédication, les remèdes amérindiens et les charlatans. La médecine connait cependant à cette époque d'importantes avancées, ce qui permet aux fondations d'un premier système de santé québécois de se mettre graduellement en place.

Le développement de la médecine hospitalière Héritière de développements qui mènent à la création de la médecine clinique en Europe à la fin du , la médecine hospitalière se développe graduellement au Canada dans les premières années du . Il s'agit d'une véritable révolution qui introduit à la pratique médicale certains de ses principaux éléments: l'observation clinique et pathologique, la classification des maladies, l'apparition des spécialités médicales et la médicalisation des hôpitaux qui, jusqu'alors, servent avant tout à prendre soin des malades et non à traiter les maux qui les affligent. Ces nouvelles pratiques sont introduites par des médecins francophones et anglophones qui ont étudié en Europe, dans les grandes facultés de médecine comme celle de Paris et d'Édimbourg.

Le développement du réseau hospitalier montréalais Le réseau hospitalier de l'époque est cependant encore très peu développé et demeure, dans l'essentiel, le domaine des congrégations religieuses. Il s'agit encore, jusqu'au milieu du siècle, d'institutions visant à accueillir les indigents même si le nouvel Hôpital Général de Montréal, ouvert en 1819 pour desservir une clientèle anglophone en forte croissance démographique, comporte dès son inauguration une fonction clinique et d'enseignement. Ce dernier devient rapidement un centre d'enseignement qui, quelques années plus tard, s'affilie avec l'Université McGill. Ce phénomène de médecine hospitalière prend un peu plus de temps à pénétrer les hôpitaux francophones, où il débute vers le milieu du siècle. En 1861, l'Hôtel-Dieu de Montréal déménage dans de nouveaux bâtiments plus spacieux situés sur la rue des Pins, ce qui permet de mieux desservir la population francophone. Ce nouvel établissement, plus moderne, dispose désormais d'un laboratoire de physique et de chimie, d'un amphithéâtre, d'une bibliothèque et d'une salle d'anatomie, additions qui signalent le virage clinique de l'institution. vignette|L'Hôpital Notre-Dame, inauguré en 1880. La création de l'Hôpital Notre-Dame, en 1880, répond aussi à cette nouvelle approche. En plus des salles réservées aux indigents, encore communes au début du siècle suivant, ce nouvel établissement devient rapidement un pôle d'enseignement et offre même des chambres individuelles à certains clients plus fortunés. L'ouverture de l'Hôpital Royal Victoria, quelques années plus tard, en 1894, vient confirmer cette tendance amorcée au début du siècle. Dès son ouverture, l'institution compte 15 médecins et comporte des départements de médecine, de chirurgie, de gynécologie, d'ophtalmologie et de pathologie. Cette époque est aussi marquée par un autre développement majeur: celui des soins d'urgence, dont le développement coïncide avec la croissance de la classe ouvrière et de l'activité industrielle au Québec.

La création des hôpitaux de région La ville de Québec, où l'offre demeure inférieure à celle de Montréal, connaît pour sa part des développements hospitaliers plus tardifs. La croissance démographique que connait la province durant la seconde moitié du rend cependant nécessaire la création de nouveaux hôpitaux en dehors de Montréal et de Québec. Ces quelques décennies voient l'inauguration de modestes établissements à Saint-Hyacinthe, Trois-Rivières, Joliette, Sorel, Sherbrooke, Chicoutimi, Arthabaska, Montmagny, Nicolet et Rivière-du-Loup. En parallèle, un réseau de dispensaires, des petites cliniques servant à soigner les maux qui ne demandent pas d'hospitalisation, est graduellement mis sur pied. Initialement dans le domaine des congrégations religieuses, ces petits établissements, à l'instar des hôpitaux, connaissent aussi le même phénomène de médicalisation.

La création des facultés de médecine et la formation médicale vignette|La Faculté de médecine de l'Université McGill au début des années 1920.