vignette|Image de Jésus La critique du christianisme porte sur les doctrines, les pratiques et l’histoire de la religion chrétienne. Elle inclut des critiques générales contre les religions et d'autres qui lui sont propres, ainsi que des critiques spécifiques adressées aux différentes Églises chrétiennes.
D'un point de vue historique, les reproches émanent parfois des croyants eux-mêmes, qui soulignent le contraste entre une doctrine qui prêche officiellement l'amour du prochain, et des institutions qui ont au fil des siècles soutenu des pratiques telles que l'esclavagisme, créé l'Inquisition, lancé les croisades et propagé l'antisémitisme.
Du point de vue théologique, les interprétations chrétiennes de la Bible hébraïque sont inconcevables pour les autres peuples du Livre, qui considèrent que la notion de Trinité relève du polythéisme, de même que l'idée d'un Dieu incarné en homme ou encore le culte marial professé par le catholicisme et le christianisme orthodoxe.
La critique philosophique de la morale chrétienne porte notamment sur sa culpabilisation de la sexualité et sa glorification de la souffrance et de la soumission.
Rôle historique des Églises chrétiennes Institutionnalisation S'appuyant sur l'enseignement de Paul de Tarse dans l'épître aux Romains : « Que toute personne soit soumise aux autorités supérieures ; car il n’y a point d’autorité qui ne vienne de Dieu, et les autorités qui existent ont été instituées de Dieu.
C’est pourquoi celui qui s’oppose à l’autorité résiste à l’ordre que Dieu a établi, et ceux qui résistent attireront une condamnation sur eux-mêmes. », le christianisme professe que « l'autorité vient de Dieu » et refuse donc la remise en cause du pouvoir en place, considéré a priori comme légitime. Il proclame que les hommes sont frères « dans le Christ » mais ne remet pas en cause l'ordre établi et prône l'obéissance des esclaves à leur maître.
Selon l'économiste Éric Stemmelen, cela expliquerait pourquoi le christianisme a été adopté comme religion officielle par les empereurs romains, à une époque où les esclaves se faisaient plus rares : Extrait du livre La Religion des seigneurs, d’Éric Stemmelen .
Des conversions forcées à l'Inquisition
Aspects théologiques Jésus et le judaïsme
On dispose de peu de sources sur le Jésus historique, au point que des thèses mythistes sont allées jusqu'à mettre en doute son existence. À quelques exceptions près, les sources sur sa vie émanent des premières communautés chrétiennes et concernent essentiellement ses années de prédication. Les seuls éléments connus avec certitude sont ses liens avec Jean le Baptiste et la crucifixion, trop gênants pour avoir été inventés par ses disciples.
Pour le consensus historien, la prédication de Jésus se situe pour l'essentiel dans la continuité de la tradition du judaïsme pharisien.
Des chercheurs tels que Daniel Marguerat avancent que Jésus Mohamed Talbi, Afin que mon cœur se rassure, éd. Nirvana, 2010, . Selon Michel Quesnel, Jésus n'est pas le fondateur du christianisme : Mohamed Talbi, Afin que mon cœur se rassure, éd. Nirvana, 2010, .
En ce sens, David Flusser voit dans le christianisme une sorte de qui se caractérise par un antijudaïsme virulent. L'échec du christianisme dans ses velléités de convertir le peuple juif constitue précisément la base de l'antijudaïsme chrétienAnti-Judaism and Early Christian Identity: A Critique of the Scholarly Consensus, by Miriam S. Taylor, p. 41..
En , le philosophe Herbert Schnädelbach a déclenché un débat sur ce sujet avec un article de presse intitulé « La malédiction du christianisme »Herbert Schnädelbach, Der Fluch des Christentums, Die Zeit, 11 mai 2000.. Il y recense sept « maladies infantiles » du christianisme : le concept de péché originel, la justification par le sacrifice, la Grande Mission, l’antijudaïsme, l’eschatologie, l’intrusion du platonisme et la déformation de la réalité historique. Une fois que le christianisme sera guéri de ces sept maladies, conclut Schnädelbach, il n’en restera presque plus rien : le christianisme deviendra alors une forme de judaïsme éclairé, car la partie saine du christianisme appartient au judaïsme.
L'influence de Paul Rudolf Bultmann considère que Paul de Tarse a interprété, voire réinventé les doctrines de Jésus, au point de pouvoir être considéré comme le véritable fondateur du christianisme - ce qui est également la position de NietzscheRudolf Bultmann Cf Comment devient-on dieu ? Article de Manuel de Dieguez, Libération, 20 avril 1987. Déjà au , Reimarus en fait l’inventeur du christianismeAlain Decaux, L’avorton de Dieu. Une vie de saint Paul, Perrin/Desclée de Brouwer, 2003, p. 13.. Hyam Maccoby entre autres souligne le dualisme de Paul et estime que celui-ci s'est directement inspiré des croyances gnostiques et des cultes à mystères pour construire une nouvelle religion centrée sur le sacrifice expiatoire d'un être à caractère divin.
Le Messie et la Trinité La doctrine chrétienne qui identifie Jésus au Messie annoncé dans les prophéties de la Bible hébraïque est réfutée par le point de vue du judaïsme, tout comme l'idée que la parole de Jésus puisse se substituer à la Torah.
La notion de Trinité, qui constitue le fondement théologique du christianisme, s'oppose frontalement au monothéisme juif Extrait de l'article Why Jews Don't Believe in Jesus du site « Ask the Rabbi » Ohr Somayach, Jerusalem. La divinité de Jésus, au cœur de la christologie, a d'ailleurs provoqué de nombreux schismes au sein du christianisme ancien.
Cette critique apparaît également dès les origines de l'islam qui, tout comme le judaïsme, récuse les statues et les images saintes en tant qu'idolâtrie et la Trinité en tant que polythéisme. Le Coran rejette le concept d'Incarnation : Jésus, fils de Marie, est l'apôtre de Dieu, mais n'est pas Dieu.
Prétention à une vérité universelle Le discours véritable du philosophe romain Celse (vers 176) compare les chrétiens Cité par Bernard Sesboüé, Christ Seigneur et Fils de Dieu, Lethielleux, Paris, 2010, ..
Dans Additions aux pensées philosophiques, ou objections diverses contre les écrits de différents théologiens (1770), Denis Diderot lui fait écho en écrivant qu'une religion intéressant tous les hommes aurait dû être Cité dans Pourquoi nous ne sommes pas chrétiens. 40 écrivains et philosophes, 40 réponses, Max Milo, Paris, 2009, ., or aucune ne l'est ce qui implique que les religions sont fausses. Michel de Certeau valide cette critique dans Le Christianisme éclaté, (Seuil, Paris, 1974) (un dialogue avec Jean-Marie Domenach sur France Inter ensuite transcrit et publié), insistant sur la relativité du christianisme, estimant que le christianisme doit renoncer à <ref>Michel de Certeau et Jean-Marie Domenach, Le Christianisme éclaté, p. 69-71.</ref>.
Commune au judaïsme, à l'islam et à toutes les philosophies fondées sur une transcendance, elle remet en question plus généralement l'existence de Dieu, de la Révélation, de l'Au-delà, etc.
Voir en particulier les articles Déisme et Athéisme.
Les musulmans reprochent à l'Église d'avoir jeté l'anathème sur l'islam, le Coran, le prophète de l'islam, et la oumma en 680 dans les résolutions du Concile œcuménique tenu à Constantinople sachant que chaque concile est inspiré par le Saint-EspritMohamed Talbi, Afin que mon cœur se rassure, éd. Nirvana, 2010, .
Aspects moraux et philosophiques
Péché originel Pour Olivier Rey, la cueillette du fruit défendu à l’arbre de la connaissance du bien et du mal exprime Olivier Rey, Une Folle Solitude, Seuil, Paris, 2006, p. 63.
Critique des valeurs
Trois penseurs sont généralement évoqués comme les « maîtres du soupçon » pour leur remise en cause des valeurs chrétiennes de la société occidentale : Karl Marx, Sigmund Freud et Friedrich Nietzsche.
Marx dénonce l'aliénation sociale du monde, où les hommes sont opprimés et soumis à des inégalités insupportables. Pour lui, la religion est une structure créée par la société, alliée objective de la classe dominante, qui permet de justifier les inégalités sociales en glorifiant les bienfaits de la souffrance. Ce que dénonce avant tout Marx, c'est l’effet anesthésiant, aliénant et mystifiant des religions sur la mentalité collective. De là son expression célèbre : Karl Marx, Critique de la philosophie du droit de Hegel..
Pour Nietzsche, le christianisme est la religion des faibles, in L'Antéchrist, éditions Mercure de France, 1952, , qui cherchent à empêcher les forts de vivre leur liberté, ibid..
La journaliste de L'Humanité, Pascale Lagniot résume ainsi les critiques morales : .
Dévoiement Le protestant Jacques Ellul affirme en 1992 que « le christianisme est la pire trahison du Christ »Jacques Ellul, L'homme à lui-même, correspondance avec Didier Nordon, , lire en ligne. : « Comment se fait-il que le développement de la société chrétienne et de l’Église ait donné naissance à une société, à une civilisation, à une culture en tout inverses de ce que nous lisons dans la Bible, de ce qui est le texte indiscutable à la fois de la Torah, des prophètes, de Jésus et de Paul ? […] Il n'y a pas [ici] seulement dérive, il y a contradiction radicale, véritable subversion »Jacques Ellul, La subversion du christianisme, 1984. 2001, La Table Ronde..
Notes et références
Notes
Références
Bibliographie Paul Henri Thiry d'Holbach, Le Christianisme dévoilé, 1766. Eugène Le Roy (1836-1907), Études critiques sur le christianisme, Éditions La Lauze, 2007, Jean Meslier (1664-1729), Mémoire contre la religion, Paris, éditions Coda, 600 p., 2007 Éric Stemmelen, La Religion des seigneurs, éditions Michalon, . Shourie, A. (1994). Missionaries in India: Continuities, changes, dilemmas. New Delhi: ASA Publications. Goel, S. R. (1996). History of Hindu-Christian encounters, AD 304 to 1996. Madhya Pradesh. (1998). Vindicated by time: The Niyogi Committee report on Christian missionary activities. New Delhi: Voice of India.
Voir aussi Articles connexes Thèmes Agnosticisme Athéisme Dolorisme Infaillibilité pontificale Libre-pensée Philosophie de la religion Bertrand Russell Science et Religion'' Thèse mythiste
Histoire Celse Julien (empereur romain)
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