Le baron Hyacinthe Yves Philippe Florentin de Bougainville est un amiral français, né à Brest le et mort à Paris le .
Biographie
Hyacinthe de Bougainville, né à Brest le , est le fils du navigateur Louis-Antoine de Bougainville., qui s’est illustré en effectuant en 1766-1769 le premier tour du monde organisé par la Marine royale, et de Marie-Joséphine Flore de Montendre, qui passe pour une des plus jolies femmes de son temps. Il n'a pas encore dix-huit ans quand, le , il est admis à l'École Polytechnique.. Le mathématicien Hachette, adjoint de Monge dans le département consacré à la géométrie descriptive, précise dans sa Correspondance sur l'École impériale Polytechnique que Bougainville fait partie de la promotion 1799 de l'An VIII.
Pourtant huit mois plus tard, le , Bougainville donne sa démission sans achever sa scolarité, mais il peut néanmoins s’honorer du titre d'ancien élève que lui confère Fourcy, bibliothécaire et secrétaire du Conseil d'administration de l'École polytechnique (1818-1842), qui est le premier à proposer, en annexe de son ouvrage, une liste générale des anciens élèves à propos de laquelle il observe : !
Années 1800 La démission de Bougainville ne manque pas de surprendre et l'on peut supposer qu’elle est provoquée par la perspective, évidemment fort intéressante pour un jeune homme de dix-neuf ans, de participer au voyage de découvertes aux terres australes sous les ordres de Nicolas Baudin, à la préparation duquel, sur le plan scientifique, l’Institut, récemment créé en 1795 pour remplacer les anciennes académies supprimées par la Convention, joue un rôle déterminant en créant à cet effet une commission comprenant la fine fleur des savants de l’époque : Lacépède, Jussieu, Laplace, Cuvier, Bougainville, Fleurieu, Bernardin de Saint-Pierre, et quelques autres moins célèbres. C’est la première fois, dans l’histoire des voyages de découvertes, qu’est mis à contribution un tel nombre de sommités scientifiques, chargées de préparer les instructions qui seraient données au chef de l’expédition.
Voyage de découvertes aux terres australes Cette démission s'accompagne d'une nomination simultanée en au grade d'aspirant de Marine de classe, suivie d'un ordre d’embarquement daté du sur la corvette le Géographe que commande Baudin. L'expédition appareille du Havre le pour un voyage qui s'achève pour le Naturaliste, après une campagne de trente-deux mois, le au Havre, d'où il est parti deux ans sept mois et dix-huit jours auparavant, pour le Géographe à Lorient, le , après une campagne de quarante-deux mois et un périple de milles.
Bougainville s’entend très mal avec son chef sorti du rang, d’origine modeste, qui a progressé dans la marine marchande, à défaut d’être accueilli selon ses mérites dans la Marine royale et s'est même fait un temps mercenaire au service de l’empereur d’Autriche. Il n'est pas le seul, car le caractère irascible et maladroit de Baudin lui aliène tout son état-major d’officiers et de “savants” ; le jeune astronome Bernier écrit de lui : . Cela n'empêche pas Baudin de promouvoir le jeune officier aspirant de classe provisoire le à Timor.
Il participe avec ardeur aux levés hydrographiques conduits par l’expédition et est particulièrement apprécié de son dernier chef Hamelin. Dès le retour au Havre du Naturaliste, où Bougainville est passé le au port Jackson, après que Baudin a décidé de le renvoyer en France pour le remplacer par le Casuarina, il est effet promu enseigne de vaisseau le , en même temps que son camarade d'expédition Maurouard qui l'a accompagné au retour.
Entre-temps, Bonaparte projette de mener l'invasion de l'Angleterre et tout le pays se mobilise pour armer la flotte de l'armée d'Angleterre. Bougainville est affecté fin 1803 à la flottille de Boulogne puis à l’état-major de l’amiral Bruix avant de faire partie de la délégation de marins qui se rend au sacre de Napoléon Ier. Il commande ensuite la division de la flottille, puis la canonnière 114 et participe à un combat au large du cap Gris-Nez. Embarqué en 1807 sur la frégate la Revanche, il fait campagne pour chasser les pêcheurs anglais des côtes du Groenland et est promu lieutenant de vaisseau le .
Années 1810
Officier de manœuvre sur le vaisseau Charlemagne à l’escadre de l’Escaut en 1808-1809 Bougainville commande ensuite les corvettes le Hussard et l'Égérie. Le , à vingt-neuf ans, il est promu capitaine de frégate, un avancement tout à fait exceptionnel, et fait baron d’Empire le suivant.En il prend le commandement de la frégate la Cérès à Brest. Partie de Brest avec la Clorinde en , la Cérès est attaquée au large des côtes du Brésil, face à Rio de Janeiro, par deux vaisseaux anglais et capturée. Fait prisonnier le et conduit en Angleterre, Bougainville est libéré à la paix de mai 1814, traduit devant un conseil de guerre où il est acquitté.
Malgré une première carrière prometteuse sous le régime impérial, Bougainville se rallie apparemment sans difficulté à la Restauration au retour des Bourbons. Sa carrière ne subit aucune interruption puisqu’en 1816 il est affecté comme second sur la frégate la Cybèle envoyée en campagne d’abord à Terre-Neuve, puis dans l’océan Indien et en mer de Chine, spécialement sur les côtes de l’Annam et du Tonkin où les négociants français, surtout bordelais, essaient de reprendre des activités commerciales. Débarqué malade à Manille en , il rentre en France sur un navire marchand en pour prendre l’année suivante le commandement de la flûte de charge la Seine envoyée aux Antilles et sur les côtes d’Amérique du Nord.
Années 1820 thumb|droite|Cartes de l'île de Bally et de l'île de Lombock lors de l'expédition Bougainville, 1825. Archives nationales de France. Promu capitaine de vaisseau le , Bougainville prend en le commandement de la Thétis, une grosse frégate de quarante-quatre canons, avec laquelle il va d’abord effectuer trois campagnes en Méditerranée et aux Antilles avant d’entreprendre un tour du monde de à dont il fait le récit détaillé publié en 1837. Il s'agit d'un voyage non plus à but « purement scientifique » comme l'expédition Baudin de sa jeunesse mais, pour , selon les instructions remises à Bougainville par le ministre Clermont-Tonnerre, qui l'a côtoyé à l'École polytechnique où il devient son ami. Il doit notamment faire escale à Tourane en qualité d’envoyé du roi de France pour remettre à l’empereur d’Annam une lettre de Louis XVIII et un ensemble de cadeaux préparé par Chateaubriand, ministre des Affaires étrangères.
Le tour du monde Bougainville appareille de Brest le , puis fait une brève escale à Santa Cruz de Ténériffe qu'il quitte le . Après avoir franchi l'équateur le , doublé le cap de Bonne-Espérance le , la Thétis arrive le à l’île Bourbon où elle retrouve la corvette l’Espérance venant de Rio de Janeiro pour continuer le voyage de conserve. Les deux navires mettent le cap sur Pondichéry qu'ils quittent le pour gagner le détroit de Malacca après avoir traversé l’archipel des Nicobar et le , ils arrivent au poste anglais de Pulau Pinang à la population très cosmopolite de sorte que .
Bougainville s’engage ensuite dans le détroit de Singapour et le , il mouille à Singapour dont il donne la première description française. Après un départ le lendemain, les deux navires font escale à Manille qu'ils atteignent le au mouillage de Cavite. Les réparations de l’ Espérance – refonte entière de la poulaine, beaupré hors de service – prennent beaucoup de temps d'autant plus que le éclate un « ty-foong » qui n'arrange pas les choses, si bien que la Thétis appareille seule le pour Macao où elle mouille le . Bougainville ne pousse pas jusqu’à Canton mais les renseignements qu’il obtient le persuadent que tout le commerce des deux villes, véritables poumons commerciaux de la Chine est entre les mains des Anglais et des Américains, l’opium et l’argent y tenant une place considérable
Le , la Thétis atteint Tourane ; conformément aux instructions reçues au départ, Bougainville tente de renouer les contacts avec l’empereur d’Annam Minh Mạng, mais les négociations s'avèrent difficiles en raison de l’absence du consul de France Chaigneau avec lequel il doit et . Il ne peut obtenir l’audience impériale espérée et plusieurs entretiens avec des marchands n’aboutissent qu’à des échanges de cadeaux et à des déclarations de bonnes intentions. Rejointe par l’ Espérance réparée, la Thétis quitte Tourane le pour prendre la route du sud et, le , elle arrive en vue des îles Anambas, au large de la Malaisie, enfin le sur la côte nord de Java, devant le port de Surabaya. H.de Bougainville est le premier à cartographier les îles de l’archipel des AnambasHubert Sagnières Routes nouvelles,Cotes inconnues » Flammarion, 2023, .
Bougainville est somptueusement reçu par le sultan de l’île de Madura dans l'archipel des grandes îles de la Sonde.
Après cette agréable escale, la Thétis et l’Espérance reprennent la mer vers le détroit de Lombok pour gagner les côtes occidentales de l’Australie que Bougainville visitait vingt-trois ans auparavant avec l’expédition Baudin. Les deux navires contournent le continent par l’ouest et le sud, passent au large de la Tasmanie. Le mauvais temps ne leur permet pas de relâcher à Hobart, et en ce , dixième anniversaire de Waterloo, Bougainville éprouve : . Le , la vigie signale le phare du Port Jackson : c’est l’arrivée à Sydney où le séjour dure près de trois mois.
Bougainville est ébloui par les progrès réalisés depuis 1802 par cette colonie . Très bien accueilli par le gouverneur général Sir Thomas Brisbane, il analyse avec lucidité la politique anglaise dans cette région du monde et les causes de son succès : . Au moment de quitter le pays il note en conclusion : .
Les deux navires appareillent de Sydney le pour traverser le Pacifique sud d’une seule traite et arriver le à Valparaiso dont Bougainville fait une description peu séduisante. Le , la Thétis et l'Espérance prennent la route du Cap Horn qu’elles franchissent le , sans le voir en raison du gros temps, pour gagner les îles Malouines, toujours inhabitées, où ne subsistent que quelques ruines de l’établissement crée en 1764 par son père. Le , c’est l’arrivée à Rio de Janeiro pour un séjour de trois semaines. Bougainville analyse la situation politique nouvelle qu'a créée la proclamation d’indépendance du Brésil le , suivie du couronnement le de l'empereur Pierre Ier ; il déplore , mais fait observer que .
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Malgré la qualité des travaux effectués pendant ce tour du monde, Bougainville est assez peu récompensé. En , il est nommé gentilhomme de la Chambre du roi Charles X, puis reçoit le commandement du Scipion au Levant en 1828.
Années 1830
La révolution de Juillet 1830 semble avoir donné un coup de frein à sa carrière puisque Bougainville reste un certain temps sans affectation, sans doute occupé à la rédaction de son récit, publié seulement en 1837. Commandant supérieur de la marine à Alger, il est élevé au grade de contre-amiral le . En il entre au Conseil d'amirauté, ancêtre du Conseil supérieur de la Marine et devient président du Conseil des travaux, organisme appelé à jouer un rôle important au moment où la marine entre dans une ère de révolutions technologiques avec l’arrivée de la propulsion à vapeur et de bien d’autres innovations. Il meurt célibataire peu avant d’atteindre la limite d’âge, le à Paris, rue de la Cerisaie.
Comme beaucoup d’officiers de sa génération, il avait été envoyé autour du monde pour . Malheureusement, à Paris, on ne se soucia guère de tirer parti de la somme des données politiques, diplomatiques, commerciales, militaires qu’il avait si consciencieusement collectées.
Distinctions Titre Baron de Bougainville et de l'Empire (décret du , lettres patentes signées à Saint-Cloud le ).
Décorations Légion d'honneur. 50px|Chevalier de la Légion d'honneur Légionnaire (), 50px|Officier de la Légion d'honneur Officier (), 50px|Commandeur de la Légion d'honneur Commandeur () ;