Le comics alternatif (alternative comics en anglais) est un genre de bande dessinée très hétéroclite. Il s'oppose aux éditeurs mainstream comme Marvel Comics et DC Comics par ses thématiques et par le contrôle des créations par leurs auteurs. Il diffère aussi aux comics indépendants qui ont les mêmes thèmes que les éditeurs mainstream mais respectent les droits des auteurs. Enfin, il se distingue des comics underground car, si les sujets sont proches et que les auteurs gardent la propriété de leurs créations, le lectorat visé n'est pas le même. Les comics underground étaient lus par la population sensible à cette sous-culture underground alors que les auteurs des comics alternatifs veulent toucher le plus grand nombre.
Définition On distingue parfois les comics alternatifs et les comics indépendants. La différence entre les deux genres n'est pas toujours évidente mais les spécialistes considèrent habituellement que les comics indépendants, comme Elfquest de Wendy et Richard Pini, ont des contenus proches de ceux trouvés dans les comics classiques sans être publiés par les grands groupes alors que les alternatifs, plus proches de l'esprit des underground, traitent de sujets originaux et personnels.
Underground, indépendants, alternatifs ou mainstream Un survol général de l'histoire de la bande dessinée américaine permet de voir et définir de grandes tendances et de les dater. L'underground dure des années 1960 à 1974. Viennent ensuite les indépendants et les alternatifs qui se distinguent par les thématiques traitées. Cependant, ces trois courants ne sont pas des blocs homogènes et incompatibles. Au contraire, on voit les auteurs underground poursuivre leurs carrières chez des éditeurs alternatifs et des éditeurs indépendants publient parfois des comics alternatifs. Ainsi, Eclipse Comics publie des comics documentaires comme Real War Stories pour le Comité central des objecteurs de conscience ou Brought to Light consacré aux actions de la CIA. Paul Lopes définit les comics alternatifs avec deux éléments : le contrôle total de l'auteur sur sa création -ce qui est aussi le cas des auteurs de comics indépendants- et la certitude que la bande dessinée peut-être un art.
De plus, la période de transition qui voit disparaître les comics underground remplacés par les comics alternatifs s'étend sur quelques années et il est parfois difficile de classer une bande dessinée dans un groupe ou l'autre. Arcade : the Comics Revue qu'Art Spiegelman et Bill Griffith commencent à publier en 1975 est prévu pour être distribué à côté des magazines grands publics mais se retrouve placé avec les underground. Il préfigure le magazine RAW et est considéré comme un des ponts entre l'underground et l'alternatif.
Historique Fin de l'underground Le début des années 1970 a été l'âge d'or des comics underground. Mais, à partir de 1974, ceux-ci disparaissent. La contre-culture s'est retrouvée dans ces magazines pour adultes parlant de sexualité, de drogues et se moquant sans cesse de la société bien-pensante américaine mais au milieu de ces années 1970, elle s'évanouit. De plus, les conditions économiques (hausse du prix du papier, perte de points de vente, multiplication de publications sans réel intérêt) ne favorisent pas l'essor de comics à la rentabilité toujours incertaine. Enfin, la menace judiciaire pèse sur les auteurs et les vendeurs de ces comics underground. Cependant, si le modèle économique de l'underground s'effondre, les auteurs persistent. Ils trouvent alors dans l'essor du de nouveaux points de vente pour leurs comics. Ces magasins spécialisés dans la vente de comics ne se soucient pas de la présence du sceau du Comics Code et mettent à l'origine côte à côte d'anciens numéros de comics publiés par les éditeurs classiques et les comix. Il s'agit alors de lieux où se retrouvent des fans de bande dessinée qui recherchent ce qui n'est pas disponible dans les marchands de presse.
De plus, les éditeurs de comics underground comme Rip Off Press, Last Gasp ou Kitchen Sink Press s'installent dans la durée et peuvent retrouver dans les magasins de comics l'équivalent des qui distribuaient leurs magazines. Le direct market permet aussi aux auteurs qui le désirent de s'autoéditer. Dès lors, les comics underground disparaissent totalement et sont remplacés par des comics alternatifs.
Art Spiegelman et Françoise Mouly vignette|redresse|alt=photo couleur en gros plan d'un homme portant des lunettes en train de sourire|Art Spiegelman vignette|redresse|gauche|alt=photo en couleur d'une femme assise jambe croisée, les mains croisées sur le genou|Françoise Mouly La fin des comics underground ne signifie pas que les auteurs cessent de créer. Les métamorphoses du marché les obligent cependant à s'adapter et essayer de nouvelles façons d'éditer leurs œuvres. Ainsi, Art Spiegelman, un des auteurs phares de l'underground, cofonde avec Bill Griffith le magazine Arcade qui dure de 1975 à 1976. Celui-ci est un échec mais après sa rencontre en 1977 avec Françoise Mouly, Art Spiegelman tente de nouveau l'aventure en fondant RAW en 1980. Dans ce magazine haut-de-gamme, de nombreux artistes américains ou étrangers sont édités et surtout des auteurs underground côtoient des jeunes artistes comme Drew Friedman, Kaz, Mark Newgarden, Charles Burns ou Gary Panter. Enfin, Spiegelman publie dans cette revue Maus dont l'origine remonte à un récit publié dans un comics underground, Funny Aminalsl'interversion entre le n et le m est volontaire En 1991, les parties de Maus prépubliées dans RAW sont rassemblées sous la forme d'un roman graphique qui en 1992 est récompensé par un Prix Pulitzer. La notoriété de cette œuvre permet aux auteurs de bande dessinée alternative de gagner en visibilité.
Les débuts de l'alternatif vignette|redresse|gauche|alt=photographie couleur d'un homme âgé portant une casquette et des lunettes|Robert Crumb fondateur du magazine Weirdo. En 1976 est publié le premier numéro dAmerican Splendor, création d'Harvey Pekar, dessiné par l'auteur underground Robert Crumb, qui est considéré comme la première bande dessinée alternative. Robert Crumb est aussi de ceux qui permettent l'éclosion de la bande dessinée alternative en fondant en 1981 la revue Weirdo qui comme RAW publie des histoires d'auteurs underground et de jeunes artistes alternatifs.
D'autres auteurs préfèrent publier des mini-comicson trouve aussi l'orthographe mini-comix si le contenu est plus proche de l'underground. Cette production est parfois aussi appelée newave. Il s'agit de bandes dessinées publiées dans un format plus petit que celui habituel des comics et le plus souvent autopubliées par des artistes débutants. C'est particulièrement vrai pour les auteurs qui veulent se lancer dans la carrière juste après l'effondrement des ventes de comics underground. Trouver un éditeur qui prenne le risque d'éditer un jeune auteur alors que les circuits de distribution sont en pleine révolution est très difficile. L'autoédition de minicomics pallie ce problème. Les coûts sont réduits et les lecteurs y ont accès en les commandant par la poste ou dans des magasins de comics qui acceptent de vendre les œuvres d'artistes locaux.
Essor de la bande dessinée alternative Nouveau système de distribution Une des raisons de l'effondrement de l'underground tient à des difficultés pour diffuser les comics. Les points de vente principaux étaient des qui vendaient des objets liés à la consommation de drogue. Or, en 1973, deux vendeurs du comics Zap Comix de Robert Crumb sont poursuivis en justice. De nombreux propriétaires de tels magasins, déjà surveillés par la police, ne veulent pas prendre le risque d'ennuis judiciaires pour des comics qui représentent une faible part de leurs revenus et cessent d'en vendre.. Cependant à la même époque, un nouveau système de distribution, le se met en place.
En 1973, Phil Seuling, fan de comics, propose aux éditeurs de vendre leurs comics en établissant un nouveau rapport entre les deux parties : les points de vente ont un pourcentage plus élevé que celui des marchands de journaux et en échange ne renvoient pas les invendus. En effet, les exemplaires édités en trop revenaient à l'éditeur quand le nouveau numéro d'un comics était distribué et les frais de retour et de destruction pesait sur la comptabilité. Le projet de Seuling limite donc les pertes potentielles des éditeurs qui peuvent accorder une meilleure rémunération du vendeur. Seuling, quant à lui compte sur la vente par correspondance pour écouler les exemplaires en trop. Les éditeurs de comics underground vont sauter sur l'occasion, d'autant que dans le le sceau du comics code n'a pas grande valeur ; ceux-ci ne se soucient pas de l'aval du comics code et les éditeurs de comics underground trouvent là un nouveau débouché.. Le système met cependant du temps pour s'imposer puisqu'en 1974, on ne compte qu'une trentaine de magasins de comics mais au milieu des années 1980 le nombre s'élève à plus de .
Le développement du permet aux auteurs alternatifs de trouver un lectorat puisqu'il n'existe pas d'autre système de diffusion pour ceux-ci. Toutefois, les personnes qui vont dans ces magasins sont surtout celles qui achetait auparavant des séries publiées par les éditeurs mainstream. Ces librairies sont nées du désir chez certains fans de collectionner des titres Marvel ou DC. Ceux-ci ne sont donc pas nécessairement attirés par l'alternatif. Ainsi ce type de bande dessinée ne peut exister sans le mais ce dernier se referme sur un genre de comics semblable à celui publié par les grands éditeurs.
Années 1980 Au début des années 1980, tout est en place pour que la bande dessinée alternative se développe. Les auteurs underground trouvent des émules chez de jeunes artistes, les éditeurs underground sont rejoints par de nouvelles sociétés et le direct market assure une diffusion des comics qui ne pourraient être publiés par les grands éditeurs. En 1981 Fantagraphics Books qui publiait depuis 1976 le magazine The Comics Journal, décide d'éditer des comics plus proches de l'underground. En 1982, est reprise à partir du deuxième numéro la série Love and Rockets de Jaime et Gilbert Hernandez dont le premier épisode avait été autoédité.
En 1986, trois importantes séries sont publiées : Batman: The Dark Knight Returns, Watchmen et Maus. Tous trois ont été prépubliés en plusieurs épisodes puis ceux-ci, grâce à leur succès, ont été rassemblés en romans graphiques. Seul Maus est un comics alternatif puisque les deux autres ont été publiés par DC Comics. Cela attire les regards des critiques et des libraires vers la bande dessinée qui apparaît alors comme autre chose qu'un passe temps enfantin. Des romans graphiques sont alors publiés par des éditeurs comme Doubleday ou Pantheon Books et sont vendus en librairie. Les auteurs alternatifs espèrent alors que leur souhait de voir la bande dessinée gagner en respectabilité et toucher un autre lectorat que celui des fans de comics se concrétisent. Cependant, leurs espoirs doivent se refroidir car finalement cet envol ne se concrétise pas. Même si le Publishers Weekly en 1988 crée une catégorie pour les romans graphiques, signe que ce format est reconnu par la profession, cela ne siginfie pas une hausse importante des ventes. Les éditeurs ne publient que quelques titres par an et les éditeurs alternatifs préfèrent revenir vers le .
Successeurs de l'underground