Anne Brochard, née à Périgueux le et morte à Neuilly-sur-Seine le , est une photographe française, brièvement active dans les années 1860 à Paris sous le nom de .

Devenue couturière sous le nom d'Anna Brochard, elle est également connue pour diverses frasques sous celui de dans le dernier quart du . Elle est la mère de l'actrice Anne Marie Louise Joséphine Mars Brochard, dite Mademoiselle Marsy.

Biographie

Jeunesse Anne Brochard naît à Périgueux en 1844, fille d'Henri Brochard, menuisier, et Marguerite Laborde, son épouseActe de naissance Brochard, , , Périgueux, Archives départementales de la Dordogne (vue 136) . À l'âge de dix-sept ans, dans la même ville, elle épouse Eugène Gigault, employé à l'inspection du matériel de la voieActe de mariage Gigault-Brochard , , Périgueux, Archives départementales de la Dordogne, et donne naissance deux ans plus tard à une fille, Anne Marie Eugénie GigaultActe de décès Gigault, , , Paris , Archives de Paris. Mais le ménage bat rapidement de l'aile et Anne Brochard se débarrasse de son mari en l’envoyant à New York pour s'occuper d'une prétendue affaire de pierres lithographiques. Après avoir séjourné en Espagne, Anne Brochard s'établit à Paris avec son pèreAnne McCauley, « Of Entrepreneurs, Opportunists, and Fallen Women: Commercial Photography in Paris, 1848-1870 », in Perspectives on Photography: Essays in Honor of Beaumont Newhall, University of New Mexico Press, 1986, p. 74.

En 1866 et 1867 naissent, chez une sage-femme de la rue de l'Arbre-Sec, deux enfants de parents inconnus, sous les noms d'Anne Marie Louise Joséphine MarsActe de naissance Mars, , (avec mentions marginales), Paris , Archives de Paris et Charles Marie MarsActe de naissance Mars, , (avec mentions marginales), Paris , Archives de Paris. Peu après qu'Eugène Gigault a réussi à rentrer en France, la séparation de corps et de biens est prononcée contre lui : il est accusé de vivre aux crochets de sa femme, qui conserve la garde de leur fille. En 1880, les enfants Mars seront reconnus par Anne Brochard comme ses enfants naturelsActes de reconnaissance Brochard, , , Paris , Archives de Paris. Elle leur donnera son patronyme, Mars devenant leur dernier prénom. À partir de 1883, sa fille deviendra actrice de théâtre sous le pseudonyme de Mademoiselle Marsy.

, photographe En 1867, Anne Brochard reprend, sous l'enseigne , les rênes d'un atelier de photographie situé 2, rue de la Bourse. Cet établissement, créé par Susse frères, Estienne et en 1861, a périclité et été mis en vente en pour la somme de . Finalement relancé sous la dénomination « Maison Susse frères », il a un temps été tenu par un photographe du nom de H. Pallu, avant une nouvelle faillite en . Anne Brochard le loue pour un montant annuel de .

Sans expérience dans le commerce, Anne Brochard devient une des rares femmes de l'époque à diriger un atelier en son nom. Comme ses nombreux homologues masculins, elle y propose des portraits, en particulier les portraits-cartes de visite popularisés par le procédé d'Eugène Disdéri depuis 1854. Dans un article exagérément flatteur paru en , elle est décrite comme . Elle est présentée comme une des rares femmes photographes de l'époque, inventrice d'un , mais aussi d'un procédé permettant de réaliser rapidement des portraits sculptés.

Mais Anne Brochard s'endette rapidement en achetant des meubles en chêne et en acajou, et après quelques mois d'activité seulement, en , elle fait à son tour faillite. Un certain Monsieur Sibut, qui lui louait un appartement, la jette à la rue, tout en conservant ses affaires personnelles. Après plusieurs procédures juridiques, le remboursement partiel des créances de l'atelier est acté en .

Anna Brochard, couturière Vers 1872, sous le nom d'Anna Brochard, elle monte une maison de couture au 16, rue du Quatre-Septembre. Elle fait à nouveau faillite en 1874, mais, peut-être après l'homologation d'un concordat, elle peut continuer son activité jusqu'en 1877 environ. Bien que la maison Brochard n'ait été en activité que quelques années, Anna Brochard sera présentée dans la presse comme au moment de la publication des bans du mariage de sa fille cadette, en 1886, avec le marquis Jules-Albert de Dion.

Affaires de mœurs et escroqueries À partir de 1873, Anne Brochard (dite ) est impliquée dans diverses affaires judiciaires. Cette année-là, elle est condamnée à d'amende pour coups et blessures. En 1876, à la suite de la plainte de son mari, elle comparaît pour adultère. Même si le flagrant délit n'a pas été établi, le commissaire chargé de l'enquête est convaincu qu'elle est la maîtresse de Laurent Tristan de Bruëys de Saint-André et , dans l'appartement du 19, rue de Berri où elle vit avec sa fille aînée. Comme d'autres journaux, Le Figaro raconte ainsi son passé de demi-mondaine : À l'issue de son procès, elle est condamnée à d'amende, mais la presse, qui a fait ses choux gras de l'affaire, tourne Eugène Gigault en ridicule.

En 1881, est condamnée à six mois de prison, puis acquittée en appel, pour abus de confiance et escroquerie dans une affaire de faux tableaux d'Antoine Watteau, impliquant le marquis René de la Tour du Pin, ancien écuyer de Napoléon III. En 1883, elle commence à s'occuper de la carrière de sa fille, premier prix du Conservatoire de Paris et qui débute à la Comédie-Française dans le rôle de Célimène du Misanthrope. En 1884, l'écrivain Paul Mahalin la décrit ainsi : . Mère et fille vivent alors dans un petit hôtel particulier de l'avenue Bugeaud, où elles mènent grand train.

En 1894, est impliquée dans une affaire d'abus de faiblesse sur fond de spiritisme, concernant cette fois la marquise de la Tour du Pin, affaire durant laquelle le propre gendre de témoigne à charge contre elle, qu'il appelle .

Dernières années En 1896, Anne Brochard, veuve depuis 1885Acte de décès Gigault, , , Paris , Archives de Paris et désormais âgée de 52 ans, épouse à Paris Tristan de Bruëys de Saint-AndréActe de mariage Brueys de Saint-André - Brochard, , , Paris , Archives de Paris. Le couple s'établit au château de la Crête à Granville, puis à Boulogne-sur-Mer après que Bruëys de Saint-André est devenu administrateur du casino.

En , toujours domiciliée à Boulogne, Anne Brochard meurt à Neuilly-sur-Seine, treize ans après son mari. En 1937, par un jugement paru au Journal officiel, la succession d' est déclarée en déshérence.

Notes et références

Notes

Références

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