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La Cène est un tableau du peintre russe Nikolaï Gay (1831-1894), réalisé en 1863. Il fait partie de la collection du Musée russe à Saint-Pétersbourg (inventaire ). Ses dimensions sont de ..

Nikolaï Gay travaille à cette toile de 1861 à 1863, à l'époque où il est pensionnaire de l'académie et voyage à ce titre en Italie, à Florence. Lorsqu'il revient à Saint-Pétersbourg, il expose le tableau à l'académie lors de l'exposition de 1863. La direction de l'académie des Beaux-Arts apprécie grandement ce tableau, et attribue à Gay le titre de professeur de peinture historique. Le tableau est acquis par l'empereur Alexandre II pour le musée de l'académie.

Le tableau représente la Cène, décrite dans le Nouveau Testament comme le dernier repas de Jésus avec ses douze apôtres, au cours duquel il prédit que l'un d'entre eux le trahirait (Judas Iscariote).

Le tableau a eu beaucoup de succès et a fait l'objet de nombreuses discussions et les critiques étaient divisés : les uns ont approuvé l'interprétation novatrice de l'épisode des évangiles, d'autres, au contraire, ont estimé que la représentation du Christ et des apôtres s'éloignait trop de l'interprétation traditionnelle et n'était pas suffisamment convaincante.

Nikolaï Gay a réalisé au moins deux copies d'auteur de dimensions miniatures de ce tableau, l'une des deux se trouve à la Galerie Tretiakov, et l'autre au musée d'art Raditchev à Saratov.

Histoire Événements antérieurs et travail sur la toile

En sa qualité de pensionnaire de l'académie russe des beaux-arts, Nikolaï Gay, ensemble avec son épouse Anna Petrovna, se rend en Italie. À partir du mois d', il vit à Rome. Là sont nés leurs deux fils : Nikolaï (le ) et Piotr (le ). En 1860, la famille déménage à Florence. C'est là qu'au mois d', Gay entreprend la réalisation du tableau La Cène. Il est attiré par ce thème du fait de son contenu dramatique, qui lui est venu en tête après avoir relu les évangiles, mais également l'ouvrage de David Strauss Vie de Jésus. Le peintre écrit lui-même : « En arrivant de Rome à Florence, j'ai <…> lu les ouvrages de Strauss et j'ai commencé à comprendre les écritures saintes dans le sens moderne, du point de vue de l'art ».

thumb|left|La Cène (esquisse, 1862, musée des beaux-arts de Dnipropetrovsk). En raison de son choix de réaliser cette nouvelle toile, le peintre doit revoir les plans dont il avait informé l'académie des Beaux-Arts. Le , Nikolaï Gay informe la direction de l'académie de l'abandon de son tableau Destruction du temple de Jérusalem par Titus et de son choix de réaliser La Cène comme tableau de stage en Italie. Une esquisse du tableau non achevé de La Destruction du temple de Jérusalem est conservée par la Galerie Tretiakov (1859, toile, huile, , inventaire ).

Au fur et à mesure de l'avancement de son travail sur La Cène, Gay retravaille plusieurs fois sa composition picturale. Ceci est attesté notamment par les souvenirs de l'artiste Iekaterina Ioungue, qui a vécu à Florence l'hiver 1861/1862 et a visité l'atelier de Gay. La composition de l'iconographie de la version primitive de la toile était plus traditionnelle que la version finale : la table, par exemple, était installée en parallèle au bord de la toile et les douze apôtres étaient disposés autour d'elle en un demi-cercle régulier. Iekaterina Ioungue décrit ainsi cette première version de la toile : « La position du Christ sur la toile précédente était la même, mais l'expression du visage était plus douce ; Jean était assis sur le lit si bien que la figure du Christ était moins visible ; Pierre était également assis sur le lit. <...> Judas se tenait presque de profil, et jetait avec dédain son manteau sur son épaule gauche, et il ne formait pas, comme dans la toile ultérieure, une tache sombre mais était peint en demi-teinte grisâtre <…> et sa pose dans son drapé portait l'empreinte de l'art académique, plus proche de celle d'un patricien ou d'un hidalgo offensé que de celle d'un roturier juif. Cette figure n'était pas en accord avec les caractéristiques générales du tableau ».

Après cette première esquisse, Gay en a peint une seconde et c'est peut-être celle-là qui se trouve actuellement au musée des Beaux-Arts de Dnipropetrovsk (1862, papier, encre, plume, , inventaire ).. Le peintre , dans ses mémoires, raconte l'histoire de la version finale de l'œuvre par Gay lui-même comme suit : « Quand j'ai peint La Cène, la nuit j'allais voir mon tableau avec une bougie. Tout le groupe des personnages, je l'ai moulé dans l'argile <…> Un soir, j'ai été revoir le tableau et j'ai posé la bougie à un autre endroit et je vois alors que l'éclairage du moule en argile était meilleur que celui du tableau. Tout le groupe se présentait dans une tournure différente et Judas était placé au milieu de la toile. J'ai pris immédiatement une craie, j'ai dessiné sur la toile et j'ai fini par peindre tout un tableau à 3 semaines de l'ouverture de l'exposition. Le premier tableau était peint soigneusement et achevé dans les règles, mais le second était peint rapidement et librement… ».

Présentation du tableau à Saint-Pétersbourg et évènements ultérieurs

Nikolaï Gay présenta la version finale de La Cène à Saint-Pétersbourg au conseil de l'académie russe des Beaux-Arts, en tant que compte-rendu de son voyage de pensionnaire en Italie, le . Ce conseil a grandement apprécié la maîtrise de l'artiste et lui a attribué par la même occasion le titre de professeur de peinture historique (ce qui était un titre plus élevé que celui d'académicien). Son tableau était « exécuté avec un art particulier et une intense expression psychique ». À partir du , La Cène a été exposée à l'académie de Saint-Pétersbourg et, le , l'empereur Alexandre II en fait l'acquisition pour le musée de l'académie lui-même. Le prix payé s'est élevé à 10 mille roubles-argent. Lors de l'exposition de l'académie de 1863, la toile de Gay a obtenu un franc succès : selon certains avis, « aucun tableau d'artiste russe depuis Le Dernier Jour de Pompéi (1833) de Karl Brioullov n'a recueilli autant de public et autant de critiques dans la presse ».. En même temps s'est produite une polarisation significative des opinions : certains critiques rejetaient violemment ce tableau et d'autres le portaient aux nues.

Dans ses mémoires, publiés en 1880 dans la revue mensuelle Rousskaïa Starina, sous la signature du pseudonyme lArtiste, qui était à l'époque (1859-1864) le secrétaire des conférences de l'Académie des beaux-arts , est rapporté, Lvov parlant de lui-même à la troisième personne : « En 1863, pendant une réunion académique, est arrivée la nouvelle suivant laquelle N. Gay arrivait avec un grand tableau . <…> Le même jour, dès que la salle a été libérée du public, on a apporté le tableau de N. Gay et on l'a posé sur un cadre. Le tableau a frappé par son originalité. Lors d'une réunion en soirée du conseil de l'académie, Fiodor Lvov s'est exprimé à propos du nouveau tableau ; les membres du conseil ont voulu voir le tableau sans attendre le lendemain. Ils ont apporté des candélabres dans la salle où se trouvait le tableau et ont éclairé celui-ci. Ce soir-là, tous étaient du même avis, tous décidaient que La Cène était une œuvre de première classe ; tous étaient ravis et jugeaient que Gay devait recevoir le titre de professeur ; mais comme il fallait rédiger un procès-verbal, ils l'on reporté au lendemain. Le lendemain, les membres du conseil parlèrent tout à fait autrement (comme s'ils voulaient se reprendre de s'être laissés emporter) : ils trouvaient que le tableau de Gay ne satisfaisait pas du tout la critique, que le sujet était traité de manière tout à fait inappropriée et qu'il était même peu probable que pareil tableau puisse être exposé à l'académie. Ils ont beaucoup crié et fait du bruit longuement, mais le titre de professeur a été attribué à Gay et le tableau pouvait être exposé, mais sous un autre titre : Dernière soirée du Christ avec ses disciples. Quand tout a été décidé et que le tableau fut exposé, tous les membres du conseil l'ont attaqué, critiqué, s'en prenant même à Gay, <…>. Entre-temps, le tableau a été acheté par Alexandre II pour 10 mille roubles et offert par l'empereur à l'académie. Cela a encore renforcé le conseil dans son sentiment et les plus anciens membres avaient la naïveté de dire qu'ils l'avaient fait passer et que Gay ne verrait jamais sa charge de professeur ni les 10 mille roubles. ».

thumb|Tableau La Cène au Musée russe. En 1867, le tableau La Cène est exposé à l'Exposition universelle de 1867 à Paris.. D'autres toiles y ont été exposées : La Princesse Tarakanova de Constantin Flavitski, Dernier printemps de Mikhaïl Klodt et Portrait de Fiodor Petrovitch Tolstoï par .. Nikolaï Gay assiste à cette exposition et puis passe les mois d'avril et à Paris.

En 1897, le tableau est déplacé de l'Académie des Beaux-Arts au musée d'Alexandre III, devenu aujourd'hui le Musée russe. Selon les souvenirs d'Alexandre Benois, après l'ouverture du musée en 1898, elle a été exposée au Palais Mikhaïlovski (appartenant au Musée russe), dans la même salle que Le Dernier Jour de Pompéi, Le Siège de Pskov de Karl Brioullov, Le Serpent d'airain, Mort de Camille, sœur d'Horace de Fiodor Bruni, L'Apparition du Christ à Marie Madeleine après la Résurrection d'Alexandre Ivanov, Martyrs chrétiens au Colisée de Constantin Flavitski et deux ou trois tableaux d'Ivan Aïvazovski... Dans la catalogue du Musée russe de 1917, le tableau de Gay figure sous la dénomination Dernière soirée du Christ avec ses disciples. Aujourd'hui, la toile est présentée à la salle où se trouvent également dans la même salle du palais Mikhaïlovski, d'autres toiles de Gay, parmi lesquelles Saül et la Sorcière d'Endor, Sortie du Christ dans le jardin de Gethsemani, des portraits de Léon Tolstoï et de Mikhaïl Saltykov-Chtchedrine et une copie d'auteur de Pierre le Grand interrogeant le tsarévitch Alexis à Peterhof..

Sujet et description L'évangéliste Jean est le seul qui reprend l'épisode de la dernière Cène dans son évangile. Il la décrit comme suit :

Ayant ainsi parlé, Jésus fut troublé en son esprit, et il dit expressément : En vérité, je vous le dis, l'un de vous me livrera. Les disciples se regardaient les uns les autres, ne sachant à qui il parlait. Un des disciples, celui que Jésus aimait, était couché sur le sein de Jésus. Simon Pierre lui fit signe de demander qui était celui dont parlait Jésus. Et ce disciple, s'étant penché sur la poitrine de Jésus, lui dit : Seigneur, qui est-ce ? Jésus répondit : C'est celui à qui je donnerai le morceau trempé ? Et, ayant trempé le morceau, il le donna à Judas, fils de Simon, l'Iscariote. Dès que le morceau fut donné, Satan entra dans Judas ? Jésus dit ; Ce que tu fais, fais-le promptement. Mais aucun de ceux qui étaient à table ne comprit pourquoi il lui disait cela, car quelques-uns pensaient que, comme Judas avait la bourse, Jésus voulait lui dire : Achète ce dont nous avons besoin pour la fête, ou qu'il lui commandait de donner quelque chose aux pauvres. Judas, ayant pris le morceau, se hâta de sortir. Il était nuit.

Le sujet de la Dernière Cène a été traité par de nombreux artistes. Alors qu'il était en Italie, N. Gay a pu voir quelques-uns des tableaux les plus connus en original. À Milan, à l'Église Santa Maria delle Grazie, il a pu voir la célèbre fresque de Léonard de Vinci, à Venise le tableau du Tintoret. L'interprétation de la Cène par Gay diffère des interprétations canoniques. Comme l'écrit la critique d'art Alla Verechtchaguina, « Gay a trouvé sa voie : le thème principal de la rupture, au sein des apôtres, parmi ceux qui partageaient cette vision ». Selon Tatiana Karpova, « dans la trahison de Judas, le peintre n'a pas vu l'acte d'un faible, d'un traître mais une récusation de la doctrine du Christ ».