Lélection présidentielle brésilienne de 2022 a lieu les et afin d’élire le président de la République fédérative du Brésil, ainsi que le vice-président. Il s'agit de la neuvième élection présidentielle du pays depuis la promulgation de la constitution de 1988.
Ce scrutin se tient en même temps que les élections parlementaires et provinciales, afin de renouveler les de la Chambre des députés et un tiers des du Sénat composant le Congrès national, ainsi que les gouverneurs, vice-gouverneurs et assemblées législatives des États fédérés. La droite et le centre obtiennent une forte majorité au Congrès, la gauche en sortant très minoritaire.
Briguant un second mandat, le président d'extrême droite sortant, Jair Bolsonaro, se retrouve en ballotage à l’issue du premier tour, l'ancien président de gauche Luiz Inácio Lula da Silva le devançant de cinq points. Lula l'emporte de justesse au second tour organisé un mois plus tard, dans ce qui constitue alors l’élection présidentielle la plus serrée de l’histoire du Brésil.
Après 48 heures de mutisme, Jair Bolsonaro finit par reconnaitre sa défaite, ouvrant la voie à une transition jusque là redoutée comme difficile en raison de ses remises en cause répétées du système électoral avant le scrutin. La prise de fonction de Lula intervient ainsi comme prévu le .
Contexte L'élection présidentielle de 2022 fait suite à deux décennies de vie politique marquées par le Parti des travailleurs (PT), mené par Luiz Inácio Lula da Silva, dit Lula. Après plusieurs tentatives infructueuses aux élections présidentielles de 1989, 1994 et 1998, remportées par les candidats du Parti de reconstruction nationale et du Parti de la social-démocratie brésilienne, Lula l'emporte finalement en 2002, puis est réélu quatre ans plus tard. Pendant sa présidence, Lula met en place des programmes sociaux d'importance, notamment la Bolsa Família et Fome Zero. Ses mandats sont cependant marqués par des scandales financiers qui abîment son image, celle de son parti et de son gouvernement. La Constitution lui interdisant de se représenter, sa cheffe de cabinet, Dilma Rousseff, reçoit son soutien et remporte l'élection présidentielle de 2010.
Alors qu'il est soupçonné de corruption et de blanchiment d'argent dans l'affaire Petrobras, Dilma Rousseff le nomme en 2016 ministre de la Maison civile, mais cette nomination controversée est aussitôt suspendue par la justice. Rousseff est elle-même destituée en 2016 dans le cadre de cette même affaire. Deux ans plus tard, Lula est condamné en appel à douze ans de prison. Cette condamnation intervient alors qu'il est désigné candidat du PT à l'élection présidentielle de 2018, pour laquelle il est donné favori. Il est emprisonné et déclaré inéligible. Son colistier, Fernando Haddad, le remplace comme candidat du PT. La campagne voit cependant l’ascension du candidat du Parti social-libéral (PSL) Jair Bolsonaro, dont la rhétorique violente et la nostalgie assumée pour la dictature militaire de 1964-1985 suscitent de vives controverses, tandis que ses thèmes de lutte contre l'insécurité et la corruption dominent la campagne. L’élection témoigne d'une nette baisse du PT ainsi que de la chute des autres partis traditionnels brésiliens. Jair Bolsonaro est grièvement blessé lors d'une tentative d'assassinat à son encontre, un mois avant le premier tour. Il se qualifie néanmoins en tête de ce dernier, puis l’emporte face à Fernando Haddad avec 55,13 % des voix....
Bolsonaro quitte le PSL en 2019 à la suite de tensions avec son parti, conduisant à la démission de plusieurs membres importants de son gouvernement. Après une tentative infructueuse de fonder son propre parti, l'Alliance pour le Brésil, Bolsonaro rejoint finalement le Parti libéral (PL). Il choisit ainsi pour colistier Walter Braga Netto, issu de son nouveau parti, en remplacement de son ancien colistier élu vice président, Hamilton Mourão.
À la suite d’un recours, Lula est finalement libéré en 2019.. En 2021, le Tribunal suprême fédéral reconnaît la partialité du juge Sergio Moro, qui l'avait fait condamner, et annule ses deux condamnations pour vice de forme. Cette décision permet à Lula de se présenter à l'élection présidentielle de 2022, avec son ancien adversaire social-démocrate Geraldo Alckmin comme colistier à la vice-présidence....
L'élection présidentielle, celles des deux chambres du Congrès et celles des assemblées et gouverneurs des États se tiennent en même temps.. Au Brésil, un candidat peut effectuer autant de mandats présidentiels qu'il le souhaite, mais pas plus de deux mandats consécutifsConstitution / Loi générale de la République fédérale du Brésil du 5 octobre 1988 sur le site de l'OMPI (organisation mondiale de la propriété intellectuelle). Jair Bolsonaro peut par conséquent se porter candidat pour un deuxième mandat, de même que l'ex-président Luiz Inácio Lula da Silva , pour un troisième.
Le président sortant Jair Bolsonaro souffre d'une faible popularité, 54 % des Brésiliens considérant son gouvernement comme « mauvais » ou « épouvantable » début 2022. Contrairement à l'élection de 2018, où la préoccupation principale des votants était la lutte contre la corruption , l'élection de 2022 voit pour principale préoccupation des Brésiliens l'économie, le chômage, l'inflation, la croissance économique et la pandémie de Covid-19.
Mode de scrutin vignette|Logo officiel des élections de 2022. Le président de la république fédérative du Brésil est élu au scrutin uninominal majoritaire à deux tours pour un mandat de quatre ans renouvelable une seule fois de manière consécutive. Est élu le candidat qui réunit la majorité absolue des votes valides au premier tour. À défaut, les deux candidats arrivés en tête s'affrontent lors d'un second tour, et celui recueillant le plus de suffrages est élu. Chaque candidat se présente avec un colistier, candidat à la vice-présidence.
La Constitution de 1988 impose à tout candidat à la présidence ou à la vice-présidence de la République d'être né citoyen du Brésil et sur le territoire national, être âgé d'au moins , résider au Brésil, jouir de ses droits électoraux et être membre d'un parti politique.
Le vote est obligatoire pour les citoyens de , et facultatif pour ceux âgés de ou de plus de ainsi que pour les analphabètes. Le montant de l'amende pour abstention est cependant symbolique (en 2022, 3,51 réaux, soit environ 70 centimes d'euro)...
Le scrutin a lieu au moyen d'urnes électroniques. Les électeurs doivent taper un code à deux chiffres correspondant au candidat qu'ils souhaitent élire. Une fois que les électeurs ont confirmé leur choix, le vote est transmis aux serveurs du Tribunal supérieur électoral. Les résultats sont ainsi dévoilés peu de temps après la fermeture des bureaux, malgré l'immensité du territoire.
Principaux candidats et campagne Candidatures retenues Le Tribunal supérieur électoral () comptabilise 12 candidatures officielles.
Jair Bolsonaro vignette|redresse=0.6|Jair Bolsonaro, président sortant. Le président sortant Jair Bolsonaro, élu en 2018, conserve un taux de soutien d'environ 25 %. Il se prononce en faveur de la poursuite des réformes mises en place par son ministre des Finances Paulo Guedes visant à réduire le rôle de l'État dans l'économie, bien qu'elles n'aient pas abouti à une hausse des investissements et de la croissance économique. Il souhaite ainsi davantage de privatisations dans le secteur économique. Concernant les questions relatives à la pauvreté et au pouvoir d'achat, le président sortant souhaite impulser d'importantes politiques de création d'emplois destinés aux femmes et aux jeunes, ainsi que l'augmentation de la part de la population exonérée de l'impôt sur le revenu.
Il bénéficie d'un soutien élevé auprès de la communauté évangélique, en croissance au Brésil, de l'armée et de la police, du petit patronat et de l’agrobusiness. Il s'est également allié au centrão, qui domine le Parlement.
Lors d'un discours devant les ambassadeurs brésiliens le , Jair Bolsonaro critique le système électoral brésilien, notamment sur la question du vote électronique pour lequel il réclame plus de transparence. Ces attaques sont perçues comme la préparation de Bolsonaro à la défaite, avec l'idée de reproduire ce qu'a fait le président américain Donald Trump en 2020, en contestant la validité du scrutin pour conserver sa légitimité.
Luiz Inácio Lula da Silva vignette|redresse=0.6| Lula da Silva en 2022. L'ancien président Luiz Inácio Lula da Silva (2003-2011), emprisonné pendant deux ans pour des allégations de corruption lors de l'opération Lava Jato par le juge (et candidat) Sergio Moro, n'a pas pu se présenter aux élections de 2018. En 2021, la Cour suprême revient sur son emprisonnement, jugeant la condamnation de Moro « partiale ». Il reste en tête des intentions de vote du fait d'une forte popularité auprès des classes populaires. Son rapprochement avec le centre droit laisse penser que son éventuel retour au pouvoir ne conduira pas à une politique marquée à gauche, bien qu'il se soit prononcé en faveur de hausses d’impôts pour les plus riches. Son programme propose également de relancer un nouveau programme social Bolsa Família : en plus des 600 reais versés par le programme « Auxilio Familia » instauré par Bolsonaro, s'ajouterait le versement de 150 reais pour chaque enfant de moins de six ans dans les familles brésiliennes.
Durant la campagne, l'ex-président déclare souhaiter instaurer un ministère pleinement dédié aux Affaires indigènes qui serait attribué à un Amérindien.
Ciro Gomes L'ancien ministre de centre gauche Ciro Gomes, dont les relations sont notoirement difficiles avec la classe politique brésilienne, cherche à gagner le soutien des déçus du Parti des travailleurs. Il propose notamment une politique industrielle forte qui relancerait les exportations. Un accord avec Lula avant l’élection a cependant été envisagé par la presse.
Autres candidats
D'autres personnes ont des candidatures validées par la Justice électorale. Il s'agit de Pablo Marçal, José Maria Eymael, Luiz Felipe d'Avila, Leonardo Péricles, Sofia Manzano, Soraya Thronicke, Vera Lúcia Salgado, Simone Tebet.
Candidatures abandonnées João Doria Le gouverneur de l'État de São Paulo, João Doria, est le candidat du Parti de la social-démocratie brésilienne depuis sa victoire de la primaire du parti le . Il propose un programme très conservateur sur les questions sociales et très libéral sur les questions économiques, se voulant être la voie entre Bolsonaro et Lula. Il retire finalement sa candidature en .
Sergio Moro Le juge Sergio Moro, qui avait fait incarcérer Lula avant d’être nommé ministre de la Justice par Jair Bolsonaro puis de rompre avec lui, entend représenter une alternative de droite à Jair Bolsonaro. Promettant de lutter contre la corruption et d'encourager le secteur privé, il bénéficie du soutien d'une partie du patronat et des médias, et des déçus de Jair Bolsonaro, en particulier du fait de sa politique sanitaire très contestée pendant la pandémie de Covid-19. Déclaré « partial » en 2021 par la Cour suprême pour les procès qu'il a conduit, perçu comme un traître par les partisans de Jair Bolsonaro, il présente un taux de rejet très élevé. Il retire finalement sa candidature le .
Sondages Premier tour centré|800px
Second tour centré|800px
Derniers sondages avant l'élection Les résultats listés ne tiennent pas compte de l'abstention, les pourcentages pour chaque candidat sont donc recalculés pour atteindre 100 % DateSondeurÉchantillonBolsonaroLulaMoyenne des sondages48,32 29/10Datafolha830848,4 29/10Quaest200048,3 29/10Ipec427246,2 29/10Atlas750046,6 28/10MDA200248,9 27/10Datafolha458047,3 26/10Futura2000 49,726/10Gerp2095 48,425/10PoderData500047,3
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