Cet article présente la condition des femmes en Turquie depuis 1913.
Histoire Empire ottoman
En 1913, Belkıs Şevket est l'une des fondatrices de la ( en turc ottoman) et rédactrice du magazine (Le monde des femmes en turc, publié entre 1913 et 1921), d'abord sur une base quotidienne, puis hebdomadaire Osmanlı Basın Hayatında Kadınlar Dünyası Dergisi. Elle est également la première femme ottomane aviatrice, effectuant son premier vol le Türk Hava Kuvvetleri.
Sous Atatürk vignette|Élèves à Trabzon (anciennement Trébizonde) au début du . Avant même l'instauration de la République en 1923, des suffragettes militent pour le droit de vote des femmes. En 1922, dans le journal (Voie des femmes turques) est ainsi écrit. :
Pour ces militantes, si la République et la démocratie sont proclamées, elles doivent logiquement octroyer la citoyenneté aux femmes. Durant la période de transition suivant la chute de l'Empire ottoman après la Première Guerre mondiale et le début de la République, la féministe Nezihe Muhiddin, rédactrice en chef de Kadın Yolu, note que les Jeunes-Turcs au pouvoir, qui avaient promis d'importer de France les valeurs de liberté, d'égalité et de fraternité, ont échoué en ce qui concerne les droits des femmes.
En 1923, Nezihe Muhiddin créé le Parti des femmes du peuple (). Les femmes n'ayant pas encore de droits politiques, il est interdit puis transformé en association, l'Union des femmes turques (Türk Kadınlar Birliği ou TKB). Au moyen du journal , l'Union renseigne son lectorat sur son action, organise des débats sur le féminisme, renseigne sur les droits obtenus dans d'autres pays et publie les courriers échangés avec des suffragettes étrangères. L'association défend l'octroi de droits politiques pour les femmes, leur intégration dans les sphères sociales et économiques, de même que la possibilité pour elles de servir dans l'armée, ce qui supposerait une éducation égale à celle que reçoivent les garçons.
vignette|Les premières femmes députées de Turquie. Mustafa Kemal Atatürk est président de 1923 à 1938 ; il souhaite moderniser et occidentaliser le pays, à rebours des traditions de l'ancien Empire ottoman, qu'il estime responsables de son déclin. Est alors menée une politique de « féminisme d'État ». Sans mentionner les militantes de terrain, l'histoire officielle ne retient que l'action du chef de l'État quant à l'obtention de nouveaux droits pour les Turques. Le travail des historiens a depuis mis en lumière le rôle de ces femmes. Inspiré de son homologue suisse, le Code civil turc de 1926 abolit la polygamie, légalise le mariage civil, le divorce et les droits patrimoniaux égaux entre époux. Les élections municipales de 1930 sont les premières où les femmes peuvent voter et être élues. En 1933, est la première femme élue chef de village, dans la province d'Aydın. Le , le droit de vote leur est octroyé pour les élections nationales ; elles votent pour la première fois aux élections législatives du , à l'issue desquelles sont élues (4,6 % des parlementaires).
En avril de la même année, l'association internationale féministe Alliance internationale pour le suffrage des femmes tient son douzième congrès à Istanbul, au palais de Yıldız, sa présidente Margery Corbett Ashby saluant alors les réformes d'Atatürk. Mais juste après, l'Union des femmes turques est dissoute. On ignore les raisons exactes ayant motivé cette décision mais il est possible que le poids important des féministes invitées issues de pays alliés (États-Unis, Royaume-Uni et France) ait pesé, tandis que d'autres (comme l'Allemagne, l'Italie ou encore l'URSS) n'avaient pas de représentantes, et ce dans un contexte de montée des tensions internationales. Pour sa part, la dernière présidente de l'Union, Latife Bekir, justifie la disparition de l'Union, laquelle ayant de son point de vue obtenu les droits qu'elle réclamait jusque là. Les déléguées de l'association votent donc sa fin et il est décidé que ses membres œuvreraient désormais dans les institutions républicaines plutôt qu'au sein d'une structure à part.
Au-delà de ces droits formels, l'image des Turques change, la femme républicaine devenant note le site Orient XXI. Cependant, comme ailleurs dans le monde, ces avancées sont mises à mal par un pouvoir patriarcal enraciné.
En Turquie, depuis les réformes kémaliste et la polygamie est formellement interdite. Toutefois, l’idée selon laquelle les hommes sont supérieurs aux femmes demeure en Turquie, même si dans les régions de l’Ouest les avis semblent être plus progressistes.
Seconde moitié du Après les élections législatives de 1943, la part de femmes parlementaires passe à 3,7 % puis après l'adoption du système multipartite en 1950 à 0,6 %. Jusqu'au scrutin de 2007, ce taux ne dépasse en moyenne pas les 5 %.
vignette|Femmes kurdes portant le hidjab, en 2011. vignette|Recep Tayyip Erdoğan, son épouse Emine et leur fille Sümeyye. Lors des élections législatives de 2007, la part de femmes députées passe à 9,11 % puis à 14,3 % pour celles de 2011 et 17,6 % à celles de juin 2015, retombant à 14,7 % au scrutin de novembre 2015, organisé après qu'il eut été impossible de former un gouvernement. En termes de comparaison, la Turquie se situe en 2017 en dessous de la moyenne mondiale en matière de femmes parlementaires (23,5 %), des pays arabes (17,5 %) et européens (27,2 %).
Recep Tayyip Erdoğan devient Premier ministre en 2003 puis président en 2014. Décrié pour son autoritarisme, il mène une politique d'islamisation, qui suscite les critiques des milieux laïcs. En 2017, Le Figaro Magazine note que, depuis son arrivée au pouvoir, Olivier Michel, « Turquie : ceux qui résistent encore à Erdogan », Le Figaro Magazine, semaine du 29 décembre 2017, pages 44-52..
La campagne du référendum constitutionnel de 2017, qui a pour projet de faire passer le régime parlementaire à un régime présidentiel, donne lieu à plusieurs initiatives de femmes (manifestations, meetings, tractages, vidéos, etc.). Le , une marche féministe est organisée à Istanbul, réclamant au gouvernement davantage d'égalité et des mesures contre les violences visant les femmes. Au même moment, l'Association des femmes et de la démocratie (KADEM), créée par Sümeyye Erdoğan, la fille du président, clame son soutien au référendum. L'électorat féminin islamo-conservateur a en effet été choyé par le chef de l'État, qui a supprimé l'interdiction aux femmes voilées de travailler dans la fonction publique (notamment dans la police et l'armée) et d'étudier à l'université. Elles le soutiennent aussi pour avoir permis, grâce à sa politique économique, l'enrichissement des ménages lors des années 2000 ou, au niveau international, d'être une personnalité suffisamment imposante pour faire contrepoids aux Occidentaux. D'autres se satisfont de sa politique en matière de transports, de la scolarisation des filles ou encore du soutien aux femmes entrepreneures. Afin de s'ériger en père de la nation, Erdogan s'approprie même la figure d'Atatürk, en dépit de leurs conceptions différentes de la place des femmes dans la société. Au contraire, ses opposantes considèrent que voter en faveur du projet constitutionnel reviendrait à cautionner la politique d'Erdogan à l'égard des femmes, rendant par ailleurs sa contestation plus difficile, alors que les critiques concernant son autoritarisme se font nombreuses ; le président avait notamment proposé l'année précédente de dépénaliser les agressions sexuelles sur les jeunes filles mineures dans certains cas (voir infra). La plateforme « Hayir Diyen Kadinlar » (« Les femmes disent non ») regroupe plusieurs associations féministes. La polarisation entre soutiens et critiques du président Erdogan reste toutefois complexe et, selon les analyses, ne peut pas être appréhendée de manière binaire.. Finalement, Erdogan remporte le référendum (51,41 % pour le « oui »).
Indicateurs socio-démographiques Espérance de vie et santé L'avortement est légal pour raisons médicales depuis 1965. En 1983, le délai est fixé aux dix premières semaines de grossesse. Au début des années 2010, le Premier ministre Erdogan compare l'IVG à un , tandis qu'un projet de loi prévoit de ramener ce délai à quatre semaines, ce qui suscite l'indignation des féministes et de l'opposition.. Début 2020, les avortements ont pratiquement disparu des hôpitaux publics, Erdogan note Le Figaro..
Éducation vignette|Classe de psychologie à l'université Uludağ en 2007.
Emploi et vie économique vignette|gauche|Güler Sabancı, femme d'affaires.
Participation à la vie politique vignette|Tansu Çiller. Tansu Çiller est la première et seule femme à avoir exercé la fonction de Premier ministre, de 1993 à 1996. Par ailleurs, jusqu'en 2017, seulement ont été ministres depuis le début de la République ; la première était Türkân Akyol, en 1971, suivie par Nermin Neftçi, en 1974. En 1970, Behice Boran devenait la première femme à accéder à la tête d'un parti politique, le Parti des travailleurs de Turquie. En 2017, seul le Parti démocratique des peuples (HDP, pro-kurde) compte une co-présidente, .
La même année, au sein du gouvernement, il n'y a que deux femmes sur 27 ministres : Fatma Betül Sayan Kaya à la Famille et aux Affaires sociales et au Travail et à la Sécurité sociale.
En vue de l'élection présidentielle de 2018, la candidate de droite Meral Akşener fait un temps figure de favorite. Elle termine néanmoins en quatrième position.
Aucun parti ne soutient davantage de participation des femmes à la vie politique, hormis le Parti républicain du peuple (fondé par Atatürk et de centre gauche) et le HDP. Le premier a adopté un quota de 33 % de femmes pour les nominations et les candidatures (seuil recommandé par le Conseil de l'Union européenne en 1996) et le second de 50 %. gauche|vignette|Femme turque avec le drapeau turc. Si les autres partis comptent souvent des sections féminines, leur efficacité est mise en doute, les postes y étant aisément accaparés par des femmes proches de la direction masculine. La branche féminine de l'AKP, le parti d'Erdogan, compte de membres. Chercheure au Centre d’études turques, ottomanes, balkaniques et centrasiatique (CETOBAC), Lucie Drechselova explique : , sans compter les subsides financières, initiatives appréciées dans les zones défavorisées mais mâtinées d'un intérêt politique. Cet électorat potentiel est important : en effet, 55 % des Turcs votant pour l'AKP sont des femmes. L'AKP compte cependant seulement 15,5 % de femmes députées en , ce qui va à l'encontre de son discours affirmant que le parti soutient l'engagement politique des femmes. Il se place en réalité loin derrière le HDP où, note Lucie Drechselova, .
En règle générale, la vie politique turque, dominée par les hommes, est marquée par des et les y sont habituels note Orient XXI, même à l'égard des élues et des femmes cadres des partis.
Violences faites aux femmes En 1927, le meurtre d'Elza Niego, une jeune Juive, par un fonctionnaire turc, déclenche lors de ses funérailles une manifestation anti-gouvernementale à laquelle participent entre et , rassemblement que les autorités turques considèreront comme criminel : turkish Jewry Agitated Over Murder Case ; journal : Canadian Jewish Review du 7 octobre 1927 ; consulté le 19 novembre 2014. : Albert E. Kalderon: Abraham Galanté : a biography; éditeur: Sepher-Hermon Press pour Sephardic House à Congregation Shearith Israel ; New York ; 1983 ; page : 53 ; ; ; consulté le 19 novembre 2014. : TURKEY: Notes, Aug. 29, 1927 ; journal : Time daté du 29 août 1927 ; consulté le 19 novembre 2014..