vignette|U.S. National Library of Medicine : History of Medicine The Cost Of The Common Cold & Influenza. Poster britannique de la Seconde Guerre mondiale décrivant le coût du rhume et de la grippe à l'effort de guerre vignette|Campagne du britannique, ; entre 1939 et 1945. Les infections aiguës des voies respiratoires supérieures font partie des affections les plus courantes observées en soins de santé primaires. Bien qu'il s'agisse de maladies spontanément résolutives, elles représentent un lourd fardeau de symptômes pour les individus et un lourd fardeau financier pour la société. Le coût du rhume se mesure habituellement en termes d'absentéisme ou de surprésentéisme, de perte de productivité et de qualité ; de perte de revenu ou, lorsque le salaire est garanti, en cas d'absentéisme, de coût salarial pour l'employeur, d'absentéisme scolaire, éventuellement de fardeau clinique. Associé à d'autres maladies comme l'asthme, ou les maladies pulmonaires obstructives chroniques, le rhume représente aussi un coût médical important.
N'ayant pas de remède, le rhume banal chez l'adulteLa langue française comme la nosologie demeurant souvent imprécise en appelant de différentes manières la même entité clinique, l'Académie nationale de médecine française s'est accordée sur la définition suivante du rhume : Les complications du rhume, qui nécessitent de voir un médecin incluent : une température plus élevée; la maladie dure plus de 10 jours et les symptômes s'aggravent; les maux de tête sont plus importants. Le rhume a fait le lit des bactéries. Toujours selon l'Académie nationale de médecine : ; dans , infection banale et bénigne nécessite d'abord du repos. Hautement contagieux, il nécessite de s'isoler en restant chez soiLes virus responsables des refroidissements peuvent survivre deux jours à trois jours sur un clavier d’ordinateur, sur un combiné de téléphone, sur les barres installées dans les bus ou les trains pour s’agripper. Sur aspirin.ch. Ce sont des recommandations de bon sens, qui n'abondent dans le sens de personne, sauf peut-être celui de l'immunologiste ou du virologue sérieux. Elles voient s'affronter patrons, syndicats, politiques et médecins.
Mais le rhume, maladie pour laquelle il n'y a pas de remède, est aussi une affaire juteuse, à l'origine d'une pharmacopée aussi diversifiée qu'inutile justifiant aussi de parler d'économie du rhume. Le marché potentiel pour un vaccin efficace contre le rhume se chiffre en dizaines de milliards de dollars, une quête jonchée d'obstacles que n'a pas encore découragée certaines entreprises privées.
Études
L'histoire moderne de la recherche sur le rhume a commencé avec la seconde Guerre mondiale, à Salisbury en Angleterre, non loin de Stonehenge, l'Hôpital Harvard est créé en 1941 par la Croix-Rouge américaine (ARC), pour gérer les épidémies potentielles liées à la guerre. Coïncidant avec la fin de la première Guerre mondiale, la pandémie grippale de l'année 1918, demeurait dans les esprits, ayant causé dans les rangs de l'Armée américaine autant de morts que durant le conflit. Si un vaccin contre la grippe existait désormais, dont la recherche avait été sponsorisée par l'armée américaine, la recherche sur le rhume banal stagnait.
Les installations de Salisbury sont devenues de 1946 à 1990, la Common Cold Unit (CCU) financée par le , dont la vocation était de résoudre le grave problème de perte de productivité lié aux épidémies de rhume. Sur ses 40 ans d'existence, pour des essais de 10 jours, près de volontaires, se sont vu inoculer le rhume banal. L'Unité a identifié des centaines de types différents de virus du rhume ; rhinovirus (100 sérotypes de rhinovirus), coronavirus et parainfluenza, découvert comment le rhume se transmettait et examiné l'impact des maladies transmissibles comme le rhume à l'échelle internationale. Elle s'est aussi enquise sur les vaccins, la prévention, l'immunité, ainsi que les facteurs psychologiques et de la question de savoir si le stress rendait les sujets plus vulnérables aux infections ou aux maladies. Pour de nombreux volontaires, la vie dans l’atmosphère conviviale du CCU est devenue une expérience villégiature champêtre, et ce malgré les expositions expérimentales aux virus du rhume et les protocoles d’isolement rigoureux ; la CCU a même acquis une réputation publique plutôt exagérée de refuge pour les jeunes mariés. Les promenades y étaient encouragées, mais les contacts extérieurs (ou à contamination croisée) interdits ; en boutade les sujets infectés devaient se manifester aux autres promeneurs en se couvrant le bas du visage et en criant ('Impur!, Impur!', une référence au lévitique qui traite des lépreux). Dans les années 1980, leur travail a été éclipsé par la crise du sida, et le rhume de sujet à la mode dans les années 1960, n'a plus semblé aussi important. Sans remède au rhume, le travail de la CCU semblait être un échec ; mais, la fermeture de l'Unité en 1990 a été décrite comme du « vandalisme scientifique », et comme une vision à court terme, de toutes les découvertes et connaissances médicales produites par ses travaux. David Tyrrell, le responsable du centre a écrit un ouvrage « » qui retrace l'histoire de la CCU. Tyrrell aimait répéter les vers de , qui parle de la connaissance des médecins sur le rhume : Il s'agit d'un poème de 1936, , de (1890 – 1971), un humoriste, romancier, dramaturge, réformateur du droit anglais et, de 1935 à 1950, député indépendant de l'Université d'Oxford.David Tyrrell Obituary.
Aucune recherche n'a plus été mené à cette échelle sur le rhume. Toutefois des tests sont toujours effectués selon la méthodologie utilisée par la CCU, sans la touche fantasque qui a fait son succès.
Le Graal de la médecine, un remède contre le rhume
En plus de sa relation conflictuelle au monde du travail, le rhume se trouve connecté à d'autres pathologies coûteuses pour les systèmes de santé et plus graves comme l'asthme : 50 pour cent des coûts des soins de santé au Canada seraient associés à l’asthme ; la moitié des crises d’asthme aiguës chez les enfants sont causées par le rhume. Cette découverte est partiellement attribuée à Sebastian Johnston, Professeur britannique en médecine respiratoire et d'allergie, alors qu'il travaillait à la CCU en 1989 à son PhD, juste avant qu'elle ne ferme. Par ailleurs, 70 pour cent des coûts du traitement de la maladie pulmonaire obstructive chronique (la toux du fumeur) sont liés à des crises graves, principalement attribuables aux rhumes. Au Canada, les maladies pulmonaires chroniques entraînent des coûts de santé directs et indirects de l’ordre de .
Pour les gens éclairés la découverte d’autant de virus différents réalisée par la CCU (désormais 200 virus ont été identifiés qui provoquent le rhume), rendait impossible la découverte d’un vaccin efficace. Fin , les dernières tentatives pour trouver un remède au rhume sont devenues plus désespérées, alors que la CCU s'était mise sérieusement à interroger les molécules présentes dans la médecine traditionnelle chinoise, le thé japonais et les oranges. En 1990, la CCU a fermé ses portes. Le centre a beaucoup fait progresser la compréhension que l'on a de la virologie du rhume, mais il a également révélé l'énormité de la tâche pour le vaincre. Un remède contre le rhume aurait pourtant des retombées incalculables sur la santé et sur l’économie.
Mais alors que les recherches de la CCU ont eu des résultats positifs dans la compréhension de la propagation du rhume, permettant éventuellement d'améliorer la prévention et la prophylaxie, la situation qui a précédé ses recherches (ante bellum) est demeurée inchangée pour ce qui est des remèdes apportés aux rhumes. La nature bénigne du rhume banal, en a fait une maladie qu'il est largement restée dans le domaine du quant-à-soi (autorisant même « de s'offrir le luxe de douter de son médecin »), vécue avec un résignation collective abasourdissante. « Le rhume se propage dans les foyers et les écoles, dans les villes et villages, rendant les gens malheureux pendant quelques jours sans qu'on y réfléchisse après coup ». En Ontario, le rhume fait partie des maux courants que tout primoarrivant doit pouvoir traiter, un des aspects de la société canadienne, au côté de Ô CanadaProgramme d’appui aux nouveaux arrivants. Curriculum de l’Ontario. La compréhension du public est restée un fouillis de folklore et de fausses hypothèses. En 2017 au Royaume-Uni, les ventes de « remèdes d’hiver » atteignaient chaque année, même si l’efficacité de la plupart des produits en vente libre n’a pas encore été prouvée. La science n’a jusqu’à présent pas réussi à produire de traitements radicalement nouveaux contre le rhume, pis elle a créé des produits dont la dangerosité s'est avérée disproportionnée par rapport au mal. Le seul moyen infaillible d’éviter un rhume est de vivre dans un isolement complet du reste de l’humanité.
Aux remèdes de grand-mère et plantes médicinales sont venus s'ajouter une cohorte de médicaments agressifs produits par l'industrie pharmaceutique. En 2020, un rapport de l'Académie nationale de médecine française résumait la situation de cette manière : .
La recherche d'un vaccin est régulièrement relancée, mais se heurte à des obstacles économiques: la recherche coûte cher et les risques financiers liés à la production d'un vaccin sont importants. En 2016, le cours de l'action de la société américaine Novavax a chuté de 83 % après l’échec de son vaccin contre le VRS, l’une des familles de virus responsables du rhume, une opportunité ratée estimée à pour les ventes rien qu’aux États-UnisUn vaccin contre le VRS destiné aux personnes âgées a été approuvé le 3 mai 2023 par la US Food and Drug AdministrationWhy Novavax (NVAX) Stock Plunged 83% in After-Hours Trading. Dans une campagne de vaccination classique, à mesure que la proportion d’individus vaccinés atteint une masse critique, une immunité collective se met en place, où les virus cessent de circuler, car la chaîne d’infection est rompue ; c'est ce mirage lointain qui fait encore aujourd'hui avancer la recherche.
La découverte d'un remède efficace au rhume suscite aussi un intérêt évident ; il permettrait de diminuer le nombre de journées de travail perdues, réduire l’utilisation inappropriée d’antibiotiques, prévenir des complications coûteuses, diminuer les visites chez le médecin et réduire la transmission virale, enfin éviter la guerre, qui coûte par exemple à l'économie américaine environ , beaucoup plus que d'autres pathologies comme l'asthme, l'insuffisance cardiaque et l'emphysème.
« Rhume banal », une expression en trompe l'œil