La campagne de Prusse et de Pologne de 1812-1813, du point de vue français retraite du Niémen à l'Elbe ou manœuvre retardatrice du Niémen à l’Elbe, du point de vue russe campagne de printemps de 1813, est une série d'opérations des guerres napoléoniennes qui se déroule de à . Elle oppose l'Empire français et ses alliés à l'Empire russe d'Alexandre , d'abord seul puis allié à la Prusse de Frédéric-Guillaume III. À l'issue de la désastreuse campagne de Russie, Napoléon quitte ce qui reste de son armée pour rentrer à Paris, laissant le commandement à Joachim Murat puis à Eugène de Beauharnais. Alexandre décide de continuer la guerre en Allemagne. L'armée française, exténuée et inférieure en nombre, se replie par étapes jusqu'à l'Elbe ; l'armée russe, occupe la Pologne sous tutelle française ; le royaume de Prusse, allié forcé de Napoléon jusqu'en 1812, se retourne contre lui et lui déclare la guerre le tandis que l'empire d'Autriche choisit la neutralité. Cette phase de la guerre ne voit que des affrontements mineurs, les Français et leurs alliés polonais conservant quelques places encerclées à l'est de l'Elbe, mais a des conséquences politiques et stratégiques importantes. Le retour de Napoléon sur l'Elbe en avec une armée renouvelée ouvre une nouvelle phase des opérations de la campagne d'Allemagne de 1813. Continuation de la campagne de Russie Traversée du Niémen
Le soir du à Smarhon, après avoir rédigé le Bulletin de la Grande Armée où il s'efforce de minimiser ses pertes, Napoléon quitte ses troupes pour rentrer à Paris, reprendre en mains son empire et lever une nouvelle armée. Il laisse le commandement au maréchal Joachim Murat, roi de Naples, avec Louis-Alexandre Berthier pour chef d'état-major et Hugues-Bernard Maret, pour diriger sa diplomatie depuis Vilnius. Il envoie Louis Marie de Narbonne-Lara comme ambassadeur à Berlin pour rappeler le roi de Prusse à ses devoirs d'allié, Jacques Alexandre Law de Lauriston à Varsovie pour réorganiser l'armée du duché de Varsovie, et le général Jean Rapp pour commander l'importante place forte de Dantzig, base d'approvisionnement de l'armée. Le plan de Napoléon est d'établir une ligne de défense sur le Niémen, appuyée sur les villes fortifiées de Vilnius et Kaunas, pour permettre à l'armée de refaire ses forces et d'attendre l'arrivée de renforts. Vilnius a une garnison fraîche de hommes, ses entrepôts contiennent 4 millions de rations, paires de souliers et beaucoup d'autres approvisionnements. Avec le engagé en Courlande et que le maréchal Macdonald doit ramener en Prusse, le corps bavarois de Carl Philipp von Wrede, le corps autrichien de Charles Philippe de Schwarzenberg, et le polonais de Joseph-Antoine Poniatowski qui va encadrer les nouvelles recrues du duché, Napoléon pense pouvoir rassembler hommes entre le Niémen et l'Oder.
Cependant, les derniers jours de la retraite de Russie sont un calvaire : le froid extrême (-22 à - 30 °C) ajoute à l'épuisement de l'armée qui perd hommes entre Smarhon et Vilnius. La division Loison, envoyée de Pologne à Oszmiana pour couvrir la retraite, trouve toutes les maisons occupées ; les villages environnants ayant été rasés, ses soldats doivent camper plusieurs nuits en plein air par un froid de -27 °C : seuls hommes sur rentrent vivants à Vilnius. Avec les corps secondaires ralliés en route, à peine hommes arrivent à passer le Niémen dans le plus grand désordre, la plupart démoralisés et hors d'état de combattre, alors que les armées russes convergent vers la ville : Vilnius est évacuée sans combat à partir du , les entrepôts, le trésor de l'armée, 100 à 120 canons sont abandonnés.
Tentative de réorganisation française en Prusse et Pologne vignette|Officiers et soldats du duché de Varsovie en 1813, illustration de Bronisław Gembarzewski, 1905. En passant par Varsovie le , l'empereur est furieux d'apprendre que son ambassadeur Pradt, archevêque de Malines, a mal préparé le duché de Varsovie pour la suite de la campagne et n'a fait lever que conscrits mal entraînés avec des ressources financières insuffisantes. Poursuivant sa route, il traverse l'Allemagne et la France incognito et arrive à Paris, au palais des Tuileries, le .
Murat établit son quartier général à Königsberg le . Il avait ordonné de préparer des logements et des vivres pour hommes mais il voit arriver en ordre dispersé à peine 400 ou 500 fantassins, 200 ou 300 cavaliers, faibles restes de la Garde impériale, plus quelques milliers de traînards en piteux état, une vingtaine de milliers d'hommes en tout. Murat se rend compte que le Niémen gelé ne saurait arrêter l'avance des Russes. Reprenant l'initiative après une phase de découragement, il commence à organiser l'évacuation des troupes vers leurs quartiers d'hiver : les restes de la Garde à Königsberg, ceux de la cavalerie démontée à Elbing, ceux des et à Marienburg, ceux des et à Marienwerder, ceux des et à Toruń, ceux du à Płock et ceux du , qui avait franchi le Niémen à Alytus, sont envoyés à Varsovie. Les officiers malades et blessés sont envoyés à Stettin et Cüstrin sur l'Oder tandis que à officiers en surnombre sont renvoyés en France pour encadrer les nouveaux régiments. Tout officier qui se trouverait à l'ouest de la Vistule sans autorisation est considéré comme déserteur. Murat pense que les Russes, presque aussi épuisés que les Français, ne seront pas en état d'entreprendre une campagne d'hiver à l'ouest du Niémen. La division Marchand, venue de Dantzig, arrive à Königsberg le tandis que les restes du sont renvoyés en Westphalie.
Avec le de Macdonald au nord, le franco-saxon de Reynier et le corps autrichien de Schwarzenberg au sud, plus les troupes levées en Pologne, Murat espère former une ligne de défense sur la Vistule. Pour ralentir l'avance des Russes, il ordonne à Schwarzenberg de mener une contre-attaque à partir de Hrodna et Białystok. Au , le corps de Reynier compte Français et à Saxons, le corps autrichien à hommes.
Courte halte de l'armée russe sur le Niémen thumb|Alexandre s'arrêtant auprès d'un mourant, gravure d'Alexandrov d'après un dessin d'Orlovski, 1825. thumb|Infanterie russe vers 1812-1813, dessin de Richard Knötel, 1890. Le , l'armée russe entre dans Vilnius ; le , les cosaques de l'ataman Matveï Platov reprennent Kaunas. Si l'armée française est épuisée, celle des Russes ne vaut guère mieux. Sur les hommes qu'avait Koutouzov en octobre au camp de Taroutino, sont à l'hôpital en décembre et seulement sont valides. L'armée de Pierre Wittgenstein, qui progresse lentement sur son flanc nord, est moins éprouvée et compte hommes ; celle de l'amiral Pavel Tchitchagov, sur le flanc sud, , plus les hommes du général Friedrich Oertel qui vont bientôt les rejoindre. La Lituanie dévastée offre peu de provisions et les hommes ont besoin de repos, de vivres et d'équipements neufs. Le typhus sévit et l'intendant général Georges Cancrin reconnaît que le service médical de l'armée est fort mal organisé : tant que l'armée est dans le vieux territoire russe, elle peut compter sur les hôpitaux des gouvernements mais au-delà, le traitement reste aléatoire. Le , Koutouzov écrit au tsar pour lui demander un repos prolongé. cadavres gelés gisent en tas dans la ville et ses environs, attendant que le dégel printanier permette de les enterrer.
Alexandre arrive à Vilnius le pour y célébrer sa victoire. Il décore Koutouzov de la plus haute décoration russe, la grande croix de l'ordre de Saint-Georges mais il est en réalité mécontent de sa lenteur, qui a permis à Napoléon de s'échapper au passage de la Bérézina, et il lui donne pour chef d'état-major le très actif Pierre Volkonski. Alexandre rejette les avis prudents de plusieurs chefs militaires, le maréchal Koutouzov, l'amiral Alexandre Chichkov et le colonel Karl Wilhelm von Toll, un des officiers les plus capables de l'état-major : il décide de continuer la guerre à outrance pour libérer l'Allemagne et l'Europe de la domination napoléonienne. Avec Alexis Araktcheïev, chargé des services de l'arrière, et Karl von Nesselrode, son conseiller diplomatique, il espère rallier à sa cause la Pologne et les États allemands. Koutouzov, très populaire mais usé et malade, est relégué à des fonctions symboliques tandis que Toll, promu général avec le rang de quartier-maître général, devient le principal conseiller militaire du tsar. Koutouzov, malgré ses réticences, doit signer de sa main une proclamation dictée par Alexandre et où il annonce que la Russie vient pour libérer la Prusse, lui rendre son ancienne grandeur et la traiter en pays ami.
Vers le retournement des alliances Repli autrichien vers la Galicie vignette|Le corps autrichien affronte les Russes à la bataille de Poddubno le 12 août 1812, gravure de Fritz Reiner, 1813. Schwarzenberg ne veut pas aventurer ses troupes : à Slonim, il négocie un accord secret avec le général russe Ilarion Vassiltchikov par lequel il s'engage à évacuer le territoire russe et, en échange, à ne pas être inquiété dans ses quartiers d'hiver en Pologne. À partir du , il se replie vers le Narew, entraînant le dans sa retraite. Le général russe Osten-Sacken, par des proclamations et bulletins, fait savoir que . L'Autriche, alliée contrainte de Napoléon, n'est pas encore remise de sa défaite de 1809 et de sa banqueroute de 1811 : son armée est réduite au minimum, la plupart de ses fabriques d'armes ont fermé et elle ne souhaite pas se risquer dans une nouvelle guerre avant d'avoir reconstitué ses forces, ce qui lui permettrait de peser d'un poids décisif dans un camp ou dans l'autre. Le , le gouvernement de Vienne écrit à Schwarzenberg pour lui ordonner de ne plus tenir compte des ordres de Murat et se préoccuper uniquement de couvrir la Galicie.
L'opinion publique autrichienne est généralement hostile à Napoléon qui a vaincu leur empire en 1805 et 1809, l'a dépouillé de plusieurs provinces et lui a imposé de lourdes contributions ; la noblesse voit en lui le continuateur de la Révolution française tandis que le clergé, très influent, lui reproche la séquestration du pape Pie VII. L'empereur François, malgré ses préjugés dynastiques, a dû accepter à contrecœur le mariage de sa fille Marie-Louise avec Napoléon et l'envoi d'un corps auxiliaire dans la campagne de Russie, mais il n'attend qu'une occasion pour récupérer les avantages perdus. Le ministre Metternich, qui dirige la politique autrichienne, négocie en sous-main avec la Russie. Le , il rédige un ordre de mobilisation de hommes y compris les troupes ramenées de Russie, destiné à prendre effet au . Le à Zeicz, il signe un armistice avec les Russes. L'ambassadeur français Otto rend compte du revirement de l'opinion autrichienne mais croit encore que le gouvernement de Vienne est attaché à l'alliance française ; Napoléon réclame que le contingent autrichien soit augmenté de hommes et offre même des subsides pour le financer tout en refusant toute concession territoriale en faveur de l'Autriche. Celle-ci lève un emprunt de 45 millions de florins, rouvre les fabriques d'armes, rappelle sous les drapeaux tous les militaires en congé, réunit des approvisionnements et des chevaux pour constituer une armée en Galicie et en Bucovine.
Début du retournement prussien thumb|Une halte pendant la campagne de Russie, dessin de Nikolaï Samokich, v. 1812.