L’université de Montpellier est un établissement d'enseignement supérieur et de recherche français situé dans la ville de Montpellier, en Occitanie.
Active entre 1289 et 1793, puis entre 1896 et 1970, recréée en 2015, elle est connue comme possédant l'une des plus anciennes et des plus brillantes écoles de médecine du monde médiéval, et est également réputée pour l'enseignement du droit.
Dans sa forme actuelle, elle rassemble près de 50 000 étudiants.
L'université regroupe diverses disciplines telles que les sciences, la chimie, la biologie, la médecine, le droit, l'économie, la gestion, les sciences pharmaceutiques ou les sciences du sport.
Elle est depuis 2017 l'établissement porteur d'une initiative d'excellence nationale, l'I-SITE MUSE, confirmée en 2022, qui regroupe, outre l'université de Montpellier, le CNRS, le Cirad, INRAE, l'IRD, l'INSERM, le CEA Tech, l'IFREMER, INRIA, le BRGM, les CHU de Montpellier et de Nîmes, l'ICM, le CIHEAM-IAMM, et l'Institut Agro Montpellier (ex-Montpellier SupAgro).
Le (Décret n° 2021-1207 du ), l'université se mue en établissement public expérimental (EPE) et remplace la structure mise en place de 2015 à 2022.
Histoire gauche|vignette|180x180px|Remise à l'évêque de Maguelone en 1289 de la bulle Quia Sapientia de Nicolas IV par Fernand Lematte
Des origines jusqu'à la fin de l'Ancien Régime vignette|redresse|La bulle de 1289 du pape Nicolas IV. Les origines de l'École de médecine de Montpellier se confondent probablement avec celles de la ville elle-même qui naît vers le , autour d'un petit sanctuaire sur une voie du pèlerinage de Saint-Jacques de Compostelle. L'existence d'une école de médecine est attestée dès 1137 (consulté le )..
Les raisons de sa fondation sont surtout d'ordre géographique : Montpellier est à quelques kilomètres de la mer, avec l'avant-port actif de Lattes, en contact avec le monde méditerranéen, notamment la Catalogne et les îles Baléares, ayant obtenu du Pape le privilège de commercer avec les musulmans. C'est un point de jonction entre deux courants d'échanges économiques et culturels : l'un occidental (Afrique du Nord, Espagne), l'autre oriental (Proche-Orient, Grèce, Italie du nord). La médecine à Montpellier aurait suivi les mêmes voies de diffusion que celles de l'art RomanLouis Dulieu 1975, op. cit. ..
Le seigneur de Montpellier Guilhem VIII promulgue un édit rendant totalement libre l'enseignement de la médecine en 1181Mélanges d'histoire de la médecine hébraïque, par Gad Freudenthal, Samuel S. Kottek, Paul Fenton Compilé par Gad Freudenthal, Samuel S. Kottek Publié par BRILL, 2002 « Quiconque, quel qu'ils soit, d'où qu'il vienne, a le droit d'enseigner la médecine à Montpellier ». L. Dulieu 1975, .. À la même époque l’école de droit est marquée par l’enseignement de Placentin, juriste venu de Bologne.
En 1220, le cardinal Conrad, légat du pape Honorius III, accorde une reconnaissance pontificale à l'école de médecine, rendant caduc l'édit de Guilhem VIII puisque ces statuts font de l'évêque de Maguelone le chef suprême des écoles de médecine de Montpellier : La proximité de la cour pontificale d'Avignon accroît rapidement le rayonnement de l'université. En 1240, l’évêque de Maguelone, chancelier des écoles, confère des statuts complémentaires à l'Université de médecine. L’université de Montpellier elle-même est créée le 26 octobre 1289 par la bulle papale du pape Nicolas IV qui en fait un studium generale c’est-à-dire un centre d’enseignement de toutes les disciplines (Médecine, Droit, Arts libéraux). Cette bulle est actuellement conservée aux archives municipales de la ville de Montpellier. Après sa création, sa renommée et celle de la ville de Montpellier s'étend en Europe et de nombreux étrangers viennent y étudier, cherchant à acquérir le titre de « docteur de Montpellier ». Celui-ci offre le privilège d'exercer partout dans le monde (hic et ubique terrarum) et seules les universités de Paris et de Montpellier peuvent accorder ce privilège. Sa création participera également au développement de la vie scientifique à Montpellier.
L’école de théologie resta indépendante jusqu'à une décision pontificale de 1421 qui la rattacha à l’école de droit. L’école des arts déclina dès le pour devenir une simple école municipale, dont le recteur était choisi par les consuls de la villeGuillot, O., Rigaudière, A. et Sassier, Y. dir., Pouvoirs et institutions dans la France médiévale, vol. 2, Des temps féodaux aux temps de l'État, Paris, Armand Colin, 1998, réed. 1994, ..
L’École de médecine a tenu à rester une Université à part, relativement indépendante du pape et du roi. Elle reçoit ses statuts particuliers en 1340. Elle est dirigée par un chancelier et se compose du Collège des Douze-Médecins. En 1452, un collège supplémentaire, d'origine laïque, est fondé, le collège de Girone, dit « Petit Collège ». Il s'agit de locaux universitaires (maisons d'habitation en ville) servant de lieux d'enseignement et de pensionnatLouis Dulieu 1975, op. cit., ..
Elle jouit d’un grand prestige, fournissant des médecins auprès des roisPar exemple, Louis Saporta, un des médecins de Charles VIII. C'est le fondateur d'une lignée de 4 générations de médecins juifs, professeurs à Montpellier ou médecins auprès des Grands. Voir en particulier Antoine de Saporta, médecin clinicien ayant professé au ., ayant la réputation d’avoir hérité du savoir des Andalous, et accueille des étudiants de toute l’Europe . Au , les étudiants viennent d'Espagne, du Portugal, d'Italie, d'Allemagne et d'Angleterre. Au , l'Allemagne est largement en tête, et de nouveaux pays sont représentés (Hollande, Belgique, Suisse, Pologne)Louis Dulieu 1975, op. cit., p.230.. La faculté attire par ailleurs des personnes devenues célèbres, telles que François Rabelais, Nostradamus ou Pierre Belon en tant qu'étudiants.
En 1498, quatre chaires médicales sont fondées, auxquelles seront rajoutées les chaires d'anatomie et de botanique à laquelle est associé un jardin botanique en 1593, l'actuel jardin des plantes de Montpellier. C'est le premier créé en France, sous l’influence de Guillaume Rondelet « qui a le souci de développer la santé par les plantes ». et à visée pédagogique pour un enseignement de terrain. Les autres chaires sont celles de chirurgie et de pharmacie en 1597, de chimie en 1676, où enseignent Arnaud Fonsorbe et Antoine Deidier, et de clinique en 1715. Grâce notamment à ses infrastructures destinées à l'enseignement, Montpellier devient une des principales villes universitaires de France, l'anatomie ayant une place importante dans la diversité des disciplines enseignées.
Une chaire de mathématiques et d’hydrographie est créée par ordonnance en 1682, dont le premier titulaire est Nicolas Fizes. Elle est rattachée à la faculté de droit et le restera jusqu'à l'expulsion en 1762 des jésuites qui y enseignaient.
Ère moderne Comme toutes les universités françaises, celle de Montpellier fut supprimée en 1793 pour être remplacée par un système d’écoles centrales et d’écoles spécialesLes universités sont supprimées par le décret de la Convention du 15 septembre 1793. L'ensemble des décrets de la Convention est conservée aux Archives nationales .. Mais dès 1794, l'École de Médecine de Montpellier est rétablie avec celles de Paris et de Strasbourg.
Petit à petit les facultés vont se reformer au cours du . Napoléon promulgua la loi du () qui créa une école de pharmacie à MontpellierBulletin des lois de la République, , tome 8, , , Paris: Imprimerie de la République, vendémiaire an XII Louis Dulieu, La pharmacie à Montpellier des origines à nos jours Avignon, Les Presses universelles, 1973. Le (décrets d'application votés le ), Napoléon crée l’université impérialeBulletin des lois de la République, , tome 8, , , Paris : Imprimerie impériale, 1808 . Une faculté des sciences est ouverte en 1810Louis Dulieu, La faculté des Sciences de Montpellier. De ses origines à nos jours, Les Presses universelles, 1981, il faut attendre 1878 pour que la faculté de droit soit rétablie.
En 1875, le ministère de l'Instruction publique propose de créer six grands centres universitaires en France dotés d'un personnel et de matériel important. Le conseil général des facultés de Montpellier demande ainsi la création d'une faculté de droit afin de pouvoir avoir une place parmi les six. En 1878, la proposition est acceptée par le ministère, ce qui fait de Montpellier un des plus grands centres universitaires du pays.
La même année, une convention permet la création de la nouvelle faculté ainsi que la mise à disposition des locaux dans l'ancien hôpital Saint-Éloi (jugé vétuste, un nouvel hôpital Saint-Éloi est alors construit) où les facultés se regrouperont, appelé alors « le palais des facultés ». Ce n'est qu'en 1890 que les travaux sont achevés, après quelques retardements, l'inauguration y a eu lieu le . Chaque faculté y est indépendante (lettres, droit et science), celle de science disposant de la plus grande surface. D'autres salles sont communes, comme la bibliothèque ou la salle des fêtes. L’université de Montpellier en fait son siège jusque dans les années 1960. Par la suite, le bâtiment devient le siège du rectorat. L'inauguration du palais universitaire se fait parallèlement à la commémoration du centenaire de l'université de Montpellier (anniversaire de la bulle papale de 1289). S'y rendent alors les universités françaises et étrangères, le président Sadi Carnot ainsi que le directeur de l'enseignement supérieur Louis Liard et la communauté savante. La ville entière est décorée du 21 au pour l'occasion, le but étant de faire de ces jours de fête un succès international. L’événement fut assez fortement médiatisé. Le but de cette grande fête était en particulier dans l’intérêt de mettre en avant la nouvelle université de Montpellier afin qu'elle devienne un des grands pôles universitaires de France. En effet, le gouvernement réfléchissait depuis plusieurs années déjà à réformer l'université afin de créer de tels centres pour concurrencer celui de Paris. Ainsi, le , un projet de loi est présenté dans le but de constituer officiellement des universités. Après de nombreux débats autour de cette réforme, une loi sera adoptée le , date à laquelle les différentes facultés montpelliéraines obtiennent officiellement le titre d'université. La célébration du centenaire à Montpellier ainsi que l'unification des facultés dans le nouveau palais universitaire place la nouvelle université de Montpellier en tant qu'image d'exemple de ce projet de réforme national. Par ailleurs, en 1883, les facultés sont ouvertes au grand public grâce à l'autorisation de la mise en place de cours libres.
vignette|Le siège du rectorat, rue de l’Université à Montpellier, siège de l'université de Montpellier de 1890 à 1960. alt=|gauche|vignette|Le bureau de l’association des étudiants de Montpellier (AGEM) aux fêtes du centenaire en 1892. En 1890, une annexe de la faculté de Médecine nommée institut de Biologie est construite le long du boulevard Henri IV. L’institut de Botanique de la faculté de Sciences est également construit derrière le jardin des plantes. Ce dernier y rassemble l'ensemble des herbiers de Montpellier. En 1959, alors que l'institut de botanique devient trop petit pour accueillir l’ensemble des étudiants, celui-ci est reconstruit, se dotant de locaux plus spacieux et plus modernes. Il connaît alors un rayonnement scientifique international. Il s'y trouve aujourd'hui le deuxième herbier le plus grand de France.