Le Bureau d'information de guerre des États-Unis (en anglais , OWI) est un service fédéral des États-Unis créé peu après l'entrée du pays dans la Seconde Guerre mondiale et dissous peu après (–). Il est chargé de la propagande américaine sur trois fronts : intérieur (population civile américaine), extérieur (population civile d'autres pays), militaire (personnels au combat). Le Bureau d'information de guerre crée, diffuse et finance des émissions de radio, des journaux, des affiches, des photographies, des films et tout type de médias. Il dispose de plusieurs bureaux à l'étranger, qui lancent de vastes campagnes de propagande à l'étranger.
Origines Le président Franklin D. Roosevelt crée le Bureau d'information de guerre le par décret présidentiel . Le Bureau d'information de guerre regroupe quatre services déjà existants : le Bureau des faits et chiffres (), l'Office des publications gouvernementales (), la Division de l'information du Bureau de la gestion des urgences (), le Service de l’information extérieure () du Bureau du coordonnateur de l’information ().
Le but est la production d'informations en temps de guerre de meilleure qualité (du point de vue gouvernemental) et un meilleur contrôle de sa diffusion. « Tout semblait se résumer à trois plaintes amères… d'abord, qu'il y avait trop d'informations ; deuxièmement, qu'il n'y en avait pas assez ; et troisièmement, qu'en tout état de cause, elles étaient déroutantes et incohérentes »Weinberg, p. 77. En outre, les études d'opinion font remonter que le public américain ignore globalement les raisons de la guerre et se défie des AlliésWeinberg, p. 78. Le président Roosevelt crée le Bureau d'information de guerre pour répondre à la fois aux demandes d'information et de clarté, et à la fois pour diminuer l'apathie américaine envers la guerre. gauche|vignette| Elmer Davis, directeur du Bureau de l’information de guerre, tient en mains des journaux de propagande nazie et japonaise lors d'une conférence de presse le . La création du Bureau d'information de guerre n'est pas allée sans controverse. La société américaine, et le Congrès des États-Unis en particulier, se méfient de toute propagande, pour plusieurs raisons. Premièrement, la presse craint d'être asphyxiée par une agence centralisée qui serait le seul diffuseur d'informations en temps de guerreWinkler, p. 23. Deuxièmement, les parlementaires craignent la mise en place d'une machine de propagande qui ressemblerait à celle de Goebbels en AllemagneWinkler, p. 4. Troisièmement, la propagande de la Première Guerre mondiale, en particulier celle du Comité de l'information publique (Comité Creel), est vue comme un échecWinkler, p. 3, Et quatrièmement, l'Amérique est alors fortement isolationniste et hésite à lancer une campagne de propagande mondiale qui la conduirait à une guerre mondiale.
Mais l'attaque de Pearl Harbor change la donne. La nécessité d'une information coordonnée et diffusée par l'armée et par l'administration surpasse la crainte d'une propagande américaine mal faite. Le président Roosevelt confie la direction du Bureau d'information de guerre à Elmer Davis, journaliste et vedette de la radio CBS, et lui donne mission de « prendre une part active à la victoire de la guerre et jeter les bases d'un monde meilleur d'après-guerre »Winkler, p. 1. Le Bureau d'information de guerre doit « créer et diffuser, par voie de presse, de radio, du cinéma ou d'autres installations, des programmes d'information destinés à faciliter le développement d'une compréhension éclairée et intelligente, au pays et à l'étranger, de la qualité et des progrès de l'effort de guerre et des politiques, des activités et des objectifs de guerre du gouvernement »Winkler, p. 34. Dès sa création, le Bureau d'information de guerre sépare ses opérations intérieures et outre-mer. vignette| Équipage de char M4 à l'entraînement, à Fort-Knox (source : Bureau d'information de guerre, )
Front intérieur Pour atteindre le public américain, un Service intérieur de la radio (Domestic Radio Bureau) est créé au sein du Bureau d'information de guerre. Il produit des séries radiophoniques, telles que This is Our Enemy (printemps 1942), qui traite de l'Allemagne, du Japon et de l'Italie ; L'Oncle Sam, qui traite de thèmes nationaux ; et Hasten the Day (), qui porte sur le “front intérieur”. Le producteur de radio Norman Corwin est engagé pour produire plusieurs séries pour le Bureau d'information de guerre, dont Un Américain en Angleterre, Un Américain en Russie et Passeport pour Adams, mettant en vedette Robert Young, Ray Collins, Paul Stewart et Harry Davenport.
Le Bureau d'information de guerre crée également Voice of America (La Voix de l'Amérique), une station radiophonique internationale, canal officiel de radiodiffusion du gouvernement des États-Unis. Voice of America utilise dans un premier temps les émetteurs des sociétés radiophoniques commerciales. Elle diffuse également des émissions produites par le Service des radios à ondes courtes pour les travailleurs (Labour Short Wave Bureau), en collaboration avec la Fédération américaine du travail et du Congrès des organisations industrielles. En 2021, toujours active, Voice of America revendique 280 millions d'auditeurs dans le monde entier, en plus de 40 langues. vignette|Le film Japanese Relocation (1942, 9min28s) justifie la déportation de milliers de citoyens nippo-américains et la création de camps de concentration. En lien avec l'Autorité de déportation en temps de guerre (War Relocation Authority), le Bureau d'information de guerre produit une série de films documentaires liés à l'internement des Américains d'origine japonaise. Le film Japanese Relocation, parmi d'autres, cherche à contrer le ressentiment anti-japonais, à encourager les internés nippo-américains à se réinstaller à l'extérieur du camp, et à les amener à entrer dans le service militaire. Le Bureau d'information de guerre diffuse également dans les journaux des camps afin de toucher les internés eux-mêmes. alt=Women in industry. Tool production. À job which was formerly done by hand (and by men) is done in this large Midwest drill and tool plant by women at machines. These young workers are putting precision-ground points on drills which will be used in production of America's ships, tanks and guns. It takes at least four months to train these young women in the operation of these machines, but at the end of that period their work is speedy and efficient, and this company has found that both production and the quality of the drill points have improved. Republic Drill and Tool Company, Chicago, Illinois.|vignette| Sur le thème « Rosie la riveteuse », femmes au travail dans un atelier d'aiguisage de forets (source : Republic Drill and Tool Company, Chicago) vignette|Affiche du bureau d'information de guerre, conçue par Leslie Ragan. 1943. Le Bureau d'information de guerre se dote de deux unités de prise de vue, dont les photographes documentent la mobilisation, en se concentrant sur des sujets tels que les usines aéronautiques et les femmes dans la main-d'œuvre. Le Bureau d'information de guerre produit une série de 267 films d'actualité en format , The United Newsreel, qui sont montrés aux États-unis et à l'étranger. Ces films d'actualité incorporent des images militaires américaines (pour des exemples, consultez cette liste Google)
Un Service de l'image cinématographique (Bureau of Motion Pictures) est créé, et il travaille en étroite collaboration avec les studios de cinéma hollywoodiens pour produire des films compatibles avec les objectifs de guerre. Selon le directeur du Bureau d'information de guerre, « [l]a manière la plus simple d'injecter un élément de propagande dans la tête des gens est de la laisser passer par le biais d'une image divertissante alors qu'ils ne se rendent pas compte qu'ils sont l'objet de la propagande. »Koppes and Black, p. 64.. Les films dépeignent les soldats alliés comme de vaillants « combattants de la liberté » et encouragent la participation des civils à ne pas gaspiller le carburant ou à faire des dons aux forces arméesWinkler, p. 57.
En , les administrateurs du Bureau d'information de guerre se rendent compte que le meilleur moyen d'atteindre le public américain est de présenter des films de guerre acquis aux valeurs du Bureau d'information de guerre dans le circuit commercial. Le Bureau d'information de guerre devient un interlocuteur privilégié d'Hollywood : en 1943, tous les scénarios de films des grands studios hollywoodiens (à l'exception de Paramount Pictures) sont expertisés par le Bureau d'information de guerreKoppes and Black, p. 112, et éventuellement modifiés, pour promouvoir et mettre en avant la mission des AlliésWorland, p. 50..
Front extérieur Le Service extérieur (Overseas Branch) connaît un grand succès et connaît moins de controverse que les services intérieursWinkler, p. 76. À l'étranger, le Bureau d'information de guerre crée un Service de guerre psychologique (Psychological Warfare Branch, PWB), qui utilise la propagande pour influencer les forces ennemies dans les zones de combat, en plus d'informer les populations civiles alliéesWinkler, p. 142. Une activité intense de distribution de tracts se met en place, en Afrique du Nord, Italie, Allemagne, aux Philippines et au Japon. Ainsi, au Japon, plus de 180 millions de dépliants sont diffusés, dont environ 98 millions pendant les seuls mois d'été de 1945Winkler, p. 79. Quelques exemples de message diffusés en Tunisie : « Vous êtes cernés » ; « La noyade est une mort désagréable »Winkler, p. 117 ; en Sicile : « Le moment est venu pour vous de savoir si les Italiens doivent mourir pour Mussolini ou pour Hitler, ou s'ils doivent vivre pour l'Italie et pour la civilisation »Winkler, p. 118.
Le Bureau d'information de guerre utilise aussi la presse. Il publie des magazines spécialisés, tels Victory, distribués à l'étrangerWinkler, p. 67 où l'on vante le savoir-faire industriel américain tout autant que style de vie américainWinkler, p. 155-6.
En plus de ces moyens conventionnels de propagande, le Bureau d'information de guerre crée également des « articles spécialisés » (specialty items), comme des paquets de graines, des paquets d'allumettes, des feuilles de papier-savon, des kits de couture… La propagande est plus ou moins subtiles: les paquets de graines portent un drapeau américain et un message imprimé qui identifie le donneur ; les carnets d'allumettes portent l'inscription « Quatre libertés » sur la couverture intérieure (en souvenir des quatre libertés que Roosevelt présente comme fondamentales dès 1941) ; les feuilles de papier-savon portent le message : « De la part de vos amis des Nations alliées. Trempez dans l'eau, utilisez comme du savon. ÔTEZ LA CRASSE NAZIE. » ; le kit de couture comprend des petits coussinets en forme de fessier humain, dont le revers présente le visage caricaturé d'Adolf Hitler ou celui du général japonais Hideki TojoWinkler, p. 80. vignette|« Vivre ou mourir ? Faites votre choix. » Tract diffusé par le Bureau d'information de guerre aux Philippines, laissant croire à une origine japonaise. Le résultat est que les Philippins mettent tous leurs moyens militaires et humains aux côtés des États-Unis. Les opérations extérieures du Bureau d'information de guerre ne sont pas les mêmes selon le théâtre des opérations, en Europe ou dans le Pacifique.
Théâtre des opérations européen